Du 28. Novembre i666 (Robinet
Qui pour vous seront plus nouvelles.
60 Comme, par d'assez beaux Destins, Au sortir de vos blanches Mains D'où luy vient sa gloire féconde , Ma Lettre court par tout le Monde, J'ay Commerce avecque les Lieux
65 Les plus reculez sous les Cieux , Et , pour preuve , voicy des Indes , Pais du rouge Dieu des Brindes , Un petit Plat de Nouveautez Digne des Curiositez.
70 Dans SiAM , Royaume prospère , On se réjouit , l'on fait Chère , En particulier, en public , Et des mieux y va le Trafic.
Dans Malacca, Royaume encore,
75 Où le vray Culte l'on ignore , Le Négoce pareillement Fleurit par tout certainement Et pour chacun est une Source A remplir comme il faut sa Bource.
So Le bruit courtque le Grand MoGOR, Désirant d'en enlever l'Or, Projette d'y venir belle-erre Faire à toute outrance la Guère , Mais que , le Pays étant fort ,
85 II n'y fera qu'un vain effort.
A Ceylan, vu des mauvais Astres, Il est arrivé des Desastres , Et le Roy, dit Radja-Cinga , Ayant été chassé de là
90 Et , dit-on , empoisonné même , Plusieurs briguent son Diadème , Tandis que divers Habitans , De ces desordres profitans , Viennent aussi , de course isnelle ,
93 Y butiner force Canelie.
On dresse dans le Malabar Maint Ravelin , maint Boulevar Pour la seureté du Commerce , Et l'on dit qu'il va mal en Perse.
100 Mais c'est tres-peu mon interest , Et ce qui suit moult me déplaist :
C'est qu'on persécute , on échine Les Catholiques dans la Chine.
Les Bronzes, Prestres des faux 105 Esprits cruels & furieux [Dieux, Autant comme Visionnaires ,
Voyans que nos Missionnaires Avec leurs sçavans Entretiens Y multiplioient les Chrétiens
110 Et ravissoient à leurs Idoles Infinité d'Offrandes foies , En craignans beaucoup pis encor.
Ont amassé des Ecus d'or Jusques à cent cinquante mille ,
1 15 Pour corrompre du Roy-Pupille Les quatre Tuteurs & Régens , Qui , donnans en aveugles Gens Dans ces Paneaux où chacun donne, Font une Guerre tres-félonne
1 20 A ces chers Suppôts de la Foy Et les mettent en des-arroy.
Ils les privent de leurs Franchises , Brûlent leurs Livres , leurs Eglises , Et , poussez de l'Esprit malin ,
1 25 Les emprisonnent à Péquin , viiie
Voulans entièrement détruire ^deu?^
L'Evangile dans cet Empire. ^^'°®
Mais , par une Grâce des Cieux , Nos Prédicateurs glorieux
130 Témoignent , en ce grand Orage , Même zèle & même Courage Que ceux de I'Eglise au Berceau , Qui ne craignoyent rien pour leur
[Peau , Et les nouveaux Convertis, même ,
135 Par la vertu du saint Batême , Courent , sans craindre le Trépas , Comme au Triomphe, sur leurs pas.
Entre ces chers Evangélistes , Dont ils suivent ainsi les pistes ,
140 Sont maints Ignaces résolus Et, je croi , les plus mal-voulus , Comme ceux qui bien mieux l'en- Et plus adrétement étendent [tendent La sainte Foy de toutes pars ,
145 Où leurs Collègues sont épars.
Mais qu'ils persistent sans relâsche Dedans une si noble Tâsche ; Le Seigneur qu'ils servent si bien Dans le Ciel n'en oubliera rien.
150 Selon les dernières Nouvelles ,
Le Roy des Juifs , qu'aux DARDANELLEst^J^^?'* On alloit voir par rareté ^
Ainsi que par simplicité , Payant , pour voir cet honneste
[Homme,
155 Ou grande ou médiocre Somme,
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iq5. — Du 28. Novembre 1666 (Robinet).
Ayant sceu que le Grand Seigneur , Pour le traiter en Suborneur, Luy feroit serrer la Luette Par Strangulation étrette,
160 S'il n'opéroit devant ses yeux Quelque Miracle spécieux, A confessé , sans nul mystère , Qu'il n'en sçavoit nulement faire Et s'est fait un maudit Mahon
165 De peur de Strangulation.
On ajoute que sa Hautesse ^ Pour un tel acte de souplesse , L'a fait régaler à l'instant D'une Somme d'argent comptant
170 Et d'un Employ de Janissaire , Et c'est ce que le chétif Hère, Dont l'on s'est tant entretenu , Est fort plaisamment devenu.
Si des Juifs la honte en est grande,
175 II ne faut pas qu'on le demande ; Mais un Prophète de Gaza Ayant appris ce beau tour-là , Comme il avoit en fantaisie Que ce Drôle étoit le Messie
180 A juré , vienne qui voudra , Qu'à nul Messie il ne croira.
Ignace est toujours à l'écoute, Pour sçavoir dessus quelle route Est sa Moitié pleine d'appas ,
185 Que l'on arrête à chaque pas, En tous les lieux de son passage, Afin de luy rendre hommage , En quoy certe on n'épargne rien , Témoin Vallier , le Vénitien ,
190 Qui , montrant qu'en sa République De belle Dépense on se pique Quand il s'agit d'un pareil cas , A mis deux cent mille Ducas ( Ce que je dis n'est point cassade )
195 Dans les Frais de son Ambassade.
La Princesse au grave maintien , Sortant de I'Estat Vénitien , Est entrée en celuy de Trente , Où , d'une manière éclatante , 200 Quoy que peut-être à moins de frais, On a bien-veigné ses Attrais.
J'ay sceu d'une charmante Fille ,
Où l'Esprit & la Vertu brille , Et qui , selon son Nom en Or,
205 Vaut sans doute son pezant d'Or, Que dans Aubusson , en la Marche , Où chacun en droiture marche , On s'en va rétablir des mieux , Ainsi qu'en plusieurs autres Lieux ,
210 Les Utiles Manufactures;
Que des Laines & des Teintures On y fait déjà les Apprests , A fin d'y travailler, après , A de riches Tapisseries
215 A Personnages ou Prairies ,
Et qu'on les marquera d'un plomb Où (ce qui me semble fort bon ) Seront les Armes du grand Sire Digne d'un Monde pour Empire ,
220 Avec celles de la Cité , De l'un & de l'autre costé , Afin que le Public discerne , Sans Bézicles & sans Lanterne , Les Ouvrages bons & loyaux
225 D'avec les suspects & les faux.
Or, tout ce qu'ici je vous marque Provient des boutez du Monarque Vers cette Ville d'AuBUssoN , Qu'il fait voir de belle façon
230 Par ses amples Lettres Patentes , Mainte autre chose contenantes En sa faveur pareillement , Et non pas sans cause vraiment , Car c'est qu'il a vu de ses Œuvres ,
235 Qui sont autant de vrais Chefs-d'œu-
[vres , Aussi beaux qu'on en fasse ailleurs , Au dire des bons Conesseurs.
Tout roule , au reste , sur le zèle De ce Sujet sage , fidelle ,
240 Infatigable & très-expert ;
Vous jugez Qui ? Monsieur Colbert.
Las ! je n'ose quasi le dire , Car nul Eloge il ne désire , Etant assez contant en soy
245 De servir I'Etat & le Roy.
Ces jours passez, aux Feuillantines, Nones tout à fait abbastrines , Tant au dedans comme au dehors , On translata deux dignes Corps , 250 A ces Vierges venus de Rome ,
Qui sont, ainsi qu'on me les nomme, Le premier de Saint Florian ,