‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 2 sur 106 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

oùvriers évangéliques dé tous les ordres , ce moisson si riche et'si abondante.

Nous avons déjà donné, dans la préface du IX.° volume, une ‘cdurte ñhotice des travaux de cethomme apostolique : nous croyons devoir l’éternidré » Et rectifier même ce que nous en avons déjà dit, Nous l'extrairons dé la vie qu'en a faite le père d'Orléans.

Le père Matthieu Ricci häquit à Macérate, daris la Marche d'Anéôhé, l'an 1555 » presqu'au même terhps quésaint François-Xavier, mourant à l'entrée dé [a Chiné, employoit ses derniers sôübirs À démander au Maître d’une moisson qui lui baroïssoit! déjà mûre, des oùvriers ptoprés à {à recueillir. Après les études des belles-lettrés ; Ricci fut envoyé à Rome pour ÿ étüdier lé droit. Il n'y

négligéa pas la sciériée du salüt, ét s'y sen-

tant appelé à la vie ''eligieuse , il’ entra au

tte

noviciat des Jésuites en: 157r. l'y eut pour maître lé père Alexaridre Valignan, mission natre célèbre, qu'ün prince de Portugal appeloit l'Apôtre de l'Okibñt. I inspira à son nouveau" disciple sôn Zële pour la conversion des infidèles, et Valigrian étant reparti pour les Indes, Ricci l'y suivit, dès” qu'il eut achévé fes études nécessaires pour uné

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pareille entreprise : : car elle demande qu’on joigne des connoissances sûres et profondes à des intentions droites, à beaucoup de courage, de etant et d'oubli de soimême. | … Valignan rendu à Macao, ville habitée par une colonie portugaise, se sentit extraordinairement touché de voir les Chinois, peuple si fameux, encore assis dans l'ombre de la mort. La difficulté de pénétrer dans une région ennemie de. tous les étrangers, ne le rebuta pas. Ses premières tentatives n’eurent point de succès ; mais elles ne lui firent pas, perdre courage. On l’entendoit quelquefois : soupirer et s'écrier, en se tournant vers le, rivage de la Chine : : Rocher, rocher, quand l'ouvriras-tu : Fe

à choisit, les ouvriers qu'il crut les plus propres ! à cette entreprise noble et difficile ; et voulut qu fils s ‘appliquassent surtout à apprendre la langue, chinoise, Je ne crois pas que chez à aucun peuple, il-y ,en ait une plus épineuse : elle, na pas-un grand nombre de mots ; mais chaque. mot y. signifie; un grand nombre de choses, dont il n Y a qu'un ton trés-délicat qui détermine le yrai sens: :L'écriture y est une science ‘sans bornes ;: parçe

qu'on ondes e çouà SOi-

abitée extrainois , ombre * dans BETS »

atives ne lui ndoit tourcher , plus icile ,

à ap- 1s pas e plus re de grand n ton iécriparçe

PRÉFACE. v

qu'il y a peu de termes qui ne s’éérivent avec un caractère particulier; mais que ne peut point la charité dans des cœurs bien pénétrés de Dieu 1 Les élèves du père Valignan en surent bientit assez pour entrer dans la Chine; mais ces voyages ne produisirent d'autres effets que de se procurer la.bienveillance de quelques Chinois, de les familiariser un peu avec des étrangers , de diminuer l'horreur et le mépris qu'ils ont pour.

eux. Îl fut cependant impossible de s'y ar rêter plus long-temps, ce qui étoit néanmoins nécessaire pour y précher et y-établir. solidement la religion. Ce ne fut qu'après bien des tentatives qu'on y réussit. La patience du père Ricci surmonta tous les obstacles : Dieu bénit son courage, et dans un temps où Macao et ses habitans avoient essuyé de grandes pertes, il y trouva des secours pour acheter un terrain, bâtir une maison, fournir à son entretien et à celui de deux de ses confrères , et faire des présens aux mandarins et aux autres officiers dont il falloit acheter la protection.

Ce fut au commencement de septembre 1983 que Ricci arriva à Choakin, et obtint des lettres-patentes portant permission de s’y

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fixer, et d'y acheter un endroit convenable pour son habitation. Ce premier pas fait, il falloit étudier les mœurs de ses nouveaux hôtes, connoître leur caractère, saisir les moyens les plus propres à les instruire , à les éclairer,

Le père Ricci, étant depuis à Pekin , disoit qu'il étoit effrayé quand il pensoit à tout ce qu'il avoit fallu faire, et plus encore à ce Î qu'il avoit fallu éviter pour en venir où il \ en étoit. De toutes les nations du monde, la chinoise est la plus délicate et la plus diffcile à vivre pour les étrangers. Naturelle- | ment elle les méprise, et il faut qu'ils sachent s'y montrer par des endroits bien estimables, pour s’y attirer de l'estime. L’aversion est égale au mépris, et elle paroissoit en ce temps-là si insurmontable, qu'il n’y avoit qu'un grand intérêt qui püt faire tolérer au Chinois le commerce d’une autre L nation. Par-dessus tout cela, les conquêtes LI que les Espagnols et les Portugais avoient faites depuis quelque temps en divers lieux proches de la Chine, avoient inspiré beaucoup de défiance à ces peuples ombrageux, en sorte qu'aucun mandarin ne pouvoit voir

enable ait, 1l VaAUX ir les ire, à

disoit ut ce à ce où il de , la > diffiirellels saen es- ;'avero1ssoit il n'y re toautre quêtes voient lieux beau- BeUX ; it voir

PRÉFACE. vi sans inquiétude un étranger dans son gouvernement.

La connoissance de ces obstacles à surmonter , fit résoudre les Missionnaires à:

garder de grandes mesures, ‘et à ne traiter avec les Chinois qu'avec une grande Circonspection. Ils tâchèrent de les apprivoiser peu à peu, et de gagner insensiblement leur estime par les sciences, pour gagner plus sûrement leurs cœurs par la prédication. Îls commencèrent à lés attirer chez eux, en exposant dans leur chapelle des tableaux de dévotion très-bien peints; ce qui étoit une chose fort nouvelle pour les Chinois. Ensuite y Comme ils n'ignoroient pas l'estime que ces peuples font des mathématiques, Je père Ricci, qui avoit étudié à Rome sous le fameux Clavins, se fit une grande réputation par l’habileté qu'il y montra. Il leur fit une carte de Béog graphie qui leur plut extraordinairement , et par laquelle il les détrompa de l'erreur grossière où ils étoient de croire que la plus grande partie du monde fût la Chine, et que tout le reste n’étoit que des morceaux de terre, rangés autour d'elle pour lui servir d'ornement, s ‘étant toujours Ima-

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ginés que la terre étoit carrée, et. LE la Chine en occupoit le milieu. #1:

Cette opinion de science où les Missionnaires se mirent d'abord, leur attira l’estime des personnes distinguées par leurs emplois et par leurs talens. On les visitoit souvent, et l’on s’en retournoit d'a aupres d'eux charmé de leur érudition , et même de ce qu'ils disoient de la morale de notre religion: car ils commencèrent par là leur prédication, et avant que de leur parler de nos mystères, ils expliquèrent à ceux.qui les visitoient les. préceptes du décalogue.

Animé par ce premier succès, Ricci composa un petit catéchisme qui se répandit dans toute la Chine, mais qui ne produisit encore que des applaudissemens stériles. Le peuple même étoit toujours également pré-

venu ; il voyoit avec peine les égards que:

les grands avoient pour ces étrangers , et il les insultoit , les maltraitoit même toutes les fois qu xl en trouvoit l'occasion. Ces progrès si lents de la religion firent accuser les Missicnnaires de ménagemens politiques, et on

commence dès-lors à écrire contre eux, et

à décrier charitablement leur conduite. | * Cependant Ricci avançoit toujours, faisoit

que la

ssionl’esleurs isitoit d’eux de ce igion :

édicare les vi-

| comandit duisit s. Le t pré-

F que

,etil es les rogrès s Mis-

et on

IX, et

faisoit

PRÉFACE. it quelques conversions; et quoiqu’elles f.. serit en petit nombre, il /crut devoir muluiplier les résidences:et les Missionnaires. Ce fut sans succès :‘1ls furent obligés de se retirer. Ricci resta seul assez long-temps , luttant toujours: contre les préjugés et l'avidité du peuple et des mandarins. Il fut enfin obligé de céder àlatempête , etdé se retirer à Macao. Après un:court séjour dans cette ville, il retourna dans sa chère mission; et à la faveur des mathématiques, il s'établit dans une autre ville de la Chine, nommée Chaocheu. Il donna à quelques Chinois des leçons de cette science, pour les préparer à en recevoir de plus importantes sur la religion chrétienne et sur le salut.

Îretira quelques fruits de sa persévérances on ouvrit enfin les yeux à la vérité, et le nombre des néophytes grossit et se multi:

plia; mais la populace ; quoique contenue par les égards et la distinction dont les mandarins usoient envers Ricci, saisissoit toutes les occasions de marquer à ce père et à ses coopérateurs; les préventions : et la haine qu'elle ‘avoit contre erix: elle les maltraitoit de paroles, ét quelquefois même les accabloit de. coups: de pierres;: Ricci eut un autre

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chagrin bien plus amer ; il perdit ses deux compagnons ; le père Antcine d’Almeyda et le père François Petri, l’un et l’autre pleins de l'esprit de Dieu, de l'amour dé la priè-2 et de la mortification. Cette perte lui, fut d'autant plus sensible , qu'elle. arriva dans un temps où il avoit plus de besoin de leurs conseils : il méditoit le projet d’aller à Pekin, et d'y porter la lumière de l’évangile. L'opinion qu'on avoit conçue de son habileté dans les mathématiques et dans la géographie , lui parut propre à le faire parvenir jusqu’à l'Empereur, et il se flattoit que s'il pouvoit le rendre favorable à la religion, elle en feroit des progrès plus sûrs et plus rapides. Îl crut que , pour exécuter ce grand dessein, il devoit quitter l’habit de bonze, assez méprisé à la Chine, et prendre celui des let:

trés , qui y est dans une grande considération. Îl conjura ensuite un grand mandarin ‘d’armes, dont il avoit gagné l’amitié et l'estime, et que l'Empereur venoit d’appeler à la cour, de lui permettre de l'accompagner. Le mandarin y consentit. Ricci se mit:en chemin avec lui; mais dans la route., le:mandarin changea d'avis, et craignant qu’on ne Jui fit une fâcheuse affaire d’avoiramené unétran ger

es deux

eyda et e pleins a priè > lui. fut ja dans de leurs Pekin, : L'opité dans “aphie , jusqu’à pouvoit elle en apides.

essein , ez méles let: ration.

n ‘d’arstime ; cour, > MaANhemin ndarin dur fit ranger

PRÉFACE. xj

9 siavant dans l'Empire, il voulut le renvoyer

dans là province de Canton; mais à force d'instances , Ricci obtint de le suivre jusqu’à Nankin. Ne pouvant espérer de faire de s0- Ldes biens dans cette grande ville , il reprit le chemin de Nanchan , repassant dans son esprit les immenses travaux qu'il avoit employés pour cultiver cette terre ingrate. Ces affligeantes pensées ne lui ôtoient cependant pas toute espérance. Il fut très-accueilli, très-

recherché à Nanchan par le vice-roi, lesman-

darins et les lettrés. Il y composa quelques, ouvrages de science et de morale, qui furent goûtés et répandus dans toute la Chine. Le vice-roi lui proposa lui-même de s'arrêter dans cette ville. Le père Ricci y établit une résidence, et obtint encore d'aller à Pekin avec un mandarin nommé Président du premier tribunal de Nankin. W\| éprouva dans ce second voyage les mêmes désagrémens que dans le premier. Ce mandarin eut peur aussi de se compromettre; il l'insinua à Ricci, Il n’osa cependant refuser absolument de tenir la promesse qu'il lui avoit faite, et le Missionnaire l'accompagna jusqu'à la capitale. Pendant ce premier séjour, ilreconnut, par des argumens qui lui parurent

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