‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]Chapitre 2 sur 107 · FR PURES OR PR EC CC OP ESS · texte numérisé non relu

FR PURES OR PR EC CC OP ESS

1 vous pauvres m l’aurois dis- >s deux rre que le vivre ais VOUS ‘e pour e,

ait tant ropéen ; t entrem'a asté qu'il illustre ; ur dans ler dans

en avec n rendit ebelles ; ains des re et son que sant yale, et ta sur le

ar réforquelques peuples.

u mahote d’Ali, Le estime es Euro de leur mission-

ÉDIFIANTES ET CÜRIEUSES, 3

naires de prêcher publiquement la religion ckrétienne dans tous ses états » et chacun est libre de l'embrasser , sans crainte d’être inquiété, C’est là un oint d'une conséquence infinie > €t qui doit bien Rire plaisir à ceux qui s'intéressent autant que vous, Madame , à la gloire de Dieu.

Depuis son élévation au trône > ilne s'occupa que de la guerre ; battu à différentes fois par les Turcs, il eut enfin sa revanche, et termina cette guerre par une paix glorieuse, Ensuite il tourna ses armes contre l'empire du Mogol , et se jeta dans ses Provinces avec l’impétuosité d’un torrent qui se déborde, Rien ne put l'arrêter, ni montagnes , ni déserts , ni villes, ni citadelles , ni armées; ses conquêtes furent aussi rapides que celles d'Alexandre, Toujours victorieux, il arriva le 17 de la lune de février 1739 , à deux journées de Dély, capitale de l'empire. L’armée de ra Mahadmad - Schah » la plus brillante et la plus nombreuse dont on ait jamais oui parler, l'attendoit de pied - ferme, Elle étoit composée de quatre cent mille chevaux » de quatre cent mille mousquetaires , de trois cent mille soldats armés de lances, de flèches et de zagayes, de dix mille pièces e Canon , de trente mille chameaux et de deux mille

éléphans armés en guerre. Cette formidable armée s’étoit campée avantageusement , et elle avoit eu lé loisir de faire de bons retranchemens de six lieues d'étendue du côté le plus foible.

Thamas- Koulikan , qui, depuis son avènement au trône, s'appelle Nadir-Sche n’avoit dans son armée que soixante mille hommes tant de eavas lerie que d'infanterie, Il ne jugea pas À propos d’attaquer un ennemi si supérieur en forces ; il se cona tenta de s'emparer de quelques pustes éloignés , au moyen desquels il lui rompit la communication deg vivres et des fourrages avec la ville et la campagne, Des détachemens de quatre mille , de cinq myllé

Zoe

hommes commencèrent à sortir du camp pour aller chercher des provisions ; on tomboit sur ces détachemens , et on les mettoit en pièces ; il ne falloit our cela que deux ou trois cents cavaliers persans. La cavalerié persane l'emporte sur Îles meilleures troupes de l'Asie ; mais la réputation où étoient les ha de Nadir - Schah , inspiroit de la terreur ; leur seule figure et leur habillement faisoient trembter les Mogols.

Les chevaux persans sont grands : les cavaliers sont communément bien faits ; ils gardent leurs moustaches ; ils ont pour turban un bonnet carré haut d’un pied et demi , couvert d'une peau de chèvre ou de tigre avec son poil. À ce turban est attachée une lame de fer , courbe , longue d’un pied ; avec laquelle ils parent les coups de sabre, moyen+ nant certains mouvemens de tête qu'ils font avec beaucoup d'adresse. Leur habit de couleur verte , jaune ou rouge, est ample , court, avec de larges manches ; ïls portent au-dessous une espèce de chemise entrouvertie sur la poitrine ; ils ont de petits caleçons et des bottines de cuir. Leurs armes sont un fusil à mèche , une hache, un sabre et un bouclier. Ces cavaliers , avec cet attirail , qu’ils savoient être redoutable à leurs ennemis, marchoient à eux sûrs dé la victoire ; ils les attaquoient partout en quelque nombre qu'ils fussent, et les poursuivoient quelquefois jusque sous leurs batteries de canon. Dans plusieurs de ces sorties qui se firent pendant quinze jours, Mahadmad-Schah perdit plus de cinquante mille hommes.

Cependant la famine se mit dans sa nombreuse ârmée ; on y mangeoit les chevaux et les chameaux ; une petite mesure de riz étoit vendue jusqu'à dix roupies. Bientôt on ne trouva presque plus ni riz,

ni froment , ni aucune sorte de grains ; la faim, les

maladies , l'infecüon firent mourir dans le camp

ur aller s déta- : falloit )ersanse illeures ient les erreur ; t trem-—

avaliers it leurs et carré eau de ban est in pied ; moyen+ nt avec * verte , e larges de chele petits nes sont un bousavoient nt à eux rtout en suivolient on. Dans it quinze inquante

ymbreuse

Ameaux ; squ'à dix ns ni riz, faim , les le camp

ÉDIFIANTES FT CURIEUSES, 5 plus de soixante mille hommes. Le désordre et la disette y augmentar* chaque jour , trois cent mille sortirent du camp à Ja débandade ; peu échappèrent aux troupes de Perse, Le surlendemain Nadir-Schah envoya dire à Nirzamamoulouk » Sénéralissime de l'armée mogole , qu’il vint le trouver » et qu’il traiteroit avec ui de paix et d’accommodement.

Il faut vous faire connoître | Madame » Ce général de l’armée mogole. Nirzamamoulouk étoit auparavant un des premiers ministres de l'empire ; son Principal emploi à la cour étoit de former l'Empe. reur à la guerre et aux bonnes mœurs. H auroit souhaité que Mahadmad-Schah eût été lus docile à ses leçons , et qu'il se fût moins occupé de ses plaisirs. Il s’en expliquoit ouvertement,

Cette liberté déplut à une bande de jeunes cour

tisans débauchés > AUX on ?

1es et à quelques dames favorites , qui indisposèrent esprit du prince contre le censeur de ses désordres. On pensa à l’arrêter sur

je ne sais quel prétexte. Nirzamamoulouk prévint le Coup. Îl avoit , par sa dignité d’amiral Omrek : Commandement d’un Corps de troupes de quarante mille hommes, 1] fit entendre à ses principaux offi-

ciers, qu’un empereur efféminé ne méritoit pas de Commander à d'aussi bra

le Dekan, dont il étoit soubab vain Mahadmad-Schah ordonna

€ le combattre dans sa retraite > il ne fut point Obéi.. Nirzamamoulouk » retiré dans le Dekan avec son armée, se Comporta toujours en sujet fidèle et respectueux ; il ne manqua jamais d'envoyer à l’Empereur le tribut ordinaire de sa province ; il acquit

OU gouverneur. En -t-1l de le suivre et

(A LETTRES même à l'empire de nouveaux pays qu'il prit sur le Sevagi et sur d'autres Rajas-Gentils.

Une conduite si soumise et si peu attendue , fit oublier à la cour qu’il avoit été rebelle. L'Empereur Jui rendit dans la suite sa bienveillance; il luiaugmenta ses titres d'honneur, et il lui soumit tous les nababs et les soubabs qui sont dans la péninsule dequis Surate jusqu’au cap Comorin. Peut-être en tout cela agit-il politiquement, et ne lui donna-t-il que ce qu'on craignit qu’il ne prit par force.

Nirzamamoulouk n’avoit jamais vouln retourner à la cour , quoiqu'il y fût souvent invité par l'Em-

ereur , par ses parens et par ses amis. Enfin, dans

es fâcheuses circonstances où étoit l'état , il céda aux instances réitérées qui lui en furent faites. I alla donc avec son armée joindre celle de l'Empereur à Déiy. Ce Prince lui fit l’accueil le plus favorable , et les gens de la cour le revirent avec joie. Sa rande expérience dans la guerre et son courage prouvé ranimèrent tous les cœurs, Tel étoit le énéralissime des armées du Grand - Mogol , avec qui Nadir-Schah vouloit s’aboucher, et traiter de la paix.

Nirzamamoulouk , ou plutôt Azefa , qui est le nom sous lequel il est maintenant plus connu , et dont je me servirai dans la suite , Azefia , dis-je, qui connoissoit le génie de ses troupes , craignant qu'en son absence une terreur panique ne les saisit et qu'ils ne prissent la fuite, n’accepia point la proosition du roi persan ; au contraire, il exhorta Enoiian , Simolkan et quelques autres de ses énéraux , de sortir généreusement de leurs retranchemens, et de le suivre pour combattre des ennemis qu'il vouloit , disoit-il , mettre en poudre sous les pieds de ses chevaux. Ses généraux lui ayant promis de le suivre partont , il alla faire part à l'Empereur de la résolution qu’il avoit prise de livrer bataille à

Pr ie NS sn et RS RE PAPRIE RATE Vs

és A #

rit sux

lue , fit ipereur gmenta nâbabs s Surate la agit-1l èe quon

tourner r l'Emn, dans ‘éda aux Il alla pereur à able , et joie. Sa courage étoit le | , avec ter de la

ui est le nnu . et dis-je, raignant les saisit.

it la pro | exhorta ss de ses rs retranennemis sous les nt promis Lmpereur

bataille à

l'ennemi. L'Empereur y consentit ; et, pendant la nuit suivante , tous les préparatifs se firent pour combattre à la pointe du jour. Mais l'Empereur qui l'avoit passée dans son sérail, où il éconta le consei]

es age on aussi lâches que lui, changea de senti-

ment , révoqua l'ordre qu’il avoit donné À Azefia , et lui fit défense de hasarder la bataille.

Ce contre-ordre mit au désespuir Azefa, parce qu'il voyoit périr misérablement son armée. J] prit donc le parti d'aller trouver Nadir-Schah , accom pagné seulement de dix officiers. Nadir-Schah > qui étoit assis, se leva à son arrivée : « Voyez, lui ditl, » combien je vous estime , puisque je me lève ponr » Vous faire honneur ; je ne vous aîme pas moins ; » asseyez-vous. » Azefia, après avoir fait trois révé. rences , selon l’usage , s’assit, et Nadir-Schah déduisit ses griefs, et les sujets qu'il avoit de .: plaindre du Mogol.

Le premier étoit que Mahadmad-Schah retenoit injustement le trône que Timou-leng ou Tamerlan , fondateur de la monarchie mogole , avoit transporté autrefois de la Perse dans l'empire, lequel avoit coûté neuf carols (neuf cent mille roupies. ) Il faut vous expliquer , Madame » la valeur de cette monnaie du Mogol; afin qu'elle ne vous arrête pas lorsque je vous en parlerai dans la suite de cette lettre, Un carol vaut cent laks , un lak vaut cent mille roupies, une roupie d’or vaut treize rouples d'argent, etune roupie d'argent vant trente-huit sous de la monnaie de France. Le second étoit que les Persans ayant prêté et sou doyé dix mille hommes pour aider le grand-père dé Mahadmad-Schah , oncle de Gehanguir, À monter Sur le trône , l'empire Mogol n’avoit point encore

dédommagé la Perse des dépenses qu’elle avoit faites en sa faveur, Le troisième » que l'Empereur n’avoit point secoura la Perse » Comme il s’y étoit engagé , durantles dernières guerres qu’elle a soutenues contre

les Turcs, et où , faute de ce secours, elle a essuyé de grandes pertes. Le quatrième , que l'Empereur ; contre le droit des gens , avoit arrêté ses ambassadeurs , sans daigner même répondre aux lettres qu'il lui avoit écrites. Le cinquième , que Mahadmad- Schah lui avoit donné la peine de venir de si loin pour se faire justice par lui-même, Auefia répondit au Roi de Perse que ses plaintes lui paroissoient bien fondées , et qu'il en écriroit à l'Empereur , afin qu'il réparät ses fautes le plus promptement et le mieux qu'il seroit possible ; que du reste il prioit sa Majesté de ne lui rien imputer sur les sujets de mécontentement qu’il avoit, puisque; depuis plusieurs années , il s'étoit absenté de la cour; et qu’il n’avoit pris nulle part aux affaires du gouvermement ; que pour le dernier article, qui regardoit

Ja eine qu'on lui avoit donnée de faire un si long

voyage , 1l devoit d'autant plus être porté à Ja leur pardonner , Que lui et ses compatriotes souhaitoient avec passion l’attirer dans leur pays, Pour avoir tous ensemble l'honneur de lui baiser les pieds.

Nadir-Schah se mit à rire; puis regardant fixément (Azefia; « Vos réponses ;, lui dit-il, sont justes et » spirituelles ; elles me font plaisir; mais écoute7- » moi: j'ai à vous parler plus sérieusement. Je vous » ordonne d’aller dire à votre maître qu’il vienne me » trouver demain; je feraila moitié du chemin, et nous » nous rencontreroris au milieu de nos deux armées. , Je veux bien lui ‘accorder la paix ; mais s'il est » peutouché de ma générosité , je lui ferai couper Ê tête, »

Azefia alla rendre compte à l'Empereur d’un si fier entretien; et ne pouvant pe lui inspirer ce noble courage dont il étoit animé , il l'engagea à accepter Yentrevue qui lui étoit proposée. Le Persan et le Mogol se rencontrèrent le lendemain en présence des deux armées. Ils s’'abordèrent en s'appelant du

Ft * ss ;

LAPÉE NPA EC ANENE ER

| essuyé

pereur , mbassares qu’il admad- > si loin

plaintes criroit à le plus le ; que imputer puisque s > la cour, | gouverregardoit n si long à la leur xhaitoient avoir tous Se.

tfixément L justes et s écoutez it, Je vous vienne me in, et nous ux armées.

ais s’il est ral COUPET

d’un si fier r ce noble | à accepter ’ersan et le n présence

ippelant du

ve <

# ë % fi FA C2

sr «d c:

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 9 nom de frères à la manière asiatique ; ils s'embrassèrent avec beaucoup de démonstrations d’une amitié apparente. L'Empereur = ‘* avoit été intimidé de la menace qu'on lui avoit ‘te , offrit sa couronne à Nader-Schah : « Je salue votre couronne » répondit- » il ;çelle est à moi; je vous la rends. Tont ce que » jJ'exige, c'est que vous restituiez à la Perse ce qui » lu est dû. » Le Mogol lui promit de le satisfaire pleinement. Cette parole donnée , on ne parla plus que,de choses agréables. La conversation dura six heures , et Nader-Schah invita l'Empereur à un féstin pour le lendemain. Ce festin fut somptueux ; il coûta trois laks de roupies. Les deux rois y parurent accompagnés des principaux seigneurs de leur cour , et couverts d'habits d’un éclat et d’une magnificence qui éblouissoit. A la fin du repas, on fit tirer plusieurs feux d'artifice ; une troupe de musiciens divertit quelque temps la compagnie ; vinrent ensuite les danseuses qui sont toujours à la suite de la cour, et qui firent admirer leur bonne grâce , leur agilité et leur adresse,

: F'Empereur retourna dans son camp fort satisfait, Il régala à son tour le Roi de Perse , Mais d’une manière beaucoup plus somptueuse. Tous les mets étoient servis dans de la vaisselle d’or, Il termina le repas par un présent qu’il fit au Roi de Perse, de six chevaux tartares parfaitement beaux, et de deux éléphans, dont l’un étoit chargé de bijoux et l’autre de roupies, |

Quelques jours après cette double fête , Nader- Schah fit remettre à l'Empereur mogol un mémoire, par lequel il lui demandoit quarante carols de roupies, soit pour les dépenses qu'il avoit faites dans la guerre contre les Turcs , soit pour celles qu’il venoit de faire ou qu’il avoit encore À faire pour s’en retourner en Perse. Mahadmad-Schah ne lui envoya que vingt chariots de roupies d’or , et cent chameaux chargés

de roupies d'argent , ordunnant à Azefia son plénipotentiaire de s employer de toutes ses forces à faire diminuer la somme que Nader-Schah lui demandoit.

Azefia s'acquitta de sa commission avec succès. Nader-Schah reçut ce qui lui étoit envoyé , et il se contenta de douze carols de roupies qu’on lui payeroit dans le terme de quatre ans , «: de cinq carols de joyaux qu’on lui livreroit actuellement , avec le fameux trône de Tamerlan. Cet accord. étant arrêté, Azefia alla le présenter à l'Empereur son maître pour le lui faire signer. L'Empereur refusa de le faire , alléguant pour raison qu’il étoit hors d’étät de fournir une somme si considérable ; qu’il renonceroit plutôt à l’empire que d’y consentir ; et que si on le pressoit davantage , il iroit se confiner dans un coin de sa province de Bengale, pour y vivre en dervis le reste de ses jours.

Azefia remontra à l'Empereur qu'il ne pouvoit assez reconnoître la générosité avec laquelle Nader- Schah lui avoit rendu la couronne ; qu’il ne s’embarrassât point de la somme qu’on lui demandoit , qu'il savoit où la prendre; qu’il mettroit sur les Gentilaun impôt comme on avoit accoutumé de faire dans les nécessités pressantes de l'empire; et qu’au lieu de douze carols , il en tireroit vingt-quatre , dont la moitié reviendroit dans le trésor impérial.

L'Empereur en délibéra avec ses visirs , et leur avis fut de ne point donner les douze carols. Alors Azefia élevant la voix : « Empereur, dit-il d’un ton » ferme , livrez donc la bataille avec vos visirs. » Plusieurs d’entr'eux furent de ce sentiment; mais plusieurs autres prétendirent que les troupes affoiblies par la faim et par les misères qu’elles avoient souffertes , étoient incapables de combattre. La délibération dégénéra ensuite en des disputes et des altercations inutiles, sans prendre aucune résolution. Cependant le temps auquel Azefia devoit rendre ré-

n pléni- 's à faire uandoit.

Succès.

etilse ui payeq Carols avec le tarrêté, LL maitre a de le d’étät de onceroit sion le un coin n dervis

pouvoit Nader- ’embarit, qu'il ntilsun dans les heu de dont la

et leur s. Alors d’un ton VISIrs. »

it; mais es affoiavoient La dét des alolution.

idre ré-

DAT R TP Ne Re he EU ÉSRMNORN Te. ci der RTE PEN SRE En 5 Lan SR RSR

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, It

ponse expiroit; il part donc brusquement; et aussitôt qu'il fut en présence du Roi de Perse : « Prin » lui dit-il, je vous apporte ma tête; j’avoi » gagé ma parole de faire ratifier ar l'Empereuÿ » maitre le traité que j’avois fait en son nom » fuse de le signer ; disposez de ma vie comme i » plaira. »

Nader-Schah , plus irrité qu'on ne peut le fit arrêter Azefia, et défendit qu'on lui donnât manger et à boire de toute la journée. I] dépécha aussitôt un exprès à l’empereur Mogol pour lui dire que, puisqu'il n’avoit pas plus de bonne foi qu'un infidèle , il se disposoit à le traiter en infidèle , etquil alloit faire passer toute l’armée Mogole au fil de l'épée ; qu'il le feroit hacher lui-même en pièces, avec ses femmes, ses enfans et toute sa race » et réduire en cendres sa capitale. Il donna aussitôt ses ordres pour le combat, et fit publier à la tête de son armée , qu'après avoir passé sur le ventre de l'en nemi on tombât sur Dély, qu'on y mit tout à feu et à sang, qu'on n’y épargnât personne, et qu'ilabandonnoit cette ville si riche à un pillage général.

Azefia apprit dans sa prison les terribles projets de vengeance qui se préparoient pour le lendemain ; il en fit informer secrètement le Mogol , afin qu’il prit la généreuse résolution de combattre et de défendre sa vie et sa couronne. Mais loin de prendre une pareille résolution , ce pauvre prince n’en fut que plus découragé ; et à l'heure même , il fit pré parer du poison, pour lui, pour sa femme , ses en-

fans et toute sa famille, Cependant il fit dire à Azefia

qu'il reconnoissoit trop tard la faute qu'il avoit faite

de ne pas suivre ses sages conseils, en le priant

qu'au cas qu'il vit encore quelque moyen de sauver

ca cmpereur et sa patrie, il le prit tel qu'il pût tre.

Azefia envoya aussitôt supplier le Roi de Perse de

lui accorder un moment d'entretien pour la dernière fois. Cette grâce lui ayant été accordée , il fut con- -duit de sa prison dans la tente du prince ; et, tout en pleurs, il le conjura de suspendre son courroux. Après quelques momens de réflexion: « Ma clémence, » répondit Nader-Schah , vous accorde ce que vous » demandez , mais à condition que l'Empereur » votre maître vienne incessamment se remettre en » mon pouvoir , ou pour le faire mourir, ou pour le » laisser vivre , seion que je le jugerai à propos. » Un courrier dépêché par Azefia à l’empereur Mogol ne l'eut pas plutôt informé de cette réponse , que , sans délibérer davantage , il partit pour se livrer à la discrétion de Nader-Schah. Dès qu’il s’aprocha de la tente, il fut si consterné de l’air fier et sévère dont le Persan l’envisagea, que , tremblant de tout son corps, il-ne put pas dire le moindre mot pour sa justification. Nader-Schah , sans rien dire, ordonna, par un simple signe de la main, qu'on l'éloignât de sa présence , et qu’on le conduisit en un lieu où il fût gardé sûrement : ce qui fut exécuté à. l'instant. Il s’empara ensuite de toute l'artillerie de l'armée ennemie, et fit couper la tête à plusieurs , tant visirs, qu'omerahs , hazaris et autres officiers su-,

balternes de tout rang et de toute condition, qu'il.

avoit fait prisonniers de guerre ; il ne fit distribuer des vivres dans le camp des Mogols , qu’en telle quantité et pour autant de temps qu'il étoit nécessaire , afin d’en faire sortir tout l'argent qui y restoit, Tout s’y vendit à un prix marqué par les gens du Roi de Perse , c’est-à-dire, extrêmement cher. Une quaniité prodigieuse d’hommes et d'animaux y périrent,

Sadatkan, persan de nation, lieutenant-général.

des armées du Mogol, s’étoit rendu , au commencement de la guerre, auprès du Roi de Perse, pour quelque sujet de mécontentement que lui avoit donné l'Empereur son maître. Ce rebelle insinuoit souvent

ES Re EEE

Re ee

RC

Page 1