‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 132 sur 317 · Du 4. Novembre 1666 (Subugny · texte numérisé non relu

Du 4. Novembre 1666 (Subugny

Et que je qualifie heureuse conjoncture Pour rendre un nom fameux à la race future , Je diray seulement qu'ÛRLÉANS , autrefois ,

Receut avec magnificence De tres-fameux Prélats de la main de ses Roys ; Qu'il en eut qui vivoient dans la mesme innocence ,

Mais qui , néz parmy la splendeur

Et n'ignorant pas leur grandeur, Aient eu , sans le briguer, un si superbe titre ,

C'est, sans offencer les Prelas Qui peuvent justement souhaitter une Mitre ,

Ce qui ne se trouvera pas.

Madame de Sulli , de qui l'éclat extrême Recommande assez bien les lieux où l'on la voit ,

A cette Pompe se trouvoit ;

Madame de Coeslin de mesme.

Mais , en parlant de ces Beautez ,

Je ne vous force pas à croire Qu'on les ait là veu rendre autant de libertés Que ce digne Prélat en rendit dans sa gloire :

Elles ont l'esprit excellent

Et la vertu la plus profonde , Mais d'accorder, Seigneur , des libertés au monde ,

Ce n'est pas bien-là leur talent

Ce n'est point encor là tout ce que je veux dire , Et , puisque nous en avons lieu ,

Apres le sérieux il nous faut un peu rire : On le peut sans offenser Dieu.

On dit que , parmy les trois mille Qui se rendirent tout exprés Dans les Prisons de cette Ville Pour estre absous à peu de frais , L'on vit rendre grâce à la Grosse Huit ou neuf cens Roux dangereux , Six cens borgnes , deux cens boiteux ,

Et presque encor autant de relevez en bosse. Avouez , Prince , ingénument , Qu'à voir ce que je viens de dire ,

Sans vous parler de tout cela Et de tout ce que l'on fit là De superbe & de magnifique, Qui , comme je n'en doute pas , Surpassoit , dit-on, d'une pique

Tout ce qu'on avoit fait pour les autres Prélats , Je ne regarde que luy-mesme.

Estimez-vous, Dauphin , que j'ayme , Qu'Orléans jusques aujourd'huy

Ait eu quelque Prélat qui fut semblable à luy ? J'en parleray sans complaisance :

Je croy qu'il en eut autres fois De tres-fameux sous d'autres Roys

Et qui rcgloient leurs mœurs sur la mesme inno-

[cence , Mais qu'il en eut jamais qui, néz dans la splen-

Et n'ignorant pas leur grandeur, [deur Aient eu, sans le briguer, un si superbe tiltre. Je vous diray cecy sans choquer les Prelas Qui peuvent justement souhaitter une mitre : Cela ne se trouvera pas.

40 5 C Cela ne se trouvera pas.

53 A J'en veux dire.

61 A remercier la Crosse.

63 A Or avouez moy franchement.

439 i88. — Du 4. Novembre 1666 (Subligny). 440

Ne fust-ce que dévotement , Vous n'auriez jamais pu vous empescher de rire ? Monsieur d'Orléans fut sérieux à ce point 70 Que toutefois il n'en rit point.

Je trouve encor sur mon mémoire

Une assez remarquable histoire .

Dont je vous priverois avec peu de raison.

Ceux que diverses infortunes 73 Obligeoient d'aller en prison

Ne s'y rendoient pas pour des prunes :

C'estoit pour différents forfaits , Et voicy, Monseigneur , ceux qu'un d'eux avoit faits Il faut sçavoir d'abord que c'est un Gentil-homme Adroit , galant, bien fait & tres-spirituel , Et le plus fin qui soit d'icy jusques à Rome.

Il soupçonnoit Monsieur un tel

D'aller , de toute sa puissance , Consoler sa Moitié souvent de son absence , 83 Et ce Monsieur un tel se le croyoit permis

Parce qu'estant amy tout luy sembloit justice , Et qu'on ne reçoit guère aussi ce bon office

Que de ses plus proches amis.

Or il soupçonnoit un Mystère ^o Qui n'estoit pas sans fondement ;

Mais sa femme , dans cette affaire ,

N'agissoit pas bien rondement :

Plus par Monsieur un tel elle estoit consolée , Qui manquoit rarement à ce secret devoir , ^3 Plus elle se plaignoit comme une écervelée

Que ce Monsieur un tel ne la venoit plus voir.

Cela mettoit au desespoir

Un Gentil-homme assez honneste , Qui sentoit déjà bien qu'il en avoit en teste

Plus qu'il n'en desiroit avoir.

Il flatte sa femme & l'embrasse ,

Luy promet de faire venir

Monsieur un tel l'entretenir, Et , dés le jour suivant , comme allant à la chasse , Il l'apperçoit entrer chez luy secrètement

Pour aller consoler sa femme.

II y revient soudainement ,

Monte à la Chambre de Madame ,

Fureté tout l'appartement ,

Et , plein d'une fureur cruelle De voir qu'il hayt si fort à la voir seulement , Qu'il entre dans' sa chambre & ne soit point prés d'elle.

Rongeant son frain , grinçant les dens ,

Il cherche , et , ne voyant qu'un coffre

Que le hazard à ses yeux offre ,

68 A d'en rire. I 89 A mistere.

77 A différent forfait. j 9» ^ '^ais la Dame.

78 A Ce qu'un d'eux avoit fait.

i88. — Du 4. Novembre 1666 (Subligny).

Croit que Monsieur un tel est sans doute dedans

Et , pour le punir tout sur l'heure

De la colère & de l'ennuy Qu'il donnoit à sa femme en venant peu chez luy. L'enferme dans ce coffre afin qu'il y demeure.

La Dame en tremble de frayeur,

Mais cela radoucit Monsieur.

Il ne dit rien qui luy déplaise ,

Ne luy parle que de beau temps Et, pour laisser dormir Monsieur tel à son aise , La meine à la campagne avecque tous ses gens. Cependant elle croit que , par un coup de Maître , Le Galant s'est enfin sauvé par la fenestre ; Ce penser assez doux rappelle ses attrais.

Mais on revient trois jours après , Et , comme l'on sentit , en entrant dans la chambre ,

Une odeur plus forte que l'ambre , On chercha, l'on ouvrit le coffre en question : On vit Monsieur Tel mort en meschante posture , Et le mary, blasmé d'une telle action ,

S'excusa de telle avanture.

Or , on parla diversement

De ce que je viens de vous dire ;

Les Amans plaignirent l'Amant , ^ Les Maris n'en firent que rire.

J'ay d'autres contes à mon chois Dont nous pourrions causer ensemble, Mais il vaudra mieux , ce me semble , Les garder pour une autre fois.

Mon Messager revient m'apporter la Nouvelle De la Chasse de saint Hubert.

Elle estoit , m'a-t'on dit , fort belle , Mais les Veneurs ont bien souffert.

L'humidité , le vent , leur donna peu de joye ;

Ce fut bien fait à vous que de n'y pas aller, Car tel , qui poursuivoit sa proye ,

Se vit luy-mesme en proye aux injures de l'air. Que je dise au Roy le semblable , Mon discours sera mal receu , Car c'est un Prince infatigable

Qui ne s'en sera pas seulement apperceu ;

Ce que j'ay dit pourtant n'est pas moins véritable Quoy qu'il en soit revenu guay.

J'en sçais qui , d'avoir fatigué , Se sont presque donnez au Diable

Que font vos Dames , dites-moi ?

I 7 A dessus l'heure.

1)1 A fort proche de la Chambre.

1 yi A plus fine que l'ambre.

1^^-14/^ A Mais je feray mieux, ce me semble ,

De les remettre à d'autres fois.

151-152 y4 Car ceux qui poursuivoient leur proyt Furent en proye eux-mesme aux injures de l'air 156 A point.

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