‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 239 sur 317 · SAGE · texte numérisé non relu

SAGE

70 Homme de cœur autant que sage , A l'Attaque qu'il conduisit , Fit merveille , ce m'a-t'on dit , Comme il est aisé de le croire D'un Brave chérissant la Gloire.

75 Monsieur le Duc de Roannez , Que pour tel aussi je conez , N'en fit pas moins dedans la sienne:

C'est vôtre croyance &. la mienne , Car ce Duc à si grands Explois

80 Est la Feuillade d'autres fois , Et lequel épousa n'aguére Cette belle & sage Héritière , Mad'moiselle de Roannez , Possédant maints & maints Jaunets.

85 S'il exploite d'aussi belle erre En Mariage qu'à la Guerre , Il faut sur son Front allier Le Mirthe avecque le Laurier; Mais cela c'est une autre Affaire ,

90 Dont, Lecteur, vous n'avez que faire. Retournons donc à nos Moutons , Ou , disons mieux , à nos Lions , Afin de r'achever la Liste De ceux qui , marchans sur la Piste

95 De Chefs si braves & si preux, Y firent en Gens valeureux. [Marge Mais , comme elle est fort ample , en Je m'en vais la décrire au large :

Le Chevalier de Lorraine, le Chevalier du Plessy.'^, les sieurs de S. Lieu et de Lorge, le Comte de Mailly, le Marquis de Moussy et les sieurs de S. Léger et de Marsillac.

Aussi-tôt que nôtre Louis

83 Mademoiselle.

ïoo Eut tous leurs vaillans Faits ouys , Il tint , dit-on , Conseil de Guerre , Et puis , en divers Lieux sur Terre, On commanda plusieurs Partis De bons Soldats , tous assortis ,

«05 Qui sçauront , à coups de Rapières , Comme on dit , tailler des Croupié-

[res A tous ceux qu'ils rencontreront, Qui le Pas leur disputeront.

Mais il ne s'en rencontre guéres ,

' jo Car les Espagnols Aversaires Se tiennent de tous les Cotez A couvert dedans les Citez , Ordonnans aux Gens des Villages (Mais qui ne sont pas si mal sages)

"5 De venir de nôtre Courroux ,

Pour leur Nez , essuyer les Coups , Vu même que nôtre Grand Sire Leur Bon-heur seulement désire.

Or , après maints ordres donnez , ï 20 Les deux illustres Couronnez Partirent & se séparèrent Et , pour tout dire en bref, tirèrent Chacun d'un & d'autre côté , La Principale Majesté ' 25 Retournant devers son Armée Qui de sa Présence est charmée , Et la Reyne , des Cœurs l'Aimant , Vers CoMPiÉGNE pareillement , Ayant eu toujours avec Elle '30 L'HÉROÏNE Mademoiselle.

Mais , justes Cieux , à son retour

Audit CoMPiÉGNE , son Séjour ,

Que trouva la belle Princesse ,

Et lors quelle fut sa tristesse ?

'35 Elle y trouva le Teint de Lys

De nôtre Dauphin , son cher Fils ,

Caché sous un malin nuage

Qui couvroit tout son beau Visage ,

Et qu'avoyent formé ces deux Sœurs la Rou- 140 Dont par tout l'on craint les laideurs, petite

Notamment chez le charmant Sexe , ^^'"^^^

Qui, par là moins beau, moins nous

[véxe.

Vous en sentez , il est certain ,

Des craintes pour ce grand Dauphin, '45 Et je croi que toute la France ,

Le sçachant , en seroit en trance .

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