‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 154 sur 317 · Du 12. Décembre i666 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 12. Décembre i666 (Robinet

Son Mal ayant changé de cours ,

20 On avoit crû que ses beaux Jours N'en recevroyent aucune atteinte , Et , de cette façon , la Crainte Fit quelque temps place à l'Espoir.

Mais, las ! on se veid décevoir,

25 Car, en suite , une maie Fièvre , Faisant plus que jamais la mièvre Dedans ce jeune Sang Royal , Le menaça du Coup fatal Dont Berger & Monarque tombe

30 Egalement dessous la Tombe. Alors on luy fit promptement Donner le premier Sacrement, Où tout Enfant se régénère Et par un céleste Mystère

35 Devient , d'Infidèle & Payen , Un Enfant du Ciel , un Chrétien.

^cosiacf L'Illustre Evesque de Valance , L'un des Sages Prélats de France , Fit cette Sainte Fonction

40 Avec beaucoup d'attention.

Le Roy Breton & nôtre Reyne Etoient les Parain & Maraine :

L'un pour son grand éloignement , Représenté tres-dignement

45 Par Monsieur le Duc (c'est tout dire), Qui , prenant du susdit cher Sire Et de Monsieur le double Nom , En fit une noble Union Dans le beau Poupon dont je parle ,

$0 Ainsi nommé Philippe-Charle.

L'auguste Souveraine d'Eu , Qui n'est qu'Esprit, qui n'est que L'Amazone Mademoiselle , [Feu , Qui fait voir tant d'Appas en elle

55 Avec son air majestueux, Représentoit aussi des mieux Nôtre adorable Souveraine , Cette belle & charmante Reyne La Reyne N'avant DÛ ûuiter son Château,

estoita J K, ^ 1 T

Saint Ger- De peur d cxposer le Joyau La^/è°eue Q^i » sur la fin de sa Grossesse , se feSt No^^ ^^'^^ ^^^^ combler d'alaigresse. àParis Soii digne Epous.ce grand Héros, Qui mérite un éternel Los ,

65 La ReYNE-MeRE d'ANGLETERRE ,

Qu'on prise par toute la Terre , Mademoiselle d'ALENçoN , Qui n'a rien que de bel & bon , Et tous les Princes & Princesses 70 Dont j'honore fort les Altesses , Etovent à la Solennité ,

Certe avec une infinité D'autrecharmant&tres-beau Monde, En quoy la Cour de France abonde

75 Plus qu'autre Cour de l'Univers ; Et., parmi ces Objets divers , Brilloyent maints vrais Anges visibles Lesquels, par leurs Appas sensibles, Font Ici-bas des Bien-heureux ,

80 Ainsi qu'on en fait dans les Cieux. Un d'Eux en acceptant ma Lettre:

« C'est là que je m'en vais la mettre, » Me dit sa Bouche tout de Feu , Et ce La vraiment est un Lieu

85 Où I'Amour des mieux fait son Orge, Car c'est une divine Gorge Que composent les plus francs Lys Que jamais de mes yeux je veis.

Mais fermons cette Parentése

90 Et retournons à nôtre Thèse , Je veux dire au triste Sujet Qui des présens Vers est l'Objet.

Trois jours donc après ce Batêrae, Qui fut son Onction extrême ,

03 Ledit Duc de Valois , selon Le Sort des Princes de ce Nom , A peine ayant receu la Vie , Se la veid en bouton ravie.

Mercredy, ce fatal Malheur

100 Remplit sa Maison de douleur Et tous ceux mêmes de la Ville Qui furent dans son Domicile Le voir exposé sur son Lit , Où , pour sa Beauté , l'on eust dit

105 Que c'estoit le Fils de Cithére Qui fermoit ainsi la Paupière , Pour goûter un peu le repos Apres ses amoureux Travaux.

Avec une Pompe célèbre , 110 Mais toutesfois Pompe funèbre , Il fut, le jour d'hier, au soir.

Conduit dans le sombre Manoir Où la plus cruelle des Parques Reçoit les Corps de nos Monarques 1 15 Et termine, en tres-peu de temps, Leurs Régnes les plus éclatans.

Ah! ce Penser glace ma Muse Comme l'Aspect d'une Méduse !

Du 12. Décembre i666 (Robinet

Elle est sans flâme & sans vigueur, i2oEt je sens bien à sa langueur

Que je ne puis vous rien promettre D'agréable dans cette Lettre , Même en discourant du Balet ; Mais , tel quel , en voicy l'Extraict.

J23 Ce Balet, fait avec Dépance Digne d'un Monarque de France , Est le Balet des neuf Beautez Ou sçavantes Divinitez De qui tout Poëte au Parnasse

130 Pour rimer implore la grâce.

C'est qu'on feint agréablement , Autant comme équitablement , Que leur noble Troupe , charmée , De la brillante Renommée

13$ De l'incomparable Louis Et de tous ses Fais inouis , Quite leur Montagne cornue , Proche voisine de la Nue , Afin d'établir leur Séjour

140 En son aimable & belle Cour.

aëmo- La Déesse de la Mémoire , Qui de rOuBLi sauve la Gloire Et le Nom des fameux Héros , Pour chanter du Nôtre le Los ,

145 Ouvre la Scène , des plus belles , Par un Dialogue avec Elles ;

Mademoiselle Hilaire représente la Mémoire , et le sieur le Gros et huit Pages représentent les Muses.

Toutes s'expliquans par des Voix Qui charment ce plus grand des

Page 1