‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 96 sur 106 · Les pères n’ont pas aidé le Légat de leurs conseils · texte numérisé non relu

Les pères n’ont pas aidé le Légat de leurs conseils

Rép. Nous prenons Dieu à témoin que nous lui en avons donné de salutaires, et qui n’ont point été écoutés. Nos avis lui étoient suspects, il n’en demandoit à personne de nous; il s’en moquoit. Nous en prenons encore à témoin les personnes de la suite du Patriarche et M. l’Evêque de Pekin. C’est sans nous consulter , qu'il a demandé à la cour un ne rieur-général, un agent, une maison à acheter dans Pekin. Ce n’est pas de notre avis qu'il nous contraignit de demander sans réplique sa prompte récéption à la cour; qu'il nous fit aller à l'enterrement de son domestique , revêtus de surplis dans les rues de Pekin; qu’il méprisa le conseil du père Grimaldi sur la demande d'un nouveau cimetière pour la sépulture du mort; qu’il traita mal le père Kiliani qui le supplioit de ne faire paroïtre aucun emportement en présence des mandarins; qu'il prit des airs d’une extrême hauteur à l'égard du père Pereira ; qu’il méprisa le rapport de M. l’Evêque de Pekin et du père Gerbillon , au sujet de l’indignation que l'Empereur commençoit à montrer contre lui; enfin, c’est M. le Patriarche lui-même que nous prenons à témoin. Combien de fois a-t-1l dit qu'il suffisoit aux Jésuites d'exécuter ses ordres, sans vouloir entrer dans ses affaires ; qu'il n en devoit rendre compte qu’à Dieu el au Saint Siége ?

12° Les Jésuites ont détourné l'Empereur d'ac- Cepter le médecin que M. le Patriarche vouloit introduire à la cour.

Rép. XL s’en faut bien que cela soit vrai : ces pères

présentèrent à Sa Majesté un écrit de conjouissance sur l’arrivée d’un médecin européen à la Chine. Il étoit même difficile que les Jésuites pussent lui préjudicier. Pour peu qu'il eût fait voir d'habileté, dans la disette où l’on est ici de bons médecins, ôn n'eût écouté personne à son désavantage : c’est donc par un malheur qu'il est arrivé qu’on n’ait pas assez connu son mérite, Voici les raisons qui lui ont fait tort: 1.0 il paroissoit trop jeune ; 2.0 il n’avoit pas apporté assez de livres C2 médecine : l'Empereur jugea par-là qu’il étoit peu appliqué à étudier son art; 3.0 l'Empereur l'ayant invité à lui tâter le pouls, il ne toucha l'artère qu'un moment, et pronença sur l'état de ce prince, Cet air de précipitation fut un mauvais augure de son attention sur ses malades ; 4° ayant une ordonnance à faire, on s'aperçut qu'il la transcrivoit dans un livre ; 5,0 il avoit laissé mourir un domestique de M. le Patriarche, sans connoître son mal, ** assurant que la maladie n’étoit pas dangereuse , DS voit fait dans le voyage l'office de pourvoyeur dun: l4 isaison du Patriarche; il étoit entré à la Chine mal ;êtu , rendant à M. de Tournon les services des plu: ils domestiques. L'Empereur qui se faisoit informu: de tout, Jugea qu’un homme de la sorte ne pouvoit : is être un médecin de considération en Europe, Quelle part les Jésuites ont-ils à tout cela?

15.9 Les Jésuites ont empêché que M. le Patriarche ne réussit dans ses négociations.

Æép. Plus l'accusation est sérieuse, plus elle demande de preuves. Peut-on aisément le penser de prêtres, de rel‘sieux attachés an Saint Siége , et les soupçons de leurs adversaires suffisent-ils pour les

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rendre coupables ? Où sont les témoins qui le déposent, et sur quel fondement le déposent-ils ?

14° Ce sont les Jésuites qui ont empêché que ML. le Patriarche ne fit dans les formes la visite de leur maison de Pekin.

Rép. M. le Patriarche n’ignore pas que les Jésuites, en demandant à l'Empereur son entrée à la cour , déclarèrent qu’il venoit pour être le visiteur-général de toutes les missions et de tous les Missionnaires : étoit-ce pour l'empêcher de les visiter? Si les Jésuites avoient appréhendé la visite, ils n’avoient qu'à s'en tenir au refus que l'Empereur avoit fait d’abord de laisser venir M. le Patriarche à Pekin. Cependant ils réitérèrent leur demande jusqu’à quatre fois, et elle fut enfin écoutée. Il est vrai que M. le Patriarche ayant déclaré à quelques mandarins qu'il alloit commencer d informer sur la conduite des pères, et que

ces mandarins l'ayant recit à l'Empereur, il ne jugea

pas à propos de permettre qu’on fit des perquisitions sur la conduite et sur les mœurs de gens qui vivoient sous ses yeux, dans l'enceinte de son palais. Il eut donc la bonté, sans que nous le sussions, de répondre de l'innocence de nos mœurs et de la régularité de notre conduite, Cependant on verra assez à Rome, par les dépositions de M. le Patriarche contre nous, qu'il a fait quelque chose de plus que de nous visiter. Il est constant ici, et M. de Pekin peut lattester aussi bien que les personnes les moins passionnées de la suite de M. le Patriarche, qu'on a tâché d’engager des néophytes et des gentils à rendre témoignage Contre nous. On s’est efforcé même de les gagner par des présens. Nous le savions ,etnous n'avons jamais fait le moindre mouvement pour l'empêcher.

19.9 Les Jésuites ont parlé peu respectueusement de M. le Patriarche,

Liép.Siquelqu’un d’eux peut être convaincu d’avoir

parlé avec peu de considération de Son Excellence, nous Consentons qu'il soit sévèrement puni, Il est vrai qu'il ne fut pas possible de disconvenir de la vivacité que fit paroître M, le Patriarche, lorsqu'il foula aux pieds les requêtes des Chrétiens. Nousavons parlé encore des soupçons qu’il avoit donnés à l’Empereur contre la nation portugaise, L'affaire étoit trop sérieuse pour s’en taire. Il s’agissoit du mal commen, que nous crûmes en conscience devoir détour ner en détrompant l'Empereur.

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