Du 23. Juillet 1667 (Robinet). 93o
De l'un de ces Argus fâcheux ,
Qu'on nomme Marys ombrageux.
Quoy donc que cette illustre Belle ,
Ce m'a-t'on dit . luy fût fidelle ,
Comme il en craignoit, pour son Chef,
Sans cesse le Cornu méchef ,
A tel point cette frénésie
S'augmenta dans sa fantaisie,
Qu'il conclud de mettre au Tombeau
Un Objet si rare & si beau.
Quelle épouvantable manie ,
Quelle rage & quelle insanie , •
En un mot, quel aveuglement!
El depuis quand donc & comment
Une Belle est-elle coupable
Par la raison qu'elle est aimable ?
Et doit-elle perdre le jour
Pour ce qu'elle est digne d'amour ?
Ce Jaloux , dans ses rêveries , Poussé de toutes les Furies, A ses deux Frères a recours Pour éteindre de si beaux jours , 260 Et ceux-cy, d'une ame inhumaine ,
Poussez d'un mouvement de haine , Veulent bien être ses Boureaux.
Juste Ciel ! où sont vos careaux , Alors que ces Crimes insignes 365 En paressent à tous si dignes ?
L'Histoire porte que tous deux
S'étoient pris dedans les beaux yeux
De cette charmante Victime ,
Et que , leur flâme illégitime
N'ayant pu passer dans son cœur ,
Ils avoient conclud dans le leur
De l'immoler à leur colère.
Ainsi donc , pour se satisfaire ,
Servans le Jaloux sans raison ,
L'un luy fait prendre du Poison
Et , comme un Remède contraire
L'empêche de pouvoir rien faire ,
L'autre , Carnifex inhumain ,
Luy plonge un fer dedans le sein , a8o Et d'Amour ce franc Sacrilège
Fait couler, dessus de la nége ,
Un Corail liquide à grands flots.
Mais , pour tout dire en quatre mots,
Comme sa meurtrière Dague , 285 En faisant cinq fois zague , zague ,
N'a pas sceu réduire au Trépas
Ce Recueil de charmans Appas,
Une déloyale Mégère,
De ces bons Fils la digne Mère , ,90 Vient promptement à leur secours
93 1 241. — Du 23. Juillet 1667 (Robinet). 932
Et , par de séducteurs discours Ayant trompé l'Infortunée, Enfin tranche sa Destinée Par un funeste Lavement.
295 O quel étrange Evénement !
D'horreur j'en sens glacer ma Veine , Et je ne puis dater qu'à peine.
Je finis cette Lettre , en Juillet , le vingt-trois , Frissonnant jusqu'au bout des doigts.
A Paris, Che:^ Ch. Chenault, Imp. & Lib., rue de la Huchette, aux Armes du Roy. Avec Privilège du S M.
(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine, 296. A3,)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 3o Juillet 1667.
Agréez , ô claires Nayades , Agréez , ô vertes Dryades , Agréez , vous , ô belles Fleurs , Prez émaillez , légers Zéphires , 5 OysiUons de toutes couleurs ,
Qui sçavez concerter & sans Luts & sans Lyres ;
O vous , Plaisirs , ô vous , Délices , Petits Amours , heureux complices Qui charmez ma Divinité , 10 Agréez que mon humble Rime ,
Dans vôtre Palais enchanté , Luy rende à l'ordinaire un Tribut légitime.
Vous l'entretenez à toute heure En cette charmante Demeure , 15 Pendant la Nuit , pendant le Jour ;
Agréez que , chaque semaine , J'aye un seul moment , à mon tour, Où , tout comblé de gloire , aussi je l'entretienne
Ah ! je juge à vôtre silence 20 Que vous soufrez cette licence.
Je vous en baise à tous les mains
933 242. — Du 3o Juillet 1667 (Robinet).. 934
Et je vais avec allégresse , Par des Vers quelques quinze-vingts , Dire ce que je sçais à sa brillante Altesse.
35 Madame , en premier lieu , j'ay sceu
(Ce qu'on sçaura bien-tôt à Rome)
Que le Neveu du trés-Saint Homme ,
Personnage plein de vertu , Fut Dimanche à S. Clou visiter Vôtre Altesse , 30 Et qu'il fut comblé de liesse
De voir un si charmant Palais
Et , plus encor, d'en voir l'Hôtesse,
Si féconde en brillans Atraits Que jamais la Nature , en sa plus grand'largesse , 55 N'en mit tant en aucun des plus rares Objets.
Il veid pareillement cette jeune Merveille , Cette Grâce encor en Bouton , Qui quelque jour aussi n'aura point de pareille , Et des Appas de qui l'Amour sera glouton ; 40 C'est vôtre mignonne d'ÏNFANTE,
Si brillante & si triomphante , Dont les Atraits déjà font tant les entendus Que l'on peut assurer , sans que trop on les vante , Que tous cœurs devant eux seront des cœurs perdus ; 45 Et l'on n'ignore pas , adorable Héroïne ,
Que c'est à leur égard un beau Droit d'Origine.
Mais revenons au Cardinal
Dont je parlois d'abord en ce premier chapitre ,
Car RospiGLiosi de cet éminent Titre 50 Peut déjà faire capital.
Ce Personnage donc à Pourpre, sans que j'erre,
A vu pareillement la Reyne d'ANGLEXERRE ,
Nompareille en vertu , nompareille en bonté ,
Aux soins de qui , je croy, l'on doit une partie 55 Du grand & solennel Traité
Par qui dessus nos Mers toute Guerre est finie.
Ce Monsieur Rospigliosi , Se promenant par-tout icy , Aux Gobelins alla , n'aguére , ^ Et fut ravy par la visière
De tout ce qu'on fait en ce Lieu Par l'ordre de Louis , nôtre visible Dieu.
Mais , à propos de luy. son Oncle le Saint Père , Qui de tant de vertus , ce dit-on , est orné 65 Qu'il soutiendra des mieux son divin Caractère ,
Fut dernièrement couronné. Le 26 Juin
Etant dessus un Trône , on luy mit la Thyare ,
935 242. — Du 3o. Juillet 1667 (Robinet). 936
Thyare à triple rang , sans-doute d'un Prix rare , Et la chose se fit avec solennité.
70 Mais , à vous parler franc , certaine circonstance
En ce lieu m'eut déplu , dessus ma conscience , Et trés-peu tout le reste en ce cas m'eut flaté.
Un Maître des Cérémonies
(En telle rencontre infinies), 75 Ajoutant trop de celles-cy,
Vinst avec une Cane & certaine filasse ,
Et luy dit , de mauvaise-grace , Y mêtant lors le Feu : « Saint- Père , c'est ainsy
» Que la Gloire du Monde passe :
80 » Sic transit Gloria Mundi. »
Le plaisant Compliment à faire
Dans une telle occasion !
Et quelle Grandeur, tout-de-bon ,
Entendant ces mots , pourroit plaire ?
85 Mais le Cardinal Barberin ,
Pour dissiper tout le chagrin Dont ce beau compliment pouvoit être la cause , Alla faire cet autre à l'auguste Clément , Et que je mets en Vers comme il le fit en Prose : 90 « Saint- Père , puissiez-vous vivre très-longuement 1
» Tout le Sacré Collège à l'envy le désire. » Hé ! voila , de par-Dieu , comment il falloit dirC:
Messire le Premier visir , Voyant qu'il y va de sa Teste 95 Si la vieille Candie enfin n'est sa Conqueste,
Selon du Grand-Seigneur l'impérieux désir A fait la belle Tantative ; Mais la Place , un peu trop rétive , Se rit de tous ses vains éforts , joo Quoy qu'il ait une Armée ample & non point chetive .
Et divisée en trois grands Corps.
Ainsi , je crains qu'il n'ait fort mal pris ses mesures , Quand , de l'autre Candie ayant fait des masures , C'est
Il a dit à ses Gens que la vieille Cité NeSve*
105 Devoit être leur Domicile ; ^démoiff^
Car, à dire la vérité , Elle pourroit bien être à ce point incivile De les laisser dehors long-temps Tous coucher au beau clair de Lune , 110 Dûssent-ils en avoir, par mauvaise fortune,
Forte fluxion sur les dents.
En tel cas , le Visir, plus qu'eux encor à plaindre , En auroit bien une autre à craindre , Qui dessus son cou pouroit choir.
115 C'est une fluxion funeste ,
Qui coupe cent fois mieux que le plus fin rasoir ; Mais le Lecteur m'entend de reste.
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Laissons-là ces laids Musulmans ; Discourons d'Objets tous charmans :
lao Parlons de nôtre grand Monarque,
Parlons de sa digne Moitié , Où tant de grâces l'on remarque , Qui peuvent mériter toute son amitié ; Parlons du cher Philipe encore , 125 Plus aimable cent fois que l'Amant de l'Aurore ,
Et de l'Illustre Montpensier , Qui sçait si bien mêler & le doux & le fier.
Toute cette brillante Troupe , Qu'accompagne à présent la Gloire , Amour & Mars , 130 Ayant par-tout le vent en poupe ,
Visite en divers lieux les Forts & les Remparts
Que , par Préludes de Campagne , Nôtre parfait Héros a gagnez sur I'Espagne , Et-là , par-tout , Théréze étalant ses Appas , 135 Par eux encor elle regagne
Tout ce qu'il a conquis dedans les PaÏs-Bas.
Ayant fait dans Arras , n'aguére , son Entrée , Où , fort peu s'en falut , elle fut adorée , Elle s'est fait voir à Douay, 140 Et , comme on la trouva si belle ,
Cette Université s'écria d'un cœur gay,
Par le mouvement d'un beau zelle , Qu'elle ne vouloit plus enseigner d'autres Loix Que celles de Thérèse & du plus grand des Rois.
145 On devoit , au sortir de cette docte Ville ,
En aller prendre un'autre , importante , dit-on , Car de dire assiéger , c'est la vieille chanson , Et qui discourt ainsi passe pour mal-habile. Je sçay bien que du moins Courtray 150 Vous diroit qu'il est vray
Qu'il vaut bien mieux dire aller prendre. Voudriez-vous qu'à parler elle vinst vous aprendre?
Mais , à propos , sa Garnison Fut terriblement atrapée 155 Dans sa Capitulation ;
Jamais nule , jamais , ne fut si bien dupée. Comme elle eut oublié de faire stipuler Par où vers Oudenarde elle devoit aller, On vous la promena de terrible importance , » , 160 Car on dit qu'elle fit dix fois plus de chemin
Qu'elle n'en eust fait d'assurance :
118 LaissonU
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Je pensois I'Espagnol un tant soit peu plus fin.
Avant que d'achever ma Lettre , Je dois encor un mot y mettre 165 De ce qui se passe à Paris ,
Et cela pourra bien réveiller les Esprits.
La Police est toujours exacte au dernier point ; Elle ne se relâche point :
Jugez-en , s'il vous plaît , par ce que je vay dire. 170 Vous pourez bien vous en sourire ,
Mais vous en conclurez , & selon mon souhait , Qu'il ne faut pas vrayment que nôtre Bourgeoisie
Nonchalamment oublie De tenir son Devant , soir & matin , fort net.
175 Vous conessez assez l'Aîné des deux Corneilles ,
Qui , pour vos chers plaisirs , produit tant de merveilles ; Hé-bien ! cet Homme-là , malgré son Apollon , Fut n'aguére cité devant cette Police , Ainsi qu'un petit Violon , 180 Et réduit , en un mot , à se trouver en Lice
Pour quelques Pailles seulement Qu'un trop vigilant Commissaire Rencontra fortuitement Tout devant sa Porte cochére.
185 O jugez un peu quel afront !
Corneille , en son Cothurne , êtoit au Double-Mont
Quand il fut cité de la sorte , Et , de peur qu'une Amande honnist tous ses Lauriers, Prenant sa Muse pour escorte , 190 II vint, comme le vent , au lieu des Plaidoyers ;
Mais il plaida si bien sa Cause , Soit en beaux Vers ou franche Prose , Qu'en termes gracieux la Police luy dit : « La Paille tourne à vôtre gloire ; 19^ » Allez i grand Corneille , il sufit. s-
Mais de la Paille il faut vous raconter l'Histoire , Afin que vous sçachiez comment Elle étoit à sa gloire en cet événement. Sçachez donc qu'un des Fils de ce grand Personnage )oo Se mêle , comme luy, de cueillir des Lauriers ,
Mais de ceux qu'aiment les Guerriers Et qu'on va moissonner au milieu du Carnage. Or ce jeune Cadet , à Douay faisant voir Qu'il sçait des mieux remplir le belliqueux Devoir, 205 D'un mousquet Espagnol , au talon , receut niche ,
Et niche qui le fit aller à cloche-pié ,
Q^i 242. — Du 3o. Juillet 1667 (Robinet). 942
Si bien qu'en ce moment , étant estropié , Il falut , quoy qu'il dist sur ce cas cent fois briche, Toute sa bravoure cesser 310 Et venir à Paris pour se faire penser.
Or ce fut un Brancart qui , dans cette Avanture , Luy servit de voiture , Etant de paille bien garny, Et , comme il entra chez son Père , 313 II s'en fit un peu de litière :
Voila tout le Récit finy, Qui fait voir à la Bourgeoisie (Il est bon que je le redie) Qu'il faut , comme par-cy-devant , MO Qu'elle ait soin de tenir toujours net son Devant.
Je n'ay plus qu'une Historiette , Et puis je date ma Gazette.
L'ardante Jalousie.
Une Femme est jalouse aussi-bien qu'un Mary. Il est vray que la chose est moins à l'ordinaire ; aa5 Mais aussi quel charivary !
Une Lionne a moins de bile & de colère. N'aguere , une telle Junon , Dont je dois taire icy le nom , Sçachant que son Epous volage 230 AUoit porter ses Droits ailleurs ,
Tous les plus beaux & les meilleurs , Voicy ce qu'elle fit dans sa jalouse rage : Elle dressa , dit-on , un Bûcher sous son lit , Et , comme le mal-heureux homme 235 Y ronfloit en son premier somme ,
Le feu , tout soudain , elle y mit ; Puis elle même aussi se couche , Pour brûler avec luy tout ainsi qu'une souche , Suivant le beau dessein 240 Qu'elle couvoit de longue-main.
Le feu donc , à ses vœux trop & trop favorable , A pénétré bien-tôt & plume & matelats Et tiré du sommeil le pauvre misérable , Qui se sent pris sans verd & griller dans les draps. 245 Ignorant d'où provient ce fatal Incendie ,
Il se levé en sur-saut ; au feu soudain il crie ; Mais , las ! sa jalouse Moitié , Qui veut , par éfet d'amitié , Qu'avec elle ce feu promptement le consume , 250 Le retient Si lui dit ce qu'icy met ma plume :
« Perfide , il faut brûler dedans ce feu vangeur » Qu'exprès vient d'allumer la juste Jalousie » Dont mon ame est saisie ;
943 242. — Du 3o. Juillet 1667 (Robinet). 944
» Il faut qu'avec le mien il rejoigne ton cœur , 255 » Il faut... » — « Il faut, » repart l'Epoux, tout en fureur
De se sentir griller la fesse, Et s'arachant des bras de sa fiére Tygresse , « Il faut qu'en ce brasier tu brûles , s'il te plaist ; » Mais je désire , moy, me sauver de sa flame.
a6o » OUY, JE LE veux , Ô BONNE LaME ,
» Malgré ton rigoureux Arrest. »
Mais , las ! il conte sans son hôte ; Sa Femme , en son transport , de la moitié trop caute , Dessus eux a fermé la porte à double tour, 265 Et s'il veut échaper de cet ardant Bissêtre ,
Faut que ce soit par la fenêtre Et que , s'il ne brûle en ce jour, Il ait le cou cassé par fortune d'Amour. Quelle diantre d'alternative 270 Où contre luy le Sort également estrive
Et luy montre un trépas certain !
Mais , quelque rigoureux que semble ce Destin , En même temps qu'il le menace , Il luy fait grâce , 275 En soufrant qu'il soit secouru
Par un favorable in-promptu ; Car, IN-PROMPTU , son Voisinage Vinst métré la porte dedans , Malgré , dit-on même , les dens 280 De sa Femme , au félon courage ,
Qui , pour l'empêcher, faisoit rage ; Et , dés que l'huys est abatu , Le Mary, de très-grand courage , S'enfuit tout comme si , selon que dit l'Adage , 385 II avoit eu le feu au eu.
L'histoire dit que de la flâme Aussi l'on retira la Femme , Ayant plus de mal que de peur, Car, helas ! la pauvre Femelle 290 A peine de ce feu la chaleur sentoit-elle ,
Tant de sa jalousie elle sentoit l'ardeur ; Et vous pouvez juger, sans que je vous le die , Si ce n'étoit pas-là I'Ardante Jalousie.
Grande Altesse , daignez , de vôtre air gracieux ,
295 Acueillir cette mienne Lettre , ^
Qu'en vos charmantes mains on doit demain remètre , i
Car je l'ay vrayment faite exprés pour vos beaux yeux. |
t Nous étions dans le sept des jours Caniculaires , >•
Alors que j'achevay ces Carmes circulaires.
APOSTILE. \
300 Quiconque portera les yeux
Dessus ce petit Apostile ,
545 242- — Du 3o. Juillet 1667 (Robinet). 946
Que l'on adresse aux Curieux ,
Dehors & dedans cette ville ,
Sçaura , s'il ne le sçavoit pas , 305 Que des Lettres au Roy, dont l'on fait très grand cas ,
Et qu'on nomme Histoire Royale, lesreurde
S'impriment du bel-air & , certes , comme il faut Hau^
(Croyez en ma Muze loyale) ,
Chez le même Charles Chenault 310 Où l'on presse à présent les côtes à la Lettre
Qu'à Madame j'écris , comme l'on voit , en Métré ;
Et , si de son Hostel vous êtes en soucy,
En Prose , cy-dessous , tout joignant , le voicy :
A Paris , Che^ Ch. Chenault, Imp. Sr Lib., rue de la Huchette , Aux Armes du Roy. Avec Privilège de S. M.
(Biblioth. nat., Lc^, 23. Res, — Biblioth. Mazarine, 296. A3.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 6. Aoust 1667.
Belle Princesse , un Imposteur TaffuV».
Aujourd'huy me met hors de game ; de '
ïl faut que je l'avoue , il me fait perdre cœur, ' ° '^"^^^
Et je n'ay ni vigueur ni flâme.
5 Vous avez encor dans l'Esprit
Toutes les choses qu'il vous dit ; Il ocupe encor vos oreilles Depuis le dernier jour qu'il vous raisonna tant , Et , quand je ferois des merveilles , 10 Autant , je m'en assure , en emporte le vent.
Hélas ! vous avez écouté Avec plaisir, avéque joye , Ce que le Séducteur devant Vous a conté , Et de me faire ouir je ne sçay plus de voye. 15 Mais quoy ? qui ne l'écouteroit
Et qu'est-ce qu'il ne séduiroit , Quand il est instruit par Molière ?
Hélas ! Madame , hélas ! tout viendra l'écouter ; Il aura de chacun l'oreille toute entière , 20 Et d'avoir charmé tout il poura se vanter.
Dés-hier , en foule on le veid , Et je croy que long-temps on le verra de même ; '
947 243. — Du 6. Aoust 1667 (Robinet). 948
On se fait étoufer pour ouir ce qu'il dit , Et l'on le paye mieux qu'un Prêcheur de Carême. 35 Princesse , agréez néantmoins
De ma Clion les petits soins ; Daignez luy donner audiance :
Je puis vous assurer qu'elle fait de son mieux Pour plaire à vôtre Esprit , qui n'est qu'Intelligence 30 Et qui brille de pair avec vos divins yeux.
Aujourd'huy j'ay tant de matières Qu'à peine deux Lettres entières Sufiroient pour la contenir, Fussent-elles plus que pleniéres ; )) Mais à-bout il en faut venir.
Le moyen que je m'en propose , C'est d'avoir recours à la Prose , Qui sçait des mieux l'art d'abréger :
Et puis c'est quelquefois une agréable chose 40 Que d'ainsi mélanger
La Prose avec la Rime , Quand des deux un peu l'on s'escrime.
Le Roy des Sarmathes est , sans mentir, tout-à-fait digne de pitié. L'espe rance du repos dont il se flate de temps en temps est aussi tôt détruite , ou 45 par ses Sujets rebelles , comme les Cosaques , ou par de mauvais voisins , comme les Tartares. Ces derniers se proposent encor d'entrer dans la Pologne au nombre de 40,000, sous deux Chefs qui sont deux étranges Garnemens.
C'est le Bassa de Silistrie
Et le Seigneur Sultan Galga , Çi'Ï.^Sef
50 Qui dessus ce dessein plein d'atroce furie
Tiennent conseil à Rusava.
L'Ambassadeur de Tartarie ,
Désirant palier cela ,
Dit , mais c'est pure raillerie , 55 Que ces maudits Tartares-là
Ne sont que gens à volerie ,
Que le Grand-Kam , & cetera ,
Ni peu , ni prou , n'aprouve mie ;
Mais , sur ce point , ouy-da , ouy-da.
60 On sçait à peu près ce que l'on doit croire , & l'on ne doute point que ces Malins ne se laissent du moins emporter à leur grand Mobile.
Ce grand Mobile c'est la Porte , Laquelle , comme on tient , les porte A ces projets d'iniquité ; 65 Mais , sur ce , le Ciel reconforte
Cazimir, car, en vérité , Sans que ce Sort l'outrage encore de la sorte , ' C'étoit assez du mal de sa vuiduité :
Comme dit l'Axiome , à qui je me rapporte , 70 Mal dessus mai n'est pas santé.
949 243. — Du 6. Aoust 1667 (Robinet). gSo
Nôtre glorieux Héros , qui ne veut pas que ses Armes soient moins utiles au secours de ses Alliez qu'à l'augmentation de ses Conquestes , avoit résolu d'en envoyer une partie à ce Monarque persécute ; Mais l'Assemblée des Electeurs & Princes de l'Empire, qui dévoient donner passage à ses Troupes, 75 a répondu j'e ne sçav si c'est sincèrement) que rien ne pressoit si fort en Pologne qu'il exigeât de luy une si prompte Assistance ,
Et qu'elle suplioit ainsi Sa Majesté
D'en demeurer à ce beau zelle , Qui faisoit éclater sa générosité 80 Et la devoit couvrir d'une gloire immortelle.
Vous devinerez ce qu'il vous plaira là-dessus , & moy j'ajoùteray que
Les Députez dé l'Empereur ,
Ainsi que ceux de tous les Princes ,
Tant des plus Grands que des plus minces, 85 Ont tous promis , en Gens-d'honneur,
Suivant le Munstérien Pacte ,
Authentique & solennel Acte ,
De n'envoyer aux Pays-Bas , Où ribére est ainsi , ma foy, percé fort bas , 90 Aucun Secours , quel qu'il puisse être.
Après cela , direz-vous pas Que Louis des Destins en tous Lieux est le Maître ?
Au reste , ce Résultat fut passé sur la demande que fit en son nom , dans cette Assemblée , le sieur de Gaumont, Gentilhomme ordinaire de Sa Majesté & son Député en ce Lieu-là , ce qui suffit pour luy donner un caractère glorieux & le faire compter parmy les Personnes que le Prince a distinguées.
Thérèse , au sortir de Douay, Fut aussi visiter Tournay, Et ces Citez firent merveilles , .
100 On le peut dire , en vérité,
Pour témoigner leur zelle à cette Majesté , Dont les grâces sont sans pareilles.
Elles semèrent son chemin De Roses & de Lys , d'Oillets & de Jasmin , 105 Et chaque rue alors sembloit un beau Parterre ,
Où le Printemps avoit , d'une prodigue main , Epanché les trésors qu'à sa Flore il desserre.
Les m.êmes rues êtoient aussi toutes tapissées, & l'on ne découvroit
qu'agréables spectacles de tous cotez, ainsi qu'aux Triomphes des Conquérans.
1 10 Aussi, cette Auguste Princesse étoit-elle conquérante d'autant de cœurs
qu'elle avoit de Spectateurs de ses divins charmes , de manière qu'on ne luy
devoit pas moins qu'aux Vainqueurs les plus célèbres.
93 1 243. — Du 6. Aoust 1667 (Robinet). 962
D'abord sept jeunes Cavalières , Qui representoient des Vertus , 115 Mais toutes plus douces qu'austères ,
Et si charmantes que rien plus , Vinrent à ses Appas rendre un profond hommage , Toutes luy presentans , d'un air modeste & sage , Le nombre aussi de sept Lauriers , 120 Comme autant d'honorables marques
Des principaux Exploits guerriers Qu'a faits en leurs Pays le plus grand des Monarques.
Plus avant, cette belle Princesse rencontra un superbe Chariot, où l'Asie , l'Affrique , l'Amérique & l'Europe paressoient soumises aux belli- 125 queux Destins de la France ; & au milieu êtoit, sur un Dauphin mouvant, un Arion , qui , après avoir salué la charmante Héroïne , chanta un Récit sur les Victoires de nôtre Héros , dont toute la belle Cour demeura presque enchantée.
Après un spectacle si beau , 130 On en découvrit un nouveau ,
Qui n'étoit pas moins admirable.
C'étoit un large & long Vaisseau ,
D'un artifice incomparable ;
Là se montroit la Piété , 135 Debout , avec la Charité ,
Qui dignement apostrophèrent
Du Grand Louis la Majesté ,
Et très-bien luy représentèrent
L'èfroyable captivité 140 Des Chrétiens chez la Gent profane
Que l'on nomme Mahométane.
Cette Harangue tendoit , pour faciliter le passage aux Mathurins qui s'employent à la délivrance de ces malheureux Captifs , à persuader au Roy la Conqueste de l'Isle de S. Jacques , & , par un merveilleux artifice , elle parut 145 en même temps comme réduite, & la Victoire en étoit annoncée par les fanfares des Clairons & le bruit des Tambours , qui formoient un Concert tout-à-fait convenable au Sujet.
Enfin , deux Géans , hauts de cinquante coudées , Qui des plus grands ainsi passoient toutes idées , 150 Se firent voir en bel-arroy ,
Et , par cette hauteur, designoient la puissance De nôtre incomparable Roy Et la grandeur de nôtre France.
Hé bien î se peut-il rien voir de plus galand que la magnificence de nos 155 nouveaux François, & ne diroit-on pas qu'ils n'ont jamais fait autre chose que préparer des Entrées à des Victorieux , aussi brillans & aussi augustes que leurs nouveaux Souverains ?
Est-il rien plus plaisant aussy Que de faire ainsi des Conquestes,
953 243. — Du 6. Aoust 1667 (Robinet). 954
160 Et de trouver par-tout ainsy
Des jeux , des ébats & des Festes ?
En bonne-foy, si mes Avis
Etoient dignes d'être suivis ,
Nôtre charmant Seigneur & Sire 165 Prendroit incessamment de nouvelles Citez
Et , se divertissant , étendroit son Empire
Au Pays-Bas de tous cotez.
Mais il n'est vrayment pas besoin de luy donner des Avis sur ce sujet. Ce brillant Potentat n'est que trop ardant à la victoire. A peine a-t'il pu donner
170 quelques jours à ces Entrées de la Reine , qu'après l'avoir fait reconduire à Arras , il s'est remis à la teste de son Armée , & qu'Oudenarde a sceu de ses nouvelles de plus prés qu'elle ne l'auroit souhaité. Je veux dire la Garnison , car, pour les Habitans, il n'auront pas esté moins charmez de se voir sous lu Domination Françoise que ceux des autres Villes , qui sont leurs Ainez dan*j
175 cette bonne fortune.
Ce n'en fut pas , dit-on , pour un bon dejûner, Et jamais on ne fut en besogne si vîte. En vain elle voulut tant-soit-peu lanterner : En six heures au plus elle quita son gîte ; 180 J'entens ladite Garnison ,
De qui le Gouverneur & les Soldats , dit-on , Furent faits Prisonniers de Guerre.
C'est donc un nouveau Te Deum Et nouveau Feu par tout , sur la Françoise Terre.