‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 33 sur 106 · LE DOCTEUR EUROPÉEN · texte numérisé non relu

LE DOCTEUR EUROPÉEN

Je suis ravi, Monsieur, d’avoir l'honneur dé vous entretenir: vous vouicz m’entendre parler du Seigneur du ciel. Souhaitez-vous que j'explique ses perfections, et que je dise ce qu'il est?

Le Lett. J'ai oui dire que votre doctrine étoit profonde et étendue; peu de paroles ne suffisent pas pour en voir le fond; mais ce n’est que dans votre pays que l'on adore véritablement le Seigneur du ciel. Vous dites qu'il a créé les cieux , la terre, l'homme et toutes choses ; qu’il gouverne tout et maintient tout dans le bel ordre où nous le voyons. Je n'ai jamais rien oui de semblable » et nos plus grands philosophes des temps passés n’en ont jamais rien dit. Je serois bien aise d’être instruit làdessus.

Le Doct. Ma doctrine touchant le Seigneur du ciel, n'est pas une doctrine particulière à un seul

homme, à une seule famille, à un seul pays. De l’orient à l'occident, tous les empires l'ont reçue depuis un grand nombre de siècles, et ce que les anciens sages ont enseigné sur la création de l'univers par la toutepuissance du Seigneur du ciel, nos livres sacrés nous l’apprennent encore aujourd'hui, de manière qu'il n'y a point le moindre doute à former -dessus, Jusqu'ici les savans de la Chine n’ont eu aucune communication avec les autres royaumes : ainsi, ne Connoïssant point les caractères, ne sachant point les LE Dec

Jangues des nations étrangères, ils ont ignoré leurs mœurs et leur créance.

Pour moi je n'ai qu'à vous exposer simplement la loi universelle du Srigneur du ciel, pour vous faire juger aussitôt que c’est la véritable loi. Mais avant que d'entrer dans le détail de cette sublime doctrine, avant que de vous rapporter les divins euseignemens que la sage antiquité nous a laissés dans noslivressaints, il est à propos d'établir un principe sur lequel tout est fondé.

Ce qui distingue singulièrement l'homme de la bête, cest l'âme raisonnable ; cet esprit peut juger de ce qui est et de ce qui n’est pas, et discerner le vrai du faux. Il n’est pas possible de lui faire approuver ce qu'il conçoit être contre la raison. L'animal au contraire ne discerne rien. Il a du sentiment, du mouvement, de certaines connoissances ; mais tout cela.ne le rend que bien peu semblable à l’homme. L'animal ne raisonne point; 1l ne peut pénétrer le fond. des choses, ni d’un principe ürer des conséquences. Ainsi, presque tout 5€ réduit pour lui à boire, à manger, à perpétuer son espèce. L'homme est bien au-dessus. Doué d'une âme spirituelle, 1l distingue la manière d’être de chaque chose, il examine leurs propriétés, et par-là il connoît leur nature, il en voit les différens effets, et 11 remonte à la cause. Toutes ces connoissances le conduisent à embrasser le parti de la vertu, et à se livrer au travail dans cette yie, pour jouir après la mort d'un repos et d’une félicité éternelle. L'esprit humain ne peut point forcer ses propres lumières, Si la raison nous présente quelque chose comme bon ou mauvais, DOUS le regardons comme bon ou mauvais, nous le regardons nécessairement comme tel, Gette raison est dans l’homme ce que le soleil est dans l’univers. Ainsi, abandonner les lumières de la raison pour suivre à l'aveugle les enseignemens d'un

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autre homme, c’est comme si l’on prenoit une lanterne en plein jour pour chercher une chose perdue.

Ce point une fois établi, si vous souhaitez, Monsieur, m’entendre parler de la loi du Seigneur du ciel, je suis prêt à vous mettre devant les yeux toute cette doctrine ; mais à une condition, je vous prie; c'est que , sien m'écoutant, il vous survient quelque chose à m'objecter , vous le proposiez sans façon. De mon côté, je ne cherche pas de vains complimens ; et du vôtre, la matière est de trop grande importance, pour qu’une politesse mal entendue vous fasse perdre le fruit de notre entretien.

Le L. Proposer ses diflicultés, qu'y a-t-il en sot de mauvais ? L'oiseau a des ailes pour parcourir en volant les forêts et les montagnes. L’homme a reçu la raison pour examiner et approfondir les choses. Les disputes des gens sages n'ont d’autre effet que de mettre la vérité dans tout son jour. Les objets de nos connoïssances sont infinis, et l'on peut être savant sans savoir tout. Un homme ignoré un point; dans tout un royaume, on péut trouver un autre homme qui le saura; et quand tout un royaume seroit là-dessus dans l'ignorance, univers peut fournir quelqu'un qui en sera instruit. Le sage prend fa raison pour guide ; là où il voit la raison, il sy porte; où il ne la voit pas , il change de route. Quel homme se conduit autrement ?

Le D. Commençons, puisque vous lé souhaitez, par cet article fondamental, qu’il y a un Seigneur suprèmé qui à créé et qui gouverne le ciel, la terre et toutes choses. Pour moi je ne vois rien de si clair que cette vérité, Quel est l’homme qui ne lève quelquefois les yeux au ciel? A la vue d'un tel objet, es ne pas s’écrier avec admiration : Il ÿ a là-

aaut un Maître ! C’est à ce Maître que je donne le nom du Seigneur du ciel; c’est lui qu’en langue

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européenne on appelle Dieu. Deux ou trois réflexions vont pleinement vous convaincre sur cela.

En premier lieu, nous avons naturellement des connoissances qui nous yiennent sans le secours d’aucune étude. Tous les peuples de la terre, sans autre maitre que la nature, ont l’idée d’un Etre souverain. Tous és A une Divinité, Qu'un homme éprouve quelque malheur, c’est à cet Etre qu’il a recours aussitôt, comme à un père plein de bonté. Qu’un autre se soit rendu coupable de quelque crime , la crainte s'empare de son esprit. Son cœur est tourmenté de mille remords , et il lui semble qu’un cruel ennemi le poursuit partout. N'est-ce pas là une preuve bien sensible que ce Ce Maître existe en

effet, qu'il gouverne le monde , et surtout le cœur.

de l’homme qu'il force à reconnoître si bien ce qu'il est?

En second lieu , les choses inanimées placées dans leur centre, sont absolument incapables de se mouvoir d'elles-mêmes; beaucoup moins peuvent-elles se donner un mouvement régulier et uniforme. Elles ont nécessairement besoin pour cela du secours de quelque intelligence qui les fasse agir. Suspendez une pierre en l’air, ou mettez-la sur l’eau, elle tombera d’abord à terre, elle s’y arrêtera et ne pourra plus se mouvoir. D’où vient cela ? c’est que la pierre tend naturellement en bas, et que ni l’air ni l'eau ne sont pas son centre, Ce que nous remarquons dans le vent qui s'élève de la terre avec fracas, n’est point contraire à ce principe. Nous voyons assez que ce n’est

1 qu’un effet d’uné impulsion tumultueuse qui n’arien ” de réglé dans son mouvement. Mais à examiner le s0-

leil, la lune , les autres planètes et toutes les constel- “ations , il faut bien raisonner autrement. Ces corps merveilleux sont dans le ciel comme danseur centre: ils sont inanimés. Cependant ils se meuvent et d’une manière toute opposée au mouvement général du

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ciel; car tandis que le ciel se meut d’orient en occident, ces globes marchent d’occident en orient; leur mouvement est parfaitement réglé; chacun suit la route qui lui est propre, et parcourt chaque signe céleste à sa manière sans qu’il y ait jamais eu le moindre dérangement. Un ordre si bien gardé ne prouve-t-il pas qu'il y a un Maître qui y préside ? Si vous voyez en pleine mer un vaisseau battu d’une rude tempête, se soutenir malgré les vents et les flots et continuer sa route, quoique vous n’aperceviez personne, ne jugerez-vous pas qu’il y a sur le vaisseau un pilote habile qui le conduit?

En troisième lieu, les créatures en qui l’on remarque certaines connoissances et du sentiment, n’ont pas pour cela des âmes spirituelles comme les nôtres; et si nous les voyons faire des choses qui semblent n’appartenir qu’à l'esprit raisonnable , n’en devons-nous pas conclure qu’une intelligence supérieure les conduit ? Or, jetez les yeux sur les divers animaux de l'air et de la terre; ils sont purement animaux , nullement spirituels comme nous; cependant on les voit chercher à boire et à manger dans leurs besoins , choisir des lieux écartés dans la crainte des traits du chasseur et des filets de l’oiseleur. Ils savent écarter tout ce qui pourroit leur nuire, et prendre des précautions pour conserver leur vie. Ils ont tous leur manière de nourrir et d’allaiter leurs petits. Quel amour ne leur marquent-ils pas? Foutes ces choses si semblables à ce que pourroit faire une créature douée de raison, ne démontrent-elles pas qu'il y a un Maître qui instruit ces animaux, et qui leur donne tous ces instincts? Si vous voyiez voler une quantité de flèches qui toutes donnassent droit au but, quoique vous n’aperçussiez aucur: archer , douteriez-vous qu’une main adroite ne les eût lancées et dirigées ?

Le L. Les cieux, la terre, le nombre et la beauté

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des choses qu’ils renferment, me font croire qu'il y a un Dieu; mais que ce Dieu ait tont créé et qu'il gouverne tout, comment le prouve-t-on ?

Le D. En considérant cette prodigiense quantité de créatures qui composent l'univers, on peut remarquer deux choses également admirables, leur production , leur disposition. Quant à l’auteur de l'une et de l’autre, ce ne peut être que Dieu seul. Les réflexions suivantes développeront ma pensée.

1.0 Rien ne peut se produire soi-même, et tout ce qui est produit, a besoin d’une cause extérieure ga le produise. Un édifice, un palais ne s'élève pas

e lui-mêine, I] faut des ouvriers pour le bâtir. Sur ce principe, ce n’est pas d'eux-mêmes que les cieux et la terre se sont formés. Ils ont donc été créés par quelque cause. C’est cette cause que nous appelons Dieu. À la vue d'un petit globe où l’on voit les planètes et les constellations , où l’on distingue les terres, les mers, les rivières ét les montagnes, où tout enfin est marqué par ordre et avec exactitude, on conclut aussitôt que c’est là le travail d’un ouvrier entendu, et personne ne s’avise de penser que ce globe se soit fait lui-même, Que doit-on dire, quand on fait attention à l'étendue immense de la terre et des cieux, à cette alternative perpétuelle de jours et de quits, à cette brillante lumière du soleil et de la

lune, à ce merveilleux arrangement des astres?

Quand: on voit la terre produire tant d’arbres et de plantes, les eaux nourrir tant de poissons, la mer $'enfler et décroître si. régulièrement, mais surtout quand on examine l’homme qui surpasse si fort tout le reste ; laquelle de toutes ces choses à pu se donner

l'être? Mais supposons un moment qu’une chose .

puisse se créer elle-même, il faut pour agir qu’elle soit déjà, et dès-lors puisqu'elle est, qu’est-1l nécessaire qu'elle se crée ? Que si elle n’est pas encore,

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2.0 Lorsque des choses purement matérielles et d’elles-mêmes incapables de s'arranger ; paroissent toutes placées en bel ordre, chacun juge d’abord qu’un artiste a pris soin de les ordonner. Par exemple, qu’on voie une maison bien disposée dans toutes ses parties : ce qui compose la porte, est placé à l’entrée ; dans le fond sé trouve un jardin planté d'arbres et de fleurs; au milieu s'élève une salle à recevoir les hôtes ; sur les aîles sont des corps-de-logis propres à habiter, Dans la structure de tous ces édifices, les pieds et les colonnes sont en bas pour soutenir les poutres de traverse ; les toits sont en haut pour mettre à l'abri des vents et de la pluie; tout enfin est mis à sa place et si bien ordonné, que le maître peut ÿ loger avec sûreté et avec agrément. Qu’on voie, disje, une telle maison; ne dira-t-on pas aussitôt qu’un architecte en a conçu Fidée, et l’a fait bâur? Voyez encore un amas de caractères propres à l'imprimerie; chacun de ces caractères a sa signification; en les assemblant, on peut composer un membre de période , une période entière, et enfin un discours suivi et élégant. Mais si un homme de lettres ne range ces caractères, pensez-vous sérieusement que d'eux - mêmes, ou par hasard, ils puissent s'assembler et produire ainsi une pièce d’éloquence ? Or, jetez les yeux sur la terre, les cieux et toutes les créatures; quel ordre merveilleux ! quelle admirable disposition ! La matière, la figure, l’intérieur , l’extérieur des choses , y a-t-il rien à ajouter ou à retrancher ? Le ciel est élevé, pur, brillant et couvre tout. La terre est basse, épaisse, matérielle, et soutient tout. Pris séparément, ils forment deux opposés : étant réunis, ils s’allient parfaitement dans la composition de l'univers. Les étoiles fixes sont au-dessus du soleil et de la Jurie ; le soleil et la lune embrassent

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Passons aux animaux de l'air, des eaux et de la terre, Ils n’ont pas la raison en partage , et ils ne peuvent par eux-mêmes se procurer tous leurs besoins; ils ne sèment point , etc. C’est en tout cela qu’ils sont fort inférieurs à l’homme; mais presque tous en naissant , ils se trouvent couverts de poils , de plumes ou d’écailles qui leur tiennent lieu de vétemens pour envelopper et préserver leurs corps. Ils sont pourvus d'armes défensives pour résister à quiconque les attaque : les uns ont des griffes ou des cornes; les autres, le pied et la dent; ceux-ci, le bec; ceux-là, le venin. La nature leur enseigne à connoître parmi les autres animaux ceux qui peuvent leur nuire. La poule redoute l'épervier, le paon ne lui cause pas la moindre crainte. La brebis fuit devant le loup et le tigre; elle se méle avec le bœuf et le cheval. Est - ce donc que le tigre, le loup et l'épervier sont d'une extrême grosseur , et que le

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Descendons jusqu’aux arbres et aux plantes. Leur espèce de vie est absolument sans connoissance et sans sentiment. Comment se conserver eux-mêmes ? Comment conduire à maturité leurs fruits et leurs raines ? Comment éviter les coups de toute sorte : D ? Les uns sont hérissés d’épines, les autres revêtus d’une forte écorce. Ils entourent leurs fruits et leurs semences de diverses sortes d’enveloppes et même de coques fort dures. Ils étendent de tous côtés leurs branches et les couvrent de feuilles , pour se faire un rempart et se préserver. Raisonnons à présent à la vue de cet ordre admirable qui règne partout , qui se perpétue, et que rien n'est capable d’altérer, Si dès le commencement une suprême intelligence, en créant le monde, n’avoit pas arrangé et disposé toutes les créatures, comment est-ce que l'univers se trouveroit si parfaitement ordonné? Comment chaque chose seroit-elle si bien à sa place ? 3.° Tout ce que l’on voit naître et prendre un corps, doit se former dans le sein de sa mère, ou sortir d’un œuf, ou venir d’une graine. Rien ne se fait de soi-même. Mais cette mère , cet œuf, cette graine sont aussi des choses qui ont dû recevoir la naissance avant que de pouvoir la donner à d'autres. Le noyau qui produit l'arbre , d’où est-1l venu ? Il est nécessaire de remonter jusqu'aux premiers individus de chaque espèce. Ces individus primordiaux ne sont pas sortis de l'espèce même. Il faut donc reconnoitre un premier principe bien au-dessus de tout le reste qui a donné l’être à tout. C’est ce premier principe que nous appelons Dieu.

Le L. Puisque l'univers a un Créateur que vous appelez Dieu , je souhaiterois apprendre quelle est l'origine de Dieu, |

Le D. Dieu est l'origine de toutes choses , et tout ce qui a une origine , n’est point Dieu, Parmi les créatures , les unes ont un commencement et une fin , comme les animaux , les arbres et les plantes. Les autres ont un commencement et n'ont point de fin, c’est-à-dire, ne meurent point , comme les esprits ; l’âme de l’homme. Dieu n'a ni fin ni commencement. [l est le principe et l'origine de tout. Si Dieu n’étoit pas, il n'y auroit rien. Tout vient de Dieu, et Dieu ne vient d'aucun autre,

Le L. Que le monde an commencement ait été créé par un Dieu incréé lui-même, j'en sens la nécessité, et je n’ai plus rien À objecter là-dessus. Mais à présent nous voyons qu'un père a pour père un antre homme ; qu’un animal vient d’un autre animal , que tont prend riaissance de cette manière ; et il semble par conséquent que les choses se propagent ainsi d'elles - mêmes » Sans qu’il soit besoin de recourir à Dieu pour cela,

Le D. Dieu donna d’abord l'être aux premières créatures de toutes les espèces , lesquelles en ont produit d’autres. Mais remarquez qu’une chose pour en produire une autre, qu'un homme pour être le père d’un autre homme, à nécessairement besoin du concours de Dieu. C’est Dien qui se sert de l'homme comme il se sert de toutes ses créatures $ et chaque homme en particulier à toujours Dieu Pour cause principale et pour origine, Une scie, un ciseau , sont des instrumens propres à faire un ouvrage. Mais il faut que l’ouvrier les mette en œuvre , et c'est à l’ouvriér que l'ouvrage est attribué et non point aux instrumens. Pour éclaircir davantage cette matière , je vais expliquer les différentes causes des choses. Il y a quatre sortes de causes : 2 cause effctente , la matérielle, la Jormelle et la finale. La cause efficiente produit la chose » €t fait qu’elle soit quelque chose ; + cause formelle constitue la chose

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rielle est la matière qu’on emploie à faire la chose, et qui reçoit la forme qu'on lui donne ; la cause finale est ce pour quoi la chose est faite , et qui en détermine l'usage. On peut voir tout cela dans un ouvrage des mains de l’homme. Dans un chariot, par exemple, c'est un charpentier qui l’a fait, voilà sa cause efliciente ; 1] a des roues, un timon, une certaine figure , voilà sa cause formelle ; on s’est servi de bois pour le construire, voilà sa cause matérielle ; il est fait pour voiturer , voilà sa cause finale. Les mêmes causes peuvent encore se remarquer dans toutes sortes de productions. Dans le feu, par exemple, ce qui le produit est un autre feu ; sa forme est cette flamme , cette chaleur qui agit sans cesse ; sa maliére est l'aliment qu’on Jui fournit , et sa fin est d’échanffer. Tout ici-bas a ces quatre espèces de causes, Parmi ces causes, la matérielle et À formelle sont intrinsèques à la chose , et Ja font ce qu'elle est. L’efficiente., aussi bien que la finale, lui sont extrinsèques. Elles existent avant elle , et ne peuvent point composer son essence, et quand je dis que Dieu est la cause et l'origine de toutes choses , j'entends la cause eficiente et finale , et nullement la matérielle , ni la formelle. Dieu renferme toutes les perfections dans une simplicité merveilleuse , comment pouxroit-vn dire qu’il fait partie de quelque chose ? | . Ne parlant donc ici que de deux causes , l’efficiente et la formelle, il faut encore distinguer la canse prochaine et la cause éloignée , l’universelle et la particulière, L’éloignée et l’universelle est la principale , la prochaine et la particulière est la moindre. Dieu est la cause éloignée et universelle , les créatures ne sont.que les causes particulières et par-Rà les moindres, Toutes. les causes inférieures dépendent nécessairement de la générale. Un père

etune mère sont dits être la cause de leurs fils ; mais ce n'est là qu’une cause inférieure et particulière, S'il n’y avoit pas un ciel et une terre dont l’homme reçoit à tous momens les bienfaits, comment donneroït-il naissance à un autre homme? Et s’il n'y avoit pas un Dieu , qui soutient et gouverne la terre et le ciel, qui est-ce qui pourroit prendre vie et subsister dans l'univers ? Dieu est donc la souveraine cause, la source et l'origine primitive de toutes choses. C’est pour cela que les anciens sages nomment Dieu /a cause des causes , l'origine des origines.

Le L. Dans l'univers, il y a des choses absolument différentes les unes des autres. Ne seroit - ce pas là une raison de penser qu’elles ont aussi des causes différentes ? Nous voyons que chaque rivière, chaque ruisseau a sa source propre : vous dites cependant, Monsieur , que Dieu seul est l’origine de tout ; permettez - moi de vous proposer encore ce doute, | .

Le D. Les causes particulières font nombre ; mais la cause universelle, le souverain principe est unique. Comment cela? La première cause qui a donné l’être à tout , renferme en soi les perfections de tout ce qu'elle a créé. Elle surpasse infiniment toutes les créatures, et sa nature est si parfaite, qu’on né peut rien y ajouter. Or, si dans l'univers il y avoit deux créateurs , deux dieux ; seroient-ils égaux ou non? S'ils ne sont pas égaux, le moindre ne seroit pas souverainement parfait, et le plus grand , quelque grand qu'il fût , pourroit encore recevoir les perfections du moindre, S’ils sont égaux en tout, pourquoi y en a-t-il deux ? Un seul suffiroit, Mais encore ces denx dieux , pourroïent-ils s'attaquer et se détruire l’un l’autre ; où non? S'ils ne le pouvoient pas, ce défaut de puissance marqueroit en eux des bornes , de l'imperfection ; et l’on ne pourroit dire d'aucun des deux qu'il est le maître souverain, Que

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