‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 253 sur 317 · On dit que deux cens Egrillards , G^r^sln de înê · texte numérisé non relu

On dit que deux cens Egrillards , G^r^sln de înê

Pour gagner quelque renommée , Quitans de Lile les Remparts , Quand Louis rejoignit sa triomphante Armée , Vouloient , en qualité de petits Fanfarons , 190 Surprendre aux environs

Un grand Corps de seize Gens-d' Armes. Gens d'Armes du Roy Ils n'agissoient pas en Poltrons , Et c'étoit-là sans doute un fameux Exploit d'armes ;

Mais on ne leur souffrit pas l'honneur d'une belle Action , & nos Volon- 195 taires, par une étrange jalousie de la gloire de ces Messieurs , leur coururent sus & achevèrent de les mener batans chez eux , avec 80 Gens d'Armes survenus au secours de leurs Compagnons.

Monsieur le Duc , en ce rencontre , Faisant de sa valeur une nouvelle montre , 200 A la teste de tout , les poursuivit fort loin

Et , de leur hardiesse étant tout en colère , En força du moins trois de mordre la poussière. J'ay de ce que je dy maint illustre Témoin ,

Car le Duc de Bouillon , qui est des premiers de toutes les belles Parties, êtoit

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205de celle-là et y signala admirablement bien sa glorieuse bravoure , ainsi que le Comte d'Armagnac , le Marquis de Coaquin , les Comtes du Lude & de Nogent , les Marquis d'Albret, de Chamilly & de Montaterre, & je ne sçay combien d'autres qui firent les petits Lions en cette occasion.

D'autre part , le Duc de Soubize , Qui n'a point du tout face bize , Gomme aussi le Marquis d'Iliers Et , bref, le Sieur de Saint Maurice, Montra qu'il n'étoit point Novice Dans le noble Champ des Lauriers , Et vous rossa les deux cens Maîtres En petits Valets portes-guêtres.

Le premier

sous-Lieutenant

des Gens d'Armes,

et les deux autres

Enseigne et Brigadier

de cette Compagnie

J'ay appris du Havre de Grâce que la première pierre de la Plate forme d'un Bassin y a esté mise par un M*^ Manœuvre le plus galand du monde. Sa Règle étoit de bois d'Inde, garnie de Fleurs de Lys d'argent, sa Truelle, 22oaussi d'argent cizelé , son Tablier , de peau de senteur, doublé de satin , & son Mortier, détrempé avec des Essences dans un Vase doré , garny de fleurs par dessus. Jamais Apollon , quand il fit ce Métier, ne fut si joliment ajusté que l'étoit cet admirable Masson , qui est le cher favory de ses doctes Sœurs.

Devinez qui ce pouvoit être ; Vous le devinez sans hahan , C'étoit le Duc de Saint Agnan , En toutes choses si grand Maistre.

N'aguére on en vid , à seize ans ,

Un Grand dans la Philosophie ,

Et l'on n'avoit vu de long-temps Un si franc Nouriçon de la belle Sophie. C'étoit le Fils Aîné de l'illustre Colbert ,

Qui l'Etat toujours si bien sert.

Et l'un des Ecoliers de nos fameux Jésuites ;

Je dis tout en disant cela :

L'on conêt ces grands Casuîtes.

Au reste , à cette Thése-là , On ne veid que des Gens des plus rares mérites.

M"" le Prince de Condé y etoit, avec M"" l'Archevêque de Paris, le Chancelier de France, le Premier Président du Parlement, les autres Présidens au Mortier et tous les principaux de la Robbe.

Le29 Juillet il soutint

ses premières

Thézes, en leur

Colége de Clermont.

[Jean-Baptiste Colbert'

Mais , sus , achevons promptement Par un risible Evénement.

Le Loup de chair de veau , ou l'amoureuse Guérison.

Un Galand , féru d'une Belle , Se consumoit d'amour pour elle ,

245 Sans qu'à sa peine elle eust égard Et qu'il y prist aucune part , Quoy qu'en beau stile d'Elégie , Il luy dist avec énergie •

240 visible.

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« O BELLE OrPHISE, EN QUI LES DiEUX

230» Ont mis leurs Dons plus précieux,

» Cruelle, hélas! sous vôtre empire, » Depuis tant de temps , je soupire ; » Je songe nuit & jour a vous , » Je fay l'esclave a vos genous ,

235 » Je me plain , je me désespère , » Je ne sçay plus tantôt que faire , » Et, de langueur, depuis deux ans, » Je tombe a la fin sur les dents ; » Avec tout ce tendre langage ,

260 11 ne peut fléchir son courage , Ny mitiger la cruauté De cette superbe Beauté Qui tourne , au contraire , en risée Les vœux de son ame embrasée.

263 Mais , par un plaisant coup du De sa prison enfin il sort , [Sort , Rompt ses Fers & sent que son Ame Est exempte de toute flâme , Et , cher Lecteur, voicy comment.

270 Un beau matin , le triste Amant , Voulant auprès de sa Rétive Faire encor une tantative , Tout transporté , tout interdit , Va la surprendre au chaud du lit ,

273 Où jamais il ne l'avoit vue.

La Soubrette , mal entendue , Ou le Trotin , bref, l'un des deux , Laissant monter cet Amoureux , D'abord qu'il entre dans la chambre,

280 II sent autre chose que l'ambre, Et , plus il est prés du Dortoir, Plus il a besoin d'un mouchoir.

Tant cette odeur, un peu trop forte.

Le prend au nez d'étrange sorte.

283 Mais , tirant le rideau du lit , Ou sa belle Geôlière git , Justes Dieux, quelle est sa surprise De voir un Spectre au lieu d'Orphise, Exalant l'odeur d'un Tombeau !

290 Car, sous un loup de chair de veau, Qui sentoit comme la charogne , Elle cachoit sa noble trogne , Comme on peut penser, à dessein D'humecter & polir son tein.

293 Elle , bien décontenancée Et contre ses Gens couroucée, Ne sçait que dire à son Amant Sur ce risible acoûtrement.

Voulant parler, elle marmote

300 Et s'explique en confuse note , Luy disant qu'elle hait le Fard Et qu'elle n'a mis ce Placard Qu'à cause de quelque élevure , Ou bien , que sçay-je ? égratignure.

303 Mais l'Amant , lors tout éfaré De voir ce visage emplâtre , Et, qui plus est , suffoqué même Par cette puanteur extrême , Se retire , sans compliment ,

310 En faisant un ferme Serment Que jamais la charmante Orphise Ne r'atrapera sa franchise.

O que d'Amans seroient guéris Des maux que leur font leurs Cypris,

313 Leurs Philys & leurs Amarantes, Dessus le midy si charmantes , Si , comme ce pauvre David , Ils pouvoient les surprendre au Nid !

Je fis , le quatre Août , ces Historiques Pages 320 Pour un Objet Royal qui vaut tous nos Hommages.

A Paris, Chej^ Ch. Chenault, Imp. & Lib., rue de la Huchette , Aux Armes du Roy. Avec Privilège de S. M.

(Biblioth. nat., Lc^, 22, Rés. — Biblioth. Mazarin«, 296, A3.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.]

Du i3. Aoust 1667.

Le bon vent soufle dans nos Voiles , En dépit de quelques Jalous , Et nos favorables Etoiles , O ma chère Clion , leur donnent du dessous. 5 Mais , sans nous expliquer à présent davantage ,

A qui nous le devons préparons nôtre Hommage , Et de l'air le plus gay que nous ayons fait voir. Ah ! que je sens ma Veine en ce moment fertile , Et qu'il me doit être facile lo De m'aquiter de mon devoir!

Ouy, mon adorable Patronne , Digne , par vos beaux Attribus , De la plus brillante Couronne , Je vay trancher pour Vous , en un mot , du Phébus ; 15 Je sens dessous mes pies ployer tout le Parnasse.

Mais , justes Dieux , quelle est aujourd'hui mon audace ! Ah ! Princesse , excusez l'éfet de mon transport : Ma joye , en son excez, me rendoit téméraire. Je ne me promets rien , je remets tout au Sort , ao Et je croi plus sagement faire.

L'Empereur , touché de pitié Pour le Roy de Pologne , en son triste veuvage , Luy propose , dit-on , une illustre Moitié , Et mêmes de son Parentage ; 23 Mais cette marque d'amitié

Luy parêt un cruel outrage , Tant sa belle Défunte est toujours dans son cœur Et tant de son Trépas est grande sa douleur.

Certain bruit avoit couru même 30 Qu'il vouloit déposer l'éclatant Diadème ,

Qui , sans Elle , à présent , luy sembloit odieux , Et qu'il avoit dessein d'achever sa cariére En quelqu'un de ces sacrez Lieux Où , pendant tout le jour & la nuit toute entière , 35 On peut entretenir commerce avec les Dieux.

Mais ce n'étoit qu'un bruit frivole ,

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Semé par des Esprits malins

Qui , le semant , avoyent leurs fins ,

Je vous en donne ma parole ; 40 Et des Nonces de Sandomir , paiatinat

En ayant audit Cazimir Osé parler, dit-on , de façon indiscrète , Ils furent obligez de palinodier , C'est-à-dire , s'il faut que ce mot s'interprète , 45 De changer de langage & de s'humilier,

Demandans , en un mot , une douce indulgence

Pour leur discours plein d'indécence.

Loin tout penser des Pays-Bas , On ne songe qu'à ses ébas , 50 Gomme ailleurs je l'ay dit , chez 1' Empereur Ignace.

Le douze du mois expiré , Où la Naissance se retrace

De cet illustre Objet, de son cœur adoré , L'impératrice s*appelle Marguerite.

Et la Perle des Marguerites , Maison de plaisance

55 On fit merveille aux Favorites. '

Le lendemain , sur nouveaux frais ,

Pour mieux honorer ses mérites , Un Balet , à cheval , fut dancé tout exprés ,

Lequel plût fort à ses Atrais.

60 Son Epous , conduisant une sienne Quadrille ,

Y faisoit , ce dit-on , flores ,

Car, en de pareils Jours , il brille.

Le Prince Gharle , allant après de Loraine

Avec une autre longue File , 65 Atiroit sur lui maints aspects ;

Et leurs Baladins qu'on étrille ,

La plus-part tous jeunes Genetz ,

Pour faire honneur à la Castille ,

Dansèrent comme des Cadetz.

70 On a dancé , devant l'ancienne Candie ,

Ma-foy, bien un autre Balet ; Je ne croy vraiment pas que le Visir en rie Et qu'il y trouve rien de tant soit peu folet. C'est qu'avec de certaines Mines , 75 Et je ne sçay quelles Machines

Candie a fait caprioler De ses Gens plus de quatre mile , Je pense , demy-lieue en l'air :

Ne fut-ce pas un tour habile ?

80 Mais l'on ajoute encor de plus ,

Ce qui rend ce Visir au dernier point Camus , Qu'ayant , par six endroits , fait donner à la Place

Un second & terrible Assaut , Il se trouva si mal de cet excez d'audace 85 Que douze mille encor des Siens firent le saut.

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