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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 325 Ciel, qu’on s’aperçut que l'enfant respiroit ; je me lève à l'instant, je le bapti e, et il est maintenant plein de vie, Après l'avoir écouté attentivement: « I] se peut faire, lui dis-je , et il est même vraisemblable que cet enfant n'étoit pas mort. On m’assura qu'il étoit mort, me répondit-i] , et je le crus aisément; Car ayant tâté moi-même son corps, je le trouvai tout froid. » L’humble naïveté du catéchiste est toute la Preuve que jai de la vérité du fait.
Je vous ai parlé autrefois d’un temple où l’on apporte de divers endroits les enfans exposés, pour les transporter ensuite à l'hôpital, ou, s'ils viennent à mourir, dans le lieu destiné à leur sépulture. Un Chrétien du voisinage , que nous entretenons exprès, a changé ce temple consacré au démon > en une piscine vivifiante pour ces enfans abandonnés. Il a fallu pour cela gagner le bonze, chef de la pagode, et on ÿ a réussi en achetant la liberté d'y entrer, moyennant une somme qu'on lui paye tous les mois. Mais il semble que le démon, jaloux du salut de tant de petits innocens, ait voulu nous fermer à jamais l’entrée de ce lieu. Le bonze a été exclus avec affront de son poste; et comme nous sommes dans un temps où règne la défiance, nous craignimes pendant quelques jours, que le contre-coup de sa disgrâce ne tombât sur le néophyte , et ensuite sur la religion et Sur ceux qui la prêchent. Mais nos craintes se sont dissipées , ei la bonne œuvre continue au moyen d'une somme plus forte que l’on remet chaque mois aux nouveaux maîtres de cette pagode,
Un nouveau Chrétien dont j'admire l'innocence et la ferveur , me fournit un trait de zèle que je dois placer ici; mais pour en être aussi frappé que je le suis , il faudroit être bien au fait des usages de la Chine. Ce néophyte , aussitôt après son baptême , ne songea plus qu'à travailler à la conversion de sa mère et de sa femme. IL trouvoit dans celle-ci assez
de docilité, mais il n’en étoit pas de même de sa mère ; son obstination dans l’infidélité étoit si grande, que le moindre entretien sur la loi de Dieu la transportoit de fureur. En vain le néophyte lui eût-il demandé son agrément pour faire baptiser son fils, elle avoit déclaré plusieurs fois > et dans les termes les plus durs, qu'elle ne le souffriroit jamais : d’ailleurs, il ne lui étoit pas possible d'introduire un catéchiste dans sa maison à l'insçu de sa mère, Je lui conseillai, dans l'embarras où il se trouvoit , de baptiser lui-même son fils ; mais c’est à quoi il avoit peine à se résoudre. Enfin dans un jour de réjouis sance publique , il obtint la permission de prendre son fils entre ses bras pour le récréer hors de la maison ; aussitôt il vole vers l'église, et me l’apporte comme en triomphe. Il ne cessa de pleurer de joie durant toute Ja cérémonie du baptême que je lui conférai. La foi du néophyte , et l'innocence de cet enfant nouvellement baptisé, obtiendront de Dieu, à ce que j'espère, des grâces de conversion pour le reste de sa famille.
Ce trait de zèle me rappelle le souvenir d'un autre qui est assez récent. Un vieux soldat plein de foi, prit tout à coup la résolution de faire un tour dans son pays pour tâcher de gagner À Jésus-Christ quelques-uns de ses compatriotes > Où du moins pour réparer les scandales qu'il avoit donnés autrefois. En ÿ arrivant , il apprit que la maison d’un de ses concitoyens étoit infestée des démons ; que ces malins esprits brisoient les meubles » et que souvént ils lançoient des pierres contre ceux qui se présentoient à l'endroit où se faisoit le vacarme. On avoit eu re- Cours aux .'aossée, prêtres d'idoles qui prétendent avoir de Pempire sur les démons. Leurs efforts furent inutiles; mais leurs peines n’en furent pas moins bien récompensées : c’est tout ce qu'ils souhaitoient,
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sion de manifester sa gloire. Il appelle le chef de cette maison aflligée ; il l’entretient des vérités de la religion ; il lui fait sentir que cette tyrannie des démons sur le corps , n’est qu’une foible image de celle qu’ils exercent sur les âmes des idolâtres , et il lui promet que s’il embrasse le christianisme , le caractère qui lui sera imprimé par le baptême, écartera Pour toujours ces funestes ennemis de son repos. Celui-ci touch£ des paroles du soldat, eut toute l'ardeur imaginable pour se faire instruire, et demanda avec empressemeñt le baptême pour lui et pour toute sa famille, Le soldat se contenta pour lors de baptiser le plus jeunedes enfans; puis adressant la parole au chef de la maison : « Votre fils , lui ditil, est maintenant enfant de Dieu ; Cètte qualité le rend redoutable à toutes les Pülssances infernales; si elles s'avisent de vous inquiéter encore, ce que j'ai peine à croire, prenez cet enfant, et conduisez-le hardiment et sans crainte dans le lieu où elles renouvelleront leurs insultes. » Dès ce moment le démon n’eut plus de pouvoir dans cette maison désolée, et tout y devint tranquille, À quelques jours de là , toute cette famille reçut le baptême, et le soldat s'en retournant à son poste, passa par Pekin, pour m'informer du succès dont Dieu avoit béni sa mission. Quelque temps après, il alla revoir cette fa mille, qu’il regardoit comme sa conquête, à dessein de la fortifier dans la foi; mais il fut bien surpris de la trouver replongée dans sa première afliction: le chef de la maison n’ayant pu résister aux instances de ses voisins infidèles, qui le pressoiént de contribuer à certaines fêtes Superstitieuses, paya sa cote- Part, Sans pourtant renoncer à la foi. Âu même instant le fort-armé rentra en possession de sa première demeure , et ÿ porta la désolation, comme il avoit fait auparavant. On voit de faux zélés » dit saint Jérôme , qui, loin des épreuves, et dans une vie douce
et tranquille, se promettent tout de leur fermeté dans la foi; mais qui en même temps sont inexorables, s'ils apprennent qu'au milieu de la gentilité, de foibles néophytes aient chancelé dans des sentiers trèsdifficiles, et qui n’ont plus Pour eux que des reproches amers et de dures invectives, Notre zélé soldat tnt une conduite bien différente. I] fit sentir à son compatriote toûte l'énormité de sa faute , mais avec une douceur propre à le ramener au devoir; il l’assura que sil avoit un vif repentir de sa lâcheté , et que sil promettoit de ne plus contribuer à ces sortes de superstitions , la bonté infinie de Dieu le délivreroit une seconde fois des insultes du démon. Prévoyant ensuite les persécutions que ce nouveau fidèle auroit à souffrir de la part des idolâtres : « Ils sont la plupart vos amis, Jui dit-il; exposez-leur ingénument le triste état où le démon avoit réduit votre famille ; représentez-leur que vous n'avez pu chasser de votre maison ce cruel persécuteur , qu’en embrassant la loi chrétienne, et que tous les autres moyens dont vous vous étiez servi > n'avoient fait qu'irriter sa fureur; faites-leur comprendre qu’il n’y a que le Dieu qu'adorent les Chrétiens » Qui puisse enchaîner le malin esprit et l'empêcher de nuire , etque votre malheureuse complaisance à contribuer au culte des idoles, lui a rendu le pouvoir de vous tourmenter , qu'il avoit perdu par votre attachément à la loi chrétienne, Ce discours les attendrira sans doute, et peut-être feront-ils attention à l'empire que leur infidélité donne au démon sur eux-mêmes ; mais quoiqu'il vous en doive coûter, songez qu'il faut sauver votre âme > et qu’on ne peut être disciple de Jésus-Christ lorsqu'on coopère an imoindre acte de superstition, » On ne peut pas dire encore ce qui arrivera dans la suite, Sous le règne du feu empereut Cang-hi, notre protectenr déclaré, les infidèles n'auroient jamais osé forcer les Chrétiens à ces cri-
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