‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]Chapitre 85 sur 107 · ESA · texte numérisé non relu

ESA

; ET Te ie cs

LES Gina 277 LÉ

ms

forcé de convenir qu'en fait d'architecture simple et solide, les Césars ont été inféri haraons, Croiroit-on, par exemple M. l'abbé Pinci , qui ne peut être suspect, que dans une des îles des Calaractes , on trouve en en tier des temples élevés autrefois en l’honneur des divinités les plus célèbres parmi les Egyptiens ? Croiroit-on qu'il y eût dans l'Egypte des poriiques, des pyramides et plusieurs autres édifices dont la beauté et la variété des sculptures surprendront toujours les étrangers qui viendront en ce pays-ci? c’est Cependant ce que nous assurons avoir vu plus d’une fois. Je ne vous en ferai, pour le présent, mon ré. vérend père, qu’un récit très-succinct : il préviendra le grand Ouvrage que je dois vous envoyer ; mais tout succinct qu'il sera, il ne laissera pas de vous donner une haute idée de l'ancien empire d'Egypte. Nous nous embarquâmes, M. l'abbé Pincia et moi, sur le Nil, le 8 novembre i721; notre voyage ne fut que de deux mois et dem: : Car nous rentrâmes au Caire le 21 janvier 1 722; et pendant ces deux mois et demi de voyage, tout ce que nous pûmes faire, fut de parvenir à la première cataracte qui sépare la Nubie de l'Egypte. Dans cet espace qui fait la séparation d’un royaume à l'autre, il y a plu- Sieurs îles qui ont trois lieues de longueur. Ces îles Sont recommandables par leurs carrières d’un beau marbre granit ; mais la difficulté est de l'en ürer, On auroit ici besoin de l'industrie des Français, qui trouvent le moyen de venir à bout des choses les plus difficiles; d’ailleurs les vaisseaux qui vont les enlever ont bien des écueils à éviter » Et plusieurs y périssent, Entre ces îles, deux ont été particulièrement recom-mandables dans l'antiquité; l’une est l’île Eléphanune, renommée Per Son temple du serpent Knuphis, dant parle Surabon ; l’autre est l'ile de Phile, célèbre

eurs aux

> Sans le témoignage de

, noble , eurs aux

nage de ct, que ‘en en-— eur des rptiens ?

riiques, dont la nt tou- 1? c’est is d’une non rérévien- VOyer ; de vous gypte.

et moi, age ne trâmes s deux pûmes te qui ce qui a plues îles

à beau Fr. On

> qui

s plus lever ssent.

comhan phis, lébre

par son temple d’Isis et par celui de l’Epervier éthiopien, et de plus par le sépulcre d'Osiris. Strabon et Diodore de Sicile parlent de l’un et de l’autre, Ces deux îles ont changé de nom; Eléphantine est aujourd’hui nommée l’{/e Fleurie, et celle de Phile s'appelle l’{/e du Temple.

Les cataractes sont habitées par des Nubiens; leur couleur est noire. Notre vueles effaroucha; quelquesuns d’eux s’avancèrent vers nous d’un air menaçant, nous présentant leurs zagaies ou demi-lances ; mais comme nous étions instruits de ce que nous devions faire en pareille occasion, nous leur offrimes du tabac, et notre tabac les adoucit à l'instant. La carrière de granit n’est pas loin des cataractes et de Syène. Nous allâmes sur les lieux ; nous vimes l’endroit où ont été travaillés ces excellens morceaux, qui ont fait les riches ornemens des palais et des temples d'Egypte. Rome désespérant de trouver dans son sein de si magnifiques et de si parfaits ouvrages , a fait l’acquisition de ceux-ci; elle les a fait transporter par mer, à grands frais, jusque dans ses murs , et elle se fait gloire aujourd’hui de les posséder et de les faire admirer aux étrangers.

J'ai trouvé quatre nouvelles inscriptions grecques sur ma route : l’une à Eléphantine ; elle est sur un marbre noir, dans les ruines du temple Knuphis; l'autre à Phile, gravée sur un obélisque de granit, à la tête du temple d’Isis; la troisième dans le temple

du dieu Pan , à Panopolis ; et la quatrième est à Ombos, dans le temple d'Apollon. A Ombos, à Phile et à Apollinopolis magna, nous vimes des temples encore tout entiers; les portes de ces villes sont d’une élévation et d’une beauté surprenantes; elles sont ornées de sculptures gigantesques de quinze ou vingt pieds de haut, et flanquées de grosses tours qui annoncent une superbe ville. Les pierres de ces édifices sont d'environ vingt pieds de longueur; j'en

ei vu quelques-unes qui en avoient sept : leur srosseur étoit Proportionnée à leur lon-

jusqu’à vingt

gueur. Ces pierres n’ont pas besoin de ciment, ni d’autres matières qui les joignent étroitement l’une avec l'autre; elles sont taillées avec tant d'art pour être asstiublées l’une sur l'autre, que par leur seule et immédiate position, elles acquièrent une solidité qui les à fait résister jusqu’à présent à toutes les in. jures des temps.

. En 1708, je fis un premier voyage à Thèbes : J'y fis mission pendant quatre jours. Je ne peusui alors qu’à l'instruction des Thébéens; mais l'exéention de mon Ouvrage , qui est bien avancé >» Ma obligé d’y en faire un secund > Pour examiner de P'us près ce que je n’avois vu que comme er courant, Je l’ai fait ce second voyage avec M. l'abbé Pincia. La seulé vue des resies de cette fameuse ville » fai aisément jus quelle à dû être son ancienne ma-guificence, Se ferai de mou mieux , mon révérend père > Pour vous en d ouner l'idée la plus Juste qu'on s en puisse faire »i:jourd'hui, et Je le ferai dans une description de i Egypte que j'aurai l'honneur de Vous envoyer incessamment ; au reste Je vous prie d’être persuadé que je ne dirai rien qui soit contraire à la vérité, soit que je parle du magnifique palais des rois de Thèbes, de ses Statues, pyramides, colonnes et autres ornemens de marbre et de granit qui lenrichissent; soit que je décrive les superbes sépulcres des roïs thébéens » dont tous les murs con servent des peintures aussi brillantes que si elles venoient d’être faites, Ces peintures représentent, par des figures hiérog] yphiques, les vertus et les actions de ces princes, mais d’une manière qui fait connoître tout le génie idolâtre et l'esprit du pagarisme, Après quelques journées de séjour à Thèbes î M. l'abbé me proposa denous transporter au lac Moeris je fs ce qu’il désiroit, d'autant plus volouticrs, que je

voul autel suet s'en qui ue h men s’ètr Ces tent na de | cau:

toi E Jab) roIs dot été Trc

ce |

à vingteur lonent, ni nt l’une rt pour ur seule solidité “les in.

hèbes Lpensui 'EXÉCH- 5, m'a ner de Jurant, Pincia.

e, faii Ce Mi rérend qu'on 15 Une ‘ur de s prie traire palais » CO it qui 26 FR con-— es ve- > par tions COIi— Isime, bes, ETIS 5 ue je

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 411 voulois en connoître la longueur et le circuit. Les auteurs qui en ont parlé se contredisent : M. Bossuet lui donne cent quatre-vingts lieues de tour ; il s'en est tenu à l’opinion de Pline et de Mutianus, qui se sont trompés eux-mêmes ; Pomponius Méla ne lui en donne que cent six. De ces différens sentimens, on doit conclure que pour en bien juger, il faut s’ètre promené plus d’une fois sur les Lords de ce lac. C’est après en avoir observé l'étendue avec toute l’attention et l'exactitude qui m’a été possible, que dans ma carte j'ai donné au lac Moris vingt-cinq lieues de longueur, et soixante ou environ de circuit. Les caux de ce lac sont douces; il en a été parlé dans ce troisième tom. le nos mémoires.

Près de ce lac, nous vimes les restes du fameux labyrinthe , ladmiration des siècles passés. Plusieurs rois d'Egypte ont eu part à sa construcuon. Hérodote prétend que les premières pierres en avoient été posées plus de deux mille ans avant la prise de Troie. Pline nous fait une description magnifique de ce fameux monument des Egypuens. Il renfermoit , dit cet auteur, un espace très-SpaCIeux , divisé par des murailles en divers corps de logis ou appartemens séparés les uns des autres, dont ch=cun contenoit de grandes salles voüûtées, plus de trois cents chambres hautes et basses, plusieurs portiques ornés de diverses sculptures, lesquelles représentoient des

divinités égypüennes. Ces vastes bâtiméns communiquoient les uns aux autres par des cours qui les sé— paroient. Hérodote et Pline ajoutent que cette muluitude d’appartemens qui se communiquoient sans Confusion , et dont il étoit difficile de trouver l’éntrée et la sortie , formoient ce qu’on appeloit alors le labyrynthe. L'état monstrueux où les temps ont réduit ce superbe édifice, m’a empêché de pouvoir vérifier la description que nous en font ces deux illustres auteurs; ce que j'en puis dire, c’est que le laby-

RE. ut sl

EE A — . dde 77 AE valant = = D =

412 LETTRES rinthe du Fajoum , dont mémoire précédent, n’e mine , si on le com de parler,

Je ne dirai rien de plusieurs villes anciennes u TOUS aVONS pour ainsi dire déterrées > € connoîit-on les noms; je crois que nous en avons la véritable situation. Tell

eS sont les villes d’Abidus :

la grande Piolomaïs ,

Diospolis | trois 4rodi petites Prolemuïs, Herm polis; deux Crocodinopolis vilas , et plusieurs autres; on les trouvera toutes

ans ma Carte générale , placées où leur situation ous à paru plus vraisemblable,

à route que nous tenions > M. l'abbé Pincia et moi, nous conduisit au monastère de il est situé à une journée de de Tabenne, Cette île a une bo

OUT ce qui est du monastère ; d’hui qu’un amas prodisieux de b uns sur Îles autres ; mais cet am

as affreux de ruines, fait juger que saint Pacé

J'ai fait mention dans un St qu'une misérable chau- Pare au labyrinthe dont Je viens

e t dont à peine

: Nilopolis , Laione Cr.

plus que jamais par ôme, à vivre jusqu’à e; et dans ja

les vives exhortations de saint Pac e la pénitenc

fuite

dans un le chau- Je viens

nes que à peine vons Ja (bidus i , deux ,; deux Latonæ Cirtoutes uation

Cia et Côme ; le l’île ueur, ljourés les ines, dans rand soli- )s de ens; étoit jour aint me, ents eu , lans par qu'à

S ia

fuite du monde et des hommes , pour ne s'occuper que de Dieu seul. En considérant la confusion où les temps ont réduit ce célèbre monastère ; il n’est pas possible qu’on ne se rappelle le souvenir de tous ces saints solitaires, et qu’on ne conçoive, à leur exemple, du mépris pour les choses du monde , et un sincère désir des biens de l'éternité.

Près du monastère dont venons de parler , on ne eut voir sans s’aflliger , un temple dédié à Vénus. 1 fut autrefois construit dans la ville d'Andora set

devint beaucoup plus fameux que celui de Thèbes, qui avoit été pareillement dédié à une fabuleuse divinité. Je trouvai dans celui-là une inscription grecque de Tibère-César. Je tâcherai, s’il est nécessaire , de faire un nouveau voyage dans les lieux que nous venons de parcourir, pour donner à une plus longue relation de nos découvertes toute 1 exactitude qui me sera possible. La lenteur de notre dernière navigation m'a donné le loisir de prendre chaque jour avec mon astrolabe les hauteurs et la latitude des lieux où nous avons passé ; j'ai examiné tous les différens contours du Nil et des îles qui en sont voisines ; il me sera aisé de marquer dans la carte que j'en dois faire, non-seulementles lieux modernes, mais encore plus de cent villes anciennes , anciens monastères et temples, dont j'ai trouvé les vestiges sur les bords du Nil ou dans ses environs, depuis le Caire jusqu'aux cataractes. #2

L’ennui que nous causoit notre lente navigation , nous faisoit prendre quelquefois plaisir à voir le long du Nil un nombre prodigieux de crocodiles , qui se laissent approcher de fort près. Sept ou huit îles voisines de Thèbes en sont remplies. On voit ces animaux d’une grosseur énorme , étendus par troupes sur le sable pour y gober l'air à leur aise, et pour y recevoir les rayons du soleil les plus ardens ; lorsqu'on les approche , et que l’on fait du

= + Er lee 5 LS — — RE — 7 =

RE ne PER

rer

é14 LETTRES

bruit , alors ces gros colosses se lèvent lourdement de terre | et vont se plonger dans le Nil, Un de nos gens Ura sur un de ces animaux son fusil chargé à balle ; tout blessé qu’en fut cet animal » ilne laissa pas de gagner les bords du Nil. Pendant qu'il s'y débattoit , trois ou quatre de nos matelots y couru: rent armés de perches et de leurs avirons ; ils l’assom-mèérent de leurs coups. C’étoit un jeune crocodile, qui n’avoit tont au 11 que sept pieds de long ; ils l'écorchèrent , le fout cire » et en mangèrent : ils le trouvèrent excellent, M. l'abbé Pincia et moi en tâtûmes par curiosité ; ce fut pour la première fois , et je croisque ce sera la dernière. Ce jeune crocodile fut pris dans l'ile de Mansonr!! rers Assoüan, J'ai pris ; étant sur les lieux, les plans des temples d'Isis , d'Osiris et de l'Epervier ; je pris aussi celui de Knuphis étant à Phile » Celui d’Apollon étant à Ombos, celui d’un autre Apollon étant à Apo//in0polis magna. Ce temple est le plus magnifique qui soit dans le Saïd ; enfin » je pris celui du temple de Lucine étant à Elithia où Lucine civitas : j'avois déjà pris auparavant le plan du temple de Pallas . du poisson Latus , de Pan » du géant Antée, Je préfère avec justice à tous ces plans, celui des cata ractes , celui de la carrière de granit , et celui des sépulcres royaux de Thèbes, Je snis persuadé que lorsque je les enverrai en France bien dessinés , on les y verra avec plaisir et admiration. Voil: . mon révérend père , tout ce que je vous dirai pour le présent de notre voyage du Saïd. Nous abordâmes, M. l'abbé Pincia et moi . la veil de lEpiphanie , à Akmico ; j'allai ie lendemain visiter nos Coptes catholiques. Dieu leur a fait la grâce de se conserver dans la catholicité depuis la mission que nous leur fimes en 1708 : je leur donnai tout le temps pour se confesser , et M. l'abbé Pincia eut la consolation de les communier tous de sa: in. près quelqnes

jours nous 1 Ave d’une très-p L'E de la d’envi dité d par le ville , au mi homn deux cette peupl rent d de lui ce pr l’un € où € L'ém de se un sa instri dans de vw garni Diou peu «

prép:

V'Eg) milic prince au

gnoi

rdement , Un de l chargé ne laissa qu'il s'y couru ’assomcodile , ng ; ils ent : ils moi en ‘emicre 10 Cro- Ssotian, emples si celui étant à 4pollinifique temple Javois allas .

ée. Je s Cala

ui des é que 8, on

. mon our le âmes, anie , optes server

; leur

pour

lation lcr nes

jours de repos , nous nous remimes en chemin pour nous rendre au Caire.

Avant que de finir ma lettre, je vous ferai part d'une révolution des plus surprenant , et qui fut très-prompte ; nous en avons été tous 1émoins.

L'Emir-Haggni, ou conducteur de la caravane de la Mecque , nommé Ismain Bey, jeune prince d'environ trente ans , le plus riche et le plus accrédité du Caire, fut, il y a quelque temps, proscrit par le Grand-Seigneur. se tenoit caché dans la ville , lorsqu'un dimanche matin, il parut à cheval au milieu du Caire , à la tête de quatre ou cinq cents hommes armés de toutes pièces , et accompagné de deux princes proscrits comme lui. El s’avança avec cette petite armée jusqu'au château. Sitôt que les peuples, dont il étoit aimé , l’aperçurent , ils jetèrent de grands cris d’alégresse, et coururent au-devant de lui. Les janissaires gagnés , soit par affection pour ce prince , soit par argent , et pour mieux dire par l’un et l’autre , lui ouvrirent les portes du château où comimandoit le bacha pour le Grand-Seigneur. L'émir Penvoya sommer aussitôt de se rendre , et de se retirer dans une des maisons de la ville, avec un sauf conduit, qui lui seroit donné. Le bacha déjà instruit de la marche de lémir , s’étoit retranché dans le quartwr le plus élevé du château ; il fit mine de voul:: s'y défendre ; il donna ses ordres à sa garnison ; il ‘: transporter du eanon sur le mont Diouchi , qui imande au sérail et à la ville : mais peu de temps apr et sans attendre l'effet de ses préparalifs , il se rendit à discrétion.

Cette honteuse conduite du bacha , haï dans l'Egypte , donna occasion ax commandans de |

milice , aux chefs de la justice et de la loi , et aux principaux habitans du Caire, de dresser une requête au {-rand-Seigneur. Par cette requête , ils se plaignoient du gouvernement tyrannique du bacha, de

ses vexations , de ses injustices » etenfin de la lâche et prompte reddition & Château du Caire, Par la même requête , ils supplioient très-humblement sa Hautesse de leur accorder un nouveau bacha plus fidèle à son souverain , et plus humain envers ses sujets. Elle finissoit par la Justification de l’émir, qui n'avoit fait, disoient-ils, son entreprise que pour affranchir le royaume d'Egypte du dur esclavage du bacha,

Cette requête a dû être présentée au Grandones par sept agas députés de chaque corps de la milice du Caire; ils se sont embarqués sur un bâtiment anglais , qu'ils ont naulisé pour la somme de cent cinq medins , c’est-à-dire d'environ deux mille écus de notre monnoie ; nous apprendrons an premier jour le succès de cette députation,

L'Egypte a le malheur d’être souvent exposée à de pareilles révolutions : ses richesses en sont la cause, Comme le pays est abondant > le bacha qui commande , et les autres seigneurs qui y sont nés, se hâtent de s’y enrichir : sont-ils devenus riches en peu de temps, ils s'efforcent de se rendre indéperceuse de toute autorité > pour mettre en sûreté eurs richesses, Le Grand-Seigneur » de son côté, par l'intérêt qu’il a de conserver un royaume d’où il tire de si grands secours d'argent , est forcé de ménager ces seigneurs , et son bacha même , pour

ne leur pas donner occasion de se révolter contre son gouvernement,

Je suis, etc.

Page 1