‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 170 sur 317 · L'HERMITE · texte numérisé non relu

L'HERMITE

Un de ces vagabonds Hermites

220 Qui font si bien les Chatemites Et passent l'Espiègle en bons tours, Estant venu les derniers jours Prés cette Ville , en un Village Où l'on festoit le Patronage ,

225 Et sçachant que chez le Curé Tout étoit des mieux préparé Pour traiter bonne Compagnie , Au bout de la Cérémonie , Se propose très-bien & beau

230 De prendre sa part au Cadeau Et d'en tirer ou Pied ou Aile Par une ruse assez nouvelle.

Chacun étant lors au Sermon Que faisoit donc du Saint Patron

235 Un CoRDELiER ambulatoire, Qu'admiroit son bel Auditoire , Celuy-ci va chez le Pasteur En guise du Prédicateur, Et dit au Valet qu'il rencontre

240 Que tout à l'instant il luy montre L'endroit où Monsieur le Curé Loge son Cidre & son Poiré , Pour rafraîchir un peu sa langue Toute sèche de sa Harangue.

245 Le Valet , sotement séduit , Prend un grand Pot ; il le conduit.

Luy, qui de saints Propos le berce , Ayant tasté du Cidre en Perce , Dit qu'on voit bien à la Couleur

230 Que ce n'est pas là le meilleur, Et , pour exécuter sa pièce , Il vous en perce une autre Pièce.

Le Cardinal d'Arrach.

20 5. — Du 9. Janvier 1667 (Robinet).

Mais , si-tôt qu'il en a goûté , Faisant encor le dégoûté ,

^55 Branle la Teste , crache , tousse Et luy fait mettre au trou le poulce , Tandis que , d'une habile main , Il perce le Tonneau voisin Et vous en tire Tasse pleine *

260 Dont il rafraîchit sa Bedaine.

En suite , tenant le Foret :

« Ah ! je n'ay point fait de fosset , » Ce dit le franc Fourbe d'Hermite ; « Mettez-là l'autre poulce vite ,

265 » Et j'en vais faire promtement. » Mais , au lieu de ce , prestement Il emporte le Poulet d'Inde Qu'on destinoit à faire Brinde , Avec l'Eclanche , l'Aloyau

270 Et mêmes jusques au Gâteau , Sans rien laisser pour le Convive.

Alors le vray Prescheur arrive , Qui fortement entend crier

Le Valet du fonds du Cellier ;

275 II y court & le pauvre Hère , Ne démêlant pas le bon Père D'avec celuy qui l'a duppé, Pour être trop préoccupé , L'apostrophe avec mainte injure.

380 L'autre , le voyant en posture Fort plaisante à s'imaginer, N'a pas de peine à deviner Que c'est le Tour d'un faux Hermite Et luy fait des Fossets bien vite ,

285 Tandis que le pauvre Garçon Luy dit la Pièce tout du long.

Là -dessus, la Grand'Messe dite , Le Curé s'en revient au Gite , Avec ceux qu'il a semonnez ,

290 Lesquels sont tous moult étonnez De voir, par le Fil de l'Histoire , Qu'on leur a laissé dequoy boire .

Mais qu'ils sortiront de Léans Sans nul besoin de Cure-dents.

Madame , c'est assez écrire ; Je m'en vais clorre mon Cornet , Car, si je vous faisois trop lire , On pourroit m'appeller un plaisant Robynet.

Je fis ceci deux jours après l'Epiphanie , Où l'on fait des Gâteaux la bachique harmonie.

A Paris, Che^ F. Muguet, rue de la Harpe, aux trois Rois. Avec Privilège du Roy.

(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine, 296. A^

— Biblioth. de l'Arsenal, B. L. 11802.

— Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.]

Du 16. Janvier 1667.

Que le Froid rigoureux change les Eaux en Marbres, Qu'il fasse des Jardins mourir les tendres Fleurs , Que de Feuillages verds il dépouille les Arbres Et que du Dieu du Jour il glace les Chaleurs ; Que même , s'il se peut , il éteigne les Fiâmes Que le fils de Cypris allume dans les Ames , Et qu'au Centre du Cœur il gèle les Soupirs , Son austère rigueur sur mon Devoir est vaine : Il faut que pour Madame il cède à mes Désirs Et qu'elle ait malgré luy les Tributs de ma Veine.

Si , dans ma Lettre prétérite , On a leu que le Moscovite Préféroit aux douteux Explois La Paix avec le Polonois ,

«5 C'est, Lecteur, qu'on a, par méprise, Une Rime pour l'autre prise.

En laissant passer Polonois En la place de Suédois ; Et, comme Historien fidèle,

20 Pour la vérité plein de zélé , Je veux bien vous en avertir.

Car, pour ne vous en point mentir, A peine croit-on qu'une Trêve , Quelle qu'elle soit, longue ou brève,

25 Se puisse faire à cette fois Entre le Peuple Polonois Et ce finet de Moscovite, Qui ne va vraiment pas si vite .

Croyant , comme ailleurs je l'ay dit ,

30 Tirer un notable Profit De cette intestine Bellone Qui trouble encor cette Couronne.

Sa Diète , hélas ! rien ne produit Que du grabuge & que du bruit ^b Après des Jours plus de Trentaine , Et l'on croit , pour chose certaine ,

Qu'elle pourra se terminer

Sans qu'on voye par là borner

Les tristes Mal-heurs du Sarmarthe, poionois 40 Qui du repos plus ne se flate.

Les Mutins, reprenans l'essor.

Vont réveiller le Chat qui dort

Et tâchent d'échaufer I'Armée,

Qui tant soit peu s'étoit calmée , 45 Pour la faire rentrer, dit-on ,

Dans la Confédération.

Ainsi vainement l'on besogne

A pacifier la Pologne ,

Et c'est , sans aucune vertu , 50 Ressembler au Cogne-Fétu.

Le Suédois , trouvant aux Armes Tous ses plaisirs & tous ses charmes, Comme Amateur des beaux Explois, Est demeuré sous le Harnois ,

35 Depuis son grand Blocus de Brème , Et les Nouvelles disent même Que son Conétable Vrangel , Qui ne craint ni Gel ni Dégel, A receu ordre en bonne forme

60 De ne faire aucune Réforme Des preux & des hardis Soudars

4Ô sa.

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