‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 258 sur 317 · L'INVISIBLE VISIBLE · texte numérisé non relu

L'INVISIBLE VISIBLE

Un cruel & maudit Quidam , Ayant conclud , mais à son dam , D'exécuter un Homicide ,

230 Le détestable Parricide ,

Pour consommer ce beau Dessein , Couvé dans le fond de son sein Depuis des jours ou quinze, ou seize, Sans scrupule & sans Syndéréze ,

235 Etoit perché sur le Comment Il le feroit plus sûrement.

Pour éviter la Catastrophe Des Actions de cette étophe , Et d'être à la Grève grevé ,

240 Ensuite , d'un triste Salve.

Comme il ruminoit de la sorte , Le Diable chez luy se transporte , Et ce tres-damné Conseiller, Qui de nous voir là-bas griller

245 Fait sa plus belle & grande Peste , Luy met fortement dans la teste D'aller consulter deux Pasteurs , Que l'on croyoit être Enchanteurs , Et demeurans , prés cette Ville ,

250 Dans leur champestre Domicile.

Il se rend donc chez-eux soudain Et , leur déclarant son dessein , Leur demande s'il est possible Qu'il puisse se rendre Invisible ?

255 « Monsieur, n'en doutez nulement,»

Luy répondent ils prestement ; « Ou Y, nous avon-s des Caractères » Pour toutes sortes de Mystères , » Et nous contenterons vos vœux. »

260 Alors ils se parlent entr'eux Et puis vers un Etang le meinent , Autour duquel ils le promeinent , Et vous l'apostrophent aprez , Dedans ces termes , à peu prez :

265 « Pour vous rendre nôtre Art pro-

[pice , » Il convient faire un Sacrifice » (Car c'est-la l'une de nos loix)

» De CE qui, sur vous, porte Croix, » Soit Argent, Chapelet, ou Livre,

270 » Qu'aux Esprits noirs il faut qu'on

[livre.

» Item , Monsieur Pluton prétend » Qu'on vous plonge dans cet Etang » Trois fois, nud comme on vient au

[Monde , » Et, pour n'avoir plus rien d'im-

[monde ,

275 » Que vous soyez, sur vôtre chair , » Etrillé jusqu'au sang tout clair , » Depuis les piez jusqu'à la Teste. »

Mais , hélas ! à tout il s'apreste , Dans l'espoir lourdaut & grossier

280 D'être aussi-tôt Maître Sorcier Et de pouvoir alors tout faire , En vertu de son Caractère.

Le voila donc trois fois baigné , Puis , comme un mal-moriginé ,

285 Fessé de sanglante manière , Avec les tours de Gibecière , Lesquels , en pareils cas , sont faits Afin d'atraper les Niais.

Apres , il vient prendre son Arme

290 Et , seur de la vertu du Charme , Court , le Pistolet à la main , Pour exécuter son Dessein.

Mais, helas ! le mal-heureux Hère, Visible comme est la Lumière

295 A tout œil sain & bien ouvert , Se trouve ma-foy, pris sans vert.

Etant près de tuer son Homme , Pour vous dire la chose en somme .

Il est vu de plusieurs Témoins ;

300 On vous luy serre les deux poings , In carcere l'on vous le traine ; Et la Potence , ou bien la Chaine .

Attend , par un digne succez ,

L'invisible visible, enfin de sonProcez.

291 Cour.

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305 Héroyne , en tout accomplie , Adieu, c'en est assez, car ma Feuille

[est remplie.

Lors que je fis ces tels-quels Vers.

Nous avions d'Août les deux tiers.

A Paris , Che^ Ch. Chenault, Imp. & Lib., rue de la Huchette, Aux Armes du Roy. Avec Privil. de S. M.

(Biblioth. nat. Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine, 296. A3,)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.]

Du 28. Aoust 1667.

Quand je prens la Plume pour vous , Madame , en vérité , je brûle de bien faire , Car quel sort peut être plus doux Que d'avoir l'honneur de Vous plaire , 5 A Vous de qui l'Ame & le Corps

Sont les plus beaux Recueils des précieux Trésors

Et du Ciel & de la Nature ?

Mais , hélas ! aujourd'hpy toute ma noble ardeur S'éteint dans une froide & sombre Sépulture , 10 Où la Mort d'un Amy vient d'entraîner mon Cœur.

Rien comme un Amy n'est exquis ; C'est presque le Phœnix , dont l'on n'a que l'Image , Et , le perdant, l'on pert un Trésor d'un tel prix Qu'on ne sçauroit jamais réparer ce dommage.

13 Pardon nez-donc à mon ennuy,

Si je vous pares sombre en ma Lettre aujourd'huy.

Belle & débonnaire Héroïne , Et daignez , en faveur d'un Intime au Cercueil , Souffrir que je vous offre une Epitre chagrine ,

20 Où ma Clion & moy nous paressions en dueil.

Le dix-huit , devant Lile on ouvrit la Tranchée , is Août Dont elle pesta tout-de-bon , Et par le bruit de son Canon Parut sensiblement touchée ; 35 Mais elle eut pourtant beau pester

Et par son Canon tempester , Il n'en fut ny plus ny moins , certe , Et même, l'on poussa le Travail assez loin, 250 pas de la contresoarpa

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Tant de Nous les Dieux prennent soin , 30 Sans aucune notable perte ,

Car dessus le Terrain il ne demeura pas Seulement quatre ou cinq Soldats.

On dit que le canon , quand il fit son Prélude , Aux seules Plumes en voulut , 35 Et que l'heureux Comte du Lude

Pour un grand Bouquet quite en fut , Avéque deux ou trois Compagnons de Fortune

A qui la grâce fut commune , Et qui , je pense , à Mars en firent compliment. 40 C'étoit , ma foy, l'êchaper belle ,

Et je croy qu'une faveur telle Valoit bien un Remercîment.

Pour moy, j'aimerois bien semblables gentillesses De ce canon de nos Lilois , ^ Et je voudrois que leur Explois

Se pussent terminer à de telles Prouesses ; Mais il n'en va pas ainsi, non , Car, dans ses progrez , ce Canon Vous fracassa la cuisse à certain Volontaire , 50 Et deux Cadets trés-valeureux ,

Y montrans ce qu'ils sçavoient faire , En eurent, ce dit-on, pour une Jambe entr'eux.

Un Boulet , plus funeste au Sieur de Bandeville , Le prit au dessous du menton , 55 De façon peu galante & beaucoup incivile :

Il le priva de teste en un clin-d'œil, dit-on. D'autres Boulets , aussi mal sages , Emportèrent à deux beaux Pages (N'étoit-ce pas dommage ?) ou la jambe ou le bras 60 Je puis dire , selon l'Adage ,

En ce triste & funeste cas , Que les voila tous hors de Page.

La Garnison , le lendemain , Ayant vu de quel air le Régiment des Gardes , Françoiaes 65 Où l'on voit peu d'Ames couardes ,

Gagnoit à grands pas le Terrain ,

S'avisa de sortir soudain ,

Avec de la Cavalerie

Et même de l'Infanterie ; 70 Mais ce petit éfort fut vain ,

Et nos Gardes , avec furie ,

Ayans en teste de Pradel

Comme Lieutenant-Colonel ,

5 2 ce dit-on e$t supplée.

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En firent une raillerie , 75 Vous les poussant si vertement

Qu'ils regagnèrent prestement, Crainte des coups , leur Palissade .

Maudissans courageusement Leur trop imprudente boutade.

80 Pourtant , comme , le jour suivant ,

Ils virent nos Gens plus avant

Et bien prés de la Contrescarpe ,

Tous surpris & tous consternez ,

Et le pauvre esprit en écharpe 85 De se voir de si prés bornez ,

Laissans la crainte puérile ,

Ils se piquèrent derechef ,

De faire une Action virile ; Mais cela n'aboutit qu'à leur second méchef , 90 • Car telle fut la Repartie ,

Dans cette nouvelle Sortie , Qu'il leur convint encor de retourner en bref,

Mais non pas , certe , en même nombre.

On en fit plusieurs Prisonniers, 95 Et l'on en envoya dans le Royaume sombre ,

Pour y porter l'Avis de nos Explois guerriers.

Ainsi l'on se vengea , tant de la mort d'un Garde , Tué dans cette occasion

D'un franc coup de canon , et non de halebarde , 100 Que, principalement, de la contusion

Dont un cher Chevalier (car, là , nul ne s'excepte)

A la teste avoit fait trés-fâcheuse recepte ,

Mais en se signalant en ce Lieu plus que six ,

Ainsi que le vouloit son Nom de du Plessis , 105 Nom des plus dignes de mémoire ,

Et que le Duc son Père a rendu plein de gloire.

Mais , à propos de Chevalier, De Fourbin , faisant aussi montre De son noble courage en la même rencontre , i 10 Eut part au Douaire coûtumier

Et sentit d'une Mousquetade , Au col , la fâcheuse Incartade.

Pour épiloguer le Discours De nôtre beau Siège de Lile , 115 Nous le devons lever, pour entrer dans la Ville ,

Avant qu'Août ait fait son cours , Quoy qu'on ait-là , sans en rabatre , De quatre Nations les Guerriers à combatre ,

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Outre , dit-on , certains Carlins 120 Qui , craignans fort les Funérailles ,

Se cachent , pour tirer, derrière des murailles , Comme de malheureux Câlins.

Ces divers Combatans , que Lile donc enserre , Sont Irlandois d'Irlande , Anglois de l'Angleterre , 125 Et, bref, des Espagnols & des Napolitains ,

Les plus intéressez dans la présente guerre , Et dans Lile les plus matins.

Mais pour cela que vous en semble ?

Ne sçait-on pas que nos Destins 130 Feroient vaincre à Louis tous les Peuples ensemble ?

Cet infatigable Héros , Que par-tout Monsieur accompagne , Avec la Gloire , leur Compagne , A de nuit & de jour le Harnois sur le dos. 135 Luy seul , plus que tous les Siens , veille ,

Et c'est enfin une merveille- De voir ce Roy laborieux , A la fois General , Soldat & Capitaine , Si friand des Dangers & si dur à la peine , 140 Pour être à juste Titre un Roy victorieux.

Ah ! qu'un si grand & rare Exemple A tout Guerrier qui le contemple Inspire d'audace & de cœur ; Et qu'il ne faut pas qu'on s'étonne 145 Si chacun , aux cotez de ce digne Vainqueur,

A l'envy se signale au Métier de Bellone !

Mais Philipes , bien mieux que tous , Reçoit l'impression de ce puissant Mobile , Et , plus beau que l'Amour , aussi bien que plus doux , 150 On le voit intrépide ainsi qu'un autre Achile.

Comment ! cet aimable Héros , Qui mérite un immortel los , Ayant l'Ame un peu trop hardie , Il visita dernièrement içs Des Gardes & de Picardie

La Tranchée , aussi froidement Qu'il auroit fait ses Promenades Parmy les Fleurs & les Cascades Du beau Jardin de son Saint Clou.

160 Mais la comparaison n'est aucunement bonne ,

Ou que je me casse le cou , Car je defirois bien sa Royale Personne De pouvoir, en ce Lieu charmant ,

ggi 246. — Du 28. Aoust 1667 (Robinet). 992

Se promener si froidement , 165 Et je croy que l'on peut m'entendre

Sans qu'il faille plus amplement M'expliquer sur ce Point pour le faire comprendre.

Mais je ne vous ay pas dit tout.

Ce Prince , allant à la Tranchée , 170 S'y rendit en plein jour, & non point par le bout ;

Mais, sans peur de la Parque, en ce Lieu retranchée,

Il voulut passer par dessus

Et tout à découvert , de plus ,

Essuyant , dedans ces Passades , 175 Deux centaines de Mousquetades.

Hé-bien ! quel Nouriçon de Mars

Feroit mieux la barbe aux Hazars ?

Ah ! pour Philipes j'ay la Fièvre ;

Mais , parlant de Fièvre , à propos ,

iSo N'aguére , elle a bien fait la mièvre

Dedans le noble Sang de cet autre Héros ,

Sçavoir Monsieur le Duc, si propre aux beaux travaux

O qu'il aura bien eu la chèvre De s'être vu contraint à jouir d'un repos 185 Qui de maints beaux Explois le sévre ,

Dont il auroit accru son los !

Mais , avéque son Sang étant mal assortie , Elle en a fait enfin un Branle de sortie , Et ce jeune Guerrier i?o Retournera bien-tôt se charger de Laurier.

Ainsi , sans nous en mettre en peine , Dessus d'autres Objets répandons nôtre Veine.

Qu'il s'en présente deux , l'un & l'autre charmant Qu'ils sont dignes qu'on les admire !

195 Que de Cœurs ils seront l'Aimant

Et qu'ils auront par-tout d'empire !

C'est nôtre Dauphin glorieux Qu'on void aussi beau que sa Mère , Et qui sera Victorieux ,

200 Quelque jour, comme l'est son Père ;

C'est Madame sa jeune SœuR , •

Qui , quelque-jour, par ses grands charmes , Répandra par-tout des AUarmes Et de cent Demy-Dieux enflâmera le cœur.

203 Or, ce Prince & cette Princesse

Ayans Compiégne enfin quité , Sont , pour nous combler de liesse , Venus prendre Logis proche cette Cité.

203 Reprendra.

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Maisons est l'heureux Domicile 210 Où ces beaux Anges sont gîtez ,

Attendant que nos Majestez Reviennent hyverner en cette grande Ville , Gerte le plus digne Séjour D'Elles & de leur belle Cour.

215 Mais j'ay deux mots en cor à dire

Du beau Fils de notre Grand Sire.

A GoMPiÉGNE , avant qu'en partir, Il fut chez les Sçavans Ignaces Fort noblement se divertir

320 A visiter leurs belles Glasses.

Je dis belles , car, en ce Jour, Les Ecoliers y faisoient montre De leur Scavoir tout à l'entour ; Si bien que , dans cette Rencontre ,

225 On y voyoit par-tout maintes Inscriptions ,

Maints Epigrammes , maints Emblèmes , Maintes Dévises , maints Poëmes Et, bret", maintes Descriptions, En langue Grégeoise & Latine ,

230 Où , d'une manière assez fine ,

Etoient habilement déduits , Avec l'aide de la Peinture Et même de l'Architecture , Tous les beaux Explois de Louis.

235 Parmy tant de magnificences ,

Notre Dauphin charmant Etoit dépeint trés-dignement , Tout environné des Sciences , Lesquelles le félicitoient 240 Et , par ordre , complimentoient

Sur les Progrez qu'il fait chez-EUes , Ainsi qu'il en donna des preuves assez Jbelles , Gar il interpréta d'admirable façon Ghaque Latine Inscription , 243 Et répondit enfin de même ,

Gerte avec une grâce extrême , A mainte belle Question , Mettant tout le Gollége en admiration.

Illustre PÉRIGNY, que de gloire à vos Veilles , Précepteur de ', ". s -11 I Monseigneur

250 A qui 1 on doit tant de merveilles I le Dauphin

A cette Epitre je mets fin , Gertainement , par une Histoire La plus digne de mon chagrin , Et qui sent mieux mon humeur noire.

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