‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 34 sur 106 · TR · texte numérisé non relu

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ÉDIFIANTES ET CURIRUSES, 79

s'ils le pouvoient, celui qui seroit capable d'être vaincu , ne seroit point Dieu.

Le monde composé d'une si prodigieuse quantité de choses si bien ordonnées, ne doit avoir qu'une suprême intelligence qui le gouverne , autrement tout ce bel ordre pourroit-il subsister ? Si dans une nombreuse troupe de musiciens, il n’y a pas un premier maître qui règle tout , l'harmonie manque et tombe. Nous voyons que dans une famille il n’ a qu'un chef, qu'un roi dans un royaume , et s’il s’en élevoit deux , le royaume , la famille seroient aussitôt dans le trouble. Nous voyons qu’un homme n'a qu'un corps, ee ce corps n’a qu'une tête, et s'il paroissoit un homme à deux têtes ou à deux corps, on le regarderoit comme un monstre. Ne devons - nous pas juger de là que dans l'univers , quoiqu'il y ait différentes sortes d’esprits, il n'ya qu'un seul Dieu qui a tout créé, et qui gouverne tout ? Avez-vous encore , Monsieur, quelque doute là-dessus ?

Le L. Je suis pleinement convaincu qu'il y a un Dieu, maître souverain de: toutes choses, et qu'il n'y en a qu'un, vous me l'avez démontré. Mais voudriez - vous m'expliquer en détail ce que c’est que Dieu ? | |

Le D. L'homme ne peut pas comprendre la nature d’un petit insecte, d’une fourmi , par exemple : comment pourroit - il pénétrer dans la profondeur de la nature divine ? Et si l’homme étoit capable de comprendre parfaitement ce que c’est que Dieu, dès-lors même Dieu ne seroit pas Dieu. |

‘Autrefois un grand prince voulut s’instruire de la nature de Dieu. Il interrogea là-- dessus un des sages de sa cour. Le philosophe pria le roi de lui donner trois jours pour penser à ce qu’il devoit répondre. Ce temps étant passé , :le roi fit venir le philosophe en sa présence ; le sage pour réponse lui

demanda six jours , après quoi il pourroit parler. Les six jours expirés , il en demanda douze. Alors le prince en colère lui reprocha qu'il vouloit se moquer de lui. Le sage répondit modestement qu'il ne porteroit jamais l’audace jusque-là ; mais que la nature de Dieu étant sans bornes , plus il rnédiloi moins il comprenoit cette nature , comme un homme qui voudroit à l'œil simple examiner le soleil; plus il le regarderoit ; moins 1l seroit en état de le voir ; que c'étoit là l'unique raison de son silence. |

L'ancienne histoire nous apprend qu’un saint et savant homme d'Occident , appelé Augustin , résolut d'approfondir la Divinité , et d'écrire sur ce sujet. Un jour que ; se promenant sur le bord de la mer , il révoit à cette matière avec toute l’application de:son grand génie ; il aperçut un enfant qui, après avoir fais un petit çreux en terre , prit une coquille ,et puisant de l'eau: à la mer, en remplhissoit ce creux, Mon fils ; lui demandaile docteur ; que prétendezvous faire ? L'enfant répondit qu'il vouloit avec sa coquille épuiser toutes les eaux de la mer , et les faire entrer dans le creux qu'il avoit fait, Vous n’êtes encore qu'un enfant, lui dit Augustin en; souriant ; votre instrument est.trop peut, la mer.est immense, et que peut-il entrer d’eau dans l’espace que vous avez creusé? Mais vous , reprit l'enfant, qui savez si: bien qu’un Si pelit:. vase ve peut pas épuiser les eaux de la mer ; éi qu'un si petit creux n’est pas capable deles: contenir:,:comment;:est-ce que vous vous tourmentez l'esprit: à vouloir: par les seules forces humaines , pénétrer dans-l’abime des grandeurs de'la Divinité ,et renfermer dans'un écrit cette sublime doctrine? après quoiil disparuki Le docteur humilié et éclairé 1ont.ensemble; comprit que Dieu lui avoit enyoyé un ange pour:lins: ttuire et l'empêcher de porter plus: loin ses inutiles récherches 0: one 01 : sonate 6e 19 -sil ble

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Nous pouvons bien raisonner des choses matérielles ; elles se réduisent toutes à certaines espèces, à certains genres. Connoissant ces genres, ces espèces , nous: eXamimons en quoi elles conviennent + et en quoi elles diffèrent. Par là nous Jugeons de leur nature : élles ont une configuration de parties ; elles résonnent en se rencontrant ; ense choquant ; l'œil voit leurs couleurs; l'oreille entend leurs sons; tout cela fait connoître leurs qualités : en les mesurant d'un bout à l'autre, nous savons leur étendue.

Mais que ‘pouvons - nous dire de Dieu ? Sous quelle espèce de choses peut -il être placé ? Il est infiniment au-dessus dé tout: rien ne lui est comparable. Dieu n’a ni corps , ni parties ; comment juger de:ce qu'il est ? Il n’est point rénfermé dans des bornes, l’univers entier ne peut pas le contenir ; quelle idée pouvons-nous avoir de son immensité ? L'unique parti à prendre pour s'expliquer d’une manière encore imparfaite sur la nature de Dieu , c’est d’user de termes négatifs , et de dire ce qu'il n’est pas : vouloir dire ce que Dieu est complètement ; c’est entreprendre plus que ne peut l'intelligence humaine. aer

Le L. Mais quoi! l'Etre Par essence et par excel-

lence , comment peut-il être connu sous des termes négatifs ? |

Le D. La foiblesse de notre esprit n’est pas: ca

pable:de soutenir l’éclat des perfections divines, Par quelle voie pourrions-nous nous:élever jusqu’à connoître la noblesse , la grandeur et tous les attributs de Dieu ? Ainsi, pour parler de ce Maître souverain, Contentons-nous de dire : Dien n’est pointle ciel, Dieu n’est point ce qu’on appelle ordinairement un esprit; sa nature est d’rine Spiritualité plus excellente que celle de toutes les autres substances spirituelles. Dieu n’est point l’homme ; qu'est-ce que toute la saesse et la sainteté huraaine comparée à la divine ? T, XIV,

82 LETTRES Dieu n’est point précisément ce que nous entendons par la vertu et la raison ;: c’est la source de toute vertu et de toute raison, Par rapport à Dieu, il n'y a ni temps passé, ni temps à venir; el si nous vou lons lui attribuer l'avenir ou lé passé, nous devons dire qu'il n’a point eu de commencément, et qu'il n'aura point de fin. Pour nous former quelque idée de son immensité , nous disons qu'il n’y a aucun lieu où:il ne soit ;tet qu'aucun lieu ne peut le contenir. Dieu est: sans mouvement, et c’ést lui qui donne le mouvément à tout. Rien ne peut arrêter ni affoiblir sa puissance : lenéant même lui obéit et devient fécond sous sa main. Rien. ne peut se dérober à sa connoissance ni la tromper; dans les. milliers d'années déjà écoulées , dans les milliers d'années encore à venir, tout est présent.à. ses: yeux. Sa bônté est sans aucun mélange;-le mal le plus léger lui est entièrement opposé ; 1l est le: centre de tout bien; sa libéralité est sans bornes, sans partalité : elle s'étend à tout, jusqu'à un vermisseau, un insecte. Tout:ce qu'il y a de bien dans Funivers moral ou:physique , vient de Dieu ;:et tout ce bien:comparé À sa source, n’est pas encore ce qu'est une goutte d’eau comparée à:la mer. 1 Dieu en un mot estinfinimentparfait et souverainement heureux. Rien ne lui manque, et il n’a rien de trop, On peut absolument épuisér toutes les eaux des fleuves et des mers, on peut compter tous les grains de sable qui.sont sur leurs bords; on peut remplir le grand: vide que nous voyons entre la terre et les cieux : mais il n’est pas possible.de connoîitre entièrement Dieu, et moins encore d'expliquer entièrement ce qu'il est.

Le L. Ah! Monsieur, quelle abondance de choses merveilleuses! Vous connoïssez ce qui est au-dessus de toute connoissance ; vous pénétrez dans ce qu'il y a de plus impénétrable. Après avoir reçu vos ins-

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