‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 5)Chapitre 99 sur 106 · OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

1,0 Ï 1 ya en Chine des villes de trois ordres : celles du premier embrassent dans leur gouvernemeni plu- Sienrs autres villes du second et du troisième ordre. CIO

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Celles du second sont des villes dont le gouverneur a autorité et inspection sur trois ou quatre petites villes. Celles du troisième ordre n’ont qu’un district ou territoire d'environ quinze lieues de diamètre. T'elle est celle de Yun-tchong où j'ai été arrêté : elle est située dans la partie orientale de la province dépendante de Tchong-kin-son , ville du premier ordre.

20 Dans les villes du quatrième ordre, il n’y a que quatre mandarins : le premier est le gouverneur appelé Tai-ye ; le second, qui està pen près comme un exempt de maréchaussée, s'appelle Pa-ye ; le troisièine , qui a inspection sur les lettrés et sur les nobles, se nomme Sam-ye ; le quatrième , qu'on nomme Lao-ye, est comme le lieutenant ou vicegérant du gouverneur. Le gouverneur d'une ville du

remier ordre , s'appelle Tou-thai-ye.

3. Chaque parue principale de la province a encore un autre gouverneur supérieur appelé Tao-ye ; il a autorité sur toutes les villes et les gouverneurs de cette partie-là. Le Tao-ye de la partie orientale où j'ai été pris , étoit beau-père de l'Empereur actuel. Il étoit exilé dans cette province , parce qu'on le trouvoit à la cour d’un caractère trop inquiet.

4. Les instrumens dont j'ai à parler, sont 1.° le Kia-houen , quiest une machine composée de trois ais d’un bois fort dur, fortement liés par un bout, et qui s'ouvrent dans leur largeur. On y insère les chevilles des pieds pour les serrer. Il ÿ à des cavités creusées dans le bois pour enclaver les chevilles des pieds. Dans un des côtés de celle où je fus serré , les cavités ne se correspondoient pas , ce qui augmenta mon tourment. 2.2 L’instrument pour les soufllets est composé de deux semelles de cuir de bœuf, semblables à celles de nos souliers d'Europe , cousues par le talon , et détachées dans le reste de la lon gueur : celui qui donne les soufllets, le uent à Ia

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 485 main par le taton. 3.0 Les bambous sont de gros roseaux d'environ deux pouces de diamètre ; on les fend dans la longueur de cinq à six pieds en trois ou quatre parties. Celui qui frappe prend une de ces parties, et avec le bout de la racine, qui est fort noueux , il frappe à grands coups sur le derrière des cuisses à nu. Quand on a frappé des coups de bâtons sur les chevilles des pieds, on les appuie d’un côté sur une pierre, et on frappe sur l'autre avec un bâton long d'environ un pied , et de l'épaisseur en carré d’un pouce et demi.

5.9 La capitale de cette province s'appelle Tchentou. Le gouverneur de toute la province qu'on appelle T'song-tou , y fait sa résidence. Il a au-dessus de lui un grand mandarin qu’on appelle Ngan-tchassou ( lieutenant criminel ). Les coupables de délits considérables sont conduits devant eux de toutes les parties de la province, Ensuite les procès-verbaux sont envoyés à Pekin, afin que les sentences de mort ou d’exil y soient confirmées , avant que d'être mises en exécution.

5.7 Ceux que j'appelle satellites sont des hommes qui su'vent le gouverneur , et font les fonctions à peu près de ceux qu'on appelle en Europe sergens de justice. s servent jar quartier, et sont Gistribués en bandes ou brisedes, dont j'appelle les chefs rsgadiers , n'ayant jes (autres termes.

7.0 Il y a dans ce: Ympire une secte de rebelles, ennemis de la dynastie actuelle , qui fermente sourdement et éclate par intervalles en différens endroits, Il n’y a point de supplices dont on ne les punisse. [ls sont accusés d’horribles sortiléges : on les appelle Pelen-kiao.

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LETTRES qe

RELATION De la persécution et de lu délivrance de M. Gleyo,

missionnaire apostolique.

Fr 1769 ; première année de mon administration , étant dans le district de la ville Ngan-yao , je fus averti que, dans un village des environs, demeuroit un ouvrier en cuivre ; que de trois apprentis qu’il avoit, le plus jeune, âgé d'environ dix-sept ans, étoit très-disposé à embrasser la religion chrétienne, et avoit une maladie de langueur qui le menaçoit d'une mort prochaine, A cette nouvelle , je me rends le soir même chez le jeune homme. Je le fis apporter dans la chambre qu'on me donna , afin de lui parler plus à loisir et dans la pensée que je n’avois à parler qu'à lui ; mais les deux autres apprentis voulurent aussi me venir entendre , et leur maître se joignit à eux. Je leur parlai environ une heure et demie pour leur montrer la vanité des idoles , leur faire connoître l'existence de Dieu , créateur de toutes choses et juge de tous les hommes , et la nécessité de l’adorer et de le servir pour parvenir au bonheur du ciel, ét éviter les tourmens éternels. Après que Jeus fini, je demandai au malade ce qu’il pensoit de ce que j'avois dit; il me répondit qu'il n'en avoit pas perdu un mot, et qu’il vouloit absolument être Chrétien. Je restai auprès de ce cher enfant pour en prendre soin. Je lai assisté jusqu’à sa mort, et sa docilité, son empressement pour s’instruire + m'a comblé de consolation. Quelques jours après avoir reçu le baptême , il mourut dans les sentimens les plus chrétiens. L'ouvrier en cuivre et un de ses apprentis se convertirent aussi. Il y en eut deux

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antres qui, l'ayant su, voulurent s'mstruire de notre religion, et l’embrassèrent après les instructions et les épreuves accoutumées. Je partis ensuite de cet endroit, pour aller visiter d’autres Chrétiens plus éloignés.

Reven: à Ngan-yao , après trois mois d'absence, j'appris que l’ouvrier en cuivre n’y étoit plus, et qu'il s’étoit retiré dans sa famille qui demeuroit dans le district de la ville de Yun-tchang. J’envoyai chercher cet homme dont j'avois la conversion fort à cœur. Il vint me trouver, et me dit qu’il ne s’agissoit pas de lui seul, mais de toute sa famille qui consistoit en cinq grandes personnes et plusieurs petits enfans. Il les avoit instruits de son mieux, et m’assuroit que si je voulois aller chez lui, comme il m'en prioit avec les plus vives instances , ils se feroient tous Chrétiens. Je désirois plus que lui d’aller à leur secours; mais pour ne point faire de démarches inutiles , je lui demandai quel étoît celui de qui il affermoit le terrain qu’il occupoit : il me répondit que c’étoit d’un de ses parens , instruit de sa conversion , et qu'il n’y avoit rien à craindre de ce côté-là, ni même du côté des voisins ; qu'il avoit tout examiné , et que je pouvois le suivre. Îl se trom-

oit en cela; mais sur sa parole, je me décidai à y aller avec lui.

J'avois avec moi un écolier , âgé de dix-sept ans, nommé André Yang, fils d’un Chrétien qui m’avoit appris la langue du pays. J’emmenai aussi deux autres fidèles, l’un nommé Oang - 15e - koui, l'autre Tkang - pe - kouen , pour servir de parrains à ceux que je devois baptiser. Deux autres voulurent aussi m’accompagner. Nous partimes tous ensemble de la ville de Ngan-yao, et nous arrivames à la ville de cet ouvrier , le 24 mai veille de la Fête-Dieu.

Peu après notre arrivée, le maître du terrain, dont on ne se défioit pas, vint, sous prétexte de

visite, pour savoir qui nous Ctions, et ce que c éloit que notre religion. Les Chrétiens lui répondirent ce qu'ils jugèrent à propos; car je m'abstins de paroître devant lui, 1 demanda si nous n'avions point de livres de religion ; on lui présenta un chic: nprimé en chinois contre le culte des idoles. El L prit, l’emporta, en disant qu'il reviendroit bientôt, et que peut-être il embrasseroit aussi notre religion.

I revint effectivement le mardi matin, 30 mai, avec quatre ou cinq paiens qu'il avoit rassemblés. Ils nous prirent, et nous lièrent » pour nous conduire à la ville d'Yun-tchan, disant qu nloient savoir du gouverneur si notre religion étoit bonne, ou si elle étoit superstitieuse. Ils arrêtèrent aussi avec nous l’ouvrier en cuivre, son frère et son beau frère , tous trois prosélytes, Je baisai la corde qu’on me mit au cou; je voulus en même temps s mon crucifix, en le cachant dans un de mes Las (qui sont fort larges dans le pays ); mais ile s'en aperçurent, me l’arrachèrent avec fureur , et le gardèrent pour servir de pièce d'accusation contre moi, il ne me resta plus de choses saintes qu’une boîte reliques et celle des saintes huiles, que je portois dus une bourse qu’ils n'aperçurent pas.

Etant arrivés à la ville sur le soir, notre affaire fut portée devant le Lao-ye, daus l'absence du gouverneur, Pendant que nos accusateurs dressoient leur procès-verbal, nous fûmes gardés dans une auberge où nous eûmes à essuyer les importunités et les moqueries des païens qui s’assembloient en foule autour de nous, Environ deux heures après, on vint nous prendre pour nous mener devant le Lao -ye. Alors le maître du terrain et un de ses parens se présentèrent, et firent leur déposition contre nous. Le Lao-ye répondit qu’il leur savoit bon gré de leur zèle pour le bien public; qu'ils avoient fait très-sagement de lui déférer des geus comme nous; qu'assu-

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 48) rément notre religion étoit la même que celle des Pelen -kiao, À cita ensuite devant ‘ri l’ouvrier en cuivr. , et l:° demanda compte « e doctrine et de nos prières ; il voulut enfin : voir qui l’avoit imsli.t, Pour m'épargner et ne pas me compromettre, l'ouvrier en cuivre lui répondit que c’étoit un Chinois appelé Oang-thien-sio : on appela aussitôt ce Chinois qui dit au Lao-ye que l’ouvrier en cuivre demeurant chez lui, il lui avoit effectivement parlé de la religion chréuenne , et expliqué notre doctrine. Alors le Lao-ye fit fr-pper ce pauvre chinois de vingt soufllets; ens1 essant à moi, il me demanda d’où j'étois. J pondis que j’étois Européen, Qu'’êtes - vous v faire ici, m'ajoutatil? Je suis venu, lui dis-je, ; êcher la religion chrétienne, et ce n’est pas, Comme vous le savez, la

cte des Pelen-kiao. Notre religion est connue de

\pereur; 1l y a jusque dans sa cour des Européeus qui l’enseignent tout comme moi : ils ont dans Pekin des églises ouvertes , où l’on fait publiquement les exercices de notre sainte religion : l’empereur Cang-hi a été sur le point de embrasser ; il y a des Chrétiens dans toutes les provinces de l'Empire, et ceux qui connoissent leur doctrine ne l'ont jamais confondue comme vous, Seigneur, avec la secte infâme des Pelen-kiao.

Le ZLao-ye me demanda pour lors de quelle utilité pouvoit donc être notre religion. Je lui répondis qu’elle préservoit ceux qui l’embrassoient et la pratiquoient, de la damnation éternelle, et qu'elle les conduisoit au bonheur du ciel. Il me demanda aussi si nous n'adorions pas des idoles. Ayant répondu à cette question avec indignation et de manière qu’il n'eut pas un mot à me répliquer , il me dit: Mais à l'entendre , ta religion est bien nécessaïre ? Oui, lui dis-je, éndispensablement néces-

saire. Quel intérêt ; ajouta-t-il, as -1u de venir de

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