‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 4)Chapitre 37 sur 63 · SENS · texte numérisé non relu

SENS

minelles contributions; ce temps heureux n’est plus, il a expiré avec ce monarque , et les plaintes qu’on pourroit faire , ne serviroient qu’à allumer davantage la persécution présente.

Je ne dois pas omettre les nouvelles marques de zèle que d’autres soldats tartares ou tartarisés, ont données pour leur propre salut et pour celui du prochain. Ils font partie d'un corps de cinq mille 1ommes de troupes, qu'on envoie, avec leurs familles, pour former des colonies sur les frontières dans la province de Chen-si, Pendant leur séjour à Pekin , ils ont approché piusieurs fois des sacremens à les hommes dans notre église, et les femmes dans des maisons particulières, tantôt en un quartier et tantôt dans un autre, C’étoii un spectacle bien touchant pour moi de voir, et avec quelle importunité ils me demandoient des reliquaires , des médailles , des images, et des chapelets ; et quel étoir leur empressement à se fournir d'eau bénite, qu'ils emportoient dans des vases bien fermés. Ils étoient charmés d'apprendre le secret que je leur enseignois de la perpétuer, Généralement parlant, nos néophytes ont une grande confiance dans l’eau bénite : cet dévolion si autorisée, s’entretient parmi eu: par les guérisons souvent miraculeuses qu'elle produit, et dont Dieu récompense la simplicité de leur foi.

Il y avoit dans ce détachement de troupes un Mant-cheou, dont l'emploi est d’être canonnier. Tout pauvre qu'il étoit, il avoit amassé de ses épargnes un taël d'argent, et il lavoit employé à faire peindre à l’huile une image du Sauveur : il me l'apporta décemment enveloppée dans de la soie, alin de la bénir,

Comme je savois qu'il y a un grand nombre de Mahométans très-riches dans le lieu fixé pour la demeure de ces troupes, je crus devoir précautionnér nos néophytes contre les sollicitations que je craignois

de la part de ces seCtaires , qui se disent les vrais adorateurs de Dieu; quoique pourtant ils ne songent guère à parler de leur fausse religion, ils savent l'étendre par d’autres voies que par celle de la per- Suasion: Que nous dites-vous là > MOn père, me ré- Pondirent-ils! après avoir quitté la religion de nos pères, pour embrasser le christianisme, serionsnous capables d'y renoncer Pour suivre une secte 2nfdme ? Ils se servoient de ce terme, parce qu’en effet le mahométisme est fort décrié à la Chine. Ils me pressèrent ensuite de leur donner des crucifix de cuivre : j'en fis la distribution; ils les reçurent à genoux et les baisant amoureusement. Leur tendre dévotion envers Jésus-Christ, attaché à la croix pour le salut des hommes, étoit une preuve bien sensible de leur éloignement du mahométisme,

Ce fut alors qu’une Chrétienne mant-cheou me parla en des termes qui m'attendrirent jusqu’aux larmes : « Ah! s'écria-t-elle, en quel malheureux climat nous envoie-t-on! L’éloignement où nous serons de nos pasteurs, va nous priver de tout se- Cours spirituel : nous ne pourrons plus ni assister au saint sacrifice , ni confesser nos péchés, ni participer à la divine eucharistie, Voici une pensée qui m'est venue : ne puis-je pas à la fin de chaque mois, me mettant à genoux aux pieds du crucifix, faire une humble confession des péchés que j'aurai malheu- Teusement commis ce mois-là, et m imposer ensuite une pénitence ? Cette pratique est excellente, lui répondis-je; et bénissant au fond de l'âme le maître intérieur qui l’instruisoit: Vous pouvez encore, Jui ajoutai-je, en vous tournant du côté de Pekin, vers l'heure où vous savez que nous célébrons les saints mystères, communier en esprit; il suffit pour cela d'élever votre cœur à Dieu , et de lui témoigner l’ardent désir que vous avez de le recevoir. » Je lui rafraichis ensuite la mémoire de tout ce qu'on lui avoit

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dit autrefois , des fruits admirables de la communion spirituelle,

Ce qui m’édifia encore extrêmement , ce fut l’exactitude avec laquelle ces bons néophytes me donnoient par écrit les noms de leurs enfans, afin de les offrir à Dieu dans mes prières, et à l’autel. Le jour même de leur départ, on m'apporta celui d’une petite fille, nommée Agnès, que l’un d’eux avoit oublié par mégarde. Après leur avoir recommandé de vivre ensemble dans une parfaite union , de se secourir réciproquement les uns les autres, et de chercher tous les moyens de procurer le salut du prochain, il me fallut répondre à une infinité de questions qu’ils me firent sur le bapième , et sur la manière de l’administrer , soit aux enfans des infidèles près d’expirer, soit aux adultes qui, après s'être suffisamment instruits de la doctrine chrétienne, souhaiteroient de le recevoir.

Un jeune Mant-cheou, âgé de vingt ans, et qui ne fut baptisé que l’année dernière , me parla avec une ingénuité charmante. Il s'appelle Jean-Baptiste. En lui donnant une image de son saint patron: « Dieu s’est servi de vous, lui dis-je , pour convertir à la foi votre père , votre mère, vos frères, vos sœurs, et récemment tons vos domestiqnes. Vous allez maintenant à Ning-hia, où vous vous trouverez au milieu des infidèles : soyez à leur égard un Jean-Baptiste , et imitez bien le zèle de ce saint précurseur. Savez-vous donner le baptême? » Il me répondit en m’expliquant la manière dont il l’avoit administré depuis peu de jours à l'enfant d’un infidèle, qui mourutun moment après l'avoir reçu. Comme il s’aperçut de la joie secrète que je ressentois, de voir qu'il fût si bien instruit, son zèle en devint plus animé, Dès le lendemain , il revint me trouver transporté de joie.

« Il m'est arrivé ce matin un grand bonheur, me dit-il ; en passant par un quartier peu fréquenté, j'ai

trouvé un petit enfant exposé, j'ai couru au plus vite à un ruisseau qui n’étoit pas Le » J'Y ai trempé le pan de ma robe; l'enfant réspiroit encore, el j'ai eu le temps de verser sur lui l’eau salutaire du baptême, » J'ai lieu de croire que ce jeune néophyte fera à Ning-hia les fonctions d’un zélé catéchiste, Je Ini ai distribué plusieurs remèdes pour diverses maladies , qui, lui donnant entrée dans les maisons, lui facilileront les moyens d'ouvrir le ciel à un grand nombre d'enfans moribonds.

En parlant des néophytes que la Providence éloigne de nous, je ne dois pas oublier ceux qui nous environnent , ou qui viennent de pays assez reculés, pour participer aux sacremens; Car, comme vous savez, la liberté de visiter les chrétientés hors de Pekin, nous est absolument interdite. Celui qui est à la tête d’une de ces chrétientés, située au-delk d’une des gorges de la grande muraille, vint me trouver aux dernières fêtes de päques. Le père Parennin l’avoit baptisé autrefois dans un de ces voyages de Tartarie, qu'il faisoit à la suite de l'Empereur. Tout grossier qu’est ce vieux néophyte, continuellement occupé de la culture des terres qui appartiennent à un Mant-cheou, il a eu et a encore le zèle d’un apôtre. C’est par ses sons que ses frères, ses alliés, et tous les habitans de son village, au nombre de plus de cent personnes, ont embrassé le christianisme, à la réserve de deux, dont il n’a pu encore vaincre la résistance, Ils ont élevé » partie de l'argent que nous leur avons fourni, partie de leurs épargnes, une petite église à l'écart, laquelle n’a point été sujette aux recherches et ils s’y assemblent libre ment, Néanmoins cette heureuse tranquillité fut sur le point d’être troublée par la malignité des lamas ; c'est ce qu’il me raconta lui-même à la fin de sa confession, La sagesse de son zèle sauva cette chréuenté naissante de l'orage qui la menaçoit, « Je reçus

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tout à coup, me dit-il, un ordre de comparoître devant le mandarin d'armes, qui gouverne ce pays.

Dès que je parus en sa présence, il prit un air sévère k

et me dit d’un ton menaçant: J ‘apprends que tn introduis dans mon gouvernement le T’en-1chu-Kya0 (le christianisme ): Es-tu sage, et ne vois-tu pas à quels malheurs tu t'exposes? J’avois porté avec moi, m'ajouta le néophyte, quelques-unes des curiosités que vous m'aviez données à Pekin, je lui en fis pré sent; et m aperceyant à son visage que son esprit se radoucissoit : Seigneur, lui répondis-je, votre religion du Fo a nn pays immense où ellé‘ domine ; au contraire, notre religion du Tren-tchu est renfermée dans un si petit espace, qu’elle ne mérite nullement votre attention. À ces mots, le mandarin qui avoit agréé mon présent, ne pt s'empêcher de sourire; il me renvoya en paix, et depuis ce moment-là, la pensée même ne lui est ps venue de nous inquiéter. » C'est ainsi qu'à l'éy. : des gens simples, mais remplis de foi, se vérifie cet oracle de Jésus-Christ. Quand vous serez mené aux gouverneurs et aux rois à cause de moi, ne songez point, ni comme #ous parlerez , ni ce que vous direz ; car ce que vous aurez à dire, vous sera suggéré à l'heure même (Matt. 10, v. 19 et 20).

Un catéchiste, l’un de ceux que nous envoyons à trente lieues aux environs de cette capitale visiter les Chrétiens répandus en divers endroits » pour les affermir dans la foi et gagner les infidèles à Jésus-

Christ; ce catéchiste, dis-je, vint vers la Fête-Dieu,

me rendre compte de l’état de ces diverses chrétientés. Il étoit accompagné de plusieurs néophytes , qui souhaitoient d'a procher des sacremens. Dans le long entretien qu'il eut avec moi, il me raconta un fait qui mérite de vous être rapporté, « En parcourant, me dit-il, les montagnes qui sont À une journée d'ici vers le nord, où il y a plusieurs

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