CHAPITRE VII
Thèbes.
Qu n’a point dit toute l'antiquité de Thèbes, autrement Diospolis Magna? Âl n’est pas un auteur qui n’en ait parlé comme d’une ville dont la grandeur et la beauté étoient au-dessus de toute expression, Diodore veut que son circuit fut de 1 40 stades qui font six lieues , à quelque chose près. Strabon lui donne même 8 stades de longueur. Ce qu'il y a de sûr, c’est qu'il falloit que son étendue füt prodigieuse , puisqu'elle fut nommée la ville à cent portes. Non-seulement elle fut la capitale de l'Egypte, mais sous Sésostris elle étoit même la capitale de l’Orient, Sasituation étoit d'autant plus commode et plus avantageuse pour nourrir les miliers d'habitans qu’elle
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contenoit , que le terrain des environs est admirable, et que le Nil traversoit la ville. Or, cette superbe ville a eu le même sort qu'Alexandrie et que Memphis. On ne la connoît plus que par ses ruines; mais avec cette différence que, malgré les malheurs où elle a été exposée, malgré les efforts qu'ont faits les Carthaginoïs (Ammian. 1. 17), le roi Cambyse,
- les Romains sous Cornelius Gallus, pour la détruire
de fond en comble, après lavoir pillée et saccagée ; il n'est point d’endroit dans toute l'Egypte, où il soit resté tant de beaux monumens, et tant de choses qui méritent d’être vues,
Par exemple, à l’est du Nil, on voit six portes entières du château dans lequel étoit renfermé le palais des rois de Thèhes; ce sont autant de chefsd'œuvre de la plus parfaite architecture. Au sortir de chaque porte, on trouve une longue avenue de sphinx et de toutes sortes de statues de marbre qui conduisoit au palais ; cela n’est rien en comparaison du grand salon de ce palais. 11 est soutenu de cent douze colonnes, qui ont soixante et douze pieds de haut, et douze pieds et un tiers de diamètre, toutes couvertes de figures en relief et peintes. Les murailles et le plancher sont peints aussi hors du salon en différens péristyles; l’on peut compter jusqu’à mille colonnes, quatre colosses de marbre, et plusieurs obélisques, dont deux sont de porphyre, et quatre de granit, Un peu plus loin, est le château et le sépulcre du roi Osymanduas, dont parle Diodore; la chambre du sépulcre est encore entière : pour ce qui est du château, il est réduit à deux pièces avancées presque en demi-lune, sur lesquelles sont représentés les combats et les triomphes de ce prince. De tous côtés on y trouve des colonnes, les unes avec des bas reliefs, et les autres non sculptées ; plusieurs temples à demi-ruinés, et les débris de la bibliothèque, :
Ce qui est an couchant du Nil n’est pas moins cu. ricux que ce qui est À l’orient, Sans parler des temples de Vénus et de Memnon, des galeries pleines d’hiéroglyphes, des colonnes, il y a des choses que l’on peut dire être uniques dans le monde; savoir, les sépulcres des rois de Thèbes et trois Statues colossales. Les deux premières , dont a tant parlé Strabon, sont remplies d’une vingtaine d'inscriptions, soit grecques, soit latines ; la troisième est la statue du roi Memnon, laquelle, selon la tradition des anciens Egyptiens, rendoit un son au lever du soleil.
L'on prétend qu'il y a eu jusqu'à quarante-sept sépulcres des rois de Thèbes, 11 paroït que sous le rèonc de Ptolomée-Lagus, il n’en restoit déjà plus que dix-sept. Dindore dit que du temps de Jules- César le nombre en étoit encore diminué; aujourd'hui il en reste dix, cinq entiers , et Cinq à demiruinés, ce qui suflit pour donner l’idée que l’on doit avoir d'une chose aussi singulière que celle-là, et qui ne cède en rien à la magnificence des tombeaux des rois de Memphis, c’est-à-dire des Pyramides.
Les sépulcres de Thèbes sont crensés dans le roc, et d’une profondeur surprenante. On ÿ entre par une ouverture qui est et plus haute et plus large que les plus grandes portes cochères. Un long souterrain large de dix à douze pieds, conduit à des chambres, dans l’une desquelles est un tombeau de granit élevé de quatre pieds; au-dessus est comme une impériale qui le couvre, et qui donne un véritable air de grandeur à tous les autres ornemens qui
l’accompagnent. Salles, chambres, tout est peint depuis le haut jusqu’en bas. La variété des couleurs, qui sont presque aussi vives que le premier jour , font un effet admirable; ce sont autant d’hiéroglyphes qu'il y a de figures d’añimaux et de choses re résentées; ce qui fait conjecturer que c’est-là l’histoire:
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de la vie, des vertus, des actions , des combats, des victoires des princes qui y sont inhumés. Mais il en est des hiéroglyphes des Egyptiens , comme des caractères de quelques peuples anciens, qu’il nous est à présent impossible de déchiffrer. S’il arrive jamais que quelqu'un parvienne à en avoir l'intelligence, on aura l'histoire de ces temps-là, qui nous est inconnue, et qui vraisemblablement n’a jamais été mise par écrit. Outre l’histoire du temps, on aura l’abrégé des superstitions des Egyptiens; car il y a quelquesunes de ces chambres, où l’on voit différentes divinités représentées sous des figures humaines; les unes ayant des têtes de loup, les autres de chien, de singe, de belier, de crocodile, d’épervier. En d’autres endroits, ce sont des corps d'oiseaux avec des têtes d'hommes; dans d’autres chambres, ce sont des sacrifices qui sont peints, les sacrificateurs avec leurs habits bizarres, les esclaves les mains liées derrière le dos, ou debout, ou couchés par terre; tous les instrumens qui servoient aux sacrifices. Dans d’autres , ce sont les instrumens de l'astronomie, des arts, du labourage, de la navigation; des vaisseaux qui ont pour proue et pour poupe des becs de grue et d'ibis, et pour voiles des soleils et des lunes.
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