‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 178 sur 317 · Du 23. Janvier 1667 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 23. Janvier 1667 (Robinet

Venoyent des Jaunets à T Espagne

Pour les Frais de chaque Campagne,

A tourné Casaque & s'est mis

Du costé de ses Ennemis , 255 Qui s'en regorgent dans leurs Fraises

Et sans nul doute en sont bien aises.

Que di-je ? ils le sont à tel point

Que , si ce Bruit-là ne ment point ,

Ils refusent , à la Pareille , 260 De prester à la Paix l'oreille

Et ne parlent déjà par tout

Que de pousser I'Espagne à bout.

Voila, bref, comment l'on jargonne;

Mais rien je ne vous cautionne , 265 Et , sur ce Bruit un peu douteux ,

Je veux attendre le Boiteux.

Un autre Bruit encore trote , Mais seulement en basse note , Qu'avant que Flope & le Printempo

270 De leurs Beautez parent les Champs, La Paix terminera la Guerre Entre THolande & 1' Angleterre Nous compris , cela s'entend bien , Car sans Nous il ne se fait rien.

'i-75 De tout mon cœur je le désire ,

Mais , comme je viens de le dire , Ce Bruit-là n'est rien qu'un Bruit

[sourd , Et la Nouvelle hautement court Que chaque Parti se dispose ,

280 Apres cette Hyvernale. Pose , A guerroyer sur Frais nouveaux , Apprétans pour ce maints Vaisseaux.

Et telle est leur impatience De se témoigner leur Vaillance ,

285 Que cinq Navires Hollandois En affrontèrent des Anglois , Par une Bravoure imprudente , A ce qu'on dit , au moins Soixante Qui revenoyent de Gottembourg ;

290 Lesquels aussi, pour trancher court, Se jouans dans cette Avanture , Firent de Trois soudain Capture Et donnèrent la Chasse à Deux , Mais qui , bien meilleurs Voiliers

[qu'eux,

295 De telle Chasse se moquèrent Et fort à propos esquivèrent.

Voila mes trois Costez remplis ; A son Altesse adieu je dis.

Du vingt & deux Janvier ; où , non pas sans Tristesse , Chacun veid que Pans redevenoit Lutéce Par un sale Dégel qui nous faisoit crier Que la Police enfin s'y venoit d'échouer.

A Paris , Che\ F. Muguet , rue de la Harpe , aux trois Rois. Avec Privilège du Roy.

(Biblioth. nat. Lc^

22. Rés. (Exemplaire incomplet"*. — Biblioth. Mazarine. 296. a3 — Biblioth. de l'Arsenal , B. L. i 1802. — Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)

Du 3o. Janvier 1667.

Vous souvient-il , Grande Princesse , De ce que dist d'Anjau , Marquis de tant d'Esprit ,

Lors que vôtre charmante Altesse

Lisoit mon pénultième Ecrit ?

Que sa peine étoit de comprendre

Qu'un Homme voulût entreprendre Un semblable Travail de huit jours en huit jours ? Il en jugeoit fort bien & très-juste est sa peine ;

En effet , c'est un grand Discours De rimer trois cent Vers ainsi chaque Semaine.

ao

Vous le voyez pourtant , Madame , Je poursuis ce Travail depuis tantôt deux Ans ,

Et mesme avecque plus de Flâme

Que je n'eus dans mes Vers naissans.

Mais quoi ? lors que l'on s'imagine

Qu'on écrit pour une Héroïne Où l'on rencontre autant de grands Appas qu'en Vous , Je l'ay dit autresfois dans un Préhminaire ,

Le plus grand Travail semble doux, Et l'on ne pense plus qu'à l'honneur de lui plaire.

Je r'entre donc dans ma Carrière , Epris & transporté d'un honneur si charmant ,

Et de ma Muze Gazetiere

C'est l'Appas , le Charme & l'Aimant.

Mais l'ai-je , cet Honneur extrême ,

Belle Altesse du Rang suprême , Et si je m'en flatois , seroit-ce point en vain ? Ah ! pardon , je ne sçai ce que je vous demande Sans éclaircissement je reprends donc mon train

Et je vais commancer ma petite Légende.

Le vingt-un du précédant Mois , La DiÉTE enfin des Polonois , Diète par trop infortunée , Se veid sans succez terminée

35 Par le Micmac des Factieux ,

Qui des Troubles veulent chez-Eux Fomenter & nourrir le Germe.

Pourtant, d'une façon si ferme

2o8. — Du 3o. Janvier 1667 (Robinetj.

Et si pleine d'Autorité 40 La PoLONOisE Majesté ,

Tout-à-fait courageuse & sage , Montra quel seroit le Dommage De ne lui pas redonner cours , Qu'on la prolongea pour trois jours,

45 Malgré de certains Emissaires Qui , voulans brouiller les Affaires , Refusoyent leur consentement , Sous le prétexte d'un Serment Quede rompre ils faisoyent scrupule.

50 Mais le Roy, sans long préambule, Leur ayant dit d'un accent doux :

« De ce Serment je vous absous , »

Ils changèrent tous de langage Et , bref, donnèrent leur Suffrage.

55 De joye on en fit des Banquets , Où plusieurs se firent Roquets , Beuvans alors , d'une ame quiète , A la santé de cette Diète ; Et neantmoins. Lecteur, hélas i

60 Plus saine icelle n'en fut pas , Car à la deuxième Journée La Chance se trouva tournée.

Elle aigrit si fort les humeurs Des Nonces , terribles Messieurs ,

65 Qu'ils grondèrent , qu'ils trépigné-

[rent , Qu'ils jurèrent, qu'ils fulminèrent , Et se dirent des Mots si forts , Dedans leurs bilieux Transports , Qu'on eut peur que cette Boutade

70 Aboûtist à quelque gourmade.

Un sur tous des plus furibonds , Faisant de dépit divers bonds [siète, Comme un homme en mauvaise As- Dist à l'autre qu'après la Diète

75 Ils pourroyent se voir autre-part.

Je ne sçai pas si le Gaillard , Qui paressoit tout flambant d'Ire , Par ces paroles vouloit dire Qu'ils pourroyent se voir sur le Pré,

&o Ou si c'estoit Jeu préparé Afin de rompre l'Assemblée ; Mais , d'icelle toute troublée , Le Menacé sortit soudain Sans retourner le lendemain ,

85 Si bien que la Diète fut crue.

Absolument par là rompue.

On a , dit-on , accommodé Et de tout point déjà vuidé La Noise , Querelle , ou Castille

90 De I'Ambassadeur de Castille Et du Comte Kévenhuler , Lequel fit sa Cane voler.

D'une façon un peu lustique , Sur un sien certain Domestique , 95 Lequel aussi , trop curieux , .

Vouloit entrer dedans les Lieux Où lors I'Impérator Ignace Prenoit le plaisir de la Chasse.

Or le Comte , par le Traité ,

100 Devoit , avec sincérité

Et d'une manière authentique , S'excuser audit Domestique De ces Coups dont il eut l'honneur D'estre en son endroit le Donneur,

105 Déclarant , pour chose certaine , Qu'il n'en auroit pas pris la peine S'il eût conû ce qu'il ètoit.

Puis , comme hier on me le contoit , Ce Comte encor, par pénitence ,

1 10 Nonobstant toute répentance , Devoit aller hors de la Cour Se promener un petit tour.

D'ailleurs , I'Ambassadeur d'EsPA- Au susdit Comte d'Alemagne [gne

115 Devoit protester que ses Gens De cela se tiendroient contans , Sans aucune Dent ni Rancune , Ni penser à Vengeance aucune , Et l'on devoit enfin encor

120 Défendre , sous peine de mort , De tourner cette Baterie Aucunement en raillerie Ni des Batus faire mépris , A quoi volontiers je souscris.

125 Mais je dois ici me dédire De ce que l'on m'a fait écrire :

Que le VicEROY du Pérou , Par un tour d'Espiègle ou de Fou , Avoit , comme un malin Cosaque ,

130 Contre son Roy tourné Casaque.

Depuis, j ay sceu de Gens d'Honneur Que ce n'est que le Gouverneur De quatre Villes sur la Plate , Dont la claire Onde se dilate ,

^35 Par un cours prompt & diligent , Sur un lit de sable d'Argent ; Mais ce n'est pas un Avantage , Et c'est toujours perte & dommage.

Suivant autre Avis de Maûrit .

2o8. — Du 3o. Janvier 1667 Robinet).

'40 Que voici tel qu'on nous Técrit, Toute l'EspAGNE est allarméc , Non par quelque éfroyable Armée , Quelque Déluge , Tremblement , Peste, Famine, Embrasement,

143 Ou telle autre triste Avanlure .

Qui même éfraye en sa Peinture , Mais tout simplement , ce dit-on , Par le Son & le Carillon D'une Cloche qui , d'elle-même

150 Et sans nul humain stratagème.

S'est fait entendre par deux fois , L'un des jours de ce présent mois , I D'abord seule , puis secondée D'une manière dégondée

'55 Par deux Camarades qu'elle a , Dans la Ville de Vatilla.

Or ce qui cause l'épouvante Est que des Ans sont bien cinquante Que , la première ainsi sonnant

it'o D'un ton tout à fait étonnant

' Et comme quelque Voix des Astres.

L'Espagne essuya maints desastres , Et qu'aujourd'huy qu'avec ces Deux Elle rend un son plus affreux ,

'^5 On craint aussi qu'elle menace D'une extr'ordinaire Disgrâce.

Mais , le Cas soit ou non certain , Le Présage peut être vain.

Le Carnaval dans la Savoye

'70 Se fait avec beaucoup de joye Et , par un Prélude si beau , Et si galant & si nouveau , Son Duc en a fait l'ouverture , Qu'il mérite , je vous assure ,

'75 Qu'on vous en donne en racourci Une légère Idée Ici.

C'estoit, sans qu'au Récit j'ajoute, Une délicieuse Joute De I'Amour & de la Vertu ,

iSoOù ce Nabot fier & testu ,

Sur un Char triomphant de Gloire Et tout bouffi de sa Victoire, Qui lui faisoit voir à ses pieds Maints Potentats humiliez ,

185 Déficit au Combat ceux & celles Dont à son Joug les Cœurs rebelles Lui voudroyent contester l'honneur D'estre I'universel Vainqueur.

En ce Défi de conséquence,

'•9« Ses Seconds , Braves d'importance ,

Etoyent toutes les Passions , Qui des plus vaillans Champions Font bien souvent dans ses Entraves De honteux & chetifs Esclaves.

195 Mais , d'une autre part, la Vertu, En dépit du Siècle tortu Où peu la Belle l'on contemple , Sur un autre Ch>r, dans son Tem- Parut , ayant à ses costez [ple

200 Les Grâces & d'autres Beautez , Sous des Atours Amazoniques , Avec des Dards , Lances & Piques , Et l'on la veid si vaillamment Assaillir le beau Garnement ,

205 Qu'avecque toute sa Séquelle Il en eut , bonne foy, dans l'aile.

Mais , pour tout dire , la Vertu , Alors qu'il en fut abatu , Parut avecque tant de Charmes

210 Qu'il lui fallut rendre les Armes , Car enfin la Vertu pour lors Etoit logée en ce beau Corps Dont la Duchesse de Savoye De son Epous comble la joye.

215 On se divertit chaque jour Aussi des mieux en nôtre Cour.

Mardi, dans le charmant Versail- L'on fut encor faire gogailles. [les , Là , par le mouvement des Eaux

220 Qui coulent en divers Tuyaux , On entendit une belle Orgue Qui fait à toute autre la morgue.

Je pense aussi qu'on y balla ; Que veut-on plus après cela ?

225 Les autres jours de la Semaine, Ainsi de Plaisirs toute pleine , On a des Muses le Balet.

Mais ne croyez pas, s'il vous plaît, Que Louis , dedans ces Délices ,

230 Laissa ses nobles Exercices.

Comme Infatigable toujours , Il fut encor, l'un de ces Jours , Voir ses Troupes , dans une Plaine, Les tenans sans cesse en haleine

235 Et choisissant des Officiers Qu'il conêt frians de Lauriers Et propres aux Faits militaires. ^^^

A la Teste des Mousquetaires première

Il a mis pour leur Lieutenant p^^"^;

2o8. — Du 3o. Janvier 1667 Robinet

24'' Un de ces Preux de maintenant , Que le Sieur d'ARTAGNAN l'on nomme, Ainsi qu'un autre galant Homme , De Cœur haut autant que de Corps, Enseigne en ses Gardes du Corps ,

245 Et cet Officier plein de zélé En son nom DuvisÉ s'appelle ,

Il étolt auparavant premier Capitaine & Major du Régiment de Monsieur.

Nom à la Cour assez semé Et par les Employs renommé.

Mais retournons à nôtre Sire , 250 Dont je dois deux mots encor dire.

Ce véritable Potentat, Voulant faire de son Estât Un Séjour de bonne Fortune Où plus rien ne nous importune ,

233 Apres avoir porté ses soins Sur la pluspart de nos Besoins , Va détruire 1' Hydre fatale Qui se retranche en un Dédale De Formalitez & de Loix ,

260 C'est à dire , en meilleur François , Cette Chicane monstrueuse A Procédure tortueuse Et capable de faire peur, Qui, s'acharnant sur le Plaideur,

263 Dans ses longueurs ronge & mutile La pauvre Veuve & le Pupille.

O que ce charmant Couronné Est un vrai Louis-Dieu-Donné !

Quand au Grand Prieuré deFRAN- 270 II est déjà hors de vacance , [ce , Et le Commandeur de Souvray , De grand mérite , à dire vray.

Le remplit depuis la huitaine.

Le Ciel en santé l'y maintienne , 273 Avecque l'heureux & beau cours De plus de sept mil six cent jours !

Déjà fort pleine est cette Epître , Mais il faut encor un Chapitre.

Un grand Homme est mort depuis 280 Tout rempli de ce divin Feu [peu, Que l'EspRiT Saint met dans les

[Ames , Les sanctifiant par ses Fiâmes.

Son Nom est fameux dans Québec , Où l'on ne va point à pied sec :

285 II s'appelloit Simon le Moyne , Religieux & non Chanoine , Et fut de la Société Par qui 1' Enfer est surmonté , Qu'on appelle des Jésuites , 290 Plus utiles que les Hermites , Evangélisans en tout lieu Le Nom & la Gloire de Dieu.

Un Célestin , bon Géographe ,

[Le P. Garneau. Voy. ci-après la lel 13 février.]

Lui consacra cette Epitaphe :

295 Le Moyne gil Ici , qui par son Ministère

Fit triompher la Foy dans des Pais affreux. Si des Moines pareils formoient un Monastère , On pourroit le nommer le Ciel des Bien-heureux. Aux Climats des Démons il porta le Balême ;

3<^<^ Il veid cent fois la Mort sans avoir le Teint blême ,

N'ayant que Dieu par tout pour Guide & pour Appui. Mourir en vrai Martyr fut sa plus forte envie ; Mais, ayant sur Xavier toujours réglé sa Vie, L'ordre du Ciel portoit qu'il mourroit comme lui.

305 Après ces Doctes Vers dont j'honore ma Lettre ,

Je vais viste le Date y mettre.

Je la fis , plus pleine qu'un œuf.

Au mois de Janvier le vingt-neuf.

A Parti , Che:( F. Muguet , rue de- la Harpe , aux trois Rois. Avec. Privilège du Roy.

CBiblioth. nat. , Le

!2 Rés. — Bib'ii'"'!!). iVia/aiine , 296. A^. —

Biblioth. de M. le ba'-on James de Rothschild.)

LA MUSE DAUPHINE

[Par PERDOU de SUBLIGNY.j

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