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orfèvres 3 des charpentiers , des maçons, des cintres , des tisserands, etc. Chaque métier est renfermé dans une même caste ; et il n'y a que ceux de cette caéte qui puissent s'y employer.
Ainsi un charpentier seroit rigoureusement puni s'il se mêloit du métier d un orfèvre. Il y a pourtant certaines professions auxquelles chacun peut s'appliquer, de queU que caste qu'il soit parmi les Chôutres , telles que sont celles de soldat, de marchand et de laboureur. Mais il y en a d'autres qui ravilissent infiniment ceux qui les exercent ; par exemple, en plusieurs endroits de l'Inde, on met au rang des Parias , les pécheurs , les pâtres y les cordonniers , et généralement tous ceux qui travaillent en cUir.
La seconde chose qu'il est bon de remarquer , c'est qu'un Indien ne peut , sans se dégrader, prendre ses r^pas avec ceux d'une caste qui est inférieure à la sienne , ni 91anger.ce qui auroit été apprêté par uti Ixomme de cette caste. Ainsi il faut que oe soit un Crame, et non pus un Choutre, qui prépare à manger à un autre Bramer
Il en est de même du mariage, que per-
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sonne ne peut contracter hors de sa caste» Celui qui se seroit allié avec ceux dune caste inférieure , seroit déshonoré à jamais, regardé comme ■ un infâme , et chassé pour toujours de sa propre caste.
Enfin on ne peut exprimer jusqu'où va Tentêtement que les Brames ont pour leur noblesse, l'estime qu'ils font de leurs coutumes j et le mépris qu'ils ont pour les lois et pour les usages de toutes les autres nations.
Il est aisé de voir maintenant ce qdi a pu donner aux Indiens cette horreur pour les Européens, dont il n'est pas possible qu'ils reviennent jamais. Lorsque les Portugais vinrent pour la première fois aux Indes , ils n'observèrent aucune des coutumes du pays, ils ne firent nulle distinction de castes , ils se mêlèrent indifféremment parmi les Parias, ils en prirent même à leur service, et dèslors le mépris que les Indiens avoient pour les Parias passa jusqu'aux Portugais, et s'est toujours perpétué depuis ce- temps-là. Quoique lès autres Européens n'ignorassent pas la délicatesse des Indiens sur cet article, ils n'y blît pas eu plus d'égard.que les Portu-
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gais ; ils ont vécu aux Indes comme ils vivent en France , en Angleterre et en Hollande » sans se contraindre , et sans s'accommoder , autant qu'ib le pouvoient, aux usages de la nation. A quoi 1 on doit ajouter la licence de plusieurs d entr'eux , leurs excès dans Tusage du vin 9 et la familiarité avec laquelle ils traitoient les ministres de leur religion : tout cela a choqué infiniment un peuple natu* rellement sobre , retenu , et qui a le plus profond respect pour ceux qui leur tiennent lieu de maîtres et de docteurs.
Voilà principalement ce qui a inspiré aux Indiens , à Tégard des Européens , cette aversion extrême dont il est parlé si souvent dans les lettres des missionnaires. Ce sont ces tristes préjugés qui entretiennent dans sTSn aveuglement un peuple qui paroit avoir d'ailleurs d'assez heureuses dispositions pour la vertu.
Les missionnaires n'ont pas beaucoup de peine à convaincre les Indiens de la vérité de notre sainte religion , ni à leur faire sentir l'extravagance de leurs superstitions ; ils n'ont pas même de grands sacrifices à leur demander; prcs^quç tous sont trop pauvres
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pour entretenir deux femmes, et rien n'égale leur modération et leur sobriété ; ils ne sont pas riches, ils craignent même de le pa« roltre , et ils n'ont pas par conséquent la plupart des vices que produisent et qu'entretiennent le luxe et l'opulence. Mais le respect humain les arrête , ainsi que l'amour de leur caste , dont ils n appréhendfpt rien tant que d'être chassés ou méconnus.
Cependant malgré ces obstacles , les missionnaires avoient réussi à y établir plusieurs chrétientés ferventes et nombreuses. A ferce de soins , de travaux , de patience , et surtout de prières à celui qui donne laccroissement , et sans le secours duquel on arroseroit en vain de ses sueurs ces terres arides et incultes, ils avoient fait luire et goûter la vérité à une grande partie de ce bon peuple. Mais le nombre des ouvriers est bien diminué dans cette abondante moisson. Dieu veuille leur donner des coopérateurs , et enfin des successeurs qui les remplacent, et qui les surpassent en vertu et en talens.
Au reste , il ne faut pas croire qu'il suffise d avoir du zèle et de la piété pour travailler avec fruit dans les contrées de l'Inde. On
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doit y apporter de ladisposition pour l'étude des langues^ beaucot^ de pénétration et de présence d'esprit pour répondre aux objections des Brames , qui ne manquent pas de subtilité i de la netteté , de la douceur , de la patience, et une sorte d'industrie pour exposer utilement et d'une manière sensible, noble ^ frappante , nos dogmes sacrés ; des connoissanees dans les mathématiques , dans la physique , et même dans la médecine ; un esprit d'observation et d'analyse pour s^nstruire soi-même , et profiter de tout ce qu'on rencontre de nouveau et de singulier , et surtout un grand courage qui ne s'étonne point des persécutions , et qui sache se passer des succès sans se ralentir, sans rien perdre de son ardeur.
Quels hommes pour les talens et pour la vertu que les Tachard , les Bouchet., les de la Fontaine, les Martin^ les Maudûit, les le Gac , et tant d'autres qui ont travaillé dans ces Missions , et qui nous les ont fait connoltre ! .
Aussi ^ quoi qu'on en dise, quand il s'agissoit d'aller aux Missions étrangères , les supérieurs des Jésuites se refusoient-ils près-
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que toujours aux instances de ceux qui n'avoîent montré que des talens médiocres, persuadés que quoique les succès dans ce saint ministère dépendent principalement de la grâce, 'ils dévoient faire de leur côté tout ce qui dépendoit d'eux , pour coopérer et concourir à la bonne œuvre qu'on vouloit entreprendre.
J'ai cru devoir renvoyer à la fin de ces Mémoires tout ce que j'ai pu rassembler sur Manille et les nouvelles Philippines, pour ne pas interrompre ce que nous rapportent les missionnaires de l'Inde proprement dite.
Us nous apprennent avec sfôsez de détail tout ce qu'on peut désirer de savoir de ces contrées, de leurs productions, de leurs manufactures, de leurs usages, de leur religion, de leur police.
On verra avec une sorte d'étonnement qu'un pays dont l'EuPope tire tant de richesses, et où elle porte elle-même tant d'argent , n'est habité que par un peuple indigent et misérable} que l'or qu'on y amasse e«t presque tout enfoui , et qu'on n'y voit
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partout que l'image triste et dégoûtante àé la plus extrême pauvreté*
Effets déplorables du despotisme et de Tanarcliie ! le christianisme , qui est opposé à tout ce qui est mauvais , est bien propre à les réparer. Il a adouci la condition des Indiens en leur apprenant à la supporter patiemment , et nous pouvons assurer que les moins malheureux sont ceux qui ont embrassé la doctrine évangélique , et qui en suivent fidèlement les saintes et sublimes maximes.
LETTRES