II
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Il traitta tout du long de l'aune 133 Messieurs les Cardinaux de nostre Nation ,
Et cela veut dire à la Chaune ,
C'est à dire sans rien borner Et sans pitié du goust de pas une Eminence ,
Qui , dans un si fameux disner , 140 Ne sçavoit que choisir parmy tant d'abondance.
Après , ils furent promener Dans le carosse du Duc mesme , Et vinrent encore donner Sur un souper friand & superbe à l'extrême. 145 Mais ce que fit dans ce souper
Nostre Grand Aumônier de France Ne doit point passer sous silence Et me plaist trop pour m'échapper.
Vous connoissez ce galant homme , 150 C'est ce grand Cardinal Anthoine Barberin ,
Qui nous fait mourir de Chagrin Quand il est trop longtemps à Rome.
^; Comme on estoit sur le dessert
Et qu'on y beuvoit à la ronde , ^ 135 On vit arriver un Concert
Sur deux Chars Triomphaux les plus galans du monde.
IA vray dire , cela sentoit le Barberin : Aussi , dés qu'on les vit paroistre , « A vous mesme , » luy dit-on , « Maistre ,
160 » En voila de vostre plus fin. »
Rien n'estoit de plus magnifique Ny plus beau que cette Musique Et , pour vous en parler sans fart , Je croy que bien des gens , charmez de ces merveilles , 165 Furent , pour en avoir leur part ,
Amenez là par les oreilles.
A Milan , l'on se mesle aussi
De faire des Magnificences
Et de grandes rejouissances , 170 Mais elles vont Cosi Cosi ,
Et de dire que rien réponde
A ce que je viens de conter ,
J'aurois tort de le débiter
Et je me mocquerois du Monde.
175 On y dépence plus, peut-estre , quatre fois,
Mais , pour le faire bien paroistre ,
Il faudroit estre vray François.
Et c'est ce qu'à Milan il est mal-aisé d'estre.
L'Impératrice y doit rester I 180 Avec son coffre dans sa chambre ,
136 A Et sans compassion, c'est-à-dire à la Chaune, | 158 BC le vist paroistre.
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Où , deut-elle cent fois pester, Des harangueurs seront tout le mois de Septembre.
Apres , elle en pourra partir
Pour prendre le chemin de Bresce , 185 Où Venise a fait avertir
Que passera cette Princesse.
Ce sont autres apprests , que nous ne sçavions pas ,
Que la grandeur Vénitienne
Veut qu'on fasse dans ses Estats 190 Lors qu'elle y passera pour se rendre à Vienne.
On y prépare des Palais
Et des regales de grands frais ,
Dont on doit là luy faire l'offre.
Mais nous avons parlé d'un coffre, 195 N'en éloignons pas nos discours.
C'est un coffre qu'elle a tousjours ,
Et dont cinquante de ses Dames ,
Qui toutes ont beaucoup d'esprit
Et bien du pouvoir sur les âmes , 200 Voudroient égaler le crédit.
L'aventure est assez nouvelle
Que , tout exprès pour l'amour d'elle ,
Il se soit trouvé des Beautez ,
Dont les yeux valussent les offres 205 De mille & mille libertez ,
Qui voulussent se voir faites comme des coffres ;
Mais , Prince, elles avoient raison ,
Et mesme une raison tres-forte ,
Car , leur ressemblant de la sorte , Elles eussent esté riches à million.
On dit qu'arrivant à Final Le Cardinal Colonne est mort de fascherie N'en prenez jamais , je vous prie , Puis que cela fait tant de mal.
Faschez-vous toutefois un peu de l'aventure Qui fait garder le lict à Monsieur de Ruiter. Si son mal de long-temps n'alloit pas le quitter, Cela mettroit I'Anglois en trop belle posture. Vous n'ignorez pas le mal-heur Qui cause ses langueurs cruelles , Et qu'en rendant combat avec trop de chaleur Il avala des estincelles :
C'estoit estre bien prés des cous.
Au reste, un Médecin habile, Qui dans peu le veut rendre aussi dispos que nous , Dit qu'elles ne feront que luy purger la bile.
184-2 1 5 Ces )2 vers sont supprimés dans BC. 1 2 1 1-2 1 2 ^ Le 'Cardinal Colonne est mort de fas-
A son arrivée à Final. [chérie
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Dieu bénisse le Médecin , Ses remèdes & sa science Et les conduise à bonne fin !
230 Mais, quant à moy, mon Ordonnance
Seroit qu'il fit encore un combat furieux Contre son ennemy farouche, Afin qu'il jettast par les yeux Le feu qu'il a pris par la bouche.
335 Nostre illustre Duc de Beaufort
Estoit l'autre jour à Belle-Isle , Où sa Flotte joignit dix vaisseaux de renfort , Qui ne luy seront pas un secours inutile. Ce sont les mesmes dix Vaisseaux 240 Qui venoient de conduire une Reyne à Lisbonne ,
Et l'on dit qu'il n'est point de Navires si beaux,
Ny d'Escadre qui soit si bonne.
Peut-estre est-on à Brest à l'heure que j'escris , Car on joindra Ruiter , si la chose est possible , 345 Et le Duc DE Beaufort qui se sent invincible ,
Avecque les Anglois voudroit bien s'estre pris.
Une part de nos Volontaires Monta , ces jours passez , la Flotte de Ruiter , Et le reste dans Dieppe est allé se poster 250 Pour attendre ce Duc , malgré les vents contraires ;
Tant que la Mer sera favorable aux explois , Ils veulent tuer des Anglois.
Et puis , disent-ils , s'il en reste , Et que par la saison leurs désirs soient trahis , 255 Ils les renvoyeront à la Peste
Qui les estouffe en leur Païs.
A Parti , Che:( Alexandre Lesselin , au coin de la rué Dauphine , devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy.
230 A Car, quant à moy.
La signature de l'auteur et l'adresse du libraire manquent dans BC , qui placent ici la date.
{A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I , col. 909) , pp. 137-144. B La Muse Dauphine 1667 — 157-165.
C La Muse Dauphine 1668 — '57~i65.)
LETTRE EN VERS A MADAME
Dites-nous , charmante Princesse , Dites-nous si Clion & Moy Ne tenons pas nôtre Promesse Avec zélé & de bonne foy ; Dites-nous si , chaque Semaine , Nous manquons d'ouvrir nôtre Veine Pour vous payer vôtre Tribut , Et, bref, si dans vos Mains si blanches Vous n'avez pas , tous les Dimanches , Un petit Préambule , ou Prélude , ou Début.
Dame , nous sommes de parole , Et voici , pour vous le prouver, D'aujourd'huy nôtre nouveau Rôle , Qu'il vous plaira donc approuver.
Sus , vous , la Déesse emplumée , Que l'on nomme la Renommée !
Vistes révélez-nous ce qu'on fait , ce qu'on dit .
Et , pour mieux divertir nôtre illustre Henriette , Ajoutez quelque Historiette
Aux autres Nouveautez de ce présent Ecrit.
Le grand Duc à Perruque blonde, Devenu l'un des Dieux de l'Onde Et que l'on y craint des plus fort (C'est le preux Héros de Beaufort), 25 Après avoir, à la Rochelle, De taçon magnifique & belle , Eté plusieurs jours régalé Par un Seigneur tres-signalé , A sçavoir le Duc de Nav ailles , Un vrai Lion dans les Batailles , Est droit à Diépe arrivé , Ayant , à Belle-Isle , trouvé La belle Escadre fortunée Sur qui 1' Amour & I'Hyménée Ont conduit chez les Portugais Leur Reyne féconde en attrais.
On peut donc à présent vous dire, Sans qu'on puisse en faux s'en ins-
[crire , Ce qu'on vous avoit trop tôt dit
40 Et sur rapports en l'air écrit , Que cette Reyne belle & bonne A fait son Entrée à Lisbone , Où le Potentat tient sa Cour , Et vous cotter même le Jour ,
45 Qui du Mois dernier fut le douze.
Je croi que I'Epous & I'Epouse L'auront comme il faut célébré , Et c'est tres-bien fait, à mon gré ; Mais attendons plus de lumière
30 Sur cette amoureuse matière.