‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 153 sur 317 · Du 9. Décembre 1666 (Subligny · texte numérisé non relu

Du 9. Décembre 1666 (Subligny

Pleut-il dans vostre Saint-Germain ?

Dites le moy, je vous supplie.

Il fait à Paris une pluye A noyer tout le genre humain.

Outre cela, certain vent donne, Qui , je pense , de tous les Vens A l'haleine la plus friponne Et les effets les plus plaisans.

Par une bourasque impreveue , Il abbattit insolemment Vingt femmes hier dans la rue , Mais si preste , mon Prince , & si mignonement Et d'une symétrie & si juste & si ronde Qu'il sembloit que ces femmes-là Eussent estudié cela Pour faire Mirer tout le Monde.

Il pleut beaucoup à Rome aussi.

Je sçais pour Nouvelles certaines Que , le mois de Novembre , il y plut trois semaines

Aussi fort qu'il fit hier icy ; Que le Duc d'Albuquerque , en se rendant à Genes , En fut jusqu'à tel point encor incommodé Que , les eaux ravageant les chemins & les plaines ,

Son carrosse en fut inondé ,

Qu'il y perdit trousse & toillette

Et, malgré son soin diligent.

Qu'il vit par la ravine emporter sa cassette

Avec six mille onces d'argent.

Un autre auroit pesté contre la Destinée Et juré mille fois comme une ame damnée

Contre la pluye & le Torrent ; Mais ce mal-heur au Duc parut indiffèrent El cela pour le sort ne fut proprement faire , Contre un Duc comme luy , que de l'eau toute claire

Si ce Duc n*est déjà sur Mer,

Il partira bien-tost de Gène

Et vers Madrid fera ramer

Pour aller rejoindre sa Reyne.

On dit aussi que le Sénat

De la Génoise Republique ,

Sçachant que I'Empereur se pique

De ce qu'il n'a point fait estât D'envoyer à Milan deux de ses Gentils-hommes Pour faire à sa Moitié d'honnestes complimens ,

Et sur tout , dit-on , dans un temps Si cérémonieux que le temps où nous sommes ,

64 ^ Je vous en prie

I 106 A Pour faire à sa Moitié pour lors des complimens

539 19^- — ^^ 9- Décembre i666 (Subligny). 540

A résolu de députer, 110 • Pour toutes choses rajuster,

Prés de cette grande Couronne.

Or, I'Infante aymant peu de se voir haranguer, Quoy que pour son excuse il luy veuille alléguer.

Sa raison , je croy, sera bonne.

115 Mais à propos , mon beau Dauphin ,

On dit de cette Impératrice ,

Que la bonne Princesse enfin

Je vous le dis sans songer à malice.

Mais I'Empereur quitte secrettement 120 Sa bonne ville de Vienne

Pour l'aller quelquefois saluer dans la sienne ; Je ne la plains plus tant vrayment.

On m'escrit que , pour son entrée , Que je remis au jour de l'An 125 Dés qu'EUe arriva à Milan,

Tant de Pompe à Vienne est enfin préparée Qu'on croit indubitablement Que l'effet en sera charmant.

* C'est ce que vaut la paix de Brème ,

130 Qui donne du loisir à ce jeune Empereur.

Sçavez-vous à la fin que W^rangel , de luy-méme , A de toute la guerre arresté la fureur ?

La Paix n'est plus irrésolue :

Du vingt-six de Novembre elle est enfin conclue , 135 Et , tant du costé des Bourgeois

Que de la part des Suédois , Tous ceux qui desiroient la guerre Ne la font plus qu'à coups de verre.

On ne sçait pas encor quelles conditions 140 Dans ce nouveau traitté doivent estre observées ;

Toutefois Brème est libre & ses possessions

Luy sont toutes restituées, Et la ville doit rendre hommage dans trois mois Au Monarque des Suédois 145 Pour les terres qu'elle possède ,

Qui relèvent de la Suéde.

Voila les Hollandois guéris De ce qu'ils craignoient pour l'Oostfrise , Car, si Wrangel eut pu suivre son entreprise , 150 Tout son quartier d'Hyver y devoit estre pris ,

Cela s'entend , aussi , s'il eust esté possible ;

iiS A \ veu,... je vous le dis etc | 119 y^ enfin quitte.

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Mais on dit qu'un Chef Hollandois , Qui valoit bien les Suédois , Luy rendoit le pa'is par tout innaccessible.

1 55 Lorsque je vous dis , l'autre mois ,

Que la Flotte preste en Hollande

Pour retourner contre TAnglois

Seroit effroyablement grande ,

Je ne mentis que d'un vaisseau , 160 Et ce Chef-d'œuvre de ses Flottes

En aura sans ses Galliottes

Cent cinquante-neuf dessus l'eau.

Les peuples Hollandois , qu'un pareil avantage

Rend aussi Hers que des Lyons , i6s Ont accordé , de bon courage,

A Messieurs les Estats quatorze millions

Pour les frais de cet équipage. i

Jusqu'au moindre des Habitans

Qui sont maintenant en Hollande 170 II n'en est pas aussi , m'a-t'on dit , qui n'attende

Impatiemment le Printemps.

Tous déjà triomphent dans l'ame

Et s'imaginent déjà voir

Une Flotte ennemie en flame 175 Et qui tombe dans leur pouvoir.

Les Juifs seuls y meurent de honte ,

De ce que , trop légèrement ,

Leur dévotion un peu prompte Crût en un Messias qui s'est fait Ottoman. 180 En vérité , Seigneur , on a dit des folies

De cet homme jusqu'aujourd'huy,

Qui n'avoient qu'un bien foible appuy ;

Et la vérité , pour les pluyes ,

A le naturel délicat 185 De n*oser, sans estre vestue ,

Aborder un autre climat

Ny passer la Mer toute nue.

Ce Roy des Juifs si renommé ISabbathai-

T-i . 1. , Sebbhi;

Et SI diversement nomme , ^90 Et qu'on disoit le Chef de douze cent mille hommes ,

Dont on ne pouvoit pas comprendre quatre mots , N'estoit qu'un de ces fins qui , rencontrant des sots (Qui ne sont qu'au Levant dans le temps où nous sommes), Se font passer partout pour ce qu'ils ne sont pas , •95 Pour attraper quelques repas.

Il trouva dans Alexandrie

186 BC une.

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Des femmes de la Juifverie .

Qui , comme il n'estoit pas de mine à faire peur, ■

Qu'il avoit de l'esprit & de belles parties , 200 Luy voulurent faire l'honneur >

De croire qu'il estoit l'homme des Prophéties. %

Il ne fut étourdy ny fou :

Il n'avoit ny maille ny sou Et , profitant de leur sottise , 205 II courut ainsi le pais ,

Trouvant par tout la table mise Aux dépens des Juifs ses amis.

Quand le Grand-Seigneur l'eut fait prendre Et qu'il l'eut menacé de l'empaler tout vif, 210 Au Diable s'il voulut estre encor un Roy Juif!

Il sceut , pour lors , bien s'en défendre

Et c'est icy le plus plaisant

Mais pardonnez-moy, cher Amant, Si je n'achevé pas présentement l'Histoire. 215 Un coup de foudre inopiné,

Qui vient de me fraper quand je ne l'osais croire , Rend mon pauvre esprit estonné Et suspend toute ma mémoire.

Fiez-vous à l'injuste sort , 220 Après ce que je viens de mettre

Au commencement de ma Lettre !

Le Beau Duc de Valois est mort ,

Malgré les belles apparences

Qui remplissoient , hier au soir, 225 Tous ceux qui furent pour le voir

De cent flateuses espérances ; • Et , malgré le bruit qui courut ,

Hier au soir mesmes il mourut.

Helas ! quelles rudes allarmes 230 Pour le beau Couple infortuné

Dont ce petit Prince estoit né !

Combien versera-t'il de larmes ?

Ce que le monde avoit de dous

Et de plus charmant après vous 233 Et ce qu avoit fait la Nature

De plus illustre & de plus beau

A pery dans cette avanture

Et s'enferme dans le tombeau !

Le Roy vient d'arriver pour consoler son Frère : 240 Je ne sçay s'il le pourra faire ,

Car on dit que Madame & Luy

Sont accablez de leur ennuy.

Cependant , pardonnez à mes inquiétudes ,

Si , disant tout ce que j'ay dit , 243 Je vous ay pu faire un récit

Qui vous porte des coups trop rudes.

Moy-mesme, en un si grand mal-heur,

228 A mesme.

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Je succombe sous la douleur.

Adieu , Prince ; si j'en suis creue , 250 On ne nommera plus les Neveux de nos Roys

Du funeste Nom de Valois , Puisqu'il semble aujourd'huy qu'un pareil nom les tue. Nous n'avons encor eu que deux Ducs de ce Nom ,

Depuis que le sang de Bourbon 255 Sur le Trône des Lys est plus craint qu'un tonnerre ,

Et tous les deux n'ont fait que passer sur la terre. Que mes avis , Seigneur , ne soient point superflus ,

Et que l'on ne s'en serve plus !

\t DE SUBLIGNY.

A Paris, Che:( Alexandre Lesselin , au coin de la rue Dauphine , devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy.

250 È C On ne me nommera plus. j 257 A pas.

La signature de l'auteur et l'adresse du libraire ne se trouvent que dans A. — BC placent ici la date.

{A La Muse de Cour 1666 (voy. tome 1 , col. 909), pp. 229-236. £ La Muse Dauphiae 1667 — 262-271.

C La Muse Dauphine 1668 — 262-271.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.]

Du 12. Décembre 1666.

Clion , pour aujourd'huy laisse en paix son Altesse ; Que luy pourrois-tu dire en sa sombre tristesse ? La Nature & le Ciel tous seuls , en ce moment , Peuvent l'entretenir avec quelque agrément : L'une par des Soupirs dans son cœur la soulage , En dissipant ainsi la douleur qui l'outrage , Et l'autre, en luy montrant que cet aimable Enfant Qu'il luy vient d'enlever est chez luy triomfant , Et luy jurant aussi par ses Astres propices Que , si de son Hymen il a pris ces Prémices, Il les réparera par plus d'un autre Fils Que l'on verra vieillir sur la Tyge des Lys. Laissons donc avec eux l'Illustre Désolée , Qui ne peut que par eux estre bien consolée , Et, cependant , Salut au bien-veillant Lecteur ; Je l'apostrophe seul en ce cuisant mal-heur. Et pour luy seul je fais d'abord , en cette Epistre , De ce Lys trépassé le lugubre Chapitre.

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