Du 28. Octobre 1666 (Subligny
A des contracts de Mariage Où , depuis qu'on le sçait en âge , On l'engage de tout costé :
Cela se fait sans luy, mais , Seigneur , s'il s'échappe , Quand il pourra l'apprendre , à les accomplir tous , Il faudra, pour en estre absous.
Qu'il s'en aille bien viste au Pape.
Le Duc de Mazarin Tavoit joint à Bourbon ,
Dont ils sont revenus ensemble ; Mais de ce Duc encor, mon Prince , que vous semble ? Vous le voyez enfin sur ses pieds , tout de bon ,
Et , malgré l'incommode envie
De nos Gazetiers à la main , Qui le faisoient mourir lors qu'il estoit bien sain ,
Le voilà frais et plein de vie.
J'en suis bien aise, en vérité :
Quoy qu'au chemm qu'on luy voit suivre Sa mort luy fust un pas à l'immortalité , Personne mieux que luy n'a mérité de vivre.
Nous parlerons d'un Duc encor,
Mais d'un Duc qui vaut un trésor.
Dans l'Eglise Canonialle
Qu'on nomme Saint Jean de Latran , Le Chapitre , obligé vers la Maison Royalle , ' Fit un très-beau Service à vostre grand-Maman ,
La magnificence y fut plaine
Et telle que le demandoit
Le nom de cette grande Reyne ,
A qui ce devoir se rendoit.
L'Ambassadeur extraordinaire
Que nous avons là sur les lieux , Le Duc DE Chaune , y fut dans l'ordre glorieux Dont d'ordinaire il fait briller son Ministère.
Deux cens carosses le suivoient ,
Et dans trois de son équipage , Dont six chevaux chacun composoient l'attelage ,
Quatorze Prélats s,e trouvoient.
Ils estoient suivis de sept autres ,
Remplis de gens de qualité , Tant Seigneurs Romains que des nôtres , Qui s'estoient voulu rendre à la solemnité. On receut nostre Duc aux portes de l'Eglise
Je sçay ce qu'on fait à mes yeux :
Il n'est presque pas de journée Qu'on ne le marie en tous lieux , Sourdement , sous la cheminée.
J'ay déjà moy mesme assisté A des contracts de IVlariage Que, depuis qu'on le sçait en âge,
On a voulu qu'il ait signé de tout costé .
Et vous verrez que , s'il s'eschappe Jusques à les accomplir tous , Il faudra, pour en estre absous, Qu'il retourne bien viste au Pape.
108 BC ce.
1 10 ^ dessus les lieux.
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Avec tous ]es honneurs qui pour lors sont de mise ; Les Cardinaux Anthoine & le noble Ursini ,
Le Maldachin , le Mancini , 125 S'estoient rendus tout quatre à la cérémonie.
Le sacrifice , en suite , y fut fait en chantant
Par l'EvESQUE de la Rinie ,
Quatre Evesques luy ministrant.
En un mot , l'Oraison Funèbre 130 Y fut prononcée en Latin
Par le Bonpiani , Jésuite célèbre , Qui ne fit pas de honte au superbe Destin
Non plus qu'à la gloire féconde D'une Reyne autrefois la meilleure du monde.
13$ Changeons vistement de propos
Et sur sa mort passons l'éponge , Car, seulement lors que j'y songe , J'en pers pour long-temps le repos.
La Flotte de Hollande & celle d'ANOLETERRE 140 Ont baisé les mains à la guerre
Jusques au retour du Prin-temps , Et , sçavantes à leurs dépens Depuis la dernière tempeste , Ne songent plus s'il est honneste 145 De tenir la Mer plus long-temps.
Mais qu'il ne fait pas bon de se fier aux vents ! Cette engeance , en effet , se rend fort infidelle ,
En Hyver principalement.
J'aurois bien de la peine à ne rien craindre d'elle , •50 S'il me falloit courir sur l'humide Elément.
Durant la dernière Bourasque , Il fut aisé de voir combien elle est fantasque : Le combat alloit se donner, Les Flottes estoient en présence '55 Et le vent leur estoit propice en apparence ;
Tout d'un coup , on le vit tourner, Faire écumer les Flots , séparer les Armées
Déjà par la gloire animées , Demaster aux Anglois neuf ou iix grands Vaisseaux , *^° En abysmer au fond des Eaux
Et , par un effort très funeste , Endommager beaucoup le reste.
La Flotte de Hollande en souffrit bien aussi , Sans perte pourtant , Dieu-mercy, '^5 Et , la tempeste estant passée ,
L'une & l'autre fut en estât , Après s'estre un peu ramassée , De s'offrir encor le Combat ; Du moins en firent-elles mine.
'^'^ Les Anglois , fiers comme devant ,
122 A Avecquc les. i6o flC fonds.
124 A Maldalchin.
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S'efforcèrent d'avoir le vent Pour mieux battre à leur gré la Hollande en ruine ;
Ils l'eurent , & furent tous prêts
A se mesler dans un carnage ,75 Où nos Alliez , tout exprés ,
Par un coup de Canon les portoient davantage ;
Mais leur foudre ne tomba pas.
Je ne sçay point de quoy ces Messieurs s'avisèrent : Ils ne voulurent point faire mal aux Estats , 180 Ou , pour mieux dire , ils ne l'osèrent.
Ainsi donc , on se retira ;
L'une & l'autre flotte rentra
Dans les Havres de leurs Provinces
D'où , comme l'on croit qu'au Printemps 85 La paix accordera leurs Princes ,
Elles ne sortiront , peut-estre , de long-temps.
Cependant vingt & six Frégates Iront de la part des Estats Croiser l'Hyver sur les Pirates , 190 Afin que les Marchands ne les redoutent pas ,
Et l'on m'a dit aussi que le Roy vostre Père
En doit faire autant de sa part , De sorte que I'Anglois ne peut , ma foy, mieux faire Que de se tenir à l'écart.
S'il m'en veut croire , au lieu de courre,
Et de crainte qu'on ne le bourre ,
ri se tiendra sur ses tisons
Et prendra plustost ses mesures A faire rebastir dans Londres des maisons , Ou , jusques au beau temps , du moins quelques Masures.
On m'a dit qu'on travaille fort
Pour découvrir toutes les places ,
Mais que, par un funeste sort,^ Il en vient quelquefois d'effroyables disgrâces. 205 Les Libraires , ces jours passez ,
Voulant tirer leur Marchandise Et les Livres divers qu'ils avoient entassez
Aux caves d'une grande Eglise ,
N'eurent pas mis le pied dedans ^
Que l'air y raluma quelques brasiers ardans , i|
Qui depuis l'incendie étouffoient sous ces voûtes Et qui , pour s'exhaler trouvant enfin des routes ,
Firent renaistre en un moment
Un pitoyable embrasement.
2,5 II a fait d'ailleurs tant de pluyes.
Que , les amas de matereaux Empeschant le cours de ces Eaux ,
(^c) .•/ ses maisons.
204 A 11 leur en vient souvent
425 i86. — Du 28. Octobre 1666 (Subligny) 426
Cent caves en furent remplies ,
Et perdirent en mesme temps 220 Ce qu'on avoit sauvé dedans.
O Ciel ! par les vicissitudes
Qui bouleversent l'Univers Se voit-on exposer à tant de maux divers , Et si fort prés à prés souffrir des coups si rudes r* 225 La Peste , la Guerre , la Faim ,
Le Feu , la Mer & le Tonnerre Ont durant cette année affligé I'Angleterre '. Ce châtiment ne peut venir que de ta main.
La guerre s'allume dans Brème 230 Et fait mille deffis nouveaux ,
Et nous verrons Wrangel & cette Ville même
Jouer, s'il plaist à Dieu , comme il faut, des couteaux.
L'Empereur se déclare & jure Qu'il tirera raison d'une telle rupture, 235 Je n'en ferois pas moins que luy ;
Ce n'est qu'une belle malice :
Il semble qu'on ne veut luy faire cet ennuy Qu'à cause qu'il est prés d'avoir 1' Impératrice.
Encore, s'il pouvoit la tenir en ses bras 240 Avant que commencer cette incommode guerre !
Mais son retardement luy cause un embarras Sensible à mettre un homme en terre , Et , l'on dira ce qu'on voudra , L'on ne sçait pas encor quand elle le joindra. 245 Depuis l'Illustre jour qu'elle eut pu faire nopces ,
On a marié des Beautez Qui , peut-estre , sont déjà grosses :
Au moins en Portugal sont-ce des veritez. Le jeune & beau Prince d'Orenge 230 Revint même à la Haye encore , l'autre jour,
Des EsTATs d'un Prince où l'Amour Avoit fait pleinement vendange Et joint , par un superbe Hymen , La Princesse Marie au Duc de Symeren.
255 Pourtant I'Imperatrice a dit ouy la première ,
Et cependant c'est la dernière A recevoir contentement :
Cela m'ennuiroit fort. Adieu , Dauphin charmant.
A Paris , Che^ Alexandre Lesselin , au coin de la rue Dauphine , devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy.
237-238 A Et l'on ne le trouble aujourd'huy Que pour le traverser avec I'Imperatrice. 240 A Devant 249 A Orange.
{A La Muse de CoUr 1666 (voy. tome I, col. 909), pp. 181-188 B La Muse Dauphine 1667 — 202-211.
C La Muse Dauphine 1668 — 202-211.)
2^2 A Avoit fait encore vendange.
La signature de l'auteur et l'adresse du libraire ne se trouvent que dans A. — B C placent tci la date.
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 3i. Octobre 1666.
Madame , en vérité , je viens de la bonne Eau (C'est de l'Eau de ces Neuf Pucelles Qui sont si vieilles & si belles) , Et j'en ay bû , je croi , presqu'un demi-Tonneau.
J'en sens déjà la violence , Je ne puis plus garder silence , Et je m'en vais jaser bien mieux qu'un Perroquet. Plaise donc , ô belle Princesse , A vôtre illustre & grande Altesse D'écouter mon petit Caquet.
Les Avis qui viennent de Rome Ne parlent pas bien du Saint Home.
Ce PÈRE de la Chrétienté A peine à r'avoir sa Santé , 15 Et , quoi que son Médecin die , Comme il croid que sa Maladie Est peut-être atachée au Lieu , Ledit Grand Vicaire de Dieu Veut aller faire résidance castei- En un sien Château de Plaisance.
Grandolfejg ^^ g^^- ^^^ h'iQn qui dcS dcUX
Sur ce point raisonne le mieux ; Mais , quand de partir il est l'heure, Elle sonne en toute Demeure , 25 Et par un frivole Souci
On croid être mieux là qu'ici , Car à lors tous les Lieux l'on quite Pour aller en son dernier Gîte.
L'Epouse de I'Impérator , Brillant de Diamans & d'or, Droit par la Porte Ticinese , A fait son Entrée à son aise Dedans la Ville de Milan ; Mais , sans en faire tout le Plan 35 Ou la Description entière ,
J'en vais effleurer la matière.
La Princesse étoit sur un Char Fait en Trône avec beaucoup d'Art Et traîné par six belles Bêtes ,
40 Qui nedémarchoyentqu'àcourbéteç.
Ce Char alloit dessous un Dais , Vrai-semblablement fait exprés , D'une Etofe riche & brillante Comme la Machine roulante ,
45 Et soutenu par dix Amours
(Car bien qu'on crût, à leurs Atours, Comme le porte le Mémoire , Que c'estoyent Docteurs , il faut
[croire Que c'estoyent Amours déguisez ,
50 Des plus beaux & des plus frisez 1. Prés de l'illustre Couronnée , Le jeune Dieu de I'Hyménée Marchoit encor, incognito , Et rien n'est plus vrai , profectô ,
<j5 Avec Cupidon tout en feste , Chacun sur un Aigle , à la teste D'une Thoupe d'ardans Désirs Et d'aussi violens Soupirs , Partis exprés du Cœur d'iGNACE
60 Pour venir là tenir sa place.
Des Dames en grand'quantité
"' Suivoyent la jeune Majesté , Et toutes lestes & pimpantes , En plusieurs Roulettes galantes.
63 Au reste , avec leurs Officiers , Eux & leurs Chevaux des plus fiers, On voyoit maintes Compagnies En bonne conche & bien fournies.
Illec marchoyent des Carabins ,
70 Qui sont , dit-on , plaisans Robins , Des Décurions , des Juristes , Des Magistrats & des Sophistes ; Enfin Gens de toutes façons , Soyent Cavaliers ou Piétons ,
73 Alloyent à la Teste & la Queue , Occupans prés d'un quart de Lieue, Avec des Clairons & Tambours , Dont le bruit fit plus de cent sourdç. Avec les coups d'Artillerie :
80 Et , s'il n'est vray, c'est menterie.
Pierre de Le digne EvESQUE d'ORLEANS
^is inj Pareillement a fait Léans
Une Entrée éclatante & belle ,
Voire beaucoup plus solennelle
83 Qu'aucun de ses Prédécesseurs , -
N'entrant pas moins dedans les
[Cœurs
Que dans l'Enceinte de la Ville ,
Par sa façon douce & civille > ...
Et par ce Mérite si plein 9oConu par le Nom de Coaslin.
Dans cette Triomphante Entrée , Depuis tres-long-temps préparée , Il délivra maints Criminels Qui , par des accens solennels 93 Et qui témoignoyent sa puissance , Vinrent implorer sa Clémence En se prosternans , en ce Lieu , Devant Lui , comme devant Dieu , Dont tout Prélat, quand il est sage, 100 Comme le Prince , est une Image.
On rapporte que nôtre Cour Commance, en son nouveau Séjour, De reprendre ia Comédie , Dont sa juste Mélancolie 103 La sevroit depuis neuf bons Mois Pour ce que sçait bien tout François.
Jeudy donc , la Troupe Royale Y fit Fonction Théâtrale , Jouant devant les Majestez ,
68 couche.