‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 169 sur 317 · APOSTILLE · texte numérisé non relu

APOSTILLE

Je donne Avis que chez Ribou , 275Qui demeure vous voyez où ,

Au Palais, vis-à-vis la sainte Chapelle, et à l'Image Saint Louis

On débite le Licantrope , Non , c'est l'amoureux Misantrope , Lequel fronde si bien les Gens Sur les honteux Vices du Temps , 280 Qu'il n'est point d'Ecole de Sage Où l'on profite davantage Que dans son merveilleux Chagrin ,

De fine Morale tout plein ,

Et , si sur la Scène on l'admire ,

285 II n'est pas moins charmant à lire. Le Médecin fait malgré luy.

L'un des habiles d'aujourd'huy, Notamment pour le Mal de Rate , Qu'il guérit mieux qu'un Hypocrate

290 Avec son admirable Jeu ,

Se trouve encor au même Lieu , Et l'on conêt par sa Lecture Que dans tout Genre d'Ecriture , Molière , de tous deux l'Autheur,

295 Est un admirable Docteur.

A Paris , Che^ F. Muguet, rue de la Harpe, aux Trois Rois. Avec Privilège du Roy.

(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine, 296. A3.

— Biblioth. de TArsenal , B. L. 11802.

— Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)

6oi

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.]

Du 9. Janvier 1667.

Madame , avec plaisir j'ay sceu que Vôtre Altesse Avoit repris son rang au Balet des neuf Sœurs Et qu'avecque des Pas triomphans & vainqueurs D'autour de vous enfin vous chassiez la Tristesse. O que vous faites bien de la licencier

Et de ne pas l'associer

Avec vos Appas davantage !

Qu'elle s'en aille ailleurs faire société

Et qu'en vôtre florissant âge Vôtre grand Cœur jamais n'en soit inquiété !

Ce n'est pas un Poste pour Elle Et , si je l'y revoy, je luy feray querelle.

Mais, pour revenir au Balet, Le Tour galant assez me plaît

»5 De nôtre nouvelle Héroïne , Qui , survenant à la sourdine , Comme on dançoit ledit Balet , Fit défiler le Chapelet Et cesser toutes les Entrées

20 Qu'on avoit si bien préparées , Afin qu'on l'allât recevoir Ainsi qu'il étoit du devoir.

C'est ce qu'on fit aussi , je pense , Avec beaucoup de diligence

25 Et non moins d'exultation.

Mais , pour en faire mention Dans un stile plus historique , Au Lecteur ainsi je m'explique.

Dimanche , second jour de I'An 30 Apres quelque amoureux Elan, C'est à dire douce Tranchée , La Reyne se veid accouchée Presques dedans un tourne-main Et par un tres-heureux Destin , D'une gracieuse Princesse ,

La ne recède

nc«] Qui remplit la Cour de liesse.

Il faisoit , certes , beau la voir ; Et , comme Elle naquit le soir, On eût dit , aux douces lumières

40 Quepoussoyent ses tendres paupières Et mêmes à son air riant , Que c'estoit un Astre Oriant Qui venoit , dans la Nuit obscure , Rendre le Jour à la Nature.

45 C'estoit une Grâce du moins (Au rapport de plusieurs Témoins) Qui découvroit , dés sa Naissance , Qu'EUe établiroit sa Puissance Dessus les plus Illustres Cœurs

50 Par ses Charmes déjà vainqueurs ; Si bien que la divine Reyne Ne pouvoit faire aucune Etreine Plus agréable à nôtre Roy (Et l'on en peut jurer sa foy]

55 Que d'une si charmante Fille , Où déjà tant de beauté brille , Après avoir ses Vœux remplis Par le plus beau de tous les Fils.

Or, toutes choses préparées ,

60 Comme on commançoit les Entrées Du Balet des Sœurs d'ApoLLON , Où l'on oid maint bon Violon »

2o5. — Du 9. Janvier 1667 (Robinet),

La Belle rompit la Partie Et voulut faire sa Sortie

65 Tellement que son cher Papa , L'ayant appris , laissa tout là Et courut avecque alaigresse Pour luy témoigner sa tendresse , Dont , par de beaux petits Ou-ais ,

70 Sans se mettre autrement en frais , Elle rendit grâce au grand Sire , Et c'est tout ce que j'en puis dire.

Sans attendre le lendemain , On en fit par tout Saint Germain ,

75 Dés le soir, de beaux Feux de Joye , Dont beaucoup de bois fut la proye , Et des mieux aussi l'on sonna , Ou plutôt l'on carillonna.

Le jour d'après, Princes, Princes-

80 Grandes & petites Altesses, [ses , Et tous les Gens de qualité A la suprême Majesté , Ayant bien affilé leurs langues , Sur ce point firent des Harangues.

85 Divers Ambassadeurs depuis , Comme en leur Devoir bien instruits.

Ont été sur le pareil Thème Complimenter le Roy de même.

Nos Magistrats ont pris aussi ,

90 A l'envi , semblable souci , Et dans nôtre Paris , si nette , Avecque grand bruit d'Escopette Et Tintamarre de Canon , Qui parle un peu d'un plus haut ton,

95 Bref, par des Feux & des Lanternes, Tant suprêmes que subalternes , On a fait la solemnité De l'illustre Nativité , Laquelle s'en va , d'asseurance , 100 Mettre par tout en Feu la France.

Mercredi , le cas est certain , Le Balet fut des mieux son Train , [La Mélangé d'une Pastorale

Pastorale ^^ , *^,. ^ . . . -

camtque] Qu OU dit tout à tait joviale 105 Et par Molière faite exprés , Avecque beaucoup de progrés.

Estant allé voir, ce jour même , Nôtre Grand Porte-Diademe , Je fus vrayment sollicité 110 Par une obligeante Beauté

98 De celte Nativité.

De demeurer à ce Spectacle ; Mais, par un mal-heureux Obstacle, Ayant des Affaires Ici , Il m'en fallut sevrer ainsi.

1 15 Mais j'appris de la même Belle , Comme un Ange spirituelle , Que l'excellente d'EuDicouRT, L'un des beaux Astres de la Cour, Dedans ce Balet escarpine

120 D'une manière tres-poupine.

Du mois courant le Jour premier, Le sçavant Abbé le Tellier , Faisant son Essay de la Chaire Dessus l'adorable Mystère

125 Qu'on solemnise en ce jour-là, Montra les beaux Talens qu'il a Dans le pieux Art Oratoire , Et , se couvrant à lors de Gloire , Fit d'une foule d'Auditeurs

130 Une foule d'Admirateurs , [ces ,

Dont n'estoyent aucunes Gens min- Mais, avecque nos premiers Princes, Force Prélats & Ducs-&-Pairs , Et des Prédicateurs experts ,

1 55 Qui furent ravis en extaze

De son Sermon rempli d'emfaze , De maints Passages excellens , Et de vrais , non de faux Brillans ; D'où je puis tirer ce Présage ,

140 Qu'étant d'ailleurs tout-à-fait sage , On en peut faire un grand Prélat, Pour servir I'Eglise & I'Estat.

Je ne pus en mon autre Epître Insérer un fort beau Chapitre ;

145 Mais , mon cher Lecteur, le voici Et vous pourrez le lire Ici.

Le charmant Philippe de France , Nommé Monsieur par excellence , Qui remplit l'un des premiers Rangs,

150 Tinst l'autre jour, à Saint Laurens, Un Juif sur les Fonts de Batême Et, par un Bon-heur tout extrême , Le nomma Philippe-Louis.

Mais ce plus fortuné des Juifs,

1 ^^ Avec Parrain de telle game ,

Eut , pour sa Marraine , une Dame Dont à la Cour on fait grand cas Pour ses Vertus & ses Appas :

C'est la Duchesse de Noaille ,

2o5. — Du 9. Janvier 1667 (Robinet).

160 Qui , ce dit-on , jamais ne piaille , Et de chacun gaigne le cœur Par une attrayante douceur.

. Mais poursuivons nôtre Carrière Par quelque Nouvelle étrangère ,

'63 Pour satisfaire à maintes Gens Qui de pareils Mets sont frians.

Le MoscovrrE , enfin finale , Estant d'humeur moins martiale , Préfère à tous douteux Explois '70 La Paix avec le Polonois ; Et l'Affaire s'est consommée , A ce que dit la Renommée , Par un fort ample & beau Traité , Qu'on a meurement concerté.

»75 L'ExERCiTE de la Pologne , Lassé de Guerrière Besogne , A pris ses Quartiers doucement Pour y vivre tranquilement, Attendant, sans que rien l'inquiète ,

180 Son Payement après la Diète.

S'il a cette constance-là , O Dieux, quel changement voilà !

Mais cette Diète, peu docile , Des Diéteurs échauffe la Bile :

185 Et , par un excez de chaleur, Leur cause un Esprit querelleur, Qui pensa , comme on me l'assure , N'aguére en faire la rupture Et fait que l'on en craint encor,

190 A la fin , un fâcheux Transport.

De 1' Impératrice I'Entrée Fut d'une si longue durée Qu'à grand peine la pût-on voir Terminer du matin au soir, '95 Tant, en équipage fort riche

( Car, là , Personne ne fut chiche ) , Il s'y rencontra des Seigneurs Pour luy rendre de pleins honneurs,

Tout ce que I'Inde Orientale ! 200 Dessus ses Bords pompeux étale Relevoit de sa Majesté La jeune & la fiére beauté.

Sur une Machine roulante , De Plaques d'Or toute éclatante.

205 L'Empereur , environ deux pas , Marchoit devant ses doux Appas , Monté , certes , à l'avantage Dedans un superbe équipage, Et, pour tout vous dire en deux mots,

210 Ce Couple , aux Augustins Déchaus Receut d'une Main Cardinale La Bénédiction Nuptiale ; Puis il fut conduit au Festin , Et , par un amoureux Destin ,

215 De là , dans le Lit d'Hyménée , Pour travailler à leur Lignée.

Sus achevons , & prestement , Par un gaillard Evénement.

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