‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 150 sur 317 · Du 2. Décembre 1666 Subligny · texte numérisé non relu

Du 2. Décembre 1666 Subligny

Ils ont fait cessation d'armes ,

Aussi bien que les Suédois , En suitte d'un combat qui se fit l'autre mois , Où le Palatin eut de cruelles allarmes.

Nous n'avons parlé que fort peu,

Jusques icy, de cette guerre Que nous n'estimions pas des grandes de la terre ;

Mais , mon Prince , ce n'est pas jeu ,

Et , lors que vous sçaurez l'histoire

De ce combat que je vous dy, Vous trouverez que c'est le coup le plus hardy Qui se soit de long-temps trouvé sur mon mémoire.

L'Electeur Palatin voulant , le mois passé , Assiéger un Ghasteau de l'Evesque de Spire , Par deux Princes Lorrains fut soudain repoussé ; Mais ce n'est pas encor ce que je vous veux dire. Ces Princes , dés le mesme jour Luy voulant rendre le retour, Commandèrent un gentil-homme , Qui Monsieur de Salin se nomme , Pour en investir un de ce mesme Electeur ; Ce gentilhomme fit ce qu'il crût nécessaire

Pour cette entreprise d'honneur.

Et c'est là le récit que je prétens vous faire.

Quand , l'ayant investy, ce brave se fut mis

Entre le camp des ennemis *

Et le chemin creux du village ,

Comme il observoit leurs desseins Pendant que le Chasteau , pris avec avantage ,

S'attaqueroit par les Lorrains , Cent-cinquante Dragons de l'armée ennemie

Et cent Mousquetaires encor, Commandez par Chauvet, leur gênerai Major, Vinrent fondre sur luy, tous rempUs de furie ;

L'Electeur mesme s'avança ,

Suivy d'un nombre de Noblesse

Qui fit que Salin rebroussa :

Il pouvoit reculer sans honte & sans foiblesse ,

N'ayant alors pour tout appuy,

Que quarante hommes avec luy ;

Mais pourtant ce fut par addresse :

Il recula pour mieux sauter ;

Ce ne fut que pour se poster

Dans le chemin creux du village ,

Où , tout à coup tournant visage

Et chargeant ses fiers Ennemis ,

Il eut pour luy tout l'avantage

Que I'Electeur s'estoit promis.

85 A Vous a-t'on raconté l'histoire. 87 A C'est bien le coup le plus hardy. 91 y^ Par les Lorains fut repoussé.

Lb Prince

DB

Vaodbmont et lb gomtk

DE LiSLtBOMNB

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93 A Les Lqrrains.

1 13 A Qui tout d'abord le repoussa

114 A Salin put reculer.

521 196. — Du 2. Décembre 1666 (Subligny). 522

123 II deffit à platte couture

Et ses Gardes & ses Dragons , Ses Braves & ses Escadrons.

Deux Comtes ont pery mesme dans l'avanture ♦ Dont l'un Anglois , l'autre Allemant , 1 ;o Combattoient , dit-on , vaillamment.

Ghauvet , General de l'armée , Qui peu de jours devant , au quartier de Zeskain , Avoit fait tout trembler sous les coups de sa main , A la victoire accoustumée , 135 Y receut un coup dans le bras

Qui pourra bien aussi luy causer le trépas. Et , cette victoire gaignée , Salin revint vers le Chasteau , Où l'attaque par luy fut encore donnée 140 Et luy fit un sujet de Triomphe nouveau.

Le prétexte du Roy de France , Qui demanda la surseance Entre Messieurs les Electeurs , Tandis qu'on agiroit par ses Ambassadeurs , 14^ Au Palatin fut favorable.

S'il ne s'en fut servy comme il fit sur le champ , Le brave de Salin , fier d'un succez semblable , L'auroit esté forcer au milieu de son camp.

C'en est là-dessus assez dire ; 150 Discourons des autres aussi.

"^ Tous les Electeurs de I'Empire

Ne sexquerellent pas ainsi, Et , tandis que l'un veut combattre , L'autre ne cherche qu'à s'ébatre.

153 Je vous dis , je croy, l'autre fois ,

Ce qu'on fit chez le Roy Danois Durant la pompeuse journée Que le Prince de Saxe en épousa l'aisnée. . On a recommencé , dit-on , sur nouveaux frais 160 Et l'on y fait une dépence

Plus somptueuse que jamais Pour conduire ce Prince avec magnificence. Il s'embarqua , le dernier mois , Avec son aimable Compagne , 163 Pour retourner en Allemagne ,

Et l'on dit qu'elle a bien regretté les Danois. Mais ce n'est pas estre avisée :

Je ne pleureray nullement , Si jamais je suis Epousée , 170 Lorsque l'on me fera mettre la voile au vent.

L'Impératrice enfin , malgré le sort contraire , Arrivera bien-tost au Siège Impérial.

Que Dieu la préserve de mal !

167-170 C« quatre vers sont supprimés dans BC. \ 173 /ï Hé ! que Dieu la garde de mal.

523 196. — Du 2. Décembre 1666 (Subligny). 524

Après un an , mon Prince , il est temps de le faire.

175 Le General de r Archipel ,

Qui croise la Mer pour Venise ,

A fait une fort belle prise

Dessus son Ennemy mortel.

Par une action tres-hardie , 180 II a pris sept grands Bastimens,

De douze que les Ottomans

Pretendoient passer en Candie ,

Et , pour des Exploits si nouveaux

Il n'avoit rien que huit vaisseaux.

185 Mais sans raison , Dauphin aimable.

J'appelle nouveaux ces Explois ;

A peine ay-je conté six mois

Depuis qu'il en fit un semblable.

Si l'on en croit le grand Visir , 190 Nous verrons la prochaine année

Messieurs les Candiots soumis à la Ganée ; Mais tel n'est pas nostre plaisir, Et je croy plutost , au contraire , Que , si tous les apprests nouveaux 195 Qu'à ce dessein l'on pourra faire

N'y peuvent mieux passer que les douze Vaisseaux , On pourra voir la mesme année Les Gandiots dans la Ganée.

Ouy, si les Turcs font de grands frais 200 Pour entreprendre la Gandie ,

Venise , quoy que l'on en die , Sera pour lors aussi plus forte que jamais. L'amour que chacun porte à cette Republique Et les prodigues traittemens 205 Dont son noble Sénat se picque

Envers ses généreux Amans (Gar Venise en cela n'eut jamais de seconde) Luy respond au besoin du bras de tout le monde.

Le Duc DE Saint-Aignan est , dit-on , de retour 210 Pour passer l'Hyver à la Gour ;

La Gour en est donc bien contente , :\

Gar Saint-Aignan est son Amour. )

En le voyant au premier jour, "^

Dites-luy que je suis sa tres-humble servante. ^

215 A Loches , aussi bien qu'à Tours , ^

On fait encore tous les jours |

Pour son fils des Pompes funèbres. ï

Ah ! bon Dieu , que je l'ay chery , |

Ce jeune Héros de Sery, |

220 Qui devoit égaler bien-tost les plus célèbres ! |

525 196. — Du 2. Décembre 1666 Subligny). 526

N'en dites rien au Duc, qui l'aimoit tendrement ,

Ou dites , au mesme moment ,

Que , dans Loches , un Barnabite Y fit une Oraison pour cet Illustre Mort , 225 Qui répondoit si bien à son rare mérite.

Que cela puisse au moins le résoudre à son sort !

Quand nous parlons de ce bon Père ,

Il me souvient , à ce propos ,

Qu'icy le Religionnaire A furieusement un Barnabite à dos.

On dit que Dom Thomas du Ghesne ,

Le Supérieur de Paris ,

Ne leur en a seulement pris

Que deux la dernière semaine.

233 Je n'auray pas le démenty

De ma dernière Prophétie ,

Et , devant que finit sa vie , Ce Dom Thomas sans doute aura tout converty.

Adieu ; j'ay si mal à la teste 240 Que je ne sçais où me tourner

Et que le m*al icy m'arreste.

On ordonne de me saigner,

Mais je suis peu pour la saignée;

J'ayme mieux prendre du Kavé ,

Qui guérit en moins d'un A vÉ , Quand le reste ne peut guérir en une année.

Ce mot de Kavé vous surprend :

C'est une liqueur Arabesque ,

Ou bien , si vous voulez , Turquesque ,

Que dans le Levant chacun prend ; On s'en sert en Affrique , on s'en sert en Asie ,

Elle a passé dans I'Italie ,

En Hollande & chez les Anglois ,

Où l'on la trouve fort utile ; 255 Et des Arméniens , qui sont en cette ville ,

L'apportent encore aux François.

Sa vertu n'a point de pareille ,

Tout le monde s'en apperçoit , Et sur tout pour la femme elle opère merveille 260 Quand c'est le mary qui le boit.

A Paris , Che^ Alexandre Lesselin , au coin de la rue Dauphine , devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy,

La signature de l'auteur et l'adresse du libraire ne se trouvent que dans A — BC placent ici la date

240 A Que je ne sçay pas où tourner.

{A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I , col. 909) , pp. 221-228. B La Muse Dauphine 1667 — 252-261.

C La Muse Dauphine 1668 — 252-261.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET]

Du 5. Décembre i666.

lO

Beau Pôle que toujours regarde ma Clion , Lors qu'elle r'entre en sa Carrière , Astre de sa Protection Dont elle adore la Lumière , Illustre Composé du cher Sang de nos Dieux , Dont le Nom triomphant , dont le Nom glorieux Guide en cent & cent lieux mes Historiques Rimes ; Grande Altesse , si digne & d'Hommage & d'Amour, Par bonté daignez voir si celles de ce Jour Passeront à la Montre ainsi que légitimes.

Il faut que je dise , parbleu , Tout en fin & beau premier lieu , Ouy, les Nouvelles de 1' Ecole, Et , sans que je fiche la Cole , C'est de Celle des Médecins , Les Bien-Aimez des Gens mal-sains.

Jeudy donc , & sans parentése , On y soûtenoit une Thèse , Dont le Sujet est curieux , A sçavoir : qui l'on conêt mieux , D'une Vierge ou Femelle enceinte?

Question qui n'est pas succinte, Et sur qui le Raisonnement Rencontre à s'étendre amplement.

J ay vu le Plan de ce Pro blême , Tant en Latin comme en Grec même, Proposé par le Sieur Guérin , Et je l'ay lu sans nul chagrin , Contenant mainte belle chose,

30 Qu'ici pourtant dire je n'ose , Quoy que tout soit , il est certain , L'Ouvrage d'un Ouvrier Divin , Ou de l'admirable Nature , Qui de Luy prend sa Tablature.

^^ On y montre , dans le Début, Quel de Celle-cy fut le But , Rendant la Femme si charmante, Si mignonne & si ravissante , Et l'on dit que ce fut exprés

40 Pour inspirer par ses Attrais

A I'Homme cette ardeur féconde Par qui se conserve le Monde.

On dit qu'aussi , de son côté , Elle a le cœur fort emporté

45 Dans ce Dessein de la Nature , Et de là l'on ose conclure Qu'il n'est pas de Vierges beaucoup, Et qu'à grand'peine, encor un coup, On en trouveroit Onze mille

50 Comme Celles de l'ancien stile , C'est-à-dire Vierges de cœur, [teur.

Car, c'est comme on l'entend, Lec-

De là l'on passe sur les Signes Ausquels les Médecins insignes ,

55 Les peuvent conêtre aisément , Mais on n'en convient nulement , Pource que souvent la Nature Rend ces Signes pleins d'imposture.

En suite on examine aussi ,

60 Ce qu'il faut que j'ajoute Ici Sans le moindre terme qui blesse , Toutes les Marques de Grossesse , Et , comme la Nature à lors Se peint mieux dedans les Dehors.

65 Le Proposant croid bien conclure :

Que LA Grossesse est moins obscure Que non pas la Virginité , Et c'est , je croy, la Vérité.

Ainsi le gaillard Diogéne

70 Reconût , sans aucune peine ,

197' — Du 5. Décembre i666 (Robinet)

Qu'une Fille depuis un jour S'estoit jouée avec I'Amour , Et que , dans icelle Avanture , Elle avoit rempli sa Ceinture.

73 Au reste, j'estois invité

( Honneur par moy non mérité) De me trouver dans la Carrière Où s'agitoit cette Matière ; Mais je ne le pus nulement 8o Et j'en fus triste étrangement , Car, en un mot , grande Princesse , Yvli'ui"'^ Le MÉDECIN de Vôtre Altesse premier Etoit là , de belle hauteur,

Médecin j ^ i» ,j ,

de Le tres-digne Modérateur.

Madame ^aig passous aux autres Nouvelles Qui repaissent maintes Cervelles.

A la fin , un beau Compromis Desarme ces deux Ennemis Qui se batoyent à toute outrance .

90 Monsieur I'Electeur de Mayance Et son Voisin , le Palatin , Chacun , bonne foy, tres-mutin.

Sur le déclin de leurs vacarmes , Jettans tout le Feu de leurs Armes ,

93 Le dernier, certe Homme d'effet , Vinst , tout franc , planter le Piquet Vers un Château de sa Partie , Mais , par une contre-partie, Le preux Prince de Vaudemon ,

100 Qui fait en Guerre le Démon , Et le Comte de Lilebonne :, Qu'anime aussi des mieux Bellonne, Furent le luy faire lever, Ce qu'il fit sans beaucoup rêver.

103 Ces Princes , excellens Papistes , Alors marchèrent sur ses pistes , Et quoy qu'ils le veissent posté Dedans un Lieu de seureté , D'accez terrible & difficile ,

1 10 Echauffez d'une noble Bile , Ils l'y voulurent relancer, Et c'est-à-dire l'agacer, Pour l'engager à quelque chose , Sentant le Laurier , non la Rose.

113 Ayans donc reconû les Lieux Et pris leurs mesures des mieux , Ils entrèrent dans un Village , Où , se trouvant à leur passage Un Château d'où l'on les morguoit

120 Et les montroit du bout du doigt , Salin , des plus grands Militaires ,

Qui commandoit les Mousquetaires De la Garde du Duc Lorrain , L'alla faire bloquer soudain.

125 Ensuite , avec quarante Gardes . Qui n'estoyent point Ames couardes.

Il s'avança dans un chemin Où ne crût jamais le Jasmin , Ni le Thin , ni la Marjolaine :

130 C'estoit une petite Plaine

Qu'une Vigne & certain Lieu creux Bornoit d'un air assez affreux Pour qui n'eust point eu de Courage.

Etant entre ledit Village

133 Et le Camp des Gens Palatins , De cette Plaine très-prochains , Il n'eut pas fait là sa Demeure Environ , je croy, demie-heure , Tandis que les Princes d'ailleurs

i4oFaisoyent avancer tous les Leurs Pour du Château l'Ataque faire , Qu'il se veid assailli belle erre Par deux très-nombreux Escadrons, Cent cinquante horrible Dragons

143 Et deux fois trente Mousquetaires , Gens bien-fais & non chétifs Hères, Et tous conduis en cet Essor Par le Général & Major De cette Palatine Armée ,

130 Qui se veid bien- tôt animée Par son Prince , des plus vaillans , Et suivi des plus braves Gens.

Salin , poussé par ces Cohortes Et si nombreuses & si fortes ,

133 Sans être soutenu d'aucun ,

Sinon de son Cœur non commun , Fit en se bâtant sa retraite , D'une assez diligente traite , Jusques vers ledit Chemin creux

160 Ayant , dans ce pas hazardeux , Eu de ses Gens demi-Douzaine Occis , blessez , ou hors d'haleine .

Certe pour Luy très-mauvais Jeu , En ayant de reste si peu.

163 Alors les Palatins , sans doute , Croyans qu'il poursuivroit sa route, Allèrent sur Luy d'un pas prompt ; Mais ce Brave, leur faisant Front, Les receut de la belle sorte .

170 Et l'escarmouche fut très- forte.

Il y demeura plusieurs Gens De ces Messieurs les Assaillans , Et , voire , encore tous de marque , Entre lesquels on nous remarque ,

le Sieur Chauvet

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