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5o5 194. — Du 25. Novembre 1666 (Subligny). 5o6
Mais avez-vous veu le Cheval Que son affection donne à son Roy pour gage? On dit qu'il n'est rien de mieux pris , Que c'est un Animal sans pris Et que , si quelqu'un le méprise , C'est qu'il est luy-mesme un cheval Et qu'il enrage que l'on prise Les qualitez de son égal.
S'il plaist à Dieu , nostre Commerce ,
Que I'Anglois voit avec douleur
Sera libre par sa valeur ; Nos Vaisseaux n'auront plus personne à la traverse Et jusques dans Cayenne on se rendra d'icy,
Comme d'icy mesme à Poissi.
A propos de I'Isle Cayenne , Monsieur de la Barre en a fait Un petit Livre fort parfait.
[Description de la France Equinoxiale, cy-devant appelée Guyanne et, pai les Espagnols, El Dorado, nouvellement remise sous l'obéissance du Roy ; par le Sieur Le Febvre de la Barre, son Lieutenant général dans ce Païs. A Paris, Chez Pierre Ribou, 1666. In-4.]
Je ne m'estonne plus qu'il l'aime et qu'il s'y tienne ; 11 seroit à soy-mesme extrêmement cruel
De n'aymer pas une contrée
Où règne le long de l'année
Un beau Printemps perpétuel.
Mon beau Prince, achetons ce Livre :
Ribou le vend dans le Palais , Et , comme son Autheur se pique fort d'y suivre Une Relation plus pure que jamais ,
Nous aurons le plaisir d'y lire De quel air De la Barre aggrandit nostre Empire.
Le Messie des Ottomans S'est fait Turc pour toute sa vie , Moyennant tous les jours vingt francs :
Ah ! bon Dieu ! le plaisant Messie
Je sçais encor des Nouveautez Qu'on m'apporte de tous costez , Dont ma lettre seroit galante ; Mais , tousjours , mon papier finit Quand j'en veux faire le débit.
Adieu , je suis vostre Servante.
A Paru Chei Alexandre Lesselin , au coin de la rue Dauphine devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy.
210 veu m. dans BC. L^ signature de l'auteur et l'adresse du libraire n(
23^ A plus vraye. se trouvent que dans A . — B C placent ici la date
(celle 'du 21 et non celle du 25 novembre). {A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I , col. 909), pp. 213-220. B La Muse Dauphine 1667 — 242-251.
C La Muse Dauphine 1668 — 242-251.)
Du 28. Novembre 1666.
Moderne & réelle Minerve , Qui de la fabuleuse & Tancienne Pallas , Soit de Corps ou d'Esprit , éfacez les Appas , Je vais sonder pour vous ma poétique Verve.
C'est derechef le Jour où , par un sort bien doux , Je retaille ma Plume & compose pour Vous, Sans avoir autre But que celui de vous plaire.
C'est beaucoup entreprendre, après ce que j'ay dit , Et je suis un vrai Téméraire , Mais vous êtes pour mon Ecrit Une Minerve débonnaire.
Il est , je croi , de mon devoir De faire à mes Lecteurs sçavoir Que vos deux Altesses Royales ,
15 Qui nule part n'ont leurs égales , Ont quelques jours laissé la Cour Et fait à Paris leur Séjour Pour veiller, selon l'importance , A la chère Convalescence
20 De Monsieur le Duc de Valois , Que de trop tyranniques Loix Menaçoyent de la Sépulture Contre l'ordre de la Nature , Qui ne fait que de mettre au Jour
25 Ce beau Lys si digne d'amour, Et dessus qui toute la France Fonde une si haute espérance.
Mais le grand Destin de nos Fleurs A la fin dissipe nos peurs
30 Et veut , en calmant cet Orage , Convertir tout en bon Présage , Si que ce beau Prince , à deux ans , Ayant jusqu'à vingt & deux dents , Nous marque par cette Avanture
35 Sa force & sa vigueur future.
Pour rendre compte rie à rie , Gomme je le dois au Public (Que le bon Dieu garde du Fronde), Ajoutons que le Roy son Oncle
40 Vinst pour le voir, Dimanche, exprés Dedans vôtre Royal-Palais , Et puis que ce charmant Monarque, Qui conduit si bien nôtre Barque , Fut voir la belle d' Armagnac
45 Qui , s'ébatant au doux Trie-Trac Avecque son aimable Comte, A d'un beau Fils accreu le compte De ceux qu'elle a ci-devant faits , Qui sont autant d'Amours parfaits.
50 Tout d'une traite je dois dire Que, Jeudy, pour tant soit peu rire, Puis que le Duc se portoit mieux , Nôtre Mysantrope amoureux , Dont Molière est l'Autheur habile,
^^ Parut dans vôtre Domicilie , Où sa Troupe , qui nous ravit , Fit miracle , à ce qu'on m'a dit.
Mais passons à d'autres Nouvelles ,