‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]Chapitre 4 sur 107 · END · texte numérisé non relu

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l'époux , le cazi, prêtre de la loï, ou le moulah son délégué, lit en présence de tout le monde le contrat de mariage. Après cette lecture, il ordonne à une dame apostée derrière la fille, de lui lever le voile de dessus la tête, Le prétendant qui est vis-à-vis, voit sa future épouse pour la première fois. On lui remet le voile, et le cazi demande au prétendant, s'il est content de la fille qu'il vient de voir. L’époux ayant répondu qu’elle lui agrée , toutes les femmes vont avec la jeune mariée se réjouir dans un appartement, où l’on a préparé un magnifique festin , et les hommes vont dans un autre. S'il arrive dans la suite que le mari dégoûté renvoie son épouse, il est obligé de lui donner la somme stipulée dans le contrat de mariage.

Les Mahométans riches et de qualité se font une loire brutale d’avoir dans leur sérail quantité de Fe à l'exemple de leur faux prophète, Il y en a qui en ont cinquante, quatre-vingts, cent. Ils se les donnent quelquefois , ou ils les changent pour d’autres. On en amène beaucoup de Circassie, de Ja Géorgie et de l’Abissinie pour les vendre, et elles coûtent cher.

Les maris ne mangent jamais avec leurs femmes, à la réserve de quelques petites. collations qu'ils font ensemble par manière de divertissement, Les enfans qui naissent de la première femme , quoique fort supérieurs aux autres , ne sont pas les seuls héritiers. On les marie fort jeunes. Jusqu'à l’âge de Septans , ils demeurent dans le sérail entre les mains de leurs gouvernantes. Les filles ont pareïllement des gouvernantes, mais elles demeurent jusqu’à leur mariage dans l'appartement de leurs mères,

Dans l'éducation qu’on donne aux jeunes filles, il n'entre ni chant, ni musique, ni instrumens , ni danse, Cela est réservé aux Courtisanes. On ne peut comprendre ici qu’une fille puisse danser en pré-

sence des hommes. Les manières d'Europe sur cet article et sur quelques autres , scandalisent fort les dames mahométanes. C’est inutilement qu'on voudroit les justifier ; 1l séroit plutôt à souhaiter qu'elles les ignorassent. On élève les jeunes filles de qualité à marcher avec grâce et posément, à bien se tenir au droites ou assises , à parler poliment et avec esprit, à coudre , à broder , et à s'habiller avec une certaine élégance. On ne leur enseigne point à écrire ; mais seulement à lire, afin qu’elles aient la conso- Intion de lire dans l’alcoran , où elles ne comprennent rien, he Dans les maisons bien réglées, et où l’on se pique de dévotion , toutes les femmes , ainsi que les hommes , savent par cœur les prières en langue arabe. Elles ne manquent point de s’assembler , à certaines heures du jour, dans une salle destinée à la prière; car elles ne vont jamais à la mosquée publique. Avant leur prière , elles se lavent entièrement dans le bain, ou du moins elles se lavent le visage , la bouche , les pieds et les mains jusqu'aux coudes. Elles ont des habits particuliers pour la prière et de couleur blanche: La propreté du lieu , des habits, et de la personne sont des conditions essentielles à la bonne prière , pendant laquelle on ne doit ni cracher ni tousser. Certaines parties de la prière se récitent ensemble et à hante voix : la posture du corps varie ; elles sont tantôt droites, tantôt assises ou prosternées sur des tapis ; elles lèvent les mains au ciel à certains versets ; à d’autres , elles les ortent sur la tête , sur les yeux, sur les oreilles , sur la poitrine, sur les genoux ; il y a pour tout cela des rubriques qu'on observe scrupuleusement. Rien n’est comparable à la modestie et au recueillement de ces dames quand elles prient.

Pour récompense de leurs vertus , elles espèrent le paradis tel que Mahomet le dépeint à ses Arabes

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grossiers et ignorans, Les vieilles et les laides ÿ disoitil un jour ; n’y entreront Jamais, Ses disciples surpris lui en demandèrent la raison : c’est, leur répondit il, parce que les vieilles et les laides deviendront alors jeunes et belles. C'est cette espèce de bon mot qu'elles répètent souvent en rlant, et avec une douce confiance d’en éprouver la vérité,

Elles jeûfient rigoureusement pendant uñe lune chaque année , et alors elles ne mangent ni ne boivent rien de toute la journée : ce n’est que la nuit qu’elles prennent leur réfection. Elles ont une

espèce de chapelet composé de cent grains : elles ie parcourent , en disant sur chaque grain une des perfections divines ; par exemple , Tout - Puissant ) Créateur , miséricordieux , etc, Elles font des pro messes et des vœux pour obtenir ce qu'elles désirent, Leurs vœux s'adressent d'ordinaire à quelques saints où saintes qu’elles reconnoissent dans leur système de religion , et qu’elles supposent déjà habiter les jardins délicieux du paradis. Elles les ré- -vèrent et conservent leurs reliques avec repect. Dans leurs invocations, soit à Dieu » Soit aux saints et aux saintes , elles tournent toujours le visage du côté de la Mecque. Elles ne sont point dans l'usage d’avoir des figures ou des images de ces saints ou saintes ; cependant elles voient volontiers l’image de la sainte Vierge : elles lui font d’abord la révérence , elles l’'appellent Bibi-Mirium ; dame Marie très-chaste : qui a eu JÉSUS pour fils, et elles racontent en son honneur une infinité d'histoires apocryphes,

Quand les femmes ont perdu leur mari > elles sont entretenues par le fils aîné du défunt , dans des appartemens séparés, qu’on nomme le vieux sérail. Elles passent Île reste de leurs jcurs dans une triste viduité ; plus pour elles, ni de parfums , ni d’ornemens , ni de jeux ou d’amusemens > Comme elles en avoient auparavant Pour se distraire et pour se

divertir. Le soin même du ménage n’est plus de leur ressort. Elles peuvent pourtant se remarier à d’autres avec le consentement du fils aîné de la famille , au pouvoir duquel elles sont.

Sur ce que vous me demandez en dernier lieu, Madame , si, sachant la langue mahométane , je convertis à la foi bien des disciples de Mahomet, permettez-moi de vous répondre que cette question est plus délicate que vous ne croyez. Tout ce que je puis vous dire , c’est que les Mahométans de ’Indostan ne sont ni si méprisans, ni si fiers , ni si ennemis du nom chrétien que les Tures , et que Dieu a partout ses élus. Je finis cette lettre , qui n’est peut-être que trop longue , en me recommandant à vos ferventes prières , et en vous renôuvelant les assurances de la respectueuse reconnoissance avec laquelle je suis , etc.

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