‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 110 sur 317 · II · texte numérisé non relu

II

3 17 175. — Du 23. Septembre 1666 (Subligny). 3 18

Il traitta tout du long de l'aune 133 Messieurs les Cardinaux de nostre Nation ,

Et cela veut dire à la Chaune ,

C'est à dire sans rien borner Et sans pitié du goust de pas une Eminence ,

Qui , dans un si fameux disner , 140 Ne sçavoit que choisir parmy tant d'abondance.

Après , ils furent promener Dans le carosse du Duc mesme , Et vinrent encore donner Sur un souper friand & superbe à l'extrême. 145 Mais ce que fit dans ce souper

Nostre Grand Aumônier de France Ne doit point passer sous silence Et me plaist trop pour m'échapper.

Vous connoissez ce galant homme , 150 C'est ce grand Cardinal Anthoine Barberin ,

Qui nous fait mourir de Chagrin Quand il est trop longtemps à Rome.

^; Comme on estoit sur le dessert

Et qu'on y beuvoit à la ronde , ^ 135 On vit arriver un Concert

Sur deux Chars Triomphaux les plus galans du monde.

IA vray dire , cela sentoit le Barberin : Aussi , dés qu'on les vit paroistre , « A vous mesme , » luy dit-on , « Maistre ,

160 » En voila de vostre plus fin. »

Rien n'estoit de plus magnifique Ny plus beau que cette Musique Et , pour vous en parler sans fart , Je croy que bien des gens , charmez de ces merveilles , 165 Furent , pour en avoir leur part ,

Amenez là par les oreilles.

A Milan , l'on se mesle aussi

De faire des Magnificences

Et de grandes rejouissances , 170 Mais elles vont Cosi Cosi ,

Et de dire que rien réponde

A ce que je viens de conter ,

J'aurois tort de le débiter

Et je me mocquerois du Monde.

175 On y dépence plus, peut-estre , quatre fois,

Mais , pour le faire bien paroistre ,

Il faudroit estre vray François.

Et c'est ce qu'à Milan il est mal-aisé d'estre.

L'Impératrice y doit rester I 180 Avec son coffre dans sa chambre ,

136 A Et sans compassion, c'est-à-dire à la Chaune, | 158 BC le vist paroistre.

3 19 ly^- — Du 23. Septembre i666 (Subligny). 320

Où , deut-elle cent fois pester, Des harangueurs seront tout le mois de Septembre.

Apres , elle en pourra partir

Pour prendre le chemin de Bresce , 185 Où Venise a fait avertir

Que passera cette Princesse.

Ce sont autres apprests , que nous ne sçavions pas ,

Que la grandeur Vénitienne

Veut qu'on fasse dans ses Estats 190 Lors qu'elle y passera pour se rendre à Vienne.

On y prépare des Palais

Et des regales de grands frais ,

Dont on doit là luy faire l'offre.

Mais nous avons parlé d'un coffre, 195 N'en éloignons pas nos discours.

C'est un coffre qu'elle a tousjours ,

Et dont cinquante de ses Dames ,

Qui toutes ont beaucoup d'esprit

Et bien du pouvoir sur les âmes , 200 Voudroient égaler le crédit.

L'aventure est assez nouvelle

Que , tout exprès pour l'amour d'elle ,

Il se soit trouvé des Beautez ,

Dont les yeux valussent les offres 205 De mille & mille libertez ,

Qui voulussent se voir faites comme des coffres ;

Mais , Prince, elles avoient raison ,

Et mesme une raison tres-forte ,

Car , leur ressemblant de la sorte , Elles eussent esté riches à million.

On dit qu'arrivant à Final Le Cardinal Colonne est mort de fascherie N'en prenez jamais , je vous prie , Puis que cela fait tant de mal.

Faschez-vous toutefois un peu de l'aventure Qui fait garder le lict à Monsieur de Ruiter. Si son mal de long-temps n'alloit pas le quitter, Cela mettroit I'Anglois en trop belle posture. Vous n'ignorez pas le mal-heur Qui cause ses langueurs cruelles , Et qu'en rendant combat avec trop de chaleur Il avala des estincelles :

C'estoit estre bien prés des cous.

Au reste, un Médecin habile, Qui dans peu le veut rendre aussi dispos que nous , Dit qu'elles ne feront que luy purger la bile.

184-2 1 5 Ces )2 vers sont supprimés dans BC. 1 2 1 1-2 1 2 ^ Le 'Cardinal Colonne est mort de fas-

A son arrivée à Final. [chérie

321 lyS. — Du 23. Septembre 1666 (Subligny). 322

Dieu bénisse le Médecin , Ses remèdes & sa science Et les conduise à bonne fin !

230 Mais, quant à moy, mon Ordonnance

Seroit qu'il fit encore un combat furieux Contre son ennemy farouche, Afin qu'il jettast par les yeux Le feu qu'il a pris par la bouche.

335 Nostre illustre Duc de Beaufort

Estoit l'autre jour à Belle-Isle , Où sa Flotte joignit dix vaisseaux de renfort , Qui ne luy seront pas un secours inutile. Ce sont les mesmes dix Vaisseaux 240 Qui venoient de conduire une Reyne à Lisbonne ,

Et l'on dit qu'il n'est point de Navires si beaux,

Ny d'Escadre qui soit si bonne.

Peut-estre est-on à Brest à l'heure que j'escris , Car on joindra Ruiter , si la chose est possible , 345 Et le Duc DE Beaufort qui se sent invincible ,

Avecque les Anglois voudroit bien s'estre pris.

Une part de nos Volontaires Monta , ces jours passez , la Flotte de Ruiter , Et le reste dans Dieppe est allé se poster 250 Pour attendre ce Duc , malgré les vents contraires ;

Tant que la Mer sera favorable aux explois , Ils veulent tuer des Anglois.

Et puis , disent-ils , s'il en reste , Et que par la saison leurs désirs soient trahis , 255 Ils les renvoyeront à la Peste

Qui les estouffe en leur Païs.

A Parti , Che:( Alexandre Lesselin , au coin de la rué Dauphine , devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy.

230 A Car, quant à moy.

La signature de l'auteur et l'adresse du libraire manquent dans BC , qui placent ici la date.

{A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I , col. 909) , pp. 137-144. B La Muse Dauphine 1667 — 157-165.

C La Muse Dauphine 1668 — '57~i65.)

LETTRE EN VERS A MADAME

Dites-nous , charmante Princesse , Dites-nous si Clion & Moy Ne tenons pas nôtre Promesse Avec zélé & de bonne foy ; Dites-nous si , chaque Semaine , Nous manquons d'ouvrir nôtre Veine Pour vous payer vôtre Tribut , Et, bref, si dans vos Mains si blanches Vous n'avez pas , tous les Dimanches , Un petit Préambule , ou Prélude , ou Début.

Dame , nous sommes de parole , Et voici , pour vous le prouver, D'aujourd'huy nôtre nouveau Rôle , Qu'il vous plaira donc approuver.

Sus , vous , la Déesse emplumée , Que l'on nomme la Renommée !

Vistes révélez-nous ce qu'on fait , ce qu'on dit .

Et , pour mieux divertir nôtre illustre Henriette , Ajoutez quelque Historiette

Aux autres Nouveautez de ce présent Ecrit.

Le grand Duc à Perruque blonde, Devenu l'un des Dieux de l'Onde Et que l'on y craint des plus fort (C'est le preux Héros de Beaufort), 25 Après avoir, à la Rochelle, De taçon magnifique & belle , Eté plusieurs jours régalé Par un Seigneur tres-signalé , A sçavoir le Duc de Nav ailles , Un vrai Lion dans les Batailles , Est droit à Diépe arrivé , Ayant , à Belle-Isle , trouvé La belle Escadre fortunée Sur qui 1' Amour & I'Hyménée Ont conduit chez les Portugais Leur Reyne féconde en attrais.

On peut donc à présent vous dire, Sans qu'on puisse en faux s'en ins-

[crire , Ce qu'on vous avoit trop tôt dit

40 Et sur rapports en l'air écrit , Que cette Reyne belle & bonne A fait son Entrée à Lisbone , Où le Potentat tient sa Cour , Et vous cotter même le Jour ,

45 Qui du Mois dernier fut le douze.

Je croi que I'Epous & I'Epouse L'auront comme il faut célébré , Et c'est tres-bien fait, à mon gré ; Mais attendons plus de lumière

30 Sur cette amoureuse matière.

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