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familles chrétiennes dispersées de côté et d'autre, j'avois souvent sollicité une femme âgée de plus de quatre-vingts ans de se faire chrétienne : elle parois< soit être ébranlée; cependant elle ne me donnoit que des espérances stériles, et elle reculoit toujours le moment de sa conversion. Ses résistances, sa sur= dité qui étoit extrême , le commerce qu’elle avoit nécessairement avec les inficèles dont elle étoit environnée , la longueur du chemin qu'il falloit faire pour l'aller voir : tout cela me rebutoit, quoique néanmoins une voix intérieure me pressoit sans cesse de ne la pas abähdonner et de lui continuer mes soins. Je m'y sentis porté un jour plus fortement qu'à l'ordinaire : je me transportai chez elle , etélevant la voix à cause de son infirmité, je lui représentai le plus vivement qu'il me fut possible, le risque qu’elle couroit de son salut, si dans le grand âge où elle étoit, elle différoit encore sa conversion. Il n’est pas nécessaire, me répondit-elle, de crier À pleine - tête comme vous faites ; je vous entends sans peine; au moment que vous êtes entré, ma surdité s’est dissipée : c’est tout de bon que je veux être chrétienne, et dès maintenant; vous savez que je suis assez instruite , ne me refusez pas le baptème, et accordez-le-moi à ce moment même que je vous le demande avec toute l'instance dont Je suis capable. Je fus frappé de voir avec quelle facilité elle répondit à toutes mes questions, quoique je lui parlasse d’un ton de voix assez bas » et je ne fis nulle difficulté de lui accorder la grâce qu'elle désiroit avec tant d’ardeur, Quelques jours après, comme je visitois d’autres familles chrétiennes, J'appris que le lendemain de mon départ elle étoit morte dans des sentimens pleins de piété et de religion. » N'est-ce pas là un de ces miracles de la grâce, qui ont fait dire à saint Paul : Ce n’est point 1à l'ouvrage de celui qui veut, ni de celui gui court, mais de Dieu qui fait miséricorde, (Rom. 9. v. 16.)
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Voici un autre effet de la providence de Dieu sur ses élus. Un de nos Chrétiens » d'une patience souvent éprouvée, tout aveugle qu’il est depuis plusieurs années, donne tous les jours des preuves de son zèle, par le soin qu’il a d'éclairer les infidèles des lumières de la foi. Il entreprit de convertir un de ses voisins qui étoit dangereusement malade : il avoit déjà passé plusieurs jours à l'instruire , et il en étoit favorablement écouté ; énfin le malade se sentant plus accablé par la violence du mal, demanda au plutôt le baptème. Notre zélé Chrétien, après lui avoir fait diverses questioës pour le disposer à ce sacrement, s’aperçut tout à coup que le malade cessoit de lui répondre ; il conçut qu'il venoit de perdre l’usage de la parole, et s’étant assuré , en lui tâtant le pouls, qu’il respiroit encore , il le baptisa : le malade ne survécut que peu d’instans.
À cette occasion, ce fervent Chrétien me fit plusieurs questions sur la conduite à tenir selon les diversés occurrences. Il me demanda entre autres choses, si dans le doute qu'un malade fût encore vivant, il pouvoit lui administrer le baptême : « Il se peut faire, me disoit-il, que quelque catéchumène étant malade à l'extrémité, m'envoie chercher; si en arrivant chez lui, jé trouve qu’il ait perdu la par role, et qu’il soit privé de tout sentiment, que doisje faire? Puis-je le baptiser ? »
Un autre Chrétien extrêmement pauvre, mais aimant sa pauvreté, et du nombre de ceux qui, selon l'apôtre saint Jacques, sont véritablement riches dans la foi, n’a guère d’autre aliment que la prière et les œuvres continuelles de charité qu’il pratique. Quoiqu'il soit presque aveugle, et qu’il ne discerne les objets qu'autant qu'il est nécessaire pour se conduire, son zèle le met dans un mouvement continuel, et il seroit difficile de compter ie nombre : d’enfans exposés ou moribonds, auxquels il a con-
féré le baptême. La pluie, la neige et les incommodités des plus rudes saisons, sont pour lui de légers obstacles ; il a le talent de découvrir dans les lieux les plus reculés, et même jusque dans les masures éloignées d’une demi-lieue de Pekin, les Chrétiens qui sont malades; il y en a peu qui échappent à sa vig'lance et à l'exactitude avec laquelle il vient m'en infcrmer, pour aller leur administrer les dérniers sacremens. Sa candeur me fait aisément ajouter foi à ce qu’il m'a rapporté de certaines grâces extraordinaires dont Dieu l’a favorisé. « Il n y a pas longtemps, me disoitl avé cette ingénuité que je lui connois, que dans une de mes courses, je me vis environné, et comme pénétré d'une très-vive lumière : je me crus transporté dans le ciel, tant ce spectacle me ravissoit en admiration. Un ange rayonnant de gloire, in’apparut, me disant qu'il se nommoit Aa- Phaël, et me promit de venir me recevoir au moment de ma mort; mais il ajouta que cet heureux moment étoit encore éloigné; et comme il finissoit ces paroles, cet éclat qui m’éblouissoit disparut tout à coup. » Il m'a pareillement raconté qu'il avoit reçu une semblable faveur en deux occasions ditférentes; l’une en assistant au saint sacrifice, et l’autre en conférant le baptême à un jeune enfant. Lorsqu'il m'entretenoit de lasorte, je me disois à moi-même: « Voilà véritablement un de ces pauvres de cœur et d'affection, dont Jésus - Christ a parlé, lcisqu’il a dit que Z royaume du ciel leur appartient ; à leur donne quelquefois, dès cette vie même, un goût anticipé du bonheur qu'il a promis à ceux qui sont contens de leur indigence » et qui dédaignent les biens périssables de la terre. »
LJ \ LA , Quoique nous soyons très- gênés dans les fonc-
tions de notre ministère, et qu'il ne soit pas permis aux Chinois de fréquenter nos églises , nous avons néanmoins trouvé le secret de les y assembler, sans
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