A De Monsieur le Comte à la Cour
Q.ui chassera cette tristesse AvecqiKS luy revient Madame la Comtessf,
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Avec armes à feu qui furent employées.
On n'entendit plus que les cous 175 Que tonnoit la Mousqueterie ;
On n'entendit plus que crierie , Que gens demandans grâce humblement à genous , Que tambours , fifres & fanfares Et que choses encor plus rares.
180 Quoy ? je vous voy tout estonné.
Vous croyez peut-estre , mon Prince , Avoir déjà perdu tout vostre DAUPmNÉ Et que vos Ennemis sont dans cette Province ? Mais soyez-en desabusé.
185 Toute cette grande tempeste
N'est qu'un portrait d'un jour de feste Que Valence a solemnisé , Qu'une Procession faite en cérémonie De la Translation du Corps de Saint Romain , iqo Dont le dernier Légat fit offre en son chemin
Aux Filles de Sainte Marie , Et j'ay crû que > patiemment , Vous vous verriez conter cette Magnificence, Parce qu'on a toujours quelque contentement ■ 195 A sçavoir ce que fait l'EvESQUE de Valence. [Daniel de Cosnaoj
Venons aux Estats Hollandois , Qui chez eux jouent à coupe-teste.
Ils firent decoler Buat l'onze du mois, Mais d'une façon fort honneste.
200 On le tira de la prison ,
Suivy de toute sa Maison ; En deuil , de fin drap de Hollande , On avoit tendu l'échafaut, Depuis le bas jusques en haut , 205 ^ Pour rendre la pompe plus grande ,
Et puis on le pût voir à pié , Au milieu des troupes en haye , Avancer gravement & sans estre lié Jusqu'à la place de la Haye.
210 Buat ne fut que mal-heureux
Et Victime de Politique.
Au reste , Prince , entre nous- deux , N'admirerez-vous pas l'honneur dont on se pique Et les traitemens obligeans 215 Qu'on fait dans ce paï's en decolant les gens ? .
Cela me remet en mémoire Ce que j'ouis dire , à Lyon , A certain plaisant fat remply de vaine gloire , Qui , voyant pendre un homme avec procession , 220 Pour ces honneurs estoit si tendre
197 BC coup-teste. — 200 A sa prison. 1 21 1 y^ Pour avoir fait le Politique.
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Que , charmé d'avoir veu cela , Il me disoit qu'il trouvoit là Du plaisir à se faire pendre.
Venise a de l'affliction 235 De ce que les Turcs de Dulcine
Prirent , le mois passé , le Comte de Sabine ,
L'un de ses Généraux de réputation.
Il alloit commander l'Armée en Dalmatie ,
Avec son fils unique & l'un de ses Neveux , 230 Y faisant conduire avec eux
La solde des Soldats & force argenterie.
Un grand coup de tempeste, écartant son vaisseau ,
Le jettant sur la coste , ayda fort à sa prise ,
Et ces Damnez pendards coupent , d'un coup si beau , 235 L'un des meilleurs bras de Venise.
Finirons-nous icy nos entretiens divers ? Non , je scais encore une chose Que je dirois par tout en prose Si je ne la disois en vers.
240 L'autre jour, dans les Carmélites
Que l'on appelle du Bouloy , Presens , dit-on , la Reyne & le Frère du Roy , PoLiGNAC prit l'habit qui sied mieux aux hermites Qu'à des filles de qualité 243 Qui , comme elle , ont de la beauté.
Je l'aurois pu voir sans colère Se donner à ce Monastère Si Monsieur de Comminge alors n'eut point presché ; JSn^de^choSeSi Mais qui n'en seroit point fasché ?
230 On souhaitoit, dit-on , qu'elle restât au monde ,
Et l'on choisit tout justement, Pour la porter plus fort à son détachement , Une grande Eloquence , une vertu profonde , Un homme sçavant de tout point, 255 Qui change comme il veut les épines en roses
Et qui me feroit croire , en un mot , toutes choses , Hors me persuader que je ne l'ayme point.
A Paris , Che:( Alexandre Lesselin , au coin de la rue Dauphine , devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy.
234 A Mais ces pendards sans doute ont pris d'un
[coup si beau
249 A Mais, pour n'en pas mentir, c'est ce qui
[m'a fasché.
Trente mille hommes à Venise. La signature de l'auteur et l'adresse du libraire ne
se trouvent que dans A. — B C placent ici la date.
(A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I col. 909), pp. 173-180. B La Muse Dauphine 1667 — 192-201.
C La Muse Dauphine 1668 — 192-201.)
lO
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET ]
Du 24. Octobre 1666,
Exerçant pour Vous mon Génie ,
Héroïne aux yeux si brillans , Que ne puis-je enfanter des Vers aussi coulans Madame de
Que les Fredons du Luth de la belle Uranie , Menardeau champré
Qui vous enchantoit l'autre soir
Dedans vôtre pompeux Manoir ?
Que ses beaux doigts sont volubiles !
O Dieux , qu'ils pincent hardiment Les Nerfs mélodieux de ce rare Instrument ! Elle y feroit leçon aux Maîtres plus habiles.
Les Cordes parlent sous ses mains
Et font des effets plus qu'humains.
Ce sont vos Oracles , Princesse ,
Qu'avecque soin j'ay recueillis , Et j'ay pour Caution de ce qu'ici je dis Le digne Epous aussi de vostre illustre Altesse ,
Lequel fixé constamment fut
Sur Uranie & sur son Luth.
C'estoit bien assez pour sa gloire
D'avoir deux tels Approbateurs , Que l'on preféreroit à cent Admirateurs , Mais vingt Beautez encor étoient de l'Auditoire ,
Et des Seigneurs en quantité ,
Tous enchantez , en vérité.
Moy, vray friand de Symphonie ,
J'eusse voulu , pour l'ouïr mieux , N'être qu'Oreille alors comme Argus fut tout yeux , Tant j'étois transporté de sa douce harmonie,
Qui seule de vingt Instrumens
Valoit les Accords plus charmans.
Jugez . donc , Auguste Héroïne , Si j'en avois assez de deux , Resser.de
Puisqu'en ce même temps le Poète aux blons cheveux Me faisoit part des Tons de sa Muze divme ,
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Me disant deux de ses Sonnets, Aussi forts & galans que nets.
Ah ! que ne sui-je Camarade
Et d'Apollon & des Neuf Sœurs ?
Ouy , que n'ay-je , en un mot , leurs exquises Faveurs Ainsi que ce Galant & fameux Benserade ?
Comme Uranie & comme Luy,
Je vous ravirois aujourd'huy.
Mais , ô Princesse débonnaire , Daignez pourtant m'ouïr en mon stile ordinaire.
L'un sur l'embrasement de Londres, et l'autre sur la guérison de Madame du Ludre, par Monsieur Esprit.
45 Par un bien juste Suplément , Je dois dire historiquement Que vous payâtes Uranie Par une faveur infinie , En touchant de vos blanches mains
50 Le plus grand de vos Clavecins , D'une manière si sçavante , Si noble & si passionnante , Qu'on fut en peine qui des deux , Avoit, dans son Jeu, fait le mieux.
Je sortis bien à la mal'heure , Princesse , de vôtre Demeure Pour ainsi perdre le meilleur !
Ah ! que je pesté de bon cœur Contre la Fortune cruelle
60 Lors que j'appris cette Nouvelle , Vous remettant en propre Main Ma DÉPÊCHE, le lendemain 1
Veuillent les Dieux qu'en cette Epî- Par ci, par là, quelque Chapitre [trc,
63 Vous ait divertie un moment , Tandis que si commodément Et comme une belle Accouchée , En vôtre Chaise bien couchée , On vous portoit sur le chemin
70 Qui conduit droit à Saint Germain , Où l'on avoit porté de même La Belle Porte-Diadême.
35-36 Les deux sonnets dont parle Robinet se trouvent dans le Recueil de Pièces galantes en Prose & en Vers de Madame la Comtesse de la Suze, etc. (sur la Copie: à Paris, Che:( Gabriel Qiiinet l^Hollande^, m. dc. lxxvui, in- 12), I, 262-263. Le premier porte : A Monsieur Esprit, sur la guerison de Madame de Ludre, et n'est accompagné d'aucune signature ; le second, qui n'a d'autre titre que le mot Sonnet, est signé : Benserade. La dernière pièce n'a pas été recueillie dans les Œuvres de Monsieur de Bensserade {A Paris, Chei Charles de Sercy, m. dc. xcvii, 2 vol. in- 12) ; la première s'y trouve au contraire, sous le titre suivant : A Monsieur Esprit, Premier Médecin de Monsieur (I, 275).
On ne peut dire aux Curieux Rien qui leur puisse plaire mieux :
75 C'est leur annoncer les Grossesses De nos deux Premières Princesses , Et leur faire voir qu'à l'envi , Dont tout François se sent ravi , Elle provignent leurs Lignées
3o Si belles & si fortunées , Et travaillent , sans nul repos , A nous construire des Héros Pour les Appuis de la Couronne , Qui d'un si noble feu rayonne
3^ Sur l'auguste Front de Louis Que nos yeux en sont éblouis.
De Simmeren le Duc & Prince Qui , ce dit-on , n'a rien de mince , A Cleve épousa , l'autre jour ,
90 Un digne Objet de son amour, Sçavoir la Princesse d'ORENGE , Aussi belle qu'un petit Ange , Du moins la Rime vous le dit.
L'Electeur de Brandebourg fit
93 Le Banquet de ces Epousailles , De manière à faire gogailles.
Ce Festin fut suivi du Bal , Où l'on ne s'exerça pas mal , Et , quand la minuit fut venue ,
100 Heure à bien d'autres Plaisirs due , On conduisit finalement Le Couple en son Appartement , Paré d'un Ameublement riche , Dont nôtre Roy, qui n'est pas chiche.
105 Mais magnifique tout à fait , Ainsi qu'un Monarque parfait , Avoit régalé I'Electrice.
Là donc , tout se trouvant propice Aux Epous jeunes & frians ,
1 10 Ils abandonnèrent leurs sens
Aux chers Ebats qui, lors qu'on s'ai- Causent une Douceur extrême, [me,
la
Princesàe Maria
i85. — Du 24. Octobre 1666 (Robinet).
L'Empereur , impatiamment , Attend ce fortuné moment
115 Dans le mois successeur cI'Octobre, Et , s'il est jusques-là fort sobre , Il sçaura se récompenser, (Du moins je l'ose ainsi penser), Et son Amour la garde bonne
120 A cette charmante Personne , Qui le fait jeûner si long-temps , Malgré tous ses désirs pressans.
Cependant , par un noble zélé , Pour les Epingles de la Belle ,
125 Les Etats se sont cottisez , Selon qu'ils se trouvent aisez.
L'Empire , ayant plus de Finance , Donne une Somme d'importance , Sçavoir deux cent mille Florins ;
130 La Hongrie ( hors-mis les chagrins Qui luy sont restez de la Guerre ) Gayement vingt-quatre en desserre ; La Bohème avecque plaisir Cent cinquante en prétend fournir,
135 Et la SiLÉSIE & l'AUTRICHE ,
L'une & l'antre étant assez riche , En veulent débourcer deux cent , Par égale moitié s'entend ; La Carïnthie & Moravie ,
140 Par une tres-louable envie , En donnent, en fort bon aloy, La première trente , je croy, Et l'autre jusques à soixante ; Le Tyrol en offre quarante,
145 Sur luy la Stirie enchérit De dix , à ce que l'on m'a dit , Et , pour achever, la Province Qui de toutes est la plus mince , Sçavoir la Province de Crain ,
150 En tire vingt de son Ecrin.
Or, si vous entendez le stile , Par tout vous ajouterez mille , Puis , supputant enfin le tout De l'un jusques à l'autre bout ,
155 Vous verrez que la belle Dame Ne manquera pas, sur mon ame , D'Epingles ni de Camions , Ni , bref, de toutes les façons, Et son Epous , sans qui je compte ,
160 Doit sçavoir si je me mécompte.
A la fin , le sieur du Buat, Etant pris sans verd, comme un fat,
Et convaincu de sotes Brigues Et de criminelles Intrigues ,
165 A , par Sentence en Holandois , Senti pour une bonne fois Abatre sa Teste infidelle , Et voila certe un beau Modèle Pour tout mal-heureux Traditor ,
170 Car tôt ou tard tel est son Sort.
La maie Petite Vérole , Poursuivant son funeste Rôle , A précipité le Trépas D'une jeune Source d'Appas , 175 D'une charmante Chanoinesse ; Vous en maudirez la Tygresse , Sçachans que c'est, pour trancher
[court , Mademoiselle d'Hocquincourt.
Nôtre Comtesse de Vivonne , 180 Qui craignoit la Rage félonne , Des Flots Marins est de retour, Comme devant digne d'amour.
Et (que la Mer en soit benîte ! ) Pour la Peur Elle s'en void quite.
185 L'aimable & sage Polignac ,
Désirant fuir le Trie-Trac [ne , ^1
De la Pompe & Grandeur Mondai-^o Comme a fait l'illustre d'ARDENNE , de Se consacra n'aguére à Dieu ,
190 Ce m'a-t'on dit , au mesme Lieu , «' Cachant dessous le premier Voile d( Ses yeux plus brillans qu'une Etoile,**" Avec tous ses autres Attrais , Pour n'en plus décocher les Trais ,
195 Par une Flâme sainte & pure Et qui dans tous les Siècles dure , Qu'au cœur d'un Immortel Amant, Qui n'aime pas moins constamment.
Un Prélat, sur cette matière
200 Prit agréablement carrière ;
La Reyne , son charmant Daufin , Monsieur & vous , Madame , enfin .
L'ouistes , & par conséquence Il luy falloit de l'Eloquence.
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205 En ce CoNVENT, deux jours après, Vous allâtes encor exprès Pour voiler une autre Novice , Qui de cet obligeant office
i85. — Du 24. Octobre 1666 1 Robinet).
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Ressentit sans doute, en son cœur, 210 Une ravissante douceur,
Et TAuMÔNiER de Vôtre Altesse , Poli , docte & plein de Sagesse , C'est Encor qu'il soit toujours Testu ,
)nsieur ,r/- ^ mi tu
Abbé Y ht merveille. Je 1 ay sceu
Du Tour du susdit Monastère, Qui me parloit comme eust pu faire Une Personne ayant esprit ,
^ Et d'abord cela me surprit : [racle ?
* « Comment donc, » di-je, « quel Mi- 220» Ce Tour cache-t'il un Oracle?
» Est-il d'un Génie animé ? [mé , » Quoy qu'il en soit , j'en suis char- » Et je vouclrois toujours l'enten-
p [dre. »
A la fin , on me fit comprendre
)érieur Que Madame Remenecour Estoit derrière iceluy Tour , Et que c'estoit là comme aux Grilles Parloient d'Illec les chastes Filles , Sans qu'on les veist aucunement.
230 Mais sus ! achevons promptement.
La Parque, qui nos jours contrôle, A depuis peu mis sur son Rôle Certain Controlleur Général Qu'on peut dire l'Original ,
235 Ou l'Exemplaire & le Modèle , D'un Officier bon & fidèle , Car c'est , & de nom & d'effet , Monsieur le Général Parfait.
Ledit Défunt , ce n'est pas conte ,
JÎ40 Etant sur l'examen d'un Compte , En santé , dans son Cabinet , Une Voix , d'un ton clair & net, ( O la surprenante Merveille ! ) Tout à coup luy frape l'Oreille.
243 II écoute , & la même Voix Répète son nom par trois fois.
A chaque fois qu'elle redouble , Il est surpris d'un profond trouble, Et , sans qu'il devine pourquoy,
250 Ce trouble se change en èfroy.
Il frissonne , il devient tout blême ; Mais, enfin, rentrant en luy-même, Après s'être un peu r'asseuré , A son tour, d'un ton asseuré : [le , »
255 » Quelle est cette Voix qui m'appel- Ce dit-il , « & que me veut-elle ? »
Puis de son Cabinet il sort, Cherche par tout , crie assez fort , Mais , las ! hélas ! il pert sa peine
260 Et toute sa recherche est vaine :
Il ne void rien , nul ne répond.
Alors , dans un respect profond , Il se prosterne contre Terre , Il étend ses mains , il les serre ,
265 Puis les élevé vers les Cieux Et dit , en y tournant les yeux :
« Autheur de la Machine Ronde,, » J'adore ta Bonté profonde.
» Lors que mon Oncle trépassa
270 » Une Voix sa mort annonça ; » Cette autre sonne ma Retraite.
» Grand Dieu, ta volonté soit faite ! » En suite , il fit en bon Chrétien , Puis , ayant mis l'ordre à son Bien,
275 Tel qu'il le jugeoit nécessaire , Il vécut à son ordinaire.
Or, environ huit jours après , fl a de Fièvre quelque accès , Et puis elle devient si forte
280 Qu'en douze jours elle l'emporte.
Heureux Sort d'estre ainsi prévu!
C'est le vray Trépas d'un Elu.
Altesse Illustre , Belle & Sage , J'ay rempli ma troisième page , Et je n'y puis ajouter rien , Si ce n'est que je suis vôtre humble Historien.
De Paris , le vingt-troisième Du Mois l'antipénultième.
A Parti, Che:( F. Muguet, rue de la Harpe , aux trois Rots. Avec Privilège du Roy,
(Biblioth. nal., Lc^, 22. Rés. — ■ Biblioth. Mazarine, 296. A2. — Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)
LA MUSE DE LA COUR
[Par PERDOU db SUBLIGNY. ]
XXIIl. SEMAINE.
Du vingt-huitiesme Octobre 1666.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
J'apprens , de moment en moment , Qu'à Saint Germain , malgré la pluye , Le temps coule si doucement , Qu'en ce lieu pas un ne s'ennuye.
^ Dans cet estât , je crois assez
Que tous mes contes ramassez I
Ne vaudront pas les jeux où vostre temps s'employe. '
Accordez-leur pourtant un moment d'entretien : S'ils n'augmentent pas vostre joye , ,0 Du moins ils n'y gasteront rien.
Tandis qu'à la Cour on se joue , Vous apprendrez , Dauphin sans prix , Qu'on ne comptera plus la boue Entre les raretez que l'on voit à Paris. ,. De tout temps , on vit cent obstacles
Au dessein de les nettoyer, Et , quelque invention qu'on ait sceu déployer, On ne le pouvoit pas , disoit-on , sans miracles. Or, je ne sçay si par effet 2^ Monsieur Defita , que je nomme.
Est quelque chose plus qu'un homme , Mais Monsieur Defita l'a fait.
Pour en parler avec Justice, Gela dépendoit du bon chois 3 Que devoit faire un de nos Roy s
Des Ministres de la Police , Et cela dépendoit aussi D'avoir des Defitas qui se missent en peine ,^^
D'entreprendre l'affaire ainsi , |
jo Et l'on n'en trouve pas quatorze à la douzaine.
BC portent simplemint WU. Semaine. 1 i6 ^ le nettoyer.
7 A que la Cour vous déployé. \ 20 A Deffita.
417 i86. — Du 28. Octobre 1666 (Subligny). 418
Lors que , par un choix solemnel , Le Roy le déclara Lieutenant Criminel , Il fit d'un mot ou deux cent choses solemnelles :
Il donna la chasse aux Filoux , 35 Et , purgeant tous les lieux affectez aux Donzelles ,
Il fit miséricorde à cent mille jaloux.
A la Cour vous estes en proye
A mille plaisirs differens ,
Mais vous en auriez de plus grands 40 Si vous voyez les tours de ces Filles de joye.
On ne se trompoit pas, autrefois, tout-a-fait
En disant que le plus habile Ne pouvoit sans miracle en purger cette Ville •
Asseurément il s'en est fait.
45 Chacun sçait que , sans un prodige ,
Quand une fille, par mal-heur,
S'est laissé voler une fleur Qui ne revient jamais parce qu'elle est sans tige ;
Chacun sçait , dis-je , dans la Cour, 50 Qu'à cette fleur perdue il n'est point de retour.
Et pourtant , dans cette avanture ,
L'ombre du moindre des Sergens ,
Plus puissante que la Nature ,
La rendoit par jour à cinq cens , 55 Et la plus pleine de malice
Eut osé prouver en Justice
Qu'elle n'avoit jamais perdu
Ce qu'elle avoit cent fois vendu.
On dira que c'estoit l'entendre 60 ^ Et qu'on ne perd rien à bien vendre ,
Mais trêve de subtilité :
Je croy qu'à prouver le contraire
Ny Magistrat ny Commissaire
N'auroient pas de facilité , 65 Car tout le Chastellet sans doute
En telle affaire ne voit goûte.
Mais changeons un peu de discours.
Il nous est revenu de Rome , Depuis environ douze jours, 70 ' Un Duc vrayment bien galant homme ,
Je vous parle , Dauphin , de Monsieur de Nevers . En qui j'ay retrouvé mille charmes divers. Son retour rejouit la France , Et j'en voy toute l'apparence.
75 Sçavez-vous, cependant, que je tremble de peur
Que , pour peu qu'en France il séjourne , Il ne faille enfin par mal-heur Qu'en Italie il s'en retourne.
J'ay déjà cent fois assisté ,