Du 27. Mars 1667 (Robinet
55 Force délicates Pâtures ,
Y compris maintes Confitures.
Chez I'Empereur, à Vienne, aussi, ,Où l'on s'égaye, Dieu merci , D'une manière si complette
60 Que sa Cour en est satisfaite , Dessus la tin de Février, Ainsi qu'on l'a sceu d'un Courier, ' Quatre-vingts , tant Seigneurs que
[Dames , Tous brillans d'Eclairs & de Fiâmes,
65 Que produisoyent les Diamans Semez dessus leurs Vestemens , Formèrent une Mascarade , Laquelle n'avoit rien de fade , Quoi que le Dessein n'en fût pas
70 De soy-même fort plein d'appas , Car cette belle Momerie Désignoit une Hôtellerie.
Mais I'Empereur & sa Moitié , Si digne de son amitié ,
75 En étoyent les Hôtes illustres , Et non vraiment de chétifs Rustres ; Et les Principaux de leur Cour , Chacun sous différant Atour, Etoyent les Valets d'importance
80 De ces Hôtes de Conséquence , Si qu'on pouvoit , je vous promets , Dire : Tels Maîtres , tels Valets.
Je concluds donc , sans raillerie , Que la susdite Hôtellerie
85 Etoit des bonnes d'alentour, Et des plus fameuses du Bourg , Qui , sans qu'en suspend je vous Etoit la Cité de Vienne ; [tienne , Aussi , le Concours y fut grand
90 Et de Voyageurs du haut Rang.
Or, après une Sarabande Et quelque Danse à l'Allemande , Chacun , à l'Allemande aussi , Y soupa , non cossi cossi ,
:95Puis y paya l'Hôte en Gambades , Jusques à ce que des Aubades Vinrent avertir, le Matin , Que la Nuit étoit au Déclin.
Le lendemain , la Comédie , poo Le Balet <&: la Mélodie Furent les Divertissemens De tous ces Hôteliers charmans ,
Avec Chère délicieuse A toute la Bande joyeuse.
105 Mais les Hôtes ont beau traiter. Et, quoi qu'il en puisse coûter, Pour le faire ils sont assez riches , Car, depuis peu, des deux Autriches, Ainsi que de maints autres Lieux ,
»>oLes EsTATS, fort pecunieux ,
Les ont , en pur Don , que je pense , Régalez de belle Finance , Et la Basse Autriche , dit-on , A donné , seule, un Milion.
»i5 Mais, à propos de Mascarade , Nous mériterions algarade , Si nous ne faisions mention , Dedans nôtre Narration , De celle que le Duc de Chaune
«2o A faite où le Pape a son Trône , Pour terminer le Carnaval Par un Spectacle sans égal.
C'étoyent Mesdames les Sybiles , Lesquelles , à prédire habiles ,
125 Anonçoyent , d'un ton menaçant, Le final Débris du Croissant Et même , apostrophans la France , Qui lors avoit la ressemblance D'une belliqueuse Pallas ,
130 Le promettoyent à son seul Bras.
Ces Belles , comme I'HéroÏne , Etoyent dessus une Machine En guise de Char Triomphal , D'où , faisans un public Régal ,
'35 En libérales Créatures ,
Elles jettoyent des Confitures Et Pois sucrez de toutes parts , Que recueilloyent des Egrillards Plus volontiers que leurs Oracles ,
»4o Qui promettoyent tant de Miracles.
Quarante puissans Estafiers , Aussi noirs que des Charbonniers , Car ils représentoyent des Maures , Avecque maints Pages encores ,
«45 Que des Ecuyers conduisoyent , Environnoyent ou précedoyent Ladite Machine roulante , Et fort superbe & fort brillante.
La Renommée alloit devant ,
130 Aussi légère que le Vent,
Pour Estafiers ayant des Basques.
D'autres Chars , pleins de galans
[Masques,