‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 3 sur 63 · LES · texte numérisé non relu

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heur ou d'un malheur éternel. Ses discours ne firent que des impressions légères sur leur esprit; souvg même, au lieu de l'écouter, ils l’exhortoient #& tranquilliser et à vivre comme ses prédécesseurs , « étoient d’assez bons modèles à imiter. Il E pourNN lors qu’il ne feroit que peu de progrès par +o®° de la dispute , où l'on s’interrompt souvent ss Nen éclaircir ni déterminer; c'est ce qui l’engagea à poser le livre dont j'ai déjà parlé. Dieu y donnaà.. bénédiction ; il fut lu avec attention. A la vérité on disputa encore sur les vérités de la religion, mais ce fut avec moins d’entêtement et d’opiniâtreté ; ces seigneurs qui demeurent assez près de l'église des Jésuites portugais, y alloient souvent pour éclaircir leurs doutes. Îls proposoient leurs difficultés avec modestie, Enfin, la grâce triompha de leur résistance; trois ou quatre d’entr'eux se sentirent per- : suadés , et pensèrent sérieusement à se soumettre À l'évangile : il ne leur restoit plus à vaincre que certains obstacles qui parvissoient insurmontables à des princes tartares.

Un des plus grands obstacles étoit celui du T;a0- Chin; c’est un culte que les Mantcheoux rendent presque tous les mois à leurs ancêtres, depuis la conquête de l'Empire. Quelques-uns d’eux ont mêlé à ce culte diverses cérémonies des sectes de Fo et de Tao; et comme ni le prince ni ses frères n’étoient pas chefs de famille, puisque leur père vivoit encore, il ne leur étoit pas libre 3 faire aucun changement dans ces sortes de cérémonies, ni de s’en Mis plusieurs fois de suite ; autrement ils auroient été regardés comme des fils dénaturés. C’est parmi les Tartares un crime égal au crime de rebellion , et qui se punit avec une égale sévérité.

Un autre obstacle venoit du côté du regulo leur père. Quoiqu'il estimât la religion chrétienne , il ne Vouloit pas permettre qu'aucun de ses fils l'embrassât;

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il les menaçoit même de les déférer à l'Empereur; Sa Majesté, et d’être en butte aux railleries des autres princes du sang, le faisoit agir ainsi contre ses propres lumières. Pour ce qui est des princes ses enfans dont je parle, la perte de leurs biens et de leurs dignités, l'éloignement de eurs concubines, et les pratiques les plus rigoureuses du christianisme, n’étoient Pour eux que des empêchemens médiocres : « Nous pouvons , di- »» Soient-ils, vaincre ces dificultés sans le secours » des hommes ; nous n’avons besoin que de l’assis- »» tance de Dieu, et nous espérons qu'il ne la refu- » Sera pas. à nos prières. C’est ainsi que s'en expliquoient le troisième prince et son dixième frère, qui le premier de tous eut le bonheur de recevoir le baptême à l’occzsion que je vais dire.

En l’année 1719, l'empereur Cang-hi, qui étoit en guerre avec Tse-Vam-Raptan » roi des Eluths, prit la résolution d'y envoyer son quatorzième fils. Plusieurs princes du sang s’offrirent de l’accompagner , et de servir sous lui en telle qualité qu'il plairoit à Sa Majesté. Le dixième prince dont il s’agit, étoit pour lors âgé d'environ vingt-sept ans ; il étoit grand, bien fait de sa personne, et avoit la réputation d’un officier fort instruit dans le métier

€ la guerre. 11 s’offrit comme les autres princes, eLses offres furent acceptées. Il ÿ avoit déjà quelque temps que sa vie étoit toute chrétienne; il observoit exactement la loi de Dieu; il ne manquoit à aucun des jeûnes ordonnés par l'Eglise; il partageoit son temps entre la prière , la lecture et l’instraction de sa famille, dont plusieurs furent baptisés avant lui : il avoit souvent pressé le père Suarez de lui accorder la grâce du bap'ême, Le Missionnaire, pour éprouver davantage sa constance » avoit différé jusque-là de le satisfaire; mais enfin se voyant sur le point de Partir pour un voyage de six cents lieues, il rencu-

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vela ses instances avec plus d’ardeur que jamais, en témoignant au père Suarez , que s’il persistoit à lui refuser cette grâce, il répondroit à Dieu de son âme ; qu’il étoit instruit de l'évangile, et qu’il étoit résolu d'observer ce qu'il prescrit, au risque même de sa vie : que pouvoit- on exiger de plus ? qu’on devoit au moins faire attention qu'il n’auroit pas la facilité de recevoir le baptême dans un pays, où Cependant le mauvais air, les maladies, la disette, étoient des ennemis encore plus redoutables que ceux qu’il alloit combattre.

Le père n’eut garde de se refuser plus long-temps à de si saints empressemens; il Jui conféra le baptême et le nomma Peu, ainsi qu’il souhaitoit, à cause de la dévotion particulière qu'il avoit pour ce saint apôtre , dont il avoit lu plusieurs fois la vie; c’est

pourquoi dans la suite nous l'appellerons Ze prince Paul.

> SOn preraier soin > et à la princesse sa mère, pour les exhorter à embrasser le christianisme t'une autre lettre à

la princesse son épouse, qui étoit déjà instruite des vérités chrétiennes et qui étoit fort ébranlée par un songe qu'elle regardoit comme une véritable appachée des sentimens pleins de

l'esprit de Dieu qui étoient répandus dans cette lettre, qu'elle demanda aussitôt le baptême ; on le lui accorda, et elle fut nommée Marie,

» qu’ils déposèrent et devinrent de zélés pris qu'il y avoit dans ts chrétiens, il les fit

leurs anciennes préventions, défenseurs de la foi. Ayant ap les troupes huit ou dix solda

venir en sa présence , et les traita avec tant de bonté et de familiarité, qu’ils en furent confus; il fit parmi eux les fonctions de missionnaire, prêchant encore plus efficacement par les grands exemples de vertu qu'il leur donnoit, que par les fervens discours qu'il leur tenoit.

Le cong , ou troisième prince , à qui on fit part de la conduite de son frère , et des lettres qu'il avoit écrites, en fut attendri jusqu'aux larmes ; mais il se reprochoit à lui-même de s'être laissé prévenir par un frère ; à qui il avoit donné les premières connoissances de la loi chrétienne. Il résolut dès - lors de finir certaines affaires qui l’'empéchoient d'effectuer ses saintes résolutions ; la Providence lui ouvrit une voie qui en accéléra l’exécution.

Ce prince , qui étoii d’une foible complexion , et dont la santé se trouvoit altérée, s’abstenoit souvent du palais , où d’ailleurs il ne prenoit plus de goût ; et déjà par principe de conscience il refusoit de se trouver à certaines assemblées , nonobstant l'obligation où il étoit d'y assister selon le devoir de sa charge. L'empereur Cang-hi l'en destitua , pour le punir de sa négligence ; il lui laissa néanmoins une dignité inférieure à la première, avec des appointemens ‘proportionnés. Ce prince y renonça peu après , afin d’être tout à fait libre , et de ne plus servir que Dieu seul ; il avoit déjà congédié une concubine , dont il avoit eu un fils qu'il instruisit lui même , et qui étant tombé malade À l’âge de onze ans, mourut après avoir reçu le baptême, et alla être auprès de Dieu l'intercesseur d’un père qui lui avoit procuré un si grand bonheur. En effet, le prince ne tarda pas à demander le baptême, quoiqu’il n'eût jamais pu en obtenir le consentement du regulo son père. Il le reçut le jour de l’Assomption de Notre-Dame , en l’année 1721 ,:et fut nommé Jean. Son fils unique, qui fut baptisé en même

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tins, s’appela Zenace ; peu après toute sa famille a Instruite imita son exemple , savoir, la princesse Cécile sa femme, qui a été l’instructrice des autres dames ses belles-sœurs ; sa belle-fille Agnès, que son directeur appelle une héroïne chrétienne ; ses deux petit-fils Tomas et Matthieu, l'un 4 ré de six ans et l’autre de sept , et deux petites-filles. L'esprit de ferveur animoit toute cette famille ; les domestiques furent si frappés de tant d'exemples , et surtout du zèle avec lequel ce prince les instruisoit, qu'ils vinrent en foule demander le baptéme, Il avoit bâti dans son hôtel une chapelle isolée et fermée d’une muraille > Où il n’avoit laissé qu’une petite porte , en sorte que les étrangers prenoient cet édifice pour une bibliothèque ; c’est-là que deux fois le jour il assembloit sa famille pour y réciter les prières de l'Eglise et instruire ses domestiques qu’il traitoit également bien , soit qu'ils profitassent de ses instructions , soit qu'ils négligeassent de les suivre. Il leur disoit que le respect humain ne devoit avoir aucune part dans leur Conversion ; que la foi est un don de Dieu ; qu'il faut le Ini demander avec persévérance , et avec une forte détermination de surmonter toutes les difficultés quise présenteront > Quand une fois ils seront éclairés de la lumière céleste, Je goütois le plus sensible plaisir, quand j’éntendois ces bonnes gens me raconter en détail les instructions qu'ils recevoient de leur maître.

Le regulo n'eut pas plutôt appris la démarche qu’avoit faite son troisième fils le prince Jean ») qu'il ne put retenir sa colère; elle alla jusqu’à lui interdire l'entrée de son palais , de même qu’à ceux qui s’éloient faits chrétiens ; à leur défendre de paroître désormais en sa présence , et même à les menacer qu'il les déféreroit lui-méme à l Empereur, Cet éclat n'empêcha pas que le onzième de ses fils, touché de l'exemple de ses ‘ frères , et convaincu

de la vérité de la religion chrétienne, ne demandât aussi le baptême : il prit le nom de François ; et d'abord , à l'exemple du prince Jean son frère , il éleva une chapelle dans son palais, où la princesse son épouse ; sa fille et leurs suivantes , qu'il avoit instruites , pussent être baptisées , et recevoir dans la suite les autres sacremens. Car il ne convient point en ce pays-ci que des personnes de ce rang aillent à l’église, où le commun des femmes chrétiennes se rendent deux fois l’année. Un semblable éclat ne pourroit être que très - préjudiciable à la religion.

La conversion du prince Francois ne put être longtemps cachée au regulo. J'ai déjà dit qu’il estimoit la religion chrétienne , mais il craignoit moins Dieu que l'Empereur ; il appréhendoit surtout la décadence de son crédit et de sa fortune. Il avoit été général de toutes les troupes de la Tartarie orientale , et en même temps gouverneur de la province de Leao-tong ; il avoit exercé cette charge pendant dix ans avec tant de probité et de satisfaction de la part de l'Empereur, qu’à son retour il fut employé aux affaires du gouvernement de l'Empire , et devint le chef d’une des huit bannières, c'est-à-dire, quil gouvernoit plus de trente mille personnes dans Pekin , dont il rapportoit toutes les affaires à Sa Majesté.

De plus , il avoit deux de ses fils, le sixième et le douzième , qui étoient continuellement à la suite de l'Empereur; le sixième , qu on appeloit Lessihin , étoit sans contredit homme de la cour qui s’expliquoit le mieux dans l’une et l’autre langue , tartare et chinoise, et qui y brilloit le plus par la beanté de son esprit. Il étoit entré si avant dans les bonnes grâces de l'Empereur , qu’il fut honoré coup sur coup de cinq ou six charges , lesquelles avoient été possédées auparavant par autant de grands séénn

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