Du 4. Novembre 1666 (Subligny
On dit que nôtre puissant Roy Leur donna , l'autre jour , un bal de conséquence ;
Mais dansent-elles en cadence Apres avoir esté prés d'un an sans danser ?
Pour moy , je ne l'osois penser, Et cependant on dit qu'elles firent merveilles.
Entre nous , Dauphin plein d'appas ,
Quand les Dames font de faux pas,
Ce n'est guère par les oreilles.
Voyez-vous , depuis son retour ,
Le Comte d'Auvergne à la Cour ?
Je le croy, car cette semaine ,
Je le vis, qu'il partoit d'icy,
Et son oncle le grand Turenne ,
Pour voir Louis & vous aussi.
Qu'aurez-vous dit de sa personne?
Vous l'aurez veu frais , gros & gras :
Mais l'embon-point n'empesche pas
Que , s'il faut donner, il ne donne ,
Et si vous le faisiez parler
De ce qu'il a fait en Hongrie
Où l'on le vit se signaler ,
Vous verriez si c'est flatterie.
Vos braves Dauphins , l'an passé , Eurent prés du vieux bois leur part de sa victoire ; Demandez-leur un peu s'ils eurent de la gloire Quand le Munsterien fut par luy repoussé Et qu'il quitta , voyant un tel Prince en colère , Deux chasteaux usurpez dessus sa Belle-Mere.
Peut-estre l'accuserez-vous D'avoir esté long-temps sans revoir sa patrie ?
Mais pardonnons-luy, je vous prie :
On sçait qu'il est l'illustre Espous
D'une Princesse jeune & belle ,
Et l'absence est un peu cruelle Quand il faut quitter Bergue & des charmes si dous Du moins c'est ma pensée et c'est sans raillerie.
Comme tout peut-estre icy bas ,
S'il arrive qu'on nous marie , Ne fût-ce qu'un moment je ne vous quitte pas.
On parle encor du faux Messie Que depuis peu le grand Visir Avoit sauvé pour son plaisir, • Encor qu'il eust troublé la moitié de I'Asie. Lassé de le voir sans raison , Et dé ses sottises nouvelles ,
iSabbathal Sebbhl]
162-163 j4 On dit que l'autre jour le Roy Leur fit un bal de conséquence
169 A des faux pas.
193-196 A Mais , outre que, depuis la guerre de Les EsTATS le choisirent !o.us [Hongrie,
Pour Chef de leur Cavalerie , Le secret est qu'il est l'espous D'une Princesse jeune & belle Et que l'abscRce est fort cruelle.
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On Ta remis dans la prison , A ce qu'on dit , aux Dardannelles , 210 Et , si le Grand Sultan persiste en son humeur,
Le Prophète bien-tost ne sera qu'un rameur.
Le Grand Visir est fort en peine : ' La Peste est par tout dans son camp Et fait là mourir sur le champ -iij Les meilleurs soldats à centaine.
On compte qu'en deux mois de temps Il a perdu , par cette peste , Dix mille braves combattans De trente qu'il avoit dans un estât fort leste. 220 Le Sultan est en peine aussi , de son costé ,
D'un fort grand peuple révolté, De ceux qui confinent la Perse.
Une secte en est le sujet :
Un Bassa mécontent en conduit le projet , 225 Et le Messie encore alloit à la traverse
Et pour croistre le remuement , Lors que l'on s'en saisit fort politiquement.
On dit je ne sçay quoy de la paix de Venise , Mais je n'en trouve pas la Nouvelle de mise. 230 Le Chancelier Ballarini ,
Son Ambassadeur à la Porte , Dit que le grand Visir s'y porte Et que le grand Seigneur ne diroit pas nanny. Il a quitté Constantinople , 335 Pour se rendre dans Andrinople ,
Sur l'ordre du mesme Visir ; Mais , qu'à loisir on luy propose Et qu'on la conclue à loisir, Il me reste à dire autre chose.
240 Le Traitté de Bremen est fait
Et le Suédois satisfait , Du moins asseure-t'on bien fort cette Nouvelle.
Entre-nous , je la crois aussi Et , dés que j'apperceus liguer pour sa querelle , 345 Je me doutay tousjours qu'il en iroit ainsi.
A Dieu , je vous attends sans faute Pour le vingtième de ce mois.
Amenez avec vous le plus puissant des Roys , Avec cette Maman de qui l'ame est si haute. 250 Vous ne sçauriez vous figurer
Avec quel excez d'allégresse Et quelles marques de tendresse
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Paris attend ce bien qu'on luy fait espérer. Tout y rit déjà par avance 255 Et gouste le plaisir de revoir son grand Roy, ,
Mais , s'il trompe cette Espérance , C'est fait de Paris & de moy.
A Paris . Che:( Alexandre Lesselin , au coin de la rue Dauphine , devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy.
La signature et l'adresse du libraire ne se trouvent que dans A. — BC placent ici la date.
{A La Muse de Cour 1666 (voy. tome 1 , col. 909) , pp. 189-196. B La Muse Dauphine 1667 — 212-221.
C La Muse Dauphine 1668 — 212-221.)
[Par Charles ROBINET]
Du 7. Novembre 1666.
Par deux ou trois mots de harangue ,
Jeune & belle Divinité
Digne de l'Immortalité , Ma Clion, derechef, vient de vous prendre langue;
Elle vient , ô son cher Support ,
Prendre de vous un Passeport
Pour ses Productions nouvelles.
C'est luy qui luy porte Bon-heur
Et qui fait qu'avec tant d'honneur On l'écoute aujourd'huy dans les belles Ruelles.
« Ah ! c'est la Muse de Madame , »
Dit-on , « qui nous vient visiter ; » Paix-là , chut ! il faut l'écouter, » Car elle doit avoir esprit, brillant & flâme.
,3 » Cette Princesse , » ajoute-t'on ,
« A le Goût fin , a le Goût bon , » Elle n'est rien qu'Intelligence;
» Il faut , donc , nécessairement »
Vous voyez leur Raisonnement ,
20 Madame , & quelle en est pour moy la conséquence.
Je sçay que fausse elle peut estre , Quoy que les Principes soyent vrais ;
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