‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 32 sur 63 · T1, AT · texte numérisé non relu

T1, AT

290 LETTRES tchuen deV Y-Xing. Le ciel et la terre existent; après

eux viennent toutes les Productions de la nature » puis l'homme et la femme. Je vois tout cela; mais ce ciel et cette terre, me disois-je À moi-même, par qui existent-ils? On lit dans le même livre ces paroles: l'air subtil produit Les êtres ; l'âme est sujette au changement : mais cette âme que devient - elle ? ” Ces réflexions ne faisoient qu'augmenter mes doutes ë et me jetoient dans un labyrinthe de perplexités. Un jour que j’allois me Promener, c’étgit la 46.e année de l’empereur Cang-hi (1707 )> je rencontrai par hasard dans un temple d’idoles un livre intitulé : Traité de l'âme. Frappé de la nouveauté de ce titre, je l’'achetai; et retournai à ma maison. Je n'eus rien de plus empressé que de le lire. Quelque attention que j'y donnasse, je sentis que je ne pouvois pénétrer Île fond de la doctrine qui y étoit renfermée ; que le but de ce livre étoit bien différent des autres livres que j’avois lus jusqu’alors. Je m'aperçus qu'il avoit été imprimé dans l'église du Dieu du ciel : jignorois parfaitement alors quelle espèce de gens demeuroient dans cette église, et ce qu’ils y faisoient, Piqué par la curiosité, j'envoyai un de mes domestiques y demander des livres; l’on m'envoya celui qui traite de /4 connorssance du vrai Dieu, celui des sept victoires , et quelques autres de cette nature, Leur lecture me plut fort: je pris goût à leur méthode d'expliquer la création du ciel et de la terre j la nature et la fin de l’homme, les suites de la mort, la spiritualité et l’immortalité de notre âme, la gé.. nération et la conservation de tous les êtres : tout étoit traité si clairer:ient, qu’on ne pouvoit former aucun doute. Un point Cependant m'arrétoit, avec quelques autres trop élevés au-dessus des sens; c’étoit le mystère de l’Incarnation et de la Rédemption ; mon esprit se refusoit à leur créance, Je passai ainsi quelques années sans quitter tout à fait la lecture de

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 291 ces Ouvrages, et sans m'y li: r avec ardeur. Enfin vers l'été de la 50. année :: l’empereur Cangéhi (1711), je tombai malade; je guéris, et durant ma convalescence, n’ayant rien qui pût me distraire > je me mis à réfléchir sur la religion chrétienne, sur son parfait rapport en tous ses points, sur son extrême importance; je pris le parti d'aller visiter les Missionnaires , de raisonner avec leurs catéchistes, et de tirer d'eux des lumières sur les points qui me faisoient de la peine. Ces visites et ces disputes durèrent trois ans , après lesquels je me réveillai comme d'un songe ; mes doutes se dissipèrent, et fêh à peu la lumière commença à m'éclairer. È.,

Je continuai à lire les livres de la religion qui traitent des récompenses et des châtimens éternels: Mon cœur se trouvoit alors partagé entre l'amour et la joie, la crainte et l’effroi; mon parti fut même pris d'embrasser la religion chrétienne : une réflexion qui me survint m'en détourna. La doctrine qu’elle renferme , disois-je, est parfaitement vraie et bonne $ je ne puis me le dissimuler, après tant d'examens que j'en ai faits: on n’y trouve aucune contradiction. Mais pourquoi vient-elle d’un pays étranger ? pourquoi la Chine n’en a-t-elle pas entendu parler? Il est vrai que plusieurs lettrés de la dynastie des Ming en ont publié de grands éloges dans leurs écrits ; mais ne se seroient-ils point laissé éblouir par l’amour du merveilleux ? De plus, reconnoître ce Jésus incarné dont parle cette loi, pour le souverain maître du ciel et le père du genre humain ! comme la créance de cet article est de la dernière conséquence, dois-je m'en rapporter à moi-même, et prendre légérement ma dernière résolution ? agir autrement, ne seroit-ce pas me tromper moi-même, et me mettre dans le cas d'en tromper beaucoup d’autres? C’est pourquoi je redoublai mon application à m’instruire ; À la lecture, je joignis d’instantes prières au Dieu du ciel, pour

qu'il daignât m'éclairer et seconder mes efforts. Si daus mes profondes méditations et l'examen des livres, je trouvois quelque passage plus difficile À en tendre, j'allois consulter les Missionnaires, je les interrogeois, je disputois avec eux : J'usieurs années s'écoulèrent de cette sorte,

Depuis la première connoissance que j'ai eue de

la religion chrétienne jusqu’à cette année > Qui est la 56.€ de l'empereur Cang-hi (1717), Je compte dix années et au-delà, Je remercie de toute mon âme le Père des miséricordes > non-seulement de ne m'avoir pas rej#lé, moi grand pécheur, mais d’avoir encore daigné "Wéclairer intérieurement, et conduit par sa grâce à connoître la vraie religion. J’ai enfin compris que tous les peuples de l'univers ont un cœur semblable et une même raison Pour guide, qu'un même ciel les couvre, et qu'ils doivent tous honorer un même Dieu créateur du monde. J'ai aussi reconnu que les lettrés de la dynastie des Ming, qui ont embrassé la religion chrétienne, étoient gens fort éclairés, qui ne se sont rendus qu’à la vérité connue ; ces grands hommes n’ont point été guidés par le goût de la nouveauté » ni des choses extraordinaires, Enfin Dieu m’a encore fait cette dernière grâce de croire en Jésus-Christ, Sauveur et Rédempteur des hommes, de le reconnoître pour le vrai Dieu , créateur de univers. A ce doux souvenir mon cœur éclate en sentimens de la plus vive reconnoissance ° en cantiques de louanges et d’admiration envers un Dieu si miséricordieux.

Ceci est écrit du commencement de la 1 1.2 lune. Vers le milieu de cette lune où tombe le solstice d’hiver, ayant été visiter le chrétien Lieou Joseph , je lui fis part de mon dessein de mettre sur le papier les motifs que j'avois eus d’embrasser Ja loi chréüenne ; il l’approuva fort: c’est ce qui m'a déterminé à le faire , en les réduisant en cinq articles, Par-]à je

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eue de 1 est la pte dix âme le n'avoir encore par sa comcœur qu'un norer onnu Leméclainue ; ar le aires, e de r des créa œur ncè , s un

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m affermirai dans ma foi, et je serai peut-être cause. que d’autres l’embrasseront,

Premier motif et première preuve.

J'ai bien examiné nos livres, ei j'ai remarqué que

Fao-chun, Ya-tang, Ouen-vou, Kong-tze, Mong-

4ze , tous ces sages philosophes et ces anciens em-

pereurs n’honoroïent et ne servoient que le suprême

Monarque du ciel ; qu'ils regardoient ce culte comme

la première et plus essentielle affaire, comme la base de leur gouvernement. Quand l’empereur Fao, fort âgé, institua son successeur nommé Cr , il lui adressa ces paroles : C’est à vous de recevoir avec respect les années de règne que le Ciel vous destine, d'en user avec modération , et de conformer toutes

sos actions aux règles invariables de l'équité. L'empereur Chur assembla un jour les quatre mandarins Supérieurs, ministres d'état, les neuf mandarins subaliernes chargés de veiller en général à l’observation des lois, et sur les douze mandarins inférieurs préposés au gouvernement des villes et du peuple en parüculier: Respectez, leur dit-il, l'autorité que je vous ai donnée ; elle vient du Ciel , et quand vous m'obéissez en l’employant avec sagesse, c'est au Ciel que vous obéissez. L'empereur Fa-yal, successeur de Chun, se disoit à lui-même: Le Maitre du ciel m'a confié le gouvernement de l'état ; je dois obéir à ses ordres, et des exécuter en usant bien de mon autorité. L'empereur Tang disoit : Je dois rendre compte à l'Etre supréme de toute ma conduite ; je n'ose m'écarter en rien du droit chemin. Le roi Ouen-ouang parloit en ces termes: Comment puis-je me dispenser de veiller sans cesse sur toutes mes actions , puisque le Souverain du ciel que je sers est st clair-voyant ? Le prince Ou-ouang s'exprimoit ainsi: Etant établi par l'Empereur du ciel pour gouverner les peuples, comment oserois-Je m'écarter

294 LETTRES de mes devoirs en la moindre Confucius dit: Les cérémon:

honorer la terre doi

ï > autre philosophe cé-

lèbre, dit: Foiflez sur POiTE Cœur , veillez sur votre esprit

philosophes n° fin que de fair prême,

pure et sans mélange de faus Ce fut durant Ja dyn

pereur ayant fait brûler

les lettrés , cet incendie

de la littérature et de

alors les superstitions et le me

tou3 côtés , Ja vraie Jumière s’

ps.

>» Vers la fin de la dy

sieurs savans d'Eu chrétienne

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sans bornes et sans mesure , qui est u

sence , unique en sa grandeur, Souverainement heu reux, plein de gloire et de majesté; c'est lui qui est le Créateur des hommes et de l’univers; sa parole éconde a tout tiré du néant; il récompense la vertu

iilosophe que pour au culte ophe céur votre onarque es et ces : d'autre neur sucles ont ée très-

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et punit le vice, chacun sera traité sans distinction selon ses œuvres; 1l est souverainement juste et souverainement éclairé, rien ne lui échappe; il est le Roi et le Père commun à qui tous les hommes de tous les siècles, de tous les pays, doivent leurs hommages et leur culte. Si l’on veut faire maintenant le parallèle de ce que nous enseignent ainsi ces savans étrangers, avec la doctrine de nos anciens sages et philosophes, nous y trouverons une grande ressemblance ; de même que cette doctrine comparée avec les réveries et les mensonges de nos sectaires modernes, en est aussi éloignée que le ciel et la terre le sont entr'eux.

Ainsi donc il est évident que cet Etre suprême a créé toutes choses pour l'usage de l’homme : le ciel ‘pour nous couvrir ; le soleil, la lune et les étoiles pour nous éclairer ; les différentes semences de la terre pour nous nourrir, De plus, il a doué l’homme d'une âme intelligente avec ses trois puissances, la mémoire , l’entendement et la volonté; il l’a revêtu d’un corps avec tous ses sens et les facultés naturelles pour agir. Tous ces bienfaits viennent de cet Etre suprême. Comment peut-on les oublier un seul ins- - tänt de sa vie? C’est ce Dieu que nos sages de l’antiquité ont reconnu et adoré. Depuis plus de mille et quelques cents ans les superstitions et les fausses doc-

trines qui ont inondé l’Empire , ont obscurei cette belle lumière. A présent qu’elle à reparu par la prédication de la religion chrétienne, savans et ignorans, grands et petits, tous sont également instruits de nouveau , et connoissent l’Etre suprême pour le souverain Maitre de toutes choses, pour le Père commun des hommes, pour celui en qui ils doivent mettre toute leur confiance, pour celui ui la doctrine peut seule les sanctifier et les conduire au vrai bonheur. Voilà tout le résultat de cette preuve, qui seule peut suflire. La religion chrétienne nous procure la

LETTRES Connoïssance du vrai Dieu; elle nous apprend à lui

rendre le culte qui lui est dû. Elle est donc la seule véritable,

Deuxième MotIf, deuxième. Preuve.

En contemplant le ciel et la terre et leur étendue ÿ on ne peut s'empêcher de demander d’où ils ont tiré leur origine ; quand on examine les hommes dont le cœur est occupé de mille soins , et dont les conditions sont si variées » On doit penser qu’ils ont tous un but et une fin où ils tendent. C'est un principe dicté par la raison. Comment est-il arrivé que dans les siècles Postérieurs à nos grands empereurs et à nos anciens philosophes , les grands principes de la loi natarclle aient été oubliés et comme anéantis par les Supersutions de l’idolâtrie > Au point e ne pouvoir plus rien trouver an:

celle source primitive ? Ce est dication de l'Evangile que la vér recommence à paroître » Comme premier verset du symbole, out-puissant, Crégteur du dit ciel, qui dit terre dire que le ciel et la toutes les autres créatures à que tout ce que Dieu à fait à aucun défaut, ont la dernière

point aupa- Tavant, qu'ils ont tous été ürés du néant, Or » ui

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ÉDIFIAI *£S ET CURIEUSES, 297

plus pour suivre la vérité , et devenir homme de bien : 1l est nécessaire que Dieu répande sa lumière sur l’esprit de l’homme , et lui touche le cœur pour parvenir à la connoissance essentielle des vérités et des enseignemens de la religion , et les lui faire pratiquer. Que si on parvient à celte connoissance , et qu'on n'y joigne-pas la pratique , à quoi sert d’entrer dans cette religion ? Or, elle prêche et recommande l'observation des dix commandemens. Le premier est celui-ci: Vous adorerez le Seigneur votre Dieu , et vous ne servirez que lur.

Comme Dieu est tout-puissant , qu’il est le Créateur du ciel, de la terre et de toutes choses, il mérite seul le culte de l’adoration suprême. Que si quelqu'un veut transférer ce culte à un être créé, et lui faire rendre les honneurs dus à la divinité, ne blesse-t-il pas la droite raison , et ne renverset-il pas les premiers principes ? En les suivant, au contraire , ne jouit-on pas d’une paix et d’un calme de conscience admirable? N'est-ce pas ce qu'ont reconnu nos anciens sages, en rendant leurs hommages au suprême Empereur du ciel , en le craignant, en lui adressant leur culte ? Cette science surpasse toute autre science ; toutes les personnes de l’un et de l’autre sexe , éclairées et ignorantes, sont capables de la goûter, et elle les engage à remplir tous leurs devoirs. Il est vrai que si Dieu n’avoit pas daigné promulguer la loi écrite , nous serions restés enveloppés dans nos ténèbres. Maintenant les premiers mots du symbole suffisent, pour porter la lumière dans tout l'univers et le sanctifier ; à plus forte raison , quand on est instruit du profond mystère de la rédemption, des mérites infinis de Jésus-Christ , des exemples admirables de vertu qu'il nous a lais-

sés , de son détachement des richesses, de sa patience inaltérable, de son amour infini pour Dieu, de sa charité immense pour les hommes , de sa bonté

298 LETTRES à pardonner les injures Sa conduite irréprochabl atteinte des passions Sources des vices

€, exempte dela ; Quand on

Commandemens monter au ciel, Cellens usages , t qu’on ne Sauroit Convaincu de Ja y avec tous les secours réforme son intérieu

qu'on s'efforce d’arri secours

ravissant Europe

Certai » quelque génie ,

la religion

pu de leur pro maximes si belles, établir d

Pour le changement des

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES,. 299 Troisième motif , troisième preuve.

L'homme ne peut perdre la vie qu’une fois ; mais si, en preuve de quelque vérité , il la sacrifie volontiers , ce témoignage est le plus fort qu'il puisse donner, On lit dans le livre intitulé : Témoignages de la Religion chrétienne , que plusieurs savans d'Europe , il y a près de deux siècles , abandonnèrent leur patrie, leurs parens , leurs amis sans espoir de retour , entreprirent un voyage sur mer de neuf mille lieues , à travers mille dangers et mille périls de mort, qu’ils y employèrent trois années , et cela uniquement pour venir prêcher ici la religion chrétienne. Or , s'exposer ainsi volontairement à la mort, en témoignage de la vérité de cette religion , c’est à quoi personne n’est capable de se résoudre , à moins qu'il n'en soit bien persuadé. Que si quelqu'un vent ättribuer cette entreprise au désir de se faire un nom , ou à celui d’amasser des richesses , il ne voit pas combien un pareil dessein est entièrement contraire à celui qui les anime uniquement , qui est d'acquérir pour eux - mêmes les biens éternels, et de les procurer aux autres. Si l’on fait encore réflexion que ces Missionnaires étoient la plupart gens de naissance ; qu’en entrant dans un corps dévoué à la pratique de la plus sublime vertu, ils renonçoient aux honñeurs et aux richesses du siècle ; qu’ensuite destinés à aller dans des royaumes étrangers et des pays fort éloignés annoncer la religion chrétienne , ils se procuroïent eux - mêmes, pour n'être à charge à personne , des sommes d’argent proportionnées aux frais de si longs voyages par mer et par terre, et durant bien des années; on ne peut les accuser du vain désir des biens et des honneurs de la terre; mais on voit évidemment qu’ils ne cherchoient qu’à faire rendre à Dieu l’adoration suprême, qu'à exercer envers les hommes la plus

tendre charité , ex: les élruisant , en leur enseignant à servir le Père 0, in, en leur montrant le chemin da bogheur éterwel et le moyen d'éviter les supplices de l'autre vie, V vilà le but de leurs voyages; VOIlà la preuve de la vérité » de la sainteté de la religion chrétienne , qui ne doit plus laisser aucun doute, S'il w'en étoit pas ainsi

pas supde per-

et les taxer es ; mais nous Savons qu'il y a en et qu'il y des milliers de ces prédicateurs de l'Evangile répandus dans toutes les contrées de l’univers ; dans notre Chine on yen a Compté jusqu’à présent plus de cent, tous gens éclairés et versés dans les sciences ; le royaume d’ Sont venus nous est connu , ainsi talens , l’année où ils sont arrivy morts , le lieu où ils sont enter Ont Composés ; le détail en est ans un livre écrit de ces Missionnaire à l'étude profonde

ces. Le nombre des livres qui Sont sortis de leur plume en notre langue monte à présent à plus de cent +, Outre ceux qui traitent Uniquement de Ja religion uvena qui expliquent

seignant tle cheviter les loyages; le la rer aucun se perpérils, e mort, nité de uroient t Dieu S Supe pers Misu deux pays, “ de la le sim-

nous

le ces les les ‘ena éclai- Dù ils leurs sont qu'ils ment acun sans hie , cellé qui te à tent ent

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 3ot

la nature du ciel et des globes célestes, le cours des astres ; d’autres parlent des météores et des différens phénomènes; certains donnent les règles d’un bon gouvernement particulier et public ; ceux-ci s’attachent à donner des connoissances utiles sur le mécanisme des différens arts ; enfin rien ne leur a échappé en tout genre de sciences, dont ils nous ont laissé des préceptes très-lumineux dans leurs ouvrages. Cependant ces hommes habiles faisoient peu de cas de ces talens ; ils ne les regardoient que comme l'accessoire de leur but principal. Faire connoître l'excellence de la religion chrétienne , la faire aimer et pratiquer : voilà l'essentiel et la fin de toutes leurs veilles. Maintenant je raisonnetainsi : Si ces Missionnaires , sur des points de peu de conséquence , nous ont. fourni des lumières si pures et des preuves si convaincantes , ne convient-il pas de les écouter , lorsqu'en matière importante de religion , ils établissent la vérité de la loi chrétienne sur des principes aussi solides et aussi irréfragables ? Ce qui me frappe encore, et doit achever de convaincre , c'est ce que racontent les annales de l'Eglise. Durant plus de dix-sept siècles que nous comptons depuis que Dieu s’est incarné , on fait monter presqu'à l’infini le nombre des martyrs. Ces généreux Chrétiens ont tous répandu leur sang pour attester la vérité de la foi qu'ils professoient , rien n’a pu ébranler leur constance ; leur foi leur a été plus chère que leur vie. Leur nombre prodigieux mérite notre admiration , et elle sera bien plus ravissante , en lisant les vertus héroïques dont ils étoient doués. Or, si leur esprit n’avoit pas été parfaitement convaincu de la vérité de la foi qu'ils avoient embrassée ; si leur cœur n’avoit pas goûté ses maximes , et ne les avoit pas rendus parfaits observateurs de ses lois, comment auroient-ils pu se dévouer à la mort? n’est-ce pas ce que nous avons sous les yeux ? tous ces res-

302 : LETTRES pectables et savans Missionnaires ne pas leur vie en venant ICI , de volonté , si le fer ou cours de leurs jours ?

D'après ces réflexions , mes chers compatriotes ,

ui peut ne pas se rendre à la vérité ? Chercheronsnous des témoignages plus éclatans ? Connoissons notre bonheur , servons avec fidélité le Maître suprême du ciel , pénétrons-nous de sa grandeur et de ses bontés, nous viendrons à le connoître tôt ou

tard, et sa connoissance sera Pour nous le principe de la véritable Sagesse, :

prodiguent-ils et ne sont-ils pas martyrs le feu ne tranche pas le

Quatrième motif, quatrième Preuve.

Suivant le livre intitulé : Relations l'Europe, et cet autre, E/émens de géographie , l'Europe est une des quatre parties du monde. Elle 4 Pour confins à lorient le Tanaïs » à l'occident l'Océan, au midi la mer Méditerranée, au septentrion la mer Glaciale, Cette partie du monde conüent plus de trente royaumes. Dans chacun d'eux, depuis les souverains jusqu’au peuple, tous suivent la religion chrétienne et une même doctrine, ui ne permet pas d'avoir plusieurs femmes » d'où l’on: peut conclure l'excellence et la sainteté de la religion chrétienne. Confucius dit quelque part, qüe pour porter un bon jugement des choses , il vant mieux consulter les actions que les paroles. Si Dicw n’étoit pas l’auteur du Christianisme , ses lois ne se. roient pas/si saintes et si admirables; ceux qui le pra-

curieuses de

tiquent ne mèneroient pas une conduite si chable, Voyez l'Europe : depuis que la loi y'est établie, tous les états sont en bon pence, et Sont unis entre eux comme me même corps; les chefs de ] point séduire par l'app et leurs subalternes 1

1 irréprochrétienne ne intellimbres d’un a justice ne se laissent ât de l'argent ni des présens, l'usent point d'artifices pour

guent-ils martyrs 1e pas le

atriotes , cheronsnoissons aître su— ‘deur et e tôt ou principe

uses de aphie , le. Elle ccident epten— e cond'eux, suivent E, qui ù bon a reli- » qüe l vant 1 Dicw 1e se— le praépro— ienne tellid’un ssent

sens, pour

tromper les plaideurs ; le peuple s’empresse à payer les tributs, sans qu'il soit bescin d’user de violence ; les mœurs sont si douces et si portées à la bienfaisance, qu'on aime à faire du bien aux malheureux : qu'on à les indigens, qu’on a banni le barbare usage de vendre ses enfans. Quelle est enfin la cause de la tranquillité dont jouissent ces différens royaumes et du bon ordre qui y règne, si ce n’est qu'on y observe exactement ce que prescrit la sainte

loi, et que chacun remplit les devoirs de son état?

S'il y avoit quelque chose de défectueux » quelque léger qu'il fût dans cette loi, les hommes sont trop éclairés pour ne pas le remarquer , et pour lui donner une entière croyance, Qui est-ce en effet qui, avec ses doutes, voudroit s’astreindre à observer des préceptes si durs et si rigoureux , tel que celui qui défend la pluralité des femmes ? Qui est-ce qui se détermineroit à renoncer aux honneurs et aux richesses, à se retirer dans les déserts et ÿ mener une vie austère ? Qui est-ce qui quitteroit sa patrie , renonceroit à ses proches et à ses amis, exposeroii sa vie à travers tous les dangers d'une pénible navigation pour aller prêcher cette loi aux nations reculées, et devenir leurs pères dans la foi? A présent, dans toute l'étendue de l'Europe, qui renferme plus de mille lieues, depuis dix siècles et au-delà ‘ savans et ignorans, pauvres et riches, jeunes et vieux, hommes et femmes, tous suivent généralelement la religion chrétienne; l’émulation est si grande qu’on la pratique À l’envi : de là, on peut conclure sans aucun doute combien elle est véritable et solide, Que si quelqu'un prétend que tout cela peut bien être vrai, mais qu'après tout on ne parle que sur le témoignage des oreilles, et non pas sur celui des yeux qui est bien plus sûr, à cela je réponds, que pour certaines choses il est plus sûr de les voir que de les entendre; mais que pour celles

dont j'ai parlé ci-dessus, entendre et voir c’est la même chose : et comment cela ? à examiner les sentimens de la nature et les principes de la raison , estil des hommes qui voulussent se résoudre À quitter leur patrie, à se livrer aux plus pénibles fatigues du Corps, au risque de leur vie, Pour venir tromper le monde par des:livres faits À plaisir , et pleins de contes fabuleux ? D'ailleurs x’avons - nous pas dans notre Empire des gens de réputation qui ont été euxmêmes dans ces royaumes chrétiens, qui y ont demeuré plusieurs années, qui ont appris leur langue, qui ont été témoins de la beauté de leurs mœurs et de la sagesse de leurs Souvernemens? Revenus en Chine, et même à la Cour, ne sont-ce pas des personnes dont le témoignage des yeux est recevable ? Or, qu'on jes interroge : ne s’accorderont - ils pas avec tout ce que je viens de dire, sans me démentir en aucune façon ? Peut-il donc ÿ avoir à présent làdessus quelque doute raisonnable ?

Cinquième motif, cinquième preuve.

Il faut convenir que la religion du vrai Dieu renferme quantité de mystères profonds et incompréhensibles à l'esprit humain ; mais aussi tous ceux qui €n ont entendu parler ont été extrêmement contens des preuves qu'on en apportoit. Une seule chose les arrétoit ,' c’est que nos anciens sages et nos lettrés ne s’en étoient point expliqué dans leurs livres, et ne l’avoient point suivie; aussi se sont-ils contentés

e Lire ces livres et de les admirer, sans se mettre en peine d'aller plus avant, et attendant loujours que quelques personnes d’un savoir éminent leur fissent comme toucher au doigt la vérité, afin de les déterminer à suivre cette religion ou à la rejeter, Eh ! qui ne sait combien nous avons eu de grands hommes qui ont reconnu que cette religion est la véritable et la seule qui doive être embrassée ! Dans

cértain

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certain livre composé par notre docteur Lieou-yng, n'est-il pas prouvé comment ces grands hommes ont successivement mis au jour avec beaucoup de clarté leurs pensées sur cet article ? Dès le commencement

ue cette loi a été annoncée dans notre Empire, le Dnins ministre S1-Kouang-Ki démontra la vé-

rité de la doctrine qu’on préchoit. Dans cet univers +

dit-il, z/ ÿ 4 une souveraine raïson , immuable , Invariable; tout ce bel ordre de choses que nous voyons découle d'elle comme de son principe; c’est la première cause qui est au - dessus de tout, et celle première cause, c’est le Dieu du ciel, Ce peu de paroles est énergique , et donne une idée claire de l'Etre suprême , telle que personne avant lui n’en avoit donné de pareille. Depuis, tous ceux qui ont écrit, et tous les lettrés ont puisé dans cette source, et se sont étudiés à l’envi de faire connoître la grandeur de Dieu et la sublimité de ses œuvres ; tout ce qu'ils en disent est parfaitement conforme à la doctrine de nos anciens livres et à la tradition constante de nos sages. Que disent Zi-ngo-1se, Li-tche- 15a0 ? leurs écrits ne sont autre chose qu'un parfait énoncé de la loi ehrétienne, et qu’un développement de son excellente morale. Fang-hong-yven, à Ting- K'iun , s'accordent à publier que cette loi n’est point nouvelle ni extraordinaire, qu’elle a une entière ressemblance avec ce que Fao, Chun, Theou-Kong , Kong-t1e, nous ont enseigné. Ouang-mo-tchong , K'ia-tche, tiennent le même langage; Tcheou-Kong, Kong-ezt, expliquent cette doctrine en expliquant la leur; Thing-hoën-fou, Leang -tsai, disent que cette doctrine s'appuie à merveille de celle de nos anciens sages, qu'elle est le bonheur de tous les siècles et de tous les âges, sans en avoir aucun mal à redouter. Les savans d'Europe qui nous l’ont apportée, selon Lieou - tsing-chouï et Yuen -{chang ; doivent être regardés comme nos fidèles cilvyens à

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