‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]Chapitre 8 sur 107 · MON RÉVÉREND PÈRE · texte numérisé non relu

MON RÉVÉREND PÈRE

D'autres avant moi vous ont instruit des révoln: tions dont la Perse est le théâtre dépuis près de trente ans. Je ne ferai qu’en rappeler ici les principales époques , pour mettre plus de suite dans les mémoires que vous me demandez sur les dernières années du célèbre Schah-Nadir, connu en France

sous le nom de Thamas-Koulikañ.

Vous me marquez qu’en Europe , et surtout en France , on a toujours parlé diversement de son origine et de ses premières occupations. Je ne puis vous en insiruire que d’après les rapports qui m'en ont été faits ; car je n’ai commencé à le suivre qu’à la fin de 1741. Voici ce 4 j'en aï appris de quel-

ques soldats avec qui j'ai fait voyage + ces sa mort. Ces soldats étoient ses compatriotes , ils avoient été ses compagnons de guerre, ou plutôt de brigan-

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dage'; ils s’étoient attachés à sa fortune, et l’avoient *' à

fidèlement servi pendant tout son règne.

Schah-Nadir , me dirent-ils, étoit de la nation des Atichars , que Schah-Abas, un des plus grands rois qui soient montés sur le trône de Perse , avoit anciennement transportés dans le Korassan. Kharrah, village de cette province , situé dans les montagnes de Kalat, fut le lieu de sa naissance. Son père , Iman-Kouli , étoit chamelier , c’est-à-dire, qu’il avoit des chameaux , etque son métier étoit de transporter des marchandises , et de conduire des caravanes. Le fils se nomma Nadir - Kouli, jusqu'au moment où Schah-Thamas son prédécesseur , en reconnoissance des services signalés qu’il en avoit reçus , lui fit l'honneur de lui donner son nom, et voulut qu’il s’appelât Thamas-Koulikan.

Lorsque Nadir-Kouli fut un peu grand , il quitta la maison paternelle , et se mit au service du chef de sa nation. Celui-ci étoit un homme de guerre, et sous lui Nadir - Kouli sut bientôt mieux arrêter et dépouiller les caravanes , que son père ne savoit les escorter et les conduire. Devenu riche , il voulut se rendre indépendant; il le devint en effet. Une troupe de brigands se rassembla sous ses ordres; la hardiesse du chef, son intrépidité , et surtout son bonheur , lui donnèrent un ascendant et une supériorité sous laquelle tout plia.

L’ambition avoit commencé sa fortune , la férocité

‘établit. Il se déclara le rival du chef sous lequel il avoit d’abord combattu. Il l’attaqua , le détit , se saisit de sa personne , et loin de respecter dans lui les droits de la reconnoissance , il ne respecta pas même ceux de l’humanité ; son premier maître fut sa première victime ; il le fit écorcher sous ses yeux. Un de ses gens avoit transgressé un de ses ordres, il le fit lier avec une grosse corde par le milieu du corps ; On perca ensuite une muraille , et de l’autre côté ,

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