‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 179 sur 317 · PREMIERE SEMAINE · texte numérisé non relu

PREMIERE SEMAINE

[Du Jeudy 3. Février 1667.]

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Quand j'estois , TAn passé , la Muse de la Cour , Si l'Europe fut étonnée De me voir prendre de l'amour ,

Que dira-t'on , Seigneur , apprenant cette Année 5 Que c'est aujourd'huy l'heureux jour

De nôtre Royal Hymenée ?

Nos Poètes , accoutumez D'avoir à leur secours neuf sçavantes Pucelles Et qui ne peuvent rien s'ils ne sont animez 10 Par ce nombre complet de Belles ,

Vont , je pense , faire un beau bruit Quand ils n'en verront plus que huit, Et la médisance , féconde En termes railleurs & piquans , 15 Dira bien pour ce coup qu'on n'est plus dans le temps

De voir des Pucelles au monde.

Si pourtant les Beautez qui se laissent aller De la même façon cessoient toutes de l'estre , Cette médisance peut-estre 20 N'auroit pas tant de quoy parler.

Mais , Seigneur , méprisons cet odieux langage ; Puisque nôtre grand Roy vient de faire un Edit

Avantageux au Mariage , Il nous en faut tous deux faire nôtre profit.

25 II est vray que la chose est tout à fait nouvelle :

Qu'une Muse , qu'on croit une Vierge immortelle , Contre son vœu s'engage en des liens si doux ; Mais elle est encor moins étrange Que de voir marier un Ange , ?o Et la belle Colbert a bien pris un Espoux !

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Vous connoissez, je croy, cette illustre Personne. Son Père , qui fait à la Cour Des miracles pour la Couronne, N'en fit pas un petit de lui donner le jour.

35 N'est-il pas vray. Seigneur, que c'est un Ange aimable ?

Mais ne changeons point de propos ; Elle est donc d'aujourd'huy l'Espouse d'un Héros , Petit- fils d'un illustre & fameux Connestable.

• Le Duc de Chevreuse est son nom.

40 Nous autres, pour quelle raison

Serions-nous Vierges , je vous prie , Puisque cet Ange se marie ?

C'est bien pis : sa charmante Sœur , Qui ne touche qu à peine à sa dixième année , 45 Se veut mêler aussi de goûter la douceur

Que l'on trouve dans l'Hymenée, Et son Fiancé, Saint Aignan , La doit épouser dans un An.

Ce Comte , fils d'un Duc , les délices des Nôtres , 50 Par parentése , est un Héros aussi ;

La France le verra dans quelque temps d'ici.

Le Duc de Saint- Aignan n'en a jamais fait d'autres.

Pour vous en parler franchement , Mon Prince, je suis fort trompée 35 Si, depuis que son Frère est dans le monument.

Ce Comte a du regret de s'estre fait d'Espée. Je sçay que quelques-uns de nos graves humains Diront qu'un Bénéfice est une bonne affaire ; Mais telle Femme est un Bréviaire 60 Qui vaut bien quelquefois les bréviaires Romains.

A l'heure que je parle, on rit , on fait dépence , On fait la nopce encore, avec magnificence , De l'accomply Chevreuse & de I'Objet divin Qui porte au plus haut point son glorieux Destin. 65 Tout l'HosTEL DE CoLBERT est cu réjouissauce :

On tient le bal , on fait festin.

Dans une mesme Salle on fait mesme , je pense, La Feste de l'Illustre & superbe Alliance De l'aimable de Luyne avecque Lavardin , 70 L'un des nobles Marquis de France ,

Et Monsieur Colbert mesme y dance.

Le croiriez-vous donc , cher Dauphin , Qu'on le voit aller en cadence Presqu'aussi bien qu'un beau blondin ?

75 Cela passe un peu la croyance.

Nous serions pourtant bons de ne le croire pas ;

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L'Art n'a rien de parfait dont son esprit n'abonde ; C'est luy qui remet mesme en cadence le Monde Sous le plus grand des Potentats , 80 Et qui l'empesche bien de faire de faux pas.

Tout parle enfin de Mariage ; Ce Nom remplit tous les discours.

Depuis la pension & le grand avantage Que I'Edit donne au fruit de ses chastes amours, 8s II n'est point de fille si sage

Qui , si j'ose nommer icy le pucelage , N'ait regret de l'avoir trop long-temps retenu. Ce n'est plus à son gré qu'une fort sotte Idole , Qui luy diffère ou qui lui vole 90 < Deux mille francs de revenu.

Espousons donc , je vous suplie :

Nous ne pouvons pas mieux choisir Pour nous unir selon nostre désir Que ce temps où Chevreuse à son Ange s'allie. 95 C'est toujours une compagnie

Dont la jeunesse & les beaux jours Nourriront à la Cour les jeux et les Amours , Et qui nous fournira pour toute nôtre vie Dequoy ne point manquer de plaisirs tous les jours.

100 ' D'ailleurs la recompense est solide & réelle

Pour ceux qui feront dix enfans.

Qui vous dit que dans peu de temps Nous ne serons point dignes d'elle ?

Dix semaines pour moy sont autant que dix ans loç Pour une expédition telle ,

Et je vous apprens , cher Dauphin, Qu'un Objet qui tient du Divin Porte bien moins long-temps son fruit qu'une Mortelle ; Témoin vostre Maman qui , la dernière fois , »*o Pour faire une Fille fort belle

Et que rechercheront un jour les plus grands Roys, Ne fut point obligée à la porter neuf mois.

Mais qui prierons-nous de la Nopce ?

La troupe , à mon avis , qui seroit la plus grosse >»5 Augmenteroit d'autant nostre contentement.

Il faut du moins tâcher que la Maison Royale

Nous donne son consentement , Sur tout ayons pour nous Maman la Mareschalle,, Dans le commerce où nous entrons.

Ï20 Si, comme elle a le soin des beaux Enfans de France,

Elle en avoit aussi de ceux que nous ferons , Nous aurions , Monseigneur , des biens en abondance.

Ah ! que j'étendray loin le Nom de mon Espous ! Qu'on verra des effets bien dignes de ma flamme ,

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1 25 Puisque je vais estre la Femme

D'un Prince charmant comme vous !

Approchant de plus prés vôtre Auguste personne , Ainsi qu'une Femme le doit , C'est pour lors , beau Fleuron d'une Illustre Couronne , 130 Que , sçachant sur le bout du doit ,

Les vertus que déjà la naissance vous donne , Je pourray bien mieux dans mes Vers En faire part à l'Univers.

Ce sera pour lors , Mon beau Prince , 135 Que j'iray bien plus librement

Vous chercher dans chaque Province Quelque digne sujet de divertissement.

Ce sera par cet Hymenée Que ce que je promis de faire l'autre Année , 140 Dans celle où nous vivons se fera galamment ,

Et qu'il ne sera point à Paris de Ruelles , Point de secret appartement ,* Dont , pour un Mary si charmant.

Je ne tire quelques Nouvelles.

145 Achevons donc , voicy le temps

Où les Plaisirs viennent en foule Présenter à mes Vers des sujets éclatans. Ne permettons point qu'il s'écoule Sans conclure un Hymen si doux ; 150 Donnez-moi vôtre foy, je vous donne la mienne,

Et , dés Jeudy prochain , que rien ne nous retienne De nous mettre en estât de causer en Espoux.

Du Jeudi 3. Février 1667.

La II Muse || Dauphine. || Par le Sieur De Subligny. \\ A Paris , \\ Che^ Pierre Le Monnier, rue \\ des Mathurins , au Feu Divin. j| m.dc.lxvii [1667.] jj Avec Privilège du Roy. In-i2 de 110 pp. — pp. 3-12.

(Biblioth. de l'Arsenal , B. L. 1 1799.)

LETTRE EN VERS A MADAMîi

:Par Charles ROBINET."}

Du 6. Février 1667.

Quel Feu s'allume dans mon Ame , Dont je ressens Tardant Transport , Et par quel ordre , par quel Sort , Sui-je en cet instant tout de Flâme ?

Quel Objet ai-je vu , si rare & si parfait , De qui ce Feu soit un effet ,

Et seroi-je tombé dans de nouvelles Chaînes ? Non, ce Feu n'est pas de l'Amour

Qui produit des Soupirs, des Chagrins & des Geînes

Et qui dans le Cœur seul établit son Séjour;

C'est le Feu que Clion me donne

En cet ordinaire Début

De mon Poétique Tribut

A mon adorable Patrône.

La Belle vient toujours au-devant de mes Vœux

Quand , pour cet Objet glorieux , Le Jour est arrivé de composer ma Lettre.

Profitant donc de son Secours , Je vais en ce moment à ma Tâche me mettre Et donner à mes Vers leur Historique Cours.

Monseigneur le Sophy de Perse , Du Grand Seigneur Partie averse , Avoit r'assamblé ses Soudards ^ Sous un grand nombre d'Etendards,

25 Pour revenir vers Babilone

Faire voir aux Turcs leur Bec-jaune; Mais , avant que de rien tanter, Au Divan il a fait porter Quelques Articles de Concorde ,

30 Avec un long & bel Exorde Contenant que , sur leur Refus , De la Paix il ne parle plus Et qu'il s'en va faire la Guerre A sa Hautesse , tant que terre »

35 Dût-il , en ces nouveaux Efforts ,

Tarir ses Indiens Trésors.

Mais, dessus ce Point, sa Hautesse Ne se hausse ny ne se baisse , Et ne pense qu'aux grands Projets

40 Que contre Saint Marc Elle a faits ,iovéniten Désirant , quoi que l'on en die , Avoir la Clef de la Candie, la Métro-

C'est pour accomplir ce désir poiitaine

Que Monsieur son Premier Visir ,

45 Que l'on tient un maître Astronome.

Est passé dedans ce Royaume Avecque tant de Musulmans , Et tous des plus francs Garnemens.

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