‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères. Tome deuxièmeChapitre 2 sur 7 · MÉMOIRES DE L'INDE · texte numérisé non relu

MÉMOIRES DE L'INDE

Xja Mission de Tlnde offre encore un vaste champ à notre curiosité et à notre édifica-^ tion. Ce pays autrefois si connu par ses ri-» chesses, et même par ses lu4tèi*6S, étoit « presque oublié de l'Europe ^ ce n'étoit que par de longs détours qu'on pouvoit y arriver^ et la Perse étoit comme le canal et Tunique entrepôt de ses épiceries, de ses toiles , de ses pierreries, etc.

Les Portugais qui dans le xv.® et le xvi.^ siècle se signalèrent par tant de découvertes et d'entreprises , pénétrèrent dans ces contrées par une route plus courte et plus facile.

Leurs conquêtes brusques et rapides étonnèrent des peuples lents , timides , et la plupart mécontens de l'espèce d'esclavage dans lequel ils gémissoientj il y en^ eut qui poir^

T. ri.

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en être délivrés se jetèrent entre leurs bras* Mais ces nouveaux colons , presque tous aventuriers, qui n'avoient d'estimable que leur bravoure , appesantirent encore leur joug, et enchérirent quelquefois sur les vexa^ tions, sur la cruauté des Maures et des Marattes, qui ravageoient tour à tour ces belles et fertiles régions. Ils ne respectèrent point assez les usages et les' préjugés nationaux ; ' ils attentèrent plnsM'une fois à la liberté, à rhonneur 9 à la vie même de leurs hôtes mal-* heureux. Aussi les habitans de Tlnde en con«- ^ çurent-ils i^ haine, un mépris, une hor« reur qui s'est conservée, et qui dure encore contre les Européens , qu'ils confondent tou9 indistinctement avec les Portugais.

L'Inde, une des plus vastes contrées de l'Asie , tire son nom du fleuve Indus , qui prenant sa source vers lé mont Caucase , après l'avoir traversé du liord au midi, va se jeter dans la mer des Indes. Elle a pour bornes au nord la Grande-Tartarie , dont elle est séparée par le mont Caucase } la Chine àTorient; au midi l'Océan oriental , et la Perse à l'occident. On la divise en Itrois partie» : l'Inde septentrionale ou l'em-

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pire du Mogol , appelé communénient Tlndoustan; la presqu'île occidental» deçà le Gange, et la presqu'île orientale delà' le Gange-

Les Marattes régnoient autrefois 'dans ces deux dernières parties; le Mogol les en a presque entièrement chassés; mais Ton y voit encore quelques-uns des anciens souverains ^ sans cesse exposés aux courses désastreq^ed ou des Maures ou des Marattes.

Les Européehs se sont établis sur le^ côtes , où ils ont des villes et des comptoirs qu'ils ont acquis ou envahis. Les richesses qu*y recueillirent les Portugais, et qu'ils firent passer en Europe après leurs premières expéditions, devinrent l'objet de l'émulation ou plutôt de la cupidité de notre continent.

Mais on ignoroit la route qui conduisoit dans ces régions , et, pour y .parvenir on no tirolt aucune lumière des Portugais, que l'intérêt et la politique empéchoient de publier les journaux de leurs voyages. On tenta ce-* pendant, on essaya de leur dérober ou du moins de partager un commerce si lucratif.

Il y eut dès le XI * «sieors asso«

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ciations pour aller î^la découverte. L'amour du gairt>né se rebuta pas des malheurs des prémices entreprises , et plusieurs puissances maritimes parvinrent enfin à se former des établissemens , soit aux dépens des Portugais , soit aux dépens des princes qui régnoient dans ces contrées.

Nous y allâmes à la suite , et après beaucoup d autres nations de l'Europe ; et la Compagnie des Indes y fit l'acquisition de Pondichery et de quelques autres places dans le Bengale et sur la côte de CoromandeL

Louis Xiy , qui n'avoit pas moins de zèle pour la religion que pour la perfection des arts et la sûreté du conunerce de ses sujets , s'occupa du soin d'y envoyer des missionnaires chargés d'entretenir chez les Français l'amour et le goût de la vertu , et de porter chez les nations infidèles les lumières de l'évangile. M. Colbert ; ce ministre si sage , si zélé pour la gloire de son maître et les intérêts de la religion , regarda la conversion de tant de peuples plongés dans les ténèbres de la gentilité ^ comme une entreprise utile à la France, et glorieuse au grand prince qui l'honoroit de sa confiance.

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Il songeoit à faire passer dans llnde des missionnaires animés du désir du salut des âmes et habiles dans les sciences de l'Europe. Sa mort retarda l'exécution d'un si noble projet j mais M. de Louvois, plein du même esprit et de la même arjdeur , voului;» quelques années après, se servir de Tocca** sion de l'ambassade qu'oti enyoyoit à un des plus puissans rois des Indes (le roi de Siam]^ pour poursuivre un si glorieux dessein. Il demanda des ouvriers apostoliques aux supérieurs des Jésuites ; et comme leurs collèges, surtout ceux où les jeunes Jésuites faisoient leurs études de théologie, étoient comme autant de férvens séminaires des Missions étrangères , on trouva à Paris , dans le seul collège de Louis -le -Grand , un beaucoup plus grand nombre de missionnaires qu'il n'y avoit de places sur les vaisseaux.

On en choisit six que leur vertu et leur ha« bileté dans les mathématiques rendoient propres pour cet important dessein. Louis XIV voulut qu'ils partissent avec le titre honorable d'académiciens; et par un privilège unique, et qui ne devoit pas tirer à conséquence, les fit recevoir à l'Académie des^

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Sciences ayant leur départ. Cétoient les pères Fontenay, Tachard, Gerbillon, Lecomte, Bouvet et Visdelou.

Le mérite de ces premiers missionnaires fit qii*on èh demanda bientôt un plus grand tiombre. Sa Majesté eut la bonté d*en envoyer quinze autres; ceux -^ ci furent suivis quelque temps après par plus de soixante , qiii se sont répandus dans presque tous les ïbyaumes des Indes, et qui ont été successivement remplacés tant que la Société a Subsisté, Ce sont leurs lettres que nous préijèntons de nouveau au public , et que nous e'sperohs qu'il accueillera et qu il lira avec liitérôl.

. Chaque Mission a ses peines,. et est par- «eniée de croix qui lui sont particulières. Celle des Indes parolt les réunie toutes : étude des langues, solitude, habitation incommode , climat brûlao t , courtes fréquentes et dangereuses, vie austère, usages singuliers, privation de toutes les douceurs, de tous les agrémens et de presque tous, les besoins nécessaires en quelque sorte à Tentretîen de la vie , et par-dessus tout , une prévention dans les Indiens qui rend leur con-

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Tersion extrêmement difficile. Pour y ira-» vailler avec quelque fruit, il faut devenir Indien 8oi*mâme., en prendre le ton , les manières , rhabillement , la nourriture , et leur cacher surtout qu on est Européen.

C'est pour se mettre à couvert d*un pareil soupçon, qu'après avoir appris la langue çt les coutumes du pays, ils s'habillent à la façon des pénitens indiens , et qu'ils se disent Sanias Romabouri ^ c'est-à-dire, prêtres 'ou religieux romains venant du nord. Ces* pour cela qu'ils s'assujettissent à tous leur*; Usages, quelque gênans et quelque rebutanaT qu'ils soient; qu'ils s'asseyent à terre leé jambes croisées, qu'ils mangent aussi à terre, sans rien toucher de la main gauche', ce qui: «eroit , selon l'opinion de ces peuples , tout à fait contraire aux règles de la politesse et de la bienséance; qu'ils observent un jeûne continuel, ne faisant qu'un seul repas par jour, qui consiste en quelques fruits , quelques légumes, et un peu de riz cuit à l'eau j car vous n'ignorez pas que le pain , le vin , la viande, les œufs et le poisson, qui sont les alîmçns ordinaires des autres nations, soi}t absolument, interdits à un missionnaire

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des Indes. Si les premiers missionnaires de Maduré eussent hésité à embrasser ce genre de vie dans toute sa rigueur , leur zèle eût ité très-infructueux 9 et ils n'auroient pas converti , comme ils ont fait , plusieurs Brames , et plus de cent cinquante mille idolâtres. C'est en usant des mêmes moyens, et en prenant les mêmes précautions, que a'est établie la mission de Carnate.

On a de la peine à comprendre d oii .peut venir aux Indiens cette aversion insur* montable qu'ils ont pour les Européens. Des personnes qui s'intéressent au progrès de la religion dans les Indes , ont souhaité d'avoir là-dessus un éclaircissement que je me fais un plaisir de leur donner , et qui servira à faire mieux connaître le génie et les mœurs d» la nation indienne.

Pour cela il faut supposer deux choses, qu'on a touchées légèrement dans plusieurs lettres de ce recueil.

La première , que les Indiens sont partagés en diverses classes , auxquelles les Portugais ont donné le nom de castes. Il y en a trois principales : la caste des Brames ,

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qui est celle de la haute noblesse; la caste des Kchatrys ou Rajas ^ qui répond à ce qu'on appelle en Europe la petite noblesse ; et la caste des Choutres , c'est-à-dire , des gens du commun.

Outre ces trois castes , qui sont d'une grande étendue , il y en a une quatrième ^ qu on appelle la caste des Parias , qui comprend la plus yile populace ; elle est regardée de toutes les autres comme une caste infâme, avec laquelle on ne peut avoir de commerce sans se perdre d'honneur. L'horreur qu'on a pour un paria va si loin , que tout ce qu'il touche devient souillé et est hors d'état de servir : on ne leur parle que de loin ; il ne leur est pas permis d'habiter les villes; ils doivent s'en éloigner, et placer leurs villages à une certaine distance qui leur est prescrite.

Chacune de ces castes principales se partage en d'autres castes qui lui sont subordonnées , et dont les unes sont plus nobles que les autres. La caste des Choutres renferme le plus de ces castes subalternes : on comprend sous le nom de Choutres ^ leà castes des marchands , des laboureurs , des

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