‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 180 sur 317 · Du 6. Février 1667 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 6. Février 1667 (Robinet

Deux Patriarches à grand'barbes,

5oEtans montez dessus des Barbes, Sont arrivez dedans Moscou , Capitale vous sçavez d'où , Et si vous ne le scavez mie , Je vous dis que c'est de Russie.

55 Or ces deux Vénérables là Ont été fort bien receus là, Et de manière tres-civile, Par le Clergé d'icelle Ville , Où , ce dit-on , ils sont allez

60 Pour assoupir des Démeslez Sur le Sujet de la Créance (Et, par conséquent, d'importance), Ayans été mandez exprés , Non , je vous jure , d'Ici-prés ,

^5 Mais , sans aucune menterie ,

D'AnTIOCHE & d'ALEXANDRIE.

La Diéte du Polonois , Dont je vous parlay l'autre-fois , Fut effectivement rompue

70 Dans le bruit & dans la Cohue , Par la Querelle d'Allemant Qu'un Nonce fit expressément , Comme je devinay la Chose , Par un guet-append & pour cause.

75 Mais je ne sçavois pas le tout, [bout. Comme aujourd'huy, de bout en

O que le Genre humain est fourbe !

LuBOMiRSQui , cette Ame courbe , Qui , disoit-on , ne brouilloit plus ,

80 Avoit donné deux mille Ecus , Avec un Cheval, pour salaire A ce Nonce , son Emissaire , A dessein qu'il fîst ce beau coup , Qu'on n'estimera pas beaucoup.

85 C'est avoir Tame bien vénale De trahir, pour un tel Régale, Les Interests de son Pays , Et pareils Traîtres sont haïs Tant du Ciel comme de la Terre

90 Et dignes des coups du Tonnerre.

Au reste, on doit, le premier Mars, Temps à manger des Epinars , Dequoi maint Douillet s'inquiète , Commancer une autre Diéte; 95 Mais les Cosaques, cependant, Le Tartare les secondant , Donnent assez de Tablature ,

Et , n'aguére, en déconfiture ,

Ils mirent I'Ost des Polonois 'ooSans en faire à plus de deux fois,

Car ces Maudits , avec furie ,

En bâtirent une Partie ,

Dans un Lieu , Sciano nommé ,

Qui par là sera renommé ; '05 Puis , allans dedans la Russie

Ainsi que dans la Volinie ,

Ils y défirent le surplus.

Et le Prince Démétrius

Se veid tout prés d'estre leur Proye ; î 'o Mais (dont il eut beaucoup de joye)

Il évita ce mauvais pas ,

Car il ne les attendit pas.

Des Aigles le jeune & beau Sire , Dont I'Amour partage l'Empire ,

• »5 Divertissant , mais du bel air, L'Objet à son Cœur le plus cher, Cette belle Infante d'EsPAGNE , A présent sa digne Compagne , Après les Feux, Chasses, Cadeaux,

"2o La fait courir sur les Traîneaux, Et ce Plaisir Elle eut n'aguére D'une fort galante manière.

Auprès de son aimable Epous , Qui des mieux lui fait les yeux doux,

'25 Elle étoit sur un magnifique , Atournée à la Germanique , Ayant un Bouquet ample & beau De Plumes vertes au Chapeau , Tout brillant des Trésors qu'étale

'3oLa superbe Inde Orientale.

Plus de soixante autres Traîneaux, Des plus galans & plus nouveaux , Qui tenoyent presqu'un quart de

[lieue , Rouloyent en bon ordre à sa Queue,

'35 Avec l'Elite de la Cour,

Tout-à-fait pimpante en ce Jour. , On y voyoit les deux Princesses C Que l'on appelle Archiduchesses , Derrière les deux Majestez ,

140 Chacune ayant à ses Costez ,

Pour Conducteur, un Seigneur grave Que l'on appelle Illec Marckgrave , r Ce qui veut dire Ici Marquis , Et tous deux d'un mérite exquis.

«45 Quarante-six Dames en suite , Et chacune d'EUes conduite Aussi par un leste Galant

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