ROSETTE
à ALEXANDRIE
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Du père Sicard, de la Compagnie de Jésus, missionnaire au grand Caire , au père Fleuriau, de la même C Ag 2 pe » sur de passage des Israédites à travers la mer Rouge.
MoN RÉVÉREND PÈRE, La paix de N. 5.
LONSQUE j'entrepris d'aller visiter les monastères de Saint-Antoine et de Saint-Paul ermite , j'eus
* l'honneur de vous mander que le principal motif
de mon voyage étoit d'examiner de près et à loisir la route que les Israélites avoient prise par ordre du Seigneur, pour sortir de l'Egypte , et dont on sait qu'ils sortirent en traversant la mer Rouge.
Je crois l'avoir découverte , cette route , et je suis convaincu que les auteurs, tant anciens que .modernes, tant Juifs que Chrétiens, qui ont fait prendre aux Israélites un autre chemin que celui dont je vais vous parler , pour arriver aux bords de la mer, ne se sont trompés , que parce qu'ils n’avoient pas une carte exacte , ou, pour mieux dire, une connoissance parfaite de la Basse - Egypte , de la situation et de la disposition des lieux. L'Ecriture sainte néanmoins suflisoit pour les redresser et pour leur faire voir que leur système ne s’accordoit nullement avec le texte sacré.
Voici donc quel est mon sentiment : je vous laisserai à juger si je pense juste ou non, en jetant les yeux sur la carte que j'ai dessinée et que je vous envoie, et en confrontant ma dissertation avec ce que Moïse a rapporté de la fuite des Israélites , et du fameux passage de la mer Rouge.
Je prétends que le roi Pharaon, qui régnoit
lorsque les Israélites sortirent de l'Egypte sous la conduite de Moïse , demeuroit à Memphis. Le texte sacré dit que Moïse , encore au berceau (1) , fut exposé au courant du Nil, porté au lieu même (2) où se promenoit la fille de Pharaon ,» et qu'il fut élevé par ses soins ; preuve que le lieu de la naissance de Moïse n’étoit pas fort éloigné de la ville capitale de l'Egypte , et que cette ville étoit le long des bords du Nil : deux choses qui ne peuvent convenir qu’à Memphis, et non pas à Tanis et aux autres villes , qui, en différens siècles » ont été villes royales et la résidence des rois d'Egypte. Je suppose qu'Héliopolis , qu’on appelle aujourd’hui la Matarée , et qui est très-proche du Caire et de Girgé , a été la : ville où naquit Moïse (3) ; du moins Appion, au rapport de Joseph , soutenoit que de temps immémorial les Egyptiens avoient été de ce sentiment-là, D'un autre côté, que Memphis ait été le long du Nil , rien de plus clair et de plus sûr. Hérodote ; Antonin, Strabon, Pline, Diodore > et généralement tous les auteurs placent Memphis à l'occident du Nil, et vis-à-vis de Babylone , qui est à l’orient, Ce n’est pas tout (4); Strabon met les pyramides à quarante stades de Memphis (5). Pline les met tout au plus éloignées de la même ville (*) de six mille pas (6). Diodore ditque Memphis est un peu au-dessus du Delta; Strabon en marque la même distance (7); Savoir , érium schænorum, et à l'occident du Nil (8). Il ajoute que Memphis étoit vis-à-vis de Babylone, Etienne de Bysance (9), parlant de Latopolis, dit que c’étoit un faubourg de Memphis , et que ce faubourg étoit près des pyramides. De toutes ces auto-
(*) ÆXOINOÆ , mesure particulière aux Égyptiens, de soixante stades selon Hérodote ; par conséquent trois font sept lieues et demie. Quelques auteurs veulent que chaque mesure fût seulement de trente stades ; d’antres veulent qu'elle fût de cent vingt stades. (Note de l'ancienne édition.)
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rités il s’ensuit nécessairement que Memphis étoit où est Girgé, et Babylone , où est le vieux Caire ; l’une et l’autre ville le long du Nil: Memphis à l’occident, et Babylone à lorient.
Autre, preuve que Pharaon demeuroit à Memphis et non pas à Tanis. Entre les prodiges que Dieu opéra en faveur des Israélitcs, un des plus marqués dans l’Exode (10) est cette nuée de sauterelles qui fondit tout à coup sur l'Egypte. Ces insectes ravagèrent et désolèrent toutes les campagnes, surtout les champs et les jardins du Roi. Pharaon eut recours à Moïse ; à la prière de Moïse , un vent impéiueux de l'ouest s’éleva , qui dissipa les sauterelles , les enleva et les emporta dans la mer Rouge. Comrnent accorder ce détail avec la situation de Tanis , qui est au nord de la mer Rouge, laquelle en est à trente lieues? Naturellement de Tanis, les sauterelles auroient dû être emportées dans la Méditerranée , qui n’est éloignée de cette ville que de six ou sept lieues. De plus, les Israélites sortirent en trois jours de i' Egypte , traversèrent la mer Rouge et allèrent au mont Sinaï : trois choses marquées distinctement dans l’Ecriture sainte. Or, pour aller de Tanis dans la Palestine ou au mont Sinaï, il ne faut point traverser la mer Rouge ; le chemin est droit , uni et toujours par des plaines. ;
Ces trois choses sont encore plus inexplicables en faisant partir les Israélites d'Eléphantine , de Tinis, de Bubaste, de Mendès , de Sais, de Xois, de Sébannytus ou de quelqu’une des autres villes impériales ; car il n’est pas une de ces villes qui ne soit éloignée de six , de huit et de dix journées de la mer Rouge, voisine de Sinaï : au lieu que rien n'arrête dans le récit que fait le texte sacré de la marche de Israélites, si on la fait commencer à Memphis. En effet, je suis pas à pas le texte sacré, Je vois que Moïse déclare à Pharaon que la volonté du
Seignéur est que les Hébreux lui sacrifient dans un désert éloigné de trois journées de toute habitation (11). Je vois que Muïse et Aaron sortent au milieu de la nuit du palais de Pharaon pour aller signifier aux Esraélites de partir sur le champ et à la hâte : ce qu'ils exécutèrent au point du jour. Tout le peuple d'Israël étoit donc déjà assemblé dans quelque vaste plaine peu distante du palais de Pharaon (12). Je vois que Pharaon , en permettant aux Israélites de s'éloigner de trois journées , craint qu’ils ne s’enfuient et qu'ils n’aient dessein de ne plus revenir (13). Plein de cette pensée , il songe à leur défendre de mener avec eux leurs enfans et leurs troupeaux (14). Je vois qu'une multitude innombrable de peuple décampe de Ramessès, et qu’en trois jours elle arrive sur les bords de la mer Rouge. L'Ecriture marque les trois campemens , savoir : Socoth, Etham et Phihahirot (15). La nécessité de se dérober au plutôt de l'Egypte ne leur permettoit tout au plus que de camper pour se reposer pendant la nuit. Je vois enfin que les Israélites, le troisième jour de leur marche, ayant la mer en face , et à droite et à gauche des montagnes affreuses et inaccessibles (16), dit Joseph, tombent dans le désespoir , en viennent aux mnrmures (17), et reprochent à Moïse de les avoir conduits dans le désert pour les livrer à Pharaon, qui , instruit de la carte de son empire , jugeroit aisément de l'embarras où ses esclaves fugitifs devoient se trouver en ce lieu là , et n’auroit qu'à les poursüivre pour leur ôter toute ressource humaine et tout moyen d'échapper à sa fureur (18).
Maïs avant que d’en venir à l'application que j'ai à faire de ces circonstances à mon système, et d’en montrer la conformité , je dois établir solidement en uel endroit étoit Ramessès, ce lieu si fameux par la Eat qu'en fit Pharaon à Jacob età ses enfans (19):
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