‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 259 sur 317 · LA JALOUSIE AFFAMÉE · texte numérisé non relu

LA JALOUSIE AFFAMÉE

235 La Jalousie , o justes Cieux ,

A des transports bien furieux !

C'est une étrange frénésie ;

Je le montrois dernièrement

Dans un certain Evénement a6o Que je nommois , je croy, Tardante Jalousie.

Mais voicy la Passe-outre encor, Et je pense qu'en cet essor Toute sa rage est consommée.

Icy, par un horrible effet , 265 Elle dévore son Objet ,

Et je puis la nommer Jalousie affamée.

Une jeune Femme, en Anjou , ,

Avoit un Epous un peu fou , 1

Qui luy mettoit martel en teste ,

270 Faisant comme maints Emportez

Qui travaillent de tous cotez

Et font , chez eux , chommer & mainte & mainte Feste.

Elle , aimant le Travail aussi , S'ennuyoit de se voir ainsi 275 Les bras croisez , toujours oisive ,

Et , tant le soir que le matin , Conjuroit son fâcheux Destin Sur cela , mais en vain , d'une voix trés-plaintive.

Voyant donc , par un sort fatal , 280 Que sans remède étoit son mal ,

Elle se porte à la vangeance , Et conclud (quel transport jalons !) Enfin de manger son Epous , Pour en avoir ainsi la pleine jouissance.

285 Dés le soir , sa perfide main

Luy plonge un poignard dans le sein

Et , par une horrible furie ,

Sans en avoir aucune horreur,

D'abord tire & mange son cœur 290 Et tout ce qui pouvoit causer sa jalousie.

Quant au reste , le lendemain , Elle en fait , dit-on , un festin Plus cruel que celuy d'Oreste , Qui fit coucher l'Astre du Jour, 295 Ne pouvant achever son tour

Tant il avoit d'horreur d'un Repas si funeste

997 246. — Du 28. Aoust 1667 (Robinet), 998

Les Parens elle y convia , Mais l'un des Mets les éfroya: ^ C'étoit de son Mary la teste Qu'elle avoit placée au milieu.

Ah ! quel triste Objet , juste Dieu , 300 r Et pour les Conviez quelle funèbre Feste ! ,

Le surplus , vous le devinez.

Ces Conviez , bien consternez , Font arrêter la Conviante , Et chez l'équitable Thémis 505 Son Procez en état est mis ,

Et, dans l'air, elle en dance une triste Courante

Princesse , vous sçavez ce que je vous ay dit , Que j'avois l'esprit interdit; Ainsi je suis digne d'excuse , 3»o Si ma Clion icy parét tant soit peu buse.

Je fis , en Août le vingt-sept , Cette belle Légende , & comment ? Dieu le sçait.

A Paris , Che^ C. Chenault, Imp. & Lib., rue de la Huchette , aux Armes du Roy. Avec Privilège de

Sa Majesté.

(Biblioth. nat. Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine, 296. A3.)

LETTRE EN VERS A MADAME

Notre Muze , vôtre humble Ancelle , Ne manque point , tous les huit jours , Princesse qui valez la plus belle Immortelle , De redonner pour vous naissance à ses Discours , 5 Et, bien loin qu'elle s'en ennuyé ,

Il faut tout franc que je vous die Qu'elle voudroit sans-cesse être dans cet Employ.

Mais la chose est aisée à croire , Et Ton verroit ce zélé en tout autre qu'en moy ; 10 Sur les Nouvelles donc poursuivons notre Histoire.

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