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pour les voler, ce qui leur est arrivé plus d’une fois. C'est par la même raison qu'ils ont pratiqué dans gette tour une petite chapelle où ils serrent leurs Vases sacrés , et où ils feroient leurs prières dans le cas d’une irruption dont ils seroieut menacés, On entre dans cette tour par un petit pont-levis appuyé sur une terrasse voisine, J’ai vu de pareilles tours dans les monastères du désert de Nitrie. |
Les cellules des religieux sont bâties le long de la cour, et rangées à peu près comme ma carte les représente, Il y a environ trente cellules ; elles sont presque toutes séparées les unes des autres » etelles forment de petites rues, Le réfectoire > le four, le puits dont un cheval tire presque continuellement de l’eau , et les autres petits bâtimens destinés aux offices domestiques, ont ieurs rues particulières. Ces érllules, ces offices et ces rues paroissent être une petite ville située au milieu d’un grand désert, Le silence y est régulièrement observé jour et nuit.
Le monastère à son jardin , qni est assez grand. La cour dont je viens de parler , et lé jardin qui l'environne , forment un carré » Qui peut avoir neuf ou dix arpens. Les moines cultivent dans leur jardin toutes sortes d’herbes potagères pour leur usage. Ils ÿ ont planté des dattiers, des oliviers » des carouges, des lentisques, des pêchers et des abricotiers. Ils nous invitérent à cueillir nous-mêmes de leurs fruits.
Nous vimes aussi dans leur jardin deux vignes, qui leur donnent un petit vin clairet. Ils le réservent pour les hôtes qu’ils veulent distinguer ét régaler. Mais pour eux , ils n’en boivent qu'aux grandes fêtes de l’année. L'eau est leur boisson ordinaire. Elle leur vient par trois canaux différens » Qui la reçoivent au pied du mont Colzim, où en est la Source ; ces Canaux la conduisent par-dessous les terres ét les murs jusque dans les offices et les jardins du monasière , Qui en sont arrosés, Elle est chaire et cependant
chargée d’une salure , qui ne nuit pas à la santé, et à laquelle on s’accoutume. Les eaux du pays ont presque toutes la même qualité.
Vers le milieu du jardin , il y a une petite chapelle dédiée à saint Marc, ermite , et l’un des disciples de saint Antoine. C’est un petit ermitage, où les moines vont faire leurs prières particulières. Cette chapelle a deux autels : quelques inscriptions qu’on lit sur les murs , donnent à connoître que des Latins y ont célébré la sainte messe. |
Après avoir fait la description du monastère , il faut parler des religieux qui l’habitent, Ils n’étoient que quinze moines dans la maison , lorsque nous y entrâmes. Il n’y avoit de prêtres entr'eux , que le supérieur , et un autre moine. Leur habit consiste dans une chemise de laine blanche , une tunique de laine brune et une veste de serge noire à grandes manches; cette tunique couvre les autres habits. 1lS ont à leur tête un capuce noir et très-étroit , et portent sur leur capuce un bonnet de laine , rouge ou violet. Le bonnet est entouré d’un turban rayé de blanc et de. bleu. Ils sont ceints d’une ceinture de cuir. Leurs souliers sont rouges ou noirs. Ils les quittent lorsqu'ils entrent dans l’église et dans leurs cellules, dont le rez-de-chaussée est couvert de nattes. Ils ne portent point de bas; leur tête est toujours rasée ; ils ne se découvrent jamais , pas même à l'église, soit qu'ils assistent aux mystères divins , soit qu’ils les célèbrent.
Pour ce qui est du règlement de leur vie, voici ce que j'en ai appris. Ils ont pour règle de garder l’obéissance , la pauvreté et la chasteté ; de ne jamais manger de viande dans le couvent ; de jeüner toute l’année, à l’exception des samedis, des dimanches
et du temps pascal ; de réciter debout les heures
canoniales à la façon des Orientaux , pouvant cependant s'appuyer sur un bâton qui a une traverse en haut,
santé , et pays ont
etite chades disciitage , où res. Cette ons qu on les Latins
astère , 1l n’étoient 1e nous y , que le L consiste e tunique à grandes habits. HS troit , et 1e, rouge ban rayé ceinture rs. Ils les ans leurs de nattes.
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haut , dans la forme d’un T; de se rendre au chœur à minuit Pour psalmodier ; de coucher vêtus sur une simple natte ; de se Prosterner tous les soirs cent cinquante fois ld face Contre terre , les bras étendus , et de faire le signe de la croix autant de fois qu’ils se relèvent de terre, Ils appellent ces prosternations metanoé , c’est-à-dire Pénitence,
Mais entre ces religieux coptes, il y en a qui font profession d’une vie plus parfaite. Ils sont distingués des autres moines par une espèce de pallium ou sca- Pulaire de cuir , qu'ils appellent l’habit angélique , et qu'ils nomment 4skrm ; du mot grec Ethema , qui signifie kabrt. Ce pallium ou scapulaire descend du haut des épaules sur le dos et sur la poitrine, sous la tunique. Cet habit a quatre bouts qui sont tissus de croix , et qui se croisent les uns sur les autres en plusieurs manières. Les aspirans à une plus haute perfection que leurs frères, et qui portent par distinction cet habit angélique dont nous venons de parler , sont obligés à des jeûnes et à d’autres austérités plus rigoureuses , entr’autres à trois cents prosternations chaque nuit et à autant de signes de croix. Je demandai combien il y avoit üe religieux dans le monastère > Qui eussent obtenu la permission de porter l’ashim. On me répondit qu'il n’y en avoit que trois ou quatre. Nous ne les vimes point , parce qu'ils observent une plus sévère relraite,
Si une vie aussi pure et aussi pénitente que celle de ces moines du désert de saint Antoine » avoit Pour fondement une foi pure et orthodoxe , nous n’aurions que des louanges à leur donner, et À bénir Dieu des successeurs que la Providence auroit donnés aux anciens solitaires de la Thébaïde, Mais ces sacrés asiles de la vertu » autrefois arrosés des larmes et teiñts du sang de ces généreux martyrs de la péni-
tence ; sont habités aujourd'hui par des hommes T. III, 19
infeciés du monothélisme et monophysisme , des hommes qui croupissent dans une ignorance crasse , entêtés cependant de leurs sentimens , prévenus contre les catholiques , donnant dans toutes sortes de superstitions , se mélant de sortiléges, croyant avoir le pouvoir de préserver des maladies, d’enchanter les serpens , et de faire mille autres extravagances. Voilà les successeurs de ces astres lumineux , qui éclairoient autrefois la T'hébaïde ei le monde entier. Le Seigneur a renversé ces autels vivans , dont le parfum lui étoit si agréable ; il à frappé de malédiction ces bienheureuses demeures , où l’on accouroit de toutes parts pour y apprendre la science de la sainteté. Tristes effets du schisme.
J'eus plusieurs conférences avec le supérieur du monastère, qui se nomme Synnodius. Ce supérieur n’est à proprement parler que le vicaire du couvent; caril y a uu supérieur général , non-seulement du couvent de Saint-Antoine , mais encore de celui de Saint-Paul, dont nous parlerons bientôt. Ce supérieur général fait sa demeure à Bouche, village au couchant du Nil. Il a soin d'envoyer à ces deux couvens, qui sont sous sa juridiction , les provisions de b/é, de /entilles , d'oignons , d'huile de lin et de sesame, d'encens , de cire , et autres semblables choses qui leur sont nécessaires. Le supérieur général qui gouvernoit alors, s’appeloit Marc. Il étoit en querelle avec son patriarche, lorsque j’étois au Caire, où le patriarche fait sa demeure. Le sujet de la querelle étoit une somme de huit ou dix mille écus que Marc, disoit-on , avoit amassée , et qu'il gardoit soigneusement : son patriarche le trouvoit mauvais, et vouloit lui faire rendre compte de cette somme.
Pour revenir à Synnodius, je trouvai dans ce religieux plus d'esprit que de science , quoiqu'il se crût savant, Pour ne le point effaroucher , je me contentois de lui faire quelques questions , comme pour
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s ce reliil se crüût contenme pour
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 291 m'éclaircir de mes doutes sur ses Opinions erronées et schismatiques. Mais il ne songeoit qu'à répondre à sa pensée , et à invectiver contre l'Eglise latine, sans vouloir entendre une bonne raison, Il aimoit beaucoup mieux me parler d’astrologie , et de la transmutation des métaux; il en faisoit le seul objet de ses études, Je compris alors qu'il falloit se con tenter de le plaindre , et demander à Dieu qu'il le guérit de son entêtement, Mais il se trouva beaucoup plus docile , lorsque nous le priâmes de nous faire voir la tour, qui est fermée À tous les étrangers + Car moyennant quelques petits présens de quincailleries , nous lui persuadämes de nous ÿ conduire, Notre curiosité n’étoit que pour voir et examiner leurs manuscrits, Nous y trouvâmes trois cotfres qui en étoient pleins ; c’est tout ce qui avoit pu échapper des pillages du monastère en différens temps : nous les feuilletâmes les uns après les autres, Les manuscrits ne contenoient , pour la plupart, que des prières et des homélies en langues coptique et arabique. L'abbé Assemanni ne trouva que trois Où quatre manuscrits dignes da Vatican, Il les acheta du supérieur à l’insçu des moines , qui s’y seroient opposés, nonobstant l'inutilité de ces livres s dont ils ne font aucun usage,
Après avoir eu tout le loisir de visiter et de connoître le monastère de Saint-Antoine 5 NOUS pro+ posämes au père Synnodius d'aller en sa compagnie visiter le couvent de Saint-Paul. Il nous dit qu'il ne nous Conseilloit pas d'entreprendre ce voyage , parce que nous tomberions infailliblement entre les mains des Arabes nommés Abaldé , qui infestent les bords de la mer Rouge. Il nous expliqua que ces Arabes Abaldé étoient originaires des environs
d’Assaoüan et de la Nubie ; qu’ils étoient ennemis
jurés d’autres Arabes nommés Benioüassel : que ceux-ci habitent le rivage du Nil vers le Caire ; qu'ils
se livroient assez souvent des combats les uns contre les autres , et que depuis peu les Abaldé avoient massacré une grosse troupe de Benioüassel. Je répondis au père Synnodius que ma curiosité de connoître par moi-même les productions, les dimensions, et le mouvement de la mer Rouge , étoit plus grande ue ma crainte des Arabes, et que nous avions lies confiance en la protection u Dieu. Ce père se rendit à notre empressement. Nous chargeîmes nos chameaux de nos provisions nécessaires, et nous nous mimes en chemin le 29 mai sur les cinq heures du soir. Nous marchions vers le nord par la plaine de l’Araba , ayant à notre droite le mont Colzim, et à notre gauche celui d’Askar, éloignés l’un de l’autre d'environ dix-huit milles, et de trente milles ou environ de la mer Rouge. La plame où nous éuons , est coupée d’une infinité de torrens desséchés en été et couverts en plusieurs endroits de petites éminences, qui sont ordinairement des minières d’ocre de diverses couleurs, jaune , rouge, verte, brune. Comme nous marchions assez près du mont Colzim , nous aperçûmes à son pied de vastes creux et de grands quartiers de pierres détachés et dispersés çà et là, Le père Synnodius nous dit que ces grosses parties de pierre que nous voyions , avoient été tirées de trois carrières de marbre , qui étoient en Cilicie, dont l’une étoit de marbre noir , l’autre de marbre jaune , et la troisième de marbre rouge. On trouve sur le même mont Colzim deux autres carrières , dont l’une donne du marbre jaune , et l’autre fournit du granit, le plus estimé et le plus recherché de tous les marbres : cette dernière carrière est près d’un vallon nommé Tire ou du Figuier , ainsi appelé parce que ce vallon est fertile en fruits de cette espèce. [Il est arrosé d’une fontaine d’eau douce, où les chamois , les gazelles , les tigres et les autruches viennent continuellement boire.
s contre avoient ssel. Je ‘de conensions, grande AvVIOnS Ce père rgeàmes et nous 4 heures a plaine Colzim , l’un de Le milles )ù nous esséchés ites émis d’ocre brune.
nt Colcreux et ispersés grosses té tirées Cilicie, marbre 1 trouve rrières , > fournit 5 de tous rès d’un | appelé de cette uce , OÙ atruches
Comme nous voyagions dans Ja plaine qu'on nomme Araba, qui signifie en arabe car , je voulus savoir l’origine de ce nom. On me dit qu'autrefois tout ce pays étant habité par un grand nombre de saints solitaires, on voyoit passer continuellement des chariots chargés de toutes sortes de provisions que la piété des fidèles Egyptiens procuroit à leurs frères , qui vivoient pauvrement dans le désert , et que pour cette raison cette plaine étoit surnommée la plaine des Chars.
Il y a encore ici une autre remarque à faire , qui est que les rois Pharaons, les Persans , les Grecs successeurs d'Alexandre , et les Romains après leur conquête d'Egypte , tirèrent des montagnes de la Thébaïde une grande quantité de beaux marbres ; dont parle Ptolomée , et les firent voiturer par la plaine d'Araba pour bâtir ces superbes monumens , dont nous voyons et admirons encore aujourd’hui les restes. Cette seule raison suffit pour avoir donné à la plaine d’Araba le nom de la plaine des Chars. Nous marchâmes au clair de la lune jusqu'à deux heures après minuit, et nous nous arrétèmes dans le lit d’un torrent qui étoit à sec, pour y prendre un peu de repos. Nous étions vis-à-vis le mont Aquabé, qui signifie montée rude et Jatigante , comme elle l'est en effet. Les gens de pied prennent ce chemin de traverse pour arriver en moins de dix heures du monastère de Saint- Antoine à celui de Saint- Paui. Il en faut quinze avec des montures, par la nécessité où l’on est de faire un grand détour pour chercher un passage par la gorge du mont Colzim.
On doit être surpris que n’y ayant qu'une trèspetite lieue du monastère de Saint-Antoine à celui de Saint-Paul , il en faille faire quinze pour aller de l’un à l'autre ; mais on n’en est plus étonné , lorsqu'on voit sur les lieux, que ces deux monastères,
dont l’un est au pied du mont Colzim à son couchant, et l'autre à son levant, ne sont séparés que par une seule roche , mais si escarpée , qu’elle est inaccessible. Cette roche , par sa prodigieuse hauteur, se voit de fort loin, et semble avertir le pélerin du grand détour qu'il doit prendre , pour parvenir d’un monastère à l’autre. Si saint Jérôme , qui a pris soin de nous faire le détail des fatigues de saint Antoine pour venir visiter saint Paul, avoit été témoin oculaire , comme je le suis, de tous ces lieux , 1l auroit expliqué , sans doute , ce qui fut ‘cause que saint Antoine marcha deux jours entiers pour arriver à la grotte de saint Paul , quoique la grotte de l’un ne fût séparée de celle de l'autre que de l'épaisseur d’une roche,
Nous continuâmes notre route , côtoyant toujours le mont Colzim , jusqu’à ce que nos guides nous firent traverser par un chemin dont ia pente étoit assez douce , soit pour monter d’un côté, soit pour descendre de l’autre. Parvenus à l'endroit le plus haut de la montagne, nous aous y arrêtâmes quelque temps pour contempler avec plaisir la mer Rouge, qui étoit à nos pieds , et le célèbre mont Sinaï , qui bornoïit notre horizon. Mais pour voir de plus près cette fameuse mer, nous mimes pied à terre, M. Assemanni et moi. Nous crûmes , à vue de pays, que nous n’avions que peu de chemin à faire : nous fimes cependant deux mortelles lieues pour arriver sur ses bords. Nous la considérârnes attentivement, nous rappelant la mémoire des merveilles que le grand Maître de l’univers avoit autrefois opérées en faveur de son peuple. Nous crûmes devoir en celieu, offrir au Seigneur , à l'exemple des Israélites, nos actions de grâces de tous les bienfaits que nous recevons continuellement de sa divine providence.
Nous vimes sur les bords de cette mer un grand nombre de divers coquillages , qui y sont jetés par
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 295 la violence des flots. Nous ramassämes les plus beaux et les plus rares. Nous y trouvâmes aussi uelques pièces d’albâtre et « es morceaux d’une pianos corail blanc , nommé cab en arabe, Ces morceaux ont de peuts rameaux bruts , et parsemés de petits trous. Nous emportâmes avec nous ce qui nous parui mériter place dans les cabinets des curieux. Pendant que nous nous occupions de ces curiosités, nos Chameliers nots joignirent avec le père Synnodius. Je profitai de sa compagnie pour m'instruire sur tous les: objets que nous avions devant les yeux.
Nous avions en perspective quatre chaînes de montagnes et la mer Rouge, qui les séparoit, Ces montagnes sont celles d’Oreb et de Sinaï , celle dé Colzim, celle de l’Huile, celle de l'Arabie-Pétrée vers Gorondel. Les monts Oreb et Sinaï étoient les plus éloignés de nous. Le père Synnodius nous dit que nous en étions à soixante milles. Oreb est la plus haute et au nord. Sinaï est Ja plus basse et au midi. Colzim étoit près de nous et à notre couchant. Giabal-Ezzeit, qui, en arabe, signifie le mont d'huile, se montroit distinctement à nous, quoique dans un lointain. On ÿ trouve plusieurs sources de l'huile de pétrole , ce qui lui à donné le nom qu'il porte. Cette montagne est une suite du mont Colzim, qui a une très-longue étendue.
Les montagnes de l’Arabie-Pétrée , qui bornoient notre vue du côté du nord, donnent des bornes à la mer Rouge. Son rivage nommé aujourd’hui Gorondel, est l'endroit où les Israélites traversèrent la mer Rouge à pied sec, et où Pharaon et son armée furent engloutis dans ses flots. Ce passage, qu’un prodige inouï rendit autrefois si favoreble au peuple de Dieu , est aujourd’hui très-dangereux par le continuel bouillonnement des eaux qui entren* dans le golfe.
J'examinai alors, le plus soigneusement qu'il me
fut possible, la route que les Hébreux durent tenir pan venir de Memphis à la mer Rouge; j'observai eur passage à travers cette mer, et je suivis, pour ainsi dire , tous leurs pas. À mon retour au Caire je fis un nouvel examen de toutes mes connoissances. J'étudiai les textes de l’Ecriture, je lus les historiens ecclésiastiques et profanes qui en ont parlé. Je consultai la tradition des gens du pays, pa en sont le mieux instruits; et après avoir comparé ce que j'ai vu sur les lieux avec tout ce que j'ai appris des livres et de la tradition , je me suis fait l’idée qui m'a paru la plus sûre de tous les passages des Israélites , soit par terre, soit par la mer Rouge; et j'en ai dressé une dissertation que j'ai l'honneur de vous envoyer. Je la soumets à vos lumieres et à celles de nos savans à qui sont plus capables que je ne le suis, de juger de la vérité de mes connoissances.
Après cette courte digression, je reprends, sil vous plait, la suite de notre voyage. Ce fut le 30 mai, veille de la Pentecôte, que nous étions sur le bord occidental du golfe d'Arabie. On le nomme de différens noms; car on l'appelle mer de Colzim, mer de l'Iement ou de la Mecque , mer Rouge. Je ne m'arrêterai point à justifier l'étymologie de ce dernier nom. Je dirai seulement qu’il ne le doit point à la couleur de ses eaux : j'assurerai au contraire, pour l'avoir vu, que ses eaux, depuis son rivage jusqu’à deux ou trois milles en pleine mer, sont d'un vert de pré, Elles reçoivent cette couleur de la quantité de mousse marine , qui croit sous les flots. Si vous portez votre vue plus loin, vous n'y ape cevrez point d'autre couleur que celle qui est ordinaire à toutes les mers.
Pendant que je faisois mes observations , mes compagnons s’occupèrent à pêcher, Ils tendirentun long filet, le trainèrent , et firentune copieuse capture de toutes sortes de poissons : ils en péchèrent ug entre
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Leur élévation dérobe eu monastère la vue de la mer
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 297 autres , qui faisoit plaisir à voir, Il avoit les nageoires jaunes comme de l'or; son corps étoit bariolé de raies bleues et dorées. Nos chameliers nous en préparérent pour en manger; nous en trouvâmes le goût excellent, Le père Synnodius fit une bonne provision de ce poisson, et de plusieurs autres qu'il fit saler pour son couvent, Le sel se trouve ici en abondance sous le sable ; on n’a que la peine de creuser un demi-pied pour en avoir. Après que notre pêche nous eut donné de quoi diner , nous remontâmes sur nos chameaux pour nous rendre au monastère de Saint-Paul, Nous y arrivâmes vers les six heures du soir. Les arabes appellent ce monastère Deir 17 memoura , ce qui veut dire Monastère des Tigres.
Les gens du pays lui donnent ce nom sur la tradition qu'ils ont chez eux » Que saint Antoine s'étant trouvé à la mort de saint Paul, et voulant mettre son corps en terre , deux tigres, sortis des forêts voisines , vinrent creuser la fosse où ce grand serviteur de Dieu fut enterré, Saint Jérôme > dans la relation qu'il nous a faite de la mort de ce saint père des ermites, dit que ce furent deux lions qui lui rendirent ce service, Quoi qu'il en soit, le prodige n'en est pas moins grand. Ce qui est certain, c’est que dans les déserts d'Egypte on voit rarement des ons : mais pour ce qui est des tigres, des chamois ou boucs sauvages, des autruches, des gazelles et des renards , ils y sont communs. Les tigres font une guerre continuelle aux chamois : ces derniers ont des cornes redoutables aux ugres. Un religieux de Saint- Paul me fit présent de la corne d’un chamois qui avoit quatre palmes de long,
Le monastère de Saint-Paul où nous arrivâmes, est situé à lorient, dans le cœur, pour ainsi parler, du mont Colzim. Il est environné de profondes ravines et de côteanx stériles , dont la surface est noire.
Rougé, qui n’en est éloignée que de deux ou trois licues : les monts Oreb et Sinaï en sont à vingt lieues. Le bâtiment du couvent est un carré long , tel que je l'ai dessiné dans ma carte. Il est accompagné d'un jardin, mais beaucoup plus petit que celui de Saint-Antoine, Il contient be mêmes plantes. Il est arrosé d’une eau salée qui le traverse; elle sort d’un rocher voisin, et est conduite sons une voûte que j'ai mesurée. Sa longueur est de soixantedix pas. Elle passe par dessous les murs de l’enclos du couvent, pour y faire entrer l’eau, qui s'y distribue dans les endroits où elle est nécessaire. Les moines n’ont que de cette eau pour boire, et ils en boivent toute salée qu’elle est, C’est apparemment dans la même eau que le saint anachorète Paul détrempoit le pain , que, selon l’ancienne tradition , un corbeau ne manqua jamais de lui apporter chaque jour, pendant l'espace de soixante ans. L'église du couvent n’est ni grande ni belle; mais ce qui la rend très-recommandable, c’est de renfermer dans ses murs la grotte où Paul, ce célèbre patriarche de tous les solitaires, mort an monde et à lui-même, n’avoit aucune antre communication qu'avec son Dieu. Cette grotte obscure et rustique inspire l'amour de la solitude, le mépris des grandeurs du siècle, le désir des biens éternels, et une confiance entière en la bonté de Dieu, qui prend un soin particulier de ses serviteurs. Paul et Antoine en eurent une preuve bien sensible, lorsqu’étant ensemble, et employant le jour et la nuit à chanter les louanges de Dieu, et à s'entretenir de ses miséricordes, le Seigneur, en faveur d'Antoine, doubla la subsistance ordinaire de Paul.
Nous entrâmes dans ce monastère de la manière dont nous étions entrés dans celui de Saint-Antoine, c'est-à-dire, par le moyen d'une poulie qui nous enleva de terre jusqu'à une haute fenêtre qui
où trois à vingt rré long , t accompetit que 8 plantes, erse; elle sous une soixante : l’enclos i s'y disaire. Les etils en remment Paul déition , un r chaque église du 1 la rend dans ses e de tous »,n’avoit eu. Cette le la solile désir re en la er de ses » preuve nployant Dheu , et eur, en inaire de
manière unt-Anoulie qui être qui
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 299 sert d'entrée dans le couvent, Les religienx nous y attendoient. Après nous avoir salués, ils allèrent processionnellement dans leur église. Ils récitérentquelques sr ensuite nous rejoignirent, et nous introduisirent dans leur réfectoire , où ils nous présentèrent un repas à peu près comme celui qu'on nous avoit fait à Saint-Antoine, Nous employâmes le reste du jour à visiter les cellules, le jardin et les autres bâtimens dn monastère, Ma carte les représente rangés comme ils le sont. Le supérieur nons fit voir la bibliothèque ; mais les bons livres et les manuscrits en ont été enlevés.
Je savois qu'il y avoit dans le monastère un moine originaire de la Haute-Egypte, dont je connoissois les parens; je le demandai, on me l’amena; mais le supérieur et quelques autres moines s'attroupèrent autour de moi, dans la crainte, comme je le vis bien , que ce moine ne se laissât gagner par des Latins. Nous primes ce moment, M. Assemanni et moi, pour leur faire des questions capables de leur donner quelques justes inquiétudes sur leur état, Entr'autres questions, nous leur demandâmes s'ils ne conservoient pas toujours précieusement les sentimens dans lesquels leurs pères, Paul et Antoine, dont ils étoient les successeurs, avoic:1 vécu, et dans lesquels ils étoient morts; s'ils ne se faisoient pas honneur d'être enfans de l'Eglise de Jésus-Christ; s'ils ne reconnoissoient pas que son Eglise étoit son corps mystique , dont son vicaire en terre étoit le chef , et les fidèles les membres. À ces questions, ils nous répondirent ce que d’autres schismatiques nous ont dit ailleurs, que l'Eglise étoit la sainte Vierge , l’évangile, le saint sépulcre , la Jérusalem céleste, les sacremens, les évêques et les docteurs de leur nation. Telle est l'ignorance de ces pauvres solitaires. Mais ce qui les rend plus dignes de pitié, c’est qu'ils joignent à leur ignorance une opiniâtreté, et une
bonne opinion d'eux-mêmes, fondée sur leur vie dure et austère, En eflet, ils macèrent leurs corps de jeûnes continuels et de rudes travaux ; ils ne les interrompent que pour psalmodier; ils couchent sur la dure, ne vivent que de légumes mal apprêtés ; ils ne boivent du vin que très-rarement; ils observent un silence rigoureux, et une retraite continuelle. Etat déplorable du schismatique, qui nourrit son orgueil par ces fausses et apparentes vertus ! la simplicité, l’humilité’et la docilité que l’évangile .de Jésus- Christ demande, ne se trouvent que dans le vrai catholique.
Comme nous nous trouvâmes dans le monastère de Saint-Paul la veille de la Pentecôte, qui étoit cette année le 31 mai, les moines commencèrent l'office le lendemain ; savoir, vêpres, matines , qui se dirent à minuit, la messe, qui fut célébrée à l'aurore, et dirent d’autres prières, par lesquelles les Coptes et la plupart des Chrétiens du Levant finissent le temps pascal. Après none du même jour, ils firent l'ouverture d’une cérémonie qu’ilsappellent /s Prosternations. Elle commence par desprières fortlongues et fort dévotes; en priant ils se prosternent à tous momens , implorant les miséricordes de Dieu. Ils appellent cette cérémonie aïdel sejoud, c'est-à-dire, la fête des Adorations où Prosternations. Ws l'appellent aussi aïdel ansera , la féte de l'Origine , pour faire entendre que le jour de la Pentecôte fut celui de la naissance du christianisme, et le commencement de la prédication de l'Evangile.
L'église où ils font leurs prières et toutes leurs cé. rémonies, n’a pas plus de trente pieds de long et moins de large. Comme elle est fort enfoncée dans le roc, elle n’est éclairée que par son petit dôme. Ses murs, depuis la voûte jusqu’en bas , sont chargés d'une peinture très-grossière, qui représente quelques histoires des saintes Ecritures. On n’a pas oublié
ur vie orps de les int sur la ; ils ne ent un e. Etat rgueil )licité, Jésuse vrai
1astère 1 étoit cèrent quise urore, Coptes ent le firent Pros- )ngues À tous Ils ap- -dire, s l’ap- , pour celui ence-
trs cé- )ng et » dans dôme.
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 3ot
d'y peindre les deux ugres qui creusèrent la fosse où saint Antoine déposa le corps de son père en Jésus-Christ, Le moine qui avoit fait ces peintures , nous dit qu'il n’avoit jamais appris à peindre ; son ouvrage en étoit une preuve évidente. Nous lui de mandâmes où il avoit pris ses différentes couleurs, 11 nous répondit qu'il les avoit tirées des terres colorées qui se trouvent dans les coteaux voisins. Toutes les prières et les cérémonies de la fôte étant finies, nous primes congé du supérieur et des réf gleux , et nous nous rendimes sur le bord de la mer Rouge, où nos chameliers nous attendoient.
Nous nous donnâmes le loisir, M. Assemanni et moi, d’y faire quelques observations. Cette mer hausse et baisse régulièrement deux fois par jour, comme l'Océan , auquel elle ne communique que par un passage très-étroit, que les Arabes appellent Bab el mandel. Le lit de la mer Rouge n'étant pas fort large, son flux et reflux n’est pas grand ; mais il croît con, sidérablement dans les marées, soit lors des nouvelles ou pleines lunes, soit vers les équinoxes. Le 11 juin 1716, et le 11 de la lune, nous étions sur la. côte occidentale À vingt lieues du mont Sinaï, et à vingt-cinq du fond du golfe , proche Suez. Nous ÿ remarquâmes que les flots étoient montés la veille ; depuis six heures du soir jusqu’à minuit, de cent
pas, et qu'ils s’étoient retirés d'autant de pas, de-
puis minuit jusqu’à six heures du matin. En faisant nos observations, nous regardions avec grand plaisir les bords de cette mer, qui sont charmans. Nous les uittâmes avec regret, pour nous rendre au couvent de Saint-Antoine, où le père Synnodius , qui avoit pris les devans, nous avoit donné rendez-vous. Nous y arrivämes avant le coucher du soleil. Le père Synnodius, que nous avions à demi-converti dans nos entretiens avec lui, nous fit alors meilleur accueil qu’il ne nous l’avoit fait À notre première
arrivée dans son monastère. Nous lui proposimes de nous conduire le lendemain à la grotte de saint Antoine, pour y dire la sainte Messe : il s’y ehgagea très-volontiers. Elle est éloignée d’un mille du couvent, et située vers le milieu du mont Colzim. Nous partimes de grand matin ; portant avec nous nos ornemens d’autel. Le père Synnodius se chargea du vin pour nos messes. Le chemin du couvent de Saint- Antoine à sa grotte, n’est pas aisé. Il nous fallut d’abord ffaverser un grand fossé humecté d’ean, et rempli de palmiers, de joncs et d'herbes sauvages. Nous grimpâmes ensuite par des rochers moitié pierre et moitié talc. Le talc est très-commun en Egypte. Vers le milieu de la montagne, nous nous arrêtèmes sur les débris de la cellule du bienheureux Paul-le- Simple, que nous pouvons appeler le thaumaturge du désert, Saint Antoine lui adressoit les possédés et les malades qu’il ne pouvoit guérir; et Dieu accordoit à la prière du disciple humble et simple, ce qu'il paroissoit refuser à l'éminente sainteté de son maitre.
Après bien des circuits et des peines, nous arrivâmes à la grotte où ce glorieux père des anachorètes offrit à Dieu un continuel sacrifice de sa vie, et où nous espérions pouvoir offrir le saint sacrifice de nos autels. Cette grotte est un enfoncement que la nature a fait dans le roc. On y pénètre par une fente de dix ou douze pieds de haut, et d'environ trois pieds de large. Son enfoncement est un réduit sombre et étroit, qui ne peut avoir de profondeur qu’une douzaine de pas. Un corps peut à peine s étendre pour y prendre du repos. À un des côtés de la grotte, il y a une espèce de gradin, sur tequel étant monté, on peut appuyer ses bras sur une avance de pierre, qui sert d’accoudoir. Ce gradin regarde
lorient , et, selon la tradition, il servoit d’oratoire,
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Le père Synnodius nous fit remarquer deux petites grottes, qui sont au-dessus de celle de saint Antoine, et qui en sont éloignées de cinq ou six toises, Elles sont si escarpées, et le talus en est si rude , qu'aucun de nous ne voulut se hasarder d’y monter. On dit que saint Antoine s’y retiroit très-souvent pour se cacher aux yeux des hommes qui venoient le chercher de bien loin pour le consulter.
En descendant la montagne , nous cueillimes diverses herbes assez curieuses; savoir; 1° du séné, qui a de petites feuilles comme le séné d'Arabie, et qui à de plus une infinité de fleurs blanchôtres qui contiennent une graine noire et mince ; 2.0 de l’oseille sauvage à feuilles rondes et à fleurs incarnates. Nous en mangeämes, et nous la trouvâmes agréable au goût; 3,0 des câpriers , dont le fruit ne
le cède point en grosseur aux plus grosses dattes 4°. du bois de scorpion, ainsi nommé à cause de la tortuosité de sa racine. Les religieux nous assurérent que sa racine mise en poudre est un antidote contre la morsure des animaux venimeux , et un remède pour apaiser les inflammations des yeux. Les droguistes la vendent au Caire, et en vantent la vertu et les effets. Avant que de rentrer dans le monastère , nous allâmes voir cette carrière de marbre jaune, dont j'ai déjà parlé. Nous y trouvâmes quantité de masses brutes, qui paroissoient avoir été taillées depuis long-temps.
Nous rentrâmes enfin dans le monastère de Saint- Antoine. Je n’y fus pas plutôt de retour , que j’allai trouver le père Synnodius, avec mon nouveau testament en main, Je lui fis lire le vingt-sixième chapitre de saint Matthieu, où l'évangéliste nous rapporte les, circonstances dans lesquelles le Sauveur du monde, par un excès d'amour pour nous, institua la divine eucharistie, sous les espèces du pain et du vin , tel qu’il sort de la vigne. Je lui fis voir de plus que c’est sur l’action de Jésus-Christ, donnant à ses disciples , sous les espèces de l’un et de l’autre, son corps à manger et son sang à boire, que le concile de Florence et l'Eglise universelle avoient déclaré que notre pain et notre vin usuels , dont la substance étoit miraculeusement changée par les paroles sacramentelles , dans la propre substance du corps et du sang du Sauveur, étoient la matière nécessaire du sacrement , d’où je concluois que leur prétendu vin, étant plutôt de l’eau que du vin, ne pouvoit être une matière suffisante dans le sacrifice de nos autels.
Comme le père Synnodius me parut assez convaincu de ces preuves, je pris occasion dé lui exposer , sur d’autres matières, la doctrine catholique, si contraire aux opinions du schisme ; mais le schisme a
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 305 a cela de malheureux, qu’il aveugle l'esprit, endurcit le cœur, et empêche l’un et l’autre de se rendre ; dansleschosesmêmesquiparoissentlesplusévidentes, Ainsi je ne sais ce que je puis espérer de mon entretien avec ce religieux schismatique, Si j'en Jugeois par les marques qu’il ne donnoit d'affection et de confiance , j'en aurois meilleure Opinion que je n’en ai, Il nous fit toutes les instances possibles pour nous engager à différer notre départ, Mais étant obligés de nous en retourner au Caire, nous primes congé de lui et de ses religieux,
Après les avoir quittés, nous entrâmes dans la plaine d’Araba; nous y passâmes une nuit bien incommode. Le lendemain nous nous remimes en cheinin, Nous aperçûmes au soleil levant des gazelles qui bondissoient sur le sable ; mais ce qui arrêta le plus ma
vue, ce fut une infinité de cailloux qui couvroient le chemin dans l’espace de deux petites lieues; Parmi ces cailloux , il y en avoit de rouges, de gris, de bleuâtres et de noirs. Leur surface exposée à l’air étoit ondée en relief, comme un tissu de broderie ; la partie qui touchoit la terre étoit unie. Si la chose méritoit qu’on en cherchât les causes, je dirois que le nitre de la terre délayé par la rosée, s'attache à
+ l'extérieur de ces cailloux ; qu’ensuite l'agitation de l'air porte insensiblement sur leur surface » les parües du nitre les plus légères, et en forme des sillons que la chaleur du solei péirihe,
Nous traversämes toute la plaine de l’Araba, et nous gagnâmes le mont Keleil, Noùs mîmes pied à terre pour herboriser le Long d'un torrent, qui est à sec pendant l'été, et qui ne laisse pas d'entretenir en tout temps quantité de plantes dont on feroit un grand usage en Europe, Les principales sont, 1.0 une herbe purgative nommée ici zarnanté ; sa raciné produit une infinité de tiges et de branches velues; qui aboutissent à. des têtes bourrues semblables à
T, IIL, 20
celles de la dent de lion ; 2.0 le rable , autre plante qui a une bonne odeur , et dont les Arabes mangent très-volontiers; 3.0 la chékda , dont on fait un parfum ; sa tige est épineuse et ses feuilles dentelées ; son fruit est petit et triangulaire , il porte trois grains; 4.9 la mechetha , c'est-à-dire , peigne, en arabe, On lui donne ce nom parce que ses branches sont épineuses et ses feuilles raboteuses. Nous fimes quelques provisions de ces différentes plantes, pour les porter au Caire. Chemin faisant nous aperçûümes un lézard nommé ogaral: nos chameliers le poursuivirent, mais il gagna bientôt son trou. Cet animal ressemble au crocodile , à l'exception qu'il est plus petit, n’excédant pas la longueur de trois à quatre pieds, et qu’il ne vit que sur la terre. Comme il est fort friand du lait de chèvres et de brebis, il se sert d’un expédient pour les traire. Il entortillè fortement avec sa longue queue une des jambes de la chèvre ou de la brebis, et la suce tout à son aise. Ayant traversé le mont Keleil, nous entrâmes dans la plaine de Baquara. Nous y passâmes la nuit, et le lendemain au soir nous entrâmes à Baïad. De Baïad , nous allâmes à Benisonet, qui est au-delà du Nil. Nous le passâmes en bateau; car sur ce fleuve, soit en Egypte, soit dans la Nubie et dans la Fongi, il ne faut chercher aucun pont. On en a seulement construit quelques-uns sur de petits bras du Nil, qui se remplissent d’eau au tem}. des inondations. Nous trouvâmes à Benisonet l’évêque de Bhénessé , nommé Amnba Ibrahim. {| nous recut avec amitié, quoique Copte, c’est-à-dire , prévenu contre les Francs, et entêté de ses opinions superstitieuses” et schismatiques. Après un jour de repos, nous nous embarquämes sur le Nil pour nous rendre au Caire. Nous y arrivämes heureusement. La première chose qué nous fimes à notre retour, fut d'aller offrir à Dieu nos actions de grâces de toutes celles que nous
e plante mangent un parntelées ; s grains; abe, On ont épiquelques les pors un lépoursuit animal est plus à quatre me 1l est il se sert le fortees de la )n aise.
ntrâmes la nuit, iad. De -delà du : fleuve, a Fongi, ulement du Nil, dations.
1énessé , amitié , ntre les euses” et Jus nous u Caire.
re chose offrir à que nous
en avions reçues pendant tout notre voyage dans le désert,
Arrivant en cette ville, nous apprîimes de M. notre Consul et de nos Français, que M. le comte de Morville venoit d’être chargé du ministère de la marine. Vous ne pouvez douter, mon révérend père, de ma joie particulière et de celle de nos missionnaires ; qui espèrent trouver dans sa personne toute la protection que M. le comte de Toulouse a toujours bien voulu donner à nos fonctions évangéliques,
Après avoir pris toute la part que nous devons
prendre à la place que M. le comte de Morville occupe présentement , jouissez aussi, mon révérend père, de la satisfaction de savoir de nous ce que nous apprenons ici de nos Français etdes étrangers qui ont eu l'honneur de le voir à la Haye, où il étoit ambassadeur. Ils nous disent qu’ils entendoient continuellement louer son habileté dans le maniement des affaires, sa droiture dans ses négociations, sa politesse, sa douceur , sa modestie dans toutes ses manières; son esprit cultivé par les belles-lettres , joint à un goût merveilleux pour bien juger de tous les ouvrages de l'art ; qualités qui lui ont gagné l’es. time et la confiance des ministres des cours étrangtres, et celle de leurs souverains. C’est son amour pour les belles choses qui me fait espérer qu'il verra avec plaisir tout ce que l'Egypte a conservé de ses anciens et superbes monumens. J’ai commencé, par ordre du Roi, d’en faire la recherche. Mon premier soin a été de dresser la carte de l’ancienne Egypte. Je vous l’ai envoyée, et vous m'avez fait l'honneur de me mander qu’elle avoit été présentée à Sa Majesté par M. le garde-des-sceaux.
Dans les heures que nos emplois de missionnaire nous laissent libres, je m’occupe à dresser un plan de l’ouvrage que je médite. Lorsqu'il sera dans l’état où 1l doit être, je vous l’enverrai, et vous aurez la 20e
308 LETTRES honté de me faire savoir si l'intention du Roi est que
j'exécute tout ce que L promets dans mon projet, Nous nous recommandons tous à vos saints sacrifices. Je suis , etc.
SICARD , Jésuite.
ge rase)
Du père Sicard, missionnaire de la Compagnie de Jésus, en Egypte, au père Fleuriau , de la méme Compagnie.
MoN RÉVÉREND PÈRE, P. É,
Vous m'avez fait l'honneur de me mander que M. le comte de Morville verroit avec plaisir le plan de mon ouvrage sur l'Egypte ancienne et moderne.
J'ai fait toute la diligence possible pour le satis-
faire. Je vous l’envoie aussi détaillé qu'il a été nécessaire pour donner une idée juste et nette de toutes les connoissances que j'ai tâché d'acquérir sur les lieux.
J'ai divisé en treize chapitres tout ce que j'ai à dire sur les matières contenues dans mon plan. J’y joindrai des cartes géographiques , et les figures des mo- ‘numens antiques, que je ferai dessiner.
Vous aurez la bonté, mon révérend père, de communiquer ce projet à M. le comte de Morville et à M. le comte de Maurepas. S’ils ont pour agréable que je l’exécute, ils verront la nécessité de me donner un dessinateur habile, et de lui faire toucher exactement ses appointemens.
Ma profession m’a appris depuis long-temps à me contenter de peu pour mon entretien et ma subsis-
est que | projet.
S Sacri-
der que : le plan oderne.
le satisété née toutes sur les
ai à dire y joindes mo-
re, de forville gréable me dontoucher
ps à me | subs1s-
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 309 tance : mais eu égard à ce pays-cietà: habitans, qui ont de quoi rebuter tout homme qui ne chercheroit pas purement la gloire de Dieu, il est très-important que la personne qui me sera envoyée pour travailler avec moi, soit excitée, par des avantages temporels, à aimer un emploi dont l'exercice sera très-laborieux ; c’est ce qu’il sera aisé de reconnoître par la lecture de ce projet.