‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 105 sur 106 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

D'une lettre de M. Busson, missionnaire aux Indes orientales , à M. de Brassaud, prétre du séminaire de Saint-Nicolas du Cha Jonnet.

A Poudichery, ce 6 mars 1780.

MONSIEUR

J'Aï reçu avent hier la lettre de l’année 1778, que vous m'avez {at écrire par le respectable et trèscher M. ln Fougerai. Je bénis Dieu de ce qu'il vous rend la sa té, et je le prie de la fortifier de jour en jour pe sa glo’re et pour votre sanctification. Vous me marg: que depuis long-temps vous n’avez recu aucune nouvelle directe de moi: ce n’est pas ma faute; je vous ai écrit le plus souvent que jai pu, et quand j'ai écrit à nos amis communs , j'ai toujours prié qu'on vous commumniquât tout ce qui pouvoit vous intéresser. Lorsque vous me faisiez écrire cette dernière lettre , nous venions d’être délivrés d’un long siége, qui à fini la reddition de la place , ainsi que vous l'avez vu sans doute dans les papiers publics. Nous sommes donc sous la domination anglaise ; et qu ique l’on ait : ujours

l'exercice libre de la religion et des fonctions du ministère , comme tous les employés , ofliciers et autres gens qui sont au service des Anglais sont des paiens, la plupart fort mal disposés pour notre sainte religion , nous avons la douleur de voir triompher la gentilité de toutes parts , et nous ne pouvons que prier le Père des miséricordes quil daigne jeter un regard de compassion su: ces peuples , et leur ouvrir le chemin à la religion chrétienne et au salut éternel,

Je suis toujours à la tête du petit collége de Malabar , et je me vois seul chargé de ce séminaire et d’une paroisse de huit cents Chrétiens. L'on sent bien qu'un seul Missionnaire ne suffit même pas pour le collége ; mais les circonstances n’ont pas permis qu'on me donnât de second, comme l’on y pensoit. Après même que M. l'évêque de Tabraca, supérieur de celte mission , m’eut nommé un adjoint , il a été obligé de le retenir auprès de lui. Je suis dans une église , à une liene de Pondichery, et en possession , avec nos enfans au nombre de trente - cinq, de la maison ci-devant bâtie pour eux. L'on a pensé aussi à nous réunir au collége de chinois, cochinchinois et siamois,, que MM. des Missions étrangères ont à Virumpatanam, J'ai fait de mon côté tout ce que je devois faire pour cette réunion ; mais la chose est restée suspendue. Le grand obstacle à tous ces projets, c'est, 1.0 qu’on ne se trouve pas assez muni d'argent pour se charger de ce collége ; 2.0 qu’on a écrit à MM. de la maison de Paris, comme J ai aussi écrit conjointement avec mes autres collègues , et l’on attend la réponse à toutes ces lettres. Quant à moi , j'adore en secret les desseins , toujours tant adorables , d'un Dieu qui dispose tout avec

une bonté et une miséricorde infinie. J'ignore quels sont ses desseins sur moi, qui ne mérite pas le nom de Missionnaire de Jésus-Christ, et qui n'ai aucune

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des qualités qui seroient nécessaires pour cela ; mais je ne demande et ne désire que ce qu'il veut, comme il le veut, et parce qu'il le veut. J'en dis autant de tout ce qu'il voudra opérer par moi, prêt à rester toujours un néant , pauvre et inutile , tant qu'il lui plaira, ou qu'il ne Becann@ite rien autre chose de moi. Je sens que tous nous ne sommes rien en présence de sa divine Majesté. El se sert de qui il lui plaît, pour ce qui lui plaît, et comme il lui plaît, non qu'il ait besoin de qui que ce soit ; mais il nous demande peu , afin de nous donner infiniment , en se donnant lui-même à nous: c’est là, je vous assure , toute ma consolation. Avec cela, je vois ma misère et mon néant dans un grand esprit d'abandon. Je demande à Dieü , seul auteur de tout don parfait, toute la bonne volonté que lui-même il demande de moi , et la fidélité que je dois avoir à son service. J'attends l'une et l’autre de sa très-pure miséricorde, et je me tiens renfermé dans mon pauvre néant, sans aucun autre souci, sinon que je ne réponds pas , comme je le devrois , à la volonté de Dieu et à ses desseins sur moi. Du reste, je vois , sans me troubler , que je n'ai rien de ce qui seroit nécessaire pour m’acquitter de la moindre partie de ce que j'ai à faire, et que les choses souffrent de mon incapacité. Dieu est ma caution ; c’est lui qui réparera tout, et qui disposera tout pour sa plus grande gloire et d’une manière qui lui sera d'autant plus glorieuse , qu'il sera évident que les instrumens humains y auront moins de part.

Quant à notre collége , 1l n’a pas laissé de trouver des difficultés. Je lai abandonné de mon mienx à la Providence , ne demandant que ce qui seroit selon son bon plaisir ; la priant que . si cet établissement n’éloit pas son seul ouvrage et pour sa seule gloire, elle l'anéantit à l'instant , ou qu’elle le soutint elle même , s’il lui étoit agréable, Aussi, Dieu a dissipé

les orages, et a donné de moment en moment les secours convenables. Du reste , Dieu seul est ma vie, mon soutien et mon espérance en ceci comme en tout. Je ne vois rien ; mais je sais que Dieu seul est toute lumière , et cela me suffit. Je ne sais rien, Dieu seul est toute sagesse, et je lui abandonne tout. Je ne puis rien, Dieu seul a tout pouvoir ; il dispose, il arrange tout avec une douceur, une bonté , une miséricorde sans bornes et sans mesure : à lui seul toute gloire et tout empire. C’est tout ce que je puis vous dire par rapport à cet établissement , et tout ce que j'en sais.

Quant à notre réunion avec MM. des Missions

étrangères, elle paroissoit nécessaire dans les circonstances , non-seulement parce que la mission leur étoit donnée , qu'ils sont très-capables de la soutenir et de nous diriger, et qu'ils n’avoient pas dans ce moment un nombre de Miss'onnaires suffisant pour la dixième partie de ce rit y a de plus essentiel à faire , mais encore parce 2 nous nous trouvions nous-mêmes hors d'état !’; »erpétuer le bien. Le manque de sujets ar:o': été bientôt sensible parmi nous. D'ailleurs , “::, des temps aussi nébuleux , dans des circonstuuces aussi critiques que celles où nous nous trouvions , nous avions besoin de cet appui, de ce soutien ; et c'est sans doute saint François-Xavier , le protecteur de la maison de ces Messieurs , qui nous a procuré cette ressource,

Depuis ce moment, chacun s’acquitte de son emploi sans tant de contradictions. Les Missionnaires nos voisins, qui nous regardoient presque comme des excommuniés, se sant réunis avec nous. Notre Evêque qui ne demande que le bien, nous procure tous les secours qu’il peut pour cela : nous ne pouvons que nous louer de toutes les sonnes façons de tous les nouveaux Missionnaires , qui travaillent comme nous et avec nous à la vigne du Seigneur.

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Nous ne voyons pas non plus le même déchainement qu'on voyoit auparavant dans la plupart des séculiers. Vous savez sans doute que M. l’Évêque chargé dé cette mission , a cédé la cure de Chandernagor aux RR. PP. Capucins. Sur ce que le père Sébastien ayant les pouvoirs de préfet apostolique, par rapportaux Français, et cette ville n'ayant de Chrétiens, que des Français ou leurs domestiques , 1l l’a regardée comme de la dépendance immédiate de ces pères; mais selon ce que j'ai entendu dire aux Missionnaires qui s’y trouvoient , c’est un grand bien pour nous, de nous trouver déchargés d’un pareil fardeau. On y a affaire avec des gens qui ne viennent pas pour se sanctifier dans ce pays , et auprès desquels il est rare qu’on fasse quelque fruit.

” Les missions des Portugais sont dans un état bien triste : elles ont perdu , il y a quelques années, l’archevêque de Tranganor, ancien missionnaire du pays. C’étoit un saint prélat, instruit, plein de zèle’, et dont l'autorité et les exemples soutenoient toute la mission. À présent, les Missionnaires de ces quartiers se trouvent sans les secours nécessairés dans bien des endroits , sans supérieurs qui aient une au torité suffisante , et sans personne qui puisse les fixer et leur servir de point de réunion. Ils sont la plupart fort âgés, cassés par la maladie , et chargés de plusieurs districts qu'ils ne peuvent soigner comme ils voudroient et comme il faudroit , pour y faire un bien solide. D'ailleurs , ils attendent de jour en jour le moment où l’on viendra les relever; ils le souhaitent même; car, quoi qu’on en dise , notre vœu le plus général et le plus vrai, est qu'on travaille à faire connoître et servir Dieu, et nous disons de tout notre cœur : Utinam omnes prophetent ! | L'on a assuré qne cette mission avoit été donnée à d’autres religieux qui avoient fait quelques

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démarches préliminaires pour s’en mettre en possession , mais qui n'ont pas été au-delà, Il est venu cependant d’un côté un Missionnaire franciscain , envoyé par l'archevêque de Goa , lequel a pris l’habillement des anciens Missionnaires, et qu'ils ont laissé se fixer dans une de leurs meilleures églises ; de l’autre côté, la Congrégation de la Propagande a envoyé deux autres Missionnaires, carmes - dé. chaussés, avec ordre de. ne rien changer à ce qui s'est pratiqué jusqu’à présent , sans un nouvel ordre de la sacrée Congrégation.

Nous avons reçu ici de cette Congrégation une réponse à M. l’évêque de Tabraca, qui au commencement de sa supériorité dans cette mission , lui avoit écrit, à la demande de tous les Missionnaires , pour tranquilliser les consciences , et s'assurer que chacun étoit suflisamment autorisé à suivre ce qui sembloit tolérable dans les rits malabares , sans aller contre les ordres des souverains Pontifes ; et ce qui sembloit indispensable , pour ne pas révclter ce peuple , et l’éloigner entièrement de notre sainte religion. Cette réponse porte e l'on peut tolérer , au moins pour le présent, lesdits rits , tels qu’its soit en pratique dans la mission , vu la grande né cessité où l’on se trouve de les suivre, Or, tout ce qui faisoit le plus de peine , a été marqué à Rome, soit par un évêque qui a demeuré ici longtemps en qualité de supérieur du collége de Virumpatanam , lequel fut chargé par Clément XFV de faire des im formations, et de les envoyer ; soit par M, l'évêque de Tabraca, comme je viens de le dire, Ainsi, nous n'avons plus rien qui puisse embarrasser ni qui puisse altérer l'union, la concorde et la bonné intelhigence quirègnent entre nous et MM, des Missions étrangères, surtout depuis que nous leur sommes soumis et ASSOCIÉS,

M. Andrea est toujours avec les Portngais ; il a

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eu beaucoup de peine à s’y accoutumer pour bien des raisons qu'il seroit trop long de détailler. De plus, il a été attaqué d’une longue maladie qui a manqué de l'enlever, et qui a fort altéré son tempérament, ce qui l'avoit porté à revenir parmi nous ; et je le lui aurois conseillé dans le temps de sa maladie, dont il se seroit bien mieux guéri à Pondichery qu'ailleurs ; mais il paroït que ce n’étoit pas l'ordre de la Providence. Il est actuellement chargé d’une église dans la mission portugaise , et il me marque qu'il est en état de la soigner, quoiqu'il ne soit pas encore bien rétabli.

Je vous ai écrit deux fois depuis la reddition de cette ville, par deux occasions qui m'ont paru sûres, et j'espère que vous aurez reçu mes leutres. Je vous marquois que j'ai reçu l’aumône en argént que vous me faisiez passer , avec une caisse où se trouvoiént bon nombre de livres latins, un ornement en. soie ét beaucoup de chapelets. Tont cela a été parfaitement Wen reçu, et nous est d'un grand secours. Quand vous nous enverrez des chapelets, tâchez qu'ils ne soient point en bois. Dans un climat brûlant et brûlé comme celui-ci , ils se fendent incontinent, et deviennent inutiles. Il y en a de petits de verre bleu qui ne sont pas chers, et qui sont fort solides ; ce sont ceux qui conviennent le mieux ici, Qu'on nous les fasse passer tels qu’ils s’achètent à la verrerie ; nous les férons enfiler; mais il ne faut pas que les grains soient trop petits , ni les trous uop fins,

Je suis chargé d’une paroisse et d’un collége que je voudrois bien munir de reliques. Si vous pouviez m'enprocurer , vous nous rendriez un grand service, en nous donnant des protecteurs que nous honorerions de notre inieux. Si elles étoient sans reliquaires, nous en ferions faire ici où nos ouvriers sont capables de semblables ouvrages , quoique leur

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576 LETTRES travail ne soit pas comparable à celui des ouvriers d'Europe.

Je voulois proposer à M. de Tabraca de demander à MM. des Missions étrangères quelque jeanne ecclésiastique qui ait bien fait ses études, et à qui il ne manque que l’âge pour recevoir la prêtrise, où qui l’ait reçue depuis peu. Il pourroit venir former un collége avec quelque ancien Missionnaire. Celui dont je suis chargé, lui tiendroit lieu de fondement; il réformeroit ce qui en a besoin , et le mettroit sur un bon pied; mais il est à propos, pour de semblables établissemens , qu’un seul en soit chargé où en chef, ou en second , pendant plusieurs années, et un jeune homme a communément plus de zèle et d'activité , et se fait mieux écouter des jeunes gens. Je n'ai pu encore en parler au prélat, mais je lui en parlerai.

Je voudrois profiter de cette occasion, pour écrire à M. du Fougeray à qui je suis toujours tout dévoué ; mais l’on m'attend pour porter cette lettre à la ville, et je n’ai plus le temps que de me recommander à vos prières, et de vous assurer de la reconnoissance et du respéct avec lesquels je suis, etc.

D EXTRAIT D'une lettre du père Ansaloni, de la congrégation de la Mission $ à DE"

Goa, ce 25 mars 1782.

Jréens la parole que je vous ai donnée de vous faire le rapport fidèle de ce qui s’est passé à Goa , Jors dé la reconnoissance faite du corps de l’apôtre des

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des Indes, saint François-Xavier. M. Emmanuel de Sainte-Catherine , de l'ordre des Carmes-Déchaussés , évêque de Cochin, et en même temps administrateur de l’archevêché de Goa où il réside , et avec lui le Gouverneur général de cette capitale de la domination des Portugais dans l'Inde , ont jugé qu’il étoit à propos de faire cette reconnoissance , pour dissiper les bruits qui s'étoient répandus que ce saint et précieux dépôt avoit été enlevé. Le corps de ce zélé Missionnaire est dans un beau sépulcre de marbre, dans l’église de Jésus , à laquelle est nnie une des trois maisons que les Jésuites avoient ici, Dans cette même église, hors du sanctuaire , On avoit préparé une estrade couverte de damas cramoisi. Sur cette estrade , étoit placée une grande urne de cristal, avec des ornemens dorés ; au-dessus , À une certaine hauteur, un magnifique baldaquin de damas , avec des franges d’or. Autour de l'estrade , régnoit une balustrade de bois peint , et sur laquelle étoient de grosses torches de cire. Ges préparatifs ainsi faits, et-le jour pris secrétement pour la cérémonie , le samedi avant la Quinquagésime , 9 fé vrier, vers la fin du jour, on posa des gardes dans l'église et dans la maison. Peu après, M. l’administrateur entra avec les personnes de sa suite, M. le Gouverneur , lofficialité, quantité de nobles, les juges , les conseillers, tous en habits de cérémonie; un bon nombre de chanoines, de prêtres séculiers , de religieux et de dames même.

On distribua d’abord de gros flambeaux allumés à plus de cinquante personnes, et avec un dais on se rendit au lieu du sépulcre , par la porte intérieure de la maison (car celle de l’église étoit fermée ). On monta au haut du mausolée, par un escalier pratiqué pour cela, et le sieur Cazalan!, ingénieur de ces CON» trées, et ci-devant frère d: la Compagnie de Jésus, portant huit clefs que Evêque, le Gouverneur ét T, XIV. 37

les autres personnes préposées à la garde de ce dépôt conservent, ouvrit le sépulcre du côté de la partie des pieds du Saint, en présence de tous les spectateurs, et tira le cercueil qui renferme le Saint, Ce cercueil est de deux pieds de haut, long de huit; le couvercle est en dos d'âne, fermé par trois serrures, et couvert de drap d’or. Cela fait, on porta processionnellement le cercueil sur l’estrade qui avoit été élevée au milieu de l’église. L'Evêque, le Gouverneur, quatre de nos Missionnaires et quatre autres ecclésiastiques voulurent le porter. Un érysipèle et une jambe fort enflée me privèrent alors de cet avantage ; mais, quand on le remit dans le mausolée, mon indisposition ne m’empècha pas de me joindre à ceux qui avoient l'honneur et le FRE de porter une si précieuse relique.

Quand le cercueil eut été posé dans le lieu préparé pour le recevoir, on leva le couvercle et ensuite un voile de soie qui couvroit tout le corps du Saint (ce voile est envoyé à la Reine de Portugal par le même vaisseau qui porte ma lettre). On vit alors le corps entier. Les pieds et les jambes sont en bon état et encore palpables; la tête est couverte de sa peau, mais sèche , et en quelques endroits on aperçoit le crâne : malgré cela, la physionomie n'est pas tout à fait effacée , et si on le vouloit, on pourroit encore en tirer des portraits; le bras et la main ganche sont assez bien conservés et posés sur la poitrine, Il est vêtu des habits sacerdotaux qui paroissent encore

neufs, quoique la chasuble soit un présent de la Reine

de Portugal, de la maison de Savoie, femme de Pierre IL. Il est à observer que le Saint étoit de Sta= ture très-basse ; ses pieds sont demeurés assez noirs , peut-être parce qu'il étoit dans l’usage de faire pieds nus ious ses voyages. Au pied droit, il manque deux 8 qui par un pieux larcin ont éié enlevés: on sait que Le bras drou est à Romie, Quand le corps fut

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 579 ainsi découvert, les assistans le baisèrent les uns après les autres, avec vénération et sans aucune con fusion. Ils y firent toucher aussi avec respect des mouchoirs, des chapelets et des croix ; après quoi on ferma le cercueil, et on le mit dans une urne de cristal, destinée à le recevoir. On chanta ensuite le Te Deurn, et le corps resta exposé à la vénération publique, sur l'estrade placée au milieu de l'église. La première nuit, la communauté des Dominicains veilla avec les soldats commandés pour la garde. Le dimanche suivant, 10 février, de très-bon matin, commença le concours du peuple, qui, le second et le troisième jour, fut encore plus grand et toujours en bon ordre.

Un des cristaux de l’urne fut cependant rompu par la foule que les prêtres et les soldats ne purent empêcher de s'approcher.

Parmi la multitude des personnes accourues pour visiter le corps du saint Apôtre des Indes, on vit plusieurs gentils et un frère du roi de l’Indoustan, peu éloigné de Goa. Le régulo déclara par son interprète qu'il croyoit que notre religion étoit la seule véritable. On ne vit néanioins aucune conversion. Les pères Observantins passrre al la seconde nuit dans l'église, et les pères de Saint-Philippe de Néri, la troisième. Pendant ces trois jours , deux on trois processions de différentes communanLtés, se resdirent dans l’église de Jésus, pour ÿ chanter ie Te L'eurn et des messes solennelles.

Le premier Jour ; elle fut chantée par le Doyen, premier dignitaire du chapitre , qui s’y trouva assemblé, ainsi que M. l'Evèque et M. le Gouverneur. Notre supérieur la chanta le second jour : nous y assistâmes tous, les séminaristes, l'Evêque et le Gouverneur. Le troisième jour, la messe fut Pontificale. Le Gouverneur y assista en grande cérémonie, avec le conseil, les magistrats ei les officiers. Quand la messe fut achevée, l'Evêque donna la bénédiction

au nom du Pape, et publia une indulgence plénière au bruit du canon de toutes les forteresses.

Dans l'après-midi du troisième jour, 13 février, la foule étant diminuée, on put aisément et sans violence fermer les portes de l'église. 11 y resta quelques personnes pour la garde du saint dépôt, et dans la nuit, en présence de M. l’Evêque, du Gouverneur, et dans le même ordre que dans le commencement de la cérémonie, le corps fut transporté dans le mausolée de marbre. On le couvrit d’un nouveau voile brodé: on ferma ensuite le sépulcre avec les huit clefs, et on dressa un acte de tout ce qui s’étoit passé.

Ainsi finit cette reconnoissance solennelle du corps de l’Apôtre des Indes, saint François-Xavier, de la Compagnie de Jésus. IL est vraisemblable qu'elle ne se renouvellera pas souvent, et parce qu’on n’aura pas les mêmes motifs, et parce que le saint corps s’altère et semble pâtir de l'air, des lumières et de la chaleur occasionée par la foule qu'attire une aussi pieuse cérémonie.

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