Les Jésuites n’ont pas arrêté la révolte des Chrétiens
Bép. Qu'entend-on par ces expressions, arréter la révolte? Veut-on dire que les Jésuites n'ont pas exhorté les Chrétiens à obéir aux ordres de M. le Patriarche? On a tort en ce sens de se plaindre de nous : nous n'avons cessé de leur prècher la vénération et l'obéissance qu'ils lui devoient, Si nous ne les avons pas empêchés de présenter des requêtes ct d'exposer leurs raisons, peut-on dire que nous ne {cs ayons pas excités à le faire avec modération et avec respect? On sait ici que nous avons empêché les suites ficheuses qu'alloient avoir les vivacités de M. de Tournon, lorsqu'il foula ces requêtes à ses pieds : prouvera-t-on le contraire ?
17.9 Les pères n’ont pas fait rendre à la cour plus d'honneur au caractère épiscopal, qu'on a coutume d'en rendre au commun des Missionnaires européens,
Rép. Voici le fait: MM. les Evêques de Pekin et de Conon vinrent à la capitale : on ordonna de leur faire rendre par les fidèles et par les gentils les respects dus à leur caractère. On sait avec quel zèle nous imprimâmes à nos Chrétiens des idées sublimes de la prééminence épiscopale. A l'égard des gentils, nous ne fümes pas assez heureux pour leur faire concevoir tout le respect que nous aurions voulu leur
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inspirer pour un caractère purement spirituel, L'homme animal ne concoit point ce qui ne s’aper- ÇOIt pas par les sens. Ils étoient choqués d'entendre dire que les Jésuites n’étoient destinés, dans le vaisseau de l'Eglise , qu’à faire la manœuvre; que leurs fonctions se réduisoient À enseigner les ignorans et les petits enfans ; qu'il falloit traiter les Evèques avec toute une autre considération. Ces discours ne persuadèrent point la Cour, parce que les degrés eccléstastiques ne Parurent point respectables À un prince genul, La science et les talens extérieurs frappent plus les sens que des prérogatives d’ur caractère in=visible, Si l'Empereur a bien voulu distinguer nos anciens services, et nous traiter en hommes plus considérables que nous ne le sommes, Dieu nous est témoin que nous avons fait tous nos efforts pour lui faire comprendre la prééminence de l’état épiscopal.
16.2 Les Jésuites n’ont pas fait leurs efforts pour obtenir de la cour la délivrance et le départ de M. de Conon.
Biép. Nous nous y sommes employés si vivement, que l'Empereur en a marqué contre nous de l’indigvation, Îl nous à fait des reproches de réitérer si souvent des harangues capables de l’'émouvoir à compassion en faveur d’un prélat qni nous paroissoil si Opposé. En vain nous avons tâché de lui faire entendre qu'on pouvoit s'aimer et penser différemrtent; que d'ailleurs un des points de notre religion étoit de rendre le bien pour le mal, et que M. de Conon n’avoit sûrement point prétendu nous faire du mal ; £n soutenant un sentiment différent du nôtre. L'Empereur ne goûta point nos raisons ; et quand nous en vinmes à M. Guetti, il nous défendit de parler jamais en sa faveur. Il en a déjà coûté cher À cet écclésiastique d’avoir parlé avec si peu de mesure contre
nous. Le malheur est que l'Empereur fait faire des ils 31
informations pour notre justification, et pour convaincre M. Guetti de calomnie. Nous déclarons que nous ne sommes pas responsables de la nouvelle tempète qui va peut-être bientôt fondre sur sa tête, et nous désirons bien pouvoir la prévenir et l'en garantir.
19.0 Les Jésuites de Pekin ont exercé des violences contre leurs créanciers, et ils ont fait des contrats usuraires.
Rép. Les procareurs que nous avons députés en Europe, y portent sur ces deux points les actes les plus authentiques de notre justification. Ce mémoire abrégé ne souffre point une si longue discussion.
20.0 Ce sont les Jésuites qui ont fait nommer le père Bouvet à la députation de Rome.
Rép. C’est un fait que nos adversaires avancent sans preuves, et dont als ne fourniroient jamais de témoins. Au reste, qu'y auroit-il d'étonnant qu'ils eussent autant d’empressement à faire députer un de leurs frères à Rome, que M. le Patriarche en a eu à y faire envoyer un de ses domestiques ?
21.0 Les Jésuites n’ont pas empêché que la dignité de M. le Patriarche ne tombât quelquefois dans le mépris.
Rép. M. le Patriarche ne l’a sas empêché lui-même. D'ailleurs les deux caractères différens de M. de Tournon et de l'Empereur de la Chine ont été les seules causes des mortifications que M. le Légat a essuyées à la cour de Pekin. Les Jésuites n’y ont eu d'autre part que de travailler, tant qu’ils ont pu, à adr: ir l'Empereur. La vivacité de M. de Tournon et ie flegme joint à la fermeté de l'Empereur, rendoient celui-là peu propre à négocier auprès de celuici. Le mandarin Chao en avertit M. le Patriarche, en lui faisant le portrait de l'Empereur. 77 épargne le saiin , lu dit le mandarin, es él brise les aiamans.
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 483 Trop de résistance vous fera traiter avec rigueur, et si vous savez plier , vous fléchirez le eœur du prince, Le narré fidèle que nous venons de faire, convaincra toutes les personnes équitables que M. de Tournon est la seule cause du mauvais succès de sa négocia= tion. Les journaux que les personnes de sa suite ont faits en particulier, prouverontles résistances brusques et réitérées du Légat aux volontés de l'Empereur. Le moindre manque de respect pour le souverain, est un crime irrémissible à la Chine ; qu'aura donc dû produire nne habitude continuelle d'opposition à ses désirs et un manque soutenu de complaisance? Nous avons pu empècher quelquefois les mécontentemens du prince d’éclater; mais l'avons-nous pu toujours? Ce que nous avons obtenu par un effort de crédit, c’est que la libéralité du prince ne manquât jamais à M. de Tournon , et qu’il fût reconduit de Pekin aux
frais de la cour, comme il avoit été défrayé en venant ici de Canton.