‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]Chapitre 84 sur 107 · FL ÉS · texte numérisé non relu

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de la tête du veau d’or que les Israélites adorèrent. Nous ne savons, dirent-ils à Aaron, ce que Moïse notre conducteur est devenu, donnes-nous des dieux ui nous conduisent, Ce moule est au pied du mont Oreb, et sur le chemin qui communiquoit au camp des Hébreux; je le mesurai, et je trouvai que sou diamètre et sa profondeur sont de trois pieds chacun: il est creusé dans un marbre granit rouge et blanc. En l’'examinant de fort près, nous y remarquûmes en effet la figure de la seule tête d'un veau, avec som mufle et ses cornes, | Cette observation et la remarque qu'on peut aisément faire, qui est que quelques saints pères, et en particulier T'ertullien, saint Cyprien, saint Ambroise , saint Augustin et saint Jérôme expliquant le chap. 32 de l’Exode, ne font mention que de latête d'un veau, et non de la figure din veau entier , qui fut l’objet de l’adoration d: ce puuple; notre remarque , dis-je, et les paroles des père: ne pourroient-elles point faire douter si on elfit: Aaron ne fit fondre que la tête d’un veau &. non son corps entier? Mais les paroles de ce chap. 32.° disent si distinctement qu’Aaron fit fondre un veau aux instances que lui en firent les Israélites , qu'il n'est pas permis de douter que ce ne fûten eflet un veau entier. Mais il est aisé de concilier tous ces textes, en disant qu’Aaron fit faire différens moules pour forger son veau d’or, que l’un étoit pour la tête dont les pères ont parlé , et qui étoit alors le seul connu, et les autres pour les différentes parties du corps du veau. Et il ne sera pas hors de propos d'ajouter ici qu'il est certain que les anciens gyptiens mettoient au nombre de leurs divinités la tête d’un veau : or le peuple Hébreu sortant de l'Egypte après quatre cents ans d’une dure captivité, a pu donner occasion aux saints pères que j'ai cités, de dire que ce peuple si porté à l'idolärie, avoit a” , à l'exemple

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des Egyptiens, la tête d’un veau comme une divinité.

Après avoir rapporté ici mes observations sur Ja roche dont Moïse fit sortir l’eau, et sur le moule de la tête du veau que les Israélites adorèrent, je réprends la suite de notre voyage. Après notre visite du mont Sinaï, nousallâmes faire celle du monastère de Raithe. Les miracles et les écrits du vénérable Jean qui en étoit abbé, et qui étoit ami particulier de saint Jean Climaque , ont rendu ce monastère très-célèbre. Il est situé sur la mer Rouge à Quarante ou cinquante milles de Sinaï; les jerdins et les grottes où les solitaires se retircient, sont encore en fort bon état, J'aurai occasion d’en parler ailleurs , et du môle qui forme le port de Tour. Je vous dirai seulement de ce dernier, que toutes les puissances d'Europe ne -pourroient faire un pareil ouvrage, Figurez-vous de Jongues allées d’arbrisseaux pétnifiés dans la mer, et

.rangés de tout côté en ligne droite pour rompre

les flots et pour assurer la rade : tel est le môle de

Tour.

Nous nous promenâmes deux fois dans ce port en chaloupe : mes compagnons n’avoient nulle autre intention que celle d’avoir le plaisir de la promenade; mais la mienne étoit de bien connoître ce port, et d'en tirer le plan, ce que je fis. J’y ramassai divers coquillages qui me parurent beaux et rares; mais ce qui me surprit, fut de voir dans ce port des champignons,pétrifiés, des éponges pétrifiées, des herbes et des arbrisseaux avec leurs racines > tellement en-

. durcis par un suc lapidifique , que la nature et J'art se sont servis de ces pétrifications comme de maté riaux pour former ce port et son méle, Je crois, mon révérenû père, que vous verrez avec plaisir ces productions curieuses de la nature, Jai fait un choix des plus belles. À mon retour au Caire, j'en remplirai une caisse, et jy joindrai ces jolis coquillages

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qu’on appelle en ce pays des oursins; on en fait des tabatières dans lesquels le tabac se conserve, dit-on, très-fraichement.

J'ai trouvé différentes espèces d’idoles que les Egyptiens adoroient comme autant de divinités, Les plus communes sont des figures d’Isis et d'Osiris ; ils en mettoient dans les sépulcres ; vous en trouverez de toutes façons dans la caisse que j'aurai l’hon-

neur de vous envoyer, avec un sac de médailles

dont on m'a fait présent. Je laisse à MM. de l’académie des Sciences à vous donner l'explication des hiéroglyphes dont ces figures sont couvertes; ils verront de plus avec curiosité un vase d’airain en forme de bénitier, qui sera dans la même caisse ; 1l est pareillement couvert de figures qui ÿ sont gravées, et dont l'explication demande une grande connoissance de l’antiquité égyptienne,

Du port de Tour nous allâmes à Suez; je cueillis sur notre route des herbes qui me parurent singulières ; je suis persuadé qu'elles ont toutes des vertus spécifiques ; mais il s’agit de les connoître. Nous ne pümes aller jusqu’à la ville d’Asiongaber. Tout ce que nous pûmes faire, fut d'interroger des Arabes qui ont un commerce continuel avec cette ville, et d'apprendre d’eux sa situation, et tout ce que le temps y a conservé. L’historien Josephe prétend qu’un des Ptolomées, roi d'Egypte, avoit nommé cette ville Berenice; wais les Arabes lui donnent celui de Minnet et Iddahad, qui veut dire Ze port de l'or : ce nom convient à l’ancienne tradition, qui est que cette ville étoit autrefois l'arsenal des flottes de Salomon, lesquelles étoient destinées pour aller chercher de l’or à Ophir.

Chemin faisant, nous passämes par un vallon où nous fûmes agréablement surpris de voir une cascade naturelle d’une eau très-claire, qui se précipite du haut de plusieurs rochers dans une vaste prairie,

et est reçue dans deux larges bassins de granit, qui en sont continuellement remplis, et dont le superfin se perd dans une verdure qui les environne. Cette “cascade feroit l'honneur des plus beaux jardins de France. Sortant de cette belle prairie , nous entrâmes dans des terres plemes de mines de talc, d’albâtre et de sel; nous ÿ vimes aussi deux grands bains d’eau chaude et minérale : l’on vient de fort loin pour s’y baigner. Tout ce pays est fertile en toutes sortes de gibier; les Arabes nous apportèrent des gazelles et des martres sans queue, qu'on appelle oubers. Je parlerai plus au long, dans mes mémoires, de tout ce que je ne fais ici qu'indiquer. Je finis cette lettre ,| mon révérend père, en vous répétant que la seule vue des côtes de la mer Rouge confirme la démonstration du chemin que les Israélites ont dû nécessairement tenir Pour passer cette mer de là manière que nous l’avons dit. Jai eu l'avantage d’avoir pour témoin de mes observations, M. Chaudevin , gendre de M. Lemaire notre consul. Comme il a un grand usage de tout ce pays, dont il possède parfaitement la langue, et qu’il a d’ailleurs un grand goût joint à un Juste discernement, je lui dois la justice de publier qu'il m'a été d’un grand secours dans les voyages qu'il a bien voulu faire avec moi. Nous nous recommandons à vos saints sacrifices, et je vous prie en mon particulier

d’être bien persuadé de la parfaite reconnoissance avec laquelle je suis, etc.

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Du père Sicard , missionnaire de la Compagnie de Jésus en Egypte, écrite au père Fleuriav , de la méme Compägnie.

Mon RÉVÉREND PÈRE,

Jar l'honneur de vous envoyer la relation d'an voyage que j'ai fait jusqu'aux cataractes du Nil, pour y continuer mes missions chez les Goptès , et en même temps pour commencer mes remarques sur les antiquités d'Egypte.

J'ai pris une connoïssance aussi exacte qu'il m'# été possible, de tout ce qui m’a paru digne des mémoires que M. le duc d'Orléans et M. le comte de Maurepas m'ont fait l'honneur de me demander. J'ai eu l'avantage de me trouver en la compagnie de M. l'abbé Pincta, ecclésiastique piémontais, homme savant et grand amateur de l'antiquité; eet ab © étoit venu en ce pays-ci dans le dessein de faire :: comparaison des plus beaux monumens de litalie , avecceux que l'Egypte a conservés jusqu'à présent.

Vous jugerez aisément, mon tévérend père, de la joie que j'ai eue de pouvoir mê joindre à une personne de ce mérite, et de l'avoir eu pour témoin de mes découvertes. Avant que de vous en parler, je puis vous dire par avance que les yenx de cet abbé, tout accoutumés qu'ils sont à ne voir dans Rome et dans le reste de l'Italie que des objets magnifiques, n’ont pas laissé d'être surpris à la vue des ouvrages égyptiens, dont les seuls débris de quelques-uns lui ont paru dignes d'admiration , tel-

lement qu'après les avoir bien considérés, il a été

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