‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]Chapitre 43 sur 107 · T. III · texte numérisé non relu

T. III

SETMETRE

256 LETTRES sa mort, Ce favori mourut dans un voy fit en Egypte , à l'exemple d'Antoine » d'Auguste , de Germanicus » et de Vespasien , qui eurent la curiosité d’être eux-mêmes témoins des richesses et de la beauté de ce royaume. Les historiens ne con- Viennent Pas entr'eux des causes et des circonstances de la mort d’Antinoüs. Les uns disent qu'il mourut de maladie naturelle d’autres prétendent qu'il s’'immola Pour Son prince dans un sacrifice > d’autres énfin soutiennent qu'il se noya , en naviguant sur le Nil avec son maître, De quelque manière que soit arrivée cette Catastrophe incertaine , il est Constant, au rapport de tous les historiens, que la douleur que l’empereur en Conçut, fut sans bornes, etqu’elle alla à des excès sans exemple, La passion qu'il eut Pour ce jeune homme » Et les regrets qu'il eut de sa mort , lui firent inventer tout ce que son autorité et Sa puissance pPouvoient exécuter Pour iramortaliser le nom de son Antinoüs. I] lui fit Construire et dédier des temples ; il institua des jeux en sen honneur, Les Grecs pour lui Complaire soutinrent qu’il avoit rendu des oracles » Qu'on sait avoir été secrètement COMposés par Adrien même. Ce prince fit ensuite célébrer avec une Pompe somptueuse les cérémonies de son apothéose, Non Content de tout cela, il fit bâtir une petite , mais magnifique ville sur le bord du Nil, près du lieu où l’on prétend que ce jeune homme expira, etil donna à cette ville le nom d’Antinoé ou Antinopolis.

On parle diversemerit de Ja situation de cette ville, de l'ordonnance de ses édifices, de sa figure et de sa Srandeur, Je Fai vue » J'ai été long-temps au milieu de tout ce qui nous en reste, J’ai observé avec grande attention tout ce qui m’a paru en mériter. La ville est carrée ; elle n’a de diamètre qu'environ 2000 pas communs, Deux grandes et longues rues, qui se croisent par le milieu , et qui vont toutes deux

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d’une extrémité de la ville à l’autre , en forment la figure. Ces deux rues croisées ont de largeur dixhuit pas ou quarante-cinq pieds de roi > et vous conduisent à quatre grandes portes de la ville, Outre ces deux grandes rues , qui la partagent en quatre parties égales , il ÿ en a plusieurs autres de traverse moins larges, mais aussi longues , toutes tirées au cordeuu , et placées d’espace en espace pour donner aux maisons des issues commodes. C’est ce qu'il est aisé de reconnoître par les véstiges qui en restent, Les deux grandes rues , et les autres de traverse , avoient toutes de chaque côté leur petite galerie de cinq à six pieds de large , et de la longueur de leur rue, Ces petites galeries étoient voñtées, Leurs voûtes étoient appuyées d’un côté sur des colonnes de pierre d'ordre corinthien très-délicatement travaillées ») et étoient posées de l’autre sur le toit des maisons , que l’art avoit construites exprès, Les voûtes des galeries des deux grandes rues , plus larges que celles des rues de traverse , étoient soutenues par plus de mille colonnes rangées sur la même ligne, ce qui devoit faire un spectacle aussi agréable aux yeux que magnifique. On peut dire que cette ville étoit un continuel péristyle : d’où l’on peut juger que l’empereur Adrien avoit eu autant d’égard à la commodité des citoyens, qu'à la magnificence d’un monument qu'il vouloit laisser à la postérité. Car par le moyen de ces galeries qui ornoient toutes les rues ’ on alloit dans tous les Quartiers de la ville à cou vert des ardeurs du soleil et des antres injures de Pair, De toutes ces voûtes > €t de ce nombre prodigeux de colonnes qui les soutendient , il n’en reste aujourd’hui que des morceaux çà et à, et qui servent seulement de témoins de ce qu'elles étoient autrefois.

Pour ce qui est des quatre grandes portes de la ville dont j'ai parlé ; celles qui étoient au septention et au levant , sont ruinées au point de n'être

plus reconnoissables par leur forme : les deux autres du côté du midi et du couchant sont assez entières. J'en ai dressé un plan très-exact > Pour mieux faire entendre la description que j'en fais. La porte qui est au midi, et qui est représentée par la seconde figure ci-jointe , est une espèce d'arc de triomphe, qui a trois grandes portes voûtées , lesquelles servent de trois passages, La porte du milieu a environ vingtdeux pieds de roi de largeur , et quarante de hanteur. Elle se fermoit par deux grands battans de bois couverts de fer , qui ont été dans ja suite des temps transportés au Caire pour ÿ fermer une voûte qu’on appelle hab ezzouuillé ; proche le palais du grand prévôr Les deux portes qui sont aux côtés de la plus grande, qui est au mikeu , ont environ vingtquatre pieds de haut , sur dix ou douze de large, Elles ont au-dessus une ouverture carrée moins grande que les deux portes qui sont au-dessous. La largeur de tout cet édifice est d'environ soixante six pieds, l'épaisseur de quinze ou vingt, la hauteur de quarante-cinq. Les deux façades sont enrichies de huit pilastres corinthiens en bas reliefs » Cannelés depuis le mitien jusqu’à leur base. La saillie des angles de leurs chapiteaux est si grande , qu’elle a donné occasion aux Maures d'appeler cette porte abou elqueroum , c'est-à-dire Je père des cornes. Vis-ä-vis de ces huit pilastres, et à cinq ou six pas de À, huit colonnes corinthiennes de pierre blanche avoient été élevées de quatre pieds de fût, Chaque fût étoit de cinq pièces égales, et cannelées depuis le bas jusqu’au milieu. Le temps a respecté les deux colonnes posées sur leurs piédestaux marquées À et B qui regardent 1: ville; les deux autres marquées € et D sont plus qu'à moitié détruites. Pour ce qui est de celles qui regardent la campagne , marquées E, F,G,et H, on n'en voit pas mème les ruines, La porte au couchant, dont on voit l'architecture

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