‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 201 sur 317 · Du 24. Mars 1667 (Subligny · texte numérisé non relu

Du 24. Mars 1667 (Subligny

Que , dans Londres , on s'est dédit : N'est-ce point une estrange affaire ?

Je ne sçay, ma foy, plus tout ce qu'ils pensent faire.

Vous avez sceu comment & quand

Monsieur le Duc de Bouquinquan ,

Le MiLORD Fairfax , son beau Père , Le Comte de Bristol & deux de leurs amis ,

Tous cinq, dans la Tour furent mis ?

Parbleu ! voyant tout ce mystère, La Paix est pour I'Anglois diantrement nécessaire ; Je ne sçay qui le fait suivre d'autres avis.

On me vient d'apprendre une Histoire

De leur Gentil-homme Irlandois ,

Que j'aurois de la peine à croire , Si l'on ne me l'avoit redite mille fois. Il alla de son chef proposer en Hollande

De faire descente en Irlande ,

Fit demande d'un homme adroit

Qui pût l'y suivre en diligence ,

Afin d'y prendre intelligence Avec le factieux qui s'y souleveroit , Et mesme proposa de le mener à Londre ,

Où d'autres factieux secrets

A se déclarer seroient prêts ,

Quand la cloche se voudroit fondre.

L'Homme des Estats l'y suivit ,

Descendit en Irlande , y vit

Toutes les choses disposées

Comme on les avoit proposées ; Mais I'Irlandois , dans Londre , en avertit le Roy ,

L'instruisit de tout ce Mystère ,

Qu'il avoit entrepris de soy.

Pour voir ce qu'en tel cas la Hollande eût pu faire -

Et , quand cet Agent mal-heureux

Envahissoit desja dans l'ame

Tout ce qu'il voyoit à ses yeux

Et s'applaudissoit de sa trame , Il se vit tout à coup mener je ne sçais où ,

Comme coupable & comme traître ,

Dont il ne sortira peut-estre

Que pour se voir couper le cou.

J'aurois autre chose à vous dire ; Mais , Adieu ; Tennuy me reprend.

S'il estoit toujours aussi grand , Je n'oserois plus jamais rire.

de subligny

A Parts Che^ Pierre Le Monnier, rue des Mathurins , au Feu divin. Avec Privilège.

(La Muse Dauphine , etc. . i6b7 — voy. le n° 209, col. 640^, pp. 85-95.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.]

Du 27. Mars 1667.

Belle Déesse aux Ailes d'Or,

Fameuse & légère Couriére , Qui de l'Astre du Jour mesures la Carrière

Par un continuel Essor,

Chère & puissante Renommée , Qui de mon Héroïne es tellement charmée Que c'est à la prôner que tu fais plus de bruit , Parle aussi , tant soit peu , de sa Muse fidelle, Et fais que l'Univers par ta Voix soit instruit

Qu'elle est assez bien auprès d'Elle.

Ayant dit ces deux ou trois mots , Lesquels ne te coûteront guères , Ses Vers pourront courir par les deux Emisphéres Avec le Destin des plus beaux.

Ah ! je voi qu'avec alaigresse Tu veux bien l'obliger en faveur de l'Altesse Dont le célèbre Nom fait tout son Ornement. Va donc viste établir sa Gloire universelle , Et , dedans cet Espoir si doux & si charmant , Elle va mettre au Jour sa Missive nouvelle.

LuBOMiRSQui , ce franc Bourru , Après sa mort ( l'auroit-on crû ? ) , Pensoit encor à la Pologne Tailler de nouvelle Besogne , Ayant , à divers Boutefeux Laissé son Esprit factieux , Par des Ecris & des Mémoires Contenant ses Intrigues noires , Afin qu'ils pussent aujourd'huy Brouiller les Cartes après Lui.

Mais , grâce au Ciel, ces Emissaires Ont en paix laissé les Affaires , Et les Diètes présentement Se tiennent eficacement , Si bien que chacun en espère De r Estât guèrison entière.

Chez le Vandale & chez le Goth ,

On s'est ébaudi comme il faut,

Durant la Saison Carnavale , 40 Et leur Reyne , assez Joviale ,

S'en meslant agréablement ,

La finit solennellement

Par une rare Mascarade ,

Toute de Masques d'un haut Grade, 45 Et vestus magnifiquement ,

Comme aussi des plus galamment.

L'Enchanteur du Château d'An-

Bâti , je croi, sans Pyramide, [mide ,

Etoit le Titre spécieux 50 De cet Ebat ingénieux ,

Où même une fine Harmonie

Délecta grandement l'Ouye ,

Et la Collation , le Goût ,

Où l'on servit , pour dire tout ,

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