‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 270 sur 317 · I^u 18. Septembre 1667 (Robinet · texte numérisé non relu

I^u 18. Septembre 1667 (Robinet

Qui rend la Mienne bien camuse 29s De n'avoir rien vraiment d'égal :

C'est Mademoiselle Paschal ,

Qui sçait, tant qu'en Rime qu'en Ecrire mainte belle chose. [Prose ,

A Paris, che:^ C. Chtnault, me de la Huchette.

(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine, 296. A3.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.]

Ma Muzette , je viens d'apprendre Qu'on attend dans deux jours , en leur Palais Royal , Ce Couple si charmant , si noble & si loyal , A qui de nos Respects le Tribut il faut rendre.

O l'agréable nouveauté ,

Dedans nôtre grande Cité , De revoir ce Héros brillant de fine Gloire , Et sa belle Héroïne étalant mille Attrais ! Ouvrons donc promptement, Clion, nôtre Ecritoire Et , pour les régaler, tenons nos Vers tous prests.

Je suis si ravi des merveilles Qui charmèrent mes deux Oreilles , Dans nôtre Sorbone , Lundi , Pendant tout un Après-midi ,

15 Qu'il faut que par ce beau Chapitre Je débute dans mon Epître.

Le jeune Prince , & vieux Docteur, Dont chacun est l'Admirateur, D'Albret, dans cette Vespertine,

20 Dessus la Science Divine Continuant de s'exercer Et tous ses Rivaux surpasser, Etoit i'Autheur de ces Merveilles Que je puis nommer non-pareilles.

25 Avec quelle vivacité

Douceur, grâce & facilité , Soùtinst-il ses Antagonistes , Quoi que trés-doctes Sorbonistes !

Avec quelle force d'Esprit

30 Mit-il à bout qui l'entreprit

Sur chaque sçavante Matière Qui servoit alors de Carrière î Avec quelle solidité , Avec quelle fécondité

^^ Et quelle admirable mémoire Cotta-t'il de la Sainte Histoire Les Passages qui lui servoyent Et ses Assaillans confondoyent !

Avec quelles lumières pures

40 Ecarta t'il des Ecritures Les divines obscuritez , Pour mettre au jour leurs véritez !

Il ne faut pas que je me taise Des deux plus beaux Points de sa

[Théze ,

45 Dessus lesquels on prit l'essort Et qui , certe , me plurent fort , N'êtans pas moins Philosophiques , Sans doute , que Thèologiques.

On demandoit , au premier cas ,

25o. — Du 24. Septembre 1667 iRobinetj.

30 Si le Signe qu'Eséchias Receut de sa santé future , Ainsi que porte l'Ecriture , Fut la Rétrogadation (Curieuse est la Question)

35 Seulement de l'Ombre Solaire , Ou du Corps du Grand Luminaire?

L'autre , aussi curieuse encor, Touchoit Nacabudonosor :

Sçavoir si ce Prince superbe ,

60 Qui fut réduit à brouter l'herbe , Etoit & dedans & dehors Changé, tant d'Ame que de Corps.

Or, sur l'un & sur l'autre Thème, Ou sur l'un & l'autre Problême,

65 Ce Prince , toujours glorieux , Discourut & prouva des mieux ; •^pJSJef ^^ d'AMiENs le Prélat illustre, Dont le mérite a tant de lustre , Ne l'ataqua sur ces Points-là ,

70 Avec les beaux Talens qu'il a , Que pour lui donner plus de gloire De sa belle & pleine Victoire.

Donc , ce Sorboniste Héros Receut un universel los ,

73 Tant des Citoyens de Sorbone, [ne, Qui certe en grands Docteurs foiso- Que de plusieurs sçavans Prélats , Ducs & Pairs , Princes , Magistrats , Et d'autres de haute volée ,

80 Qui lors composoient l'Assamblée .

Mais , Hardouin de Perefix , L'auguste Prélat de Paris , Qui sçait si bien dire & bien faire , Présidant illec dans la Chaire ,

83 L'apostropha dessus la fin , En élégant & beau Latin , Et , d'une grâce sans seconde , L'élogisa le mieux du Monde , Au nom de tout le grand Concours,

90 Qui fut charmé de son Discours , Où , sans aucun mot bas ni mince , Il conclud fort bien que ce Prince, Doué d'un si docte Cerveau , Etoît un Prodige nouveau.

93 Le lendemain , en grande Sale , Et Sale Archiépiscopale , Il receut , de belle hauteur, L'illustre Bonet de Docteur, Ainsi que la juste Courone 100 Que lui présentoit la Sorbone.

^ceifer Le Chef de l'Université ,

Avec grande solennité ,

Le lui donna donc , en présence

D'une magnifique Assistance ,

103 Où nôtre admirable Prélat , En son pontifical éclat , Faisoit fort dignement figure , En tête de la Prélature Et de la docte Faculté ,

1 10 Charmée , en bonne vérité , De voir dedans sa Compagnie Un Docteur de si haut Génie .

De telle Naissance & , de plus , Orné de toutes les Vertus.

115 Les Candiots , par Contre-mines, Rendent inutiles les Mines Des laids & cornus Musulmans , Et vous en font, à tous momens, Sauter en l'Air un si grand nombre

120 Que le VisiR, tout morne & sombre, En enrage au fonds de son cœur.

Perdant l'espoir d'être Vainqueur.

Car, enfin , sans en rien rabatre , Encor deux mille & deux cens qua-

125 On fait le saut comme cela ftre

Avec ces Contremines-là -.

De plus, dans un Assaut, n'aguéres, ^^J?^, Cinq cens de ces malheureux Hères Deij Furent de même abasourdis

1 50 Et mortellement étourdis , Si bien que toute leur Armée , Au dire de la Renommée , A le cœur failli tellement , De maint semblable Evénement ,

135 Que les SpAms & Janissaires , Qui sont leurs meilleurs Militaires, Crièrent l'autre-jour « Paix , Paix »

(Comme l'Objet de leurs souhaits) Au Secrétaire de Venize ,

140 Dont le beau Renom s'éternize.

Au reste , à l'Assaut ci-dessus , Où ces Turcs furent bien receus , Le brave Généralissime Parut , certe , vaillantissime

145 Et , dedans ce guerrier Trie-Trac , Receut même dans l'Estomach Une Otomane Mousquetade , Mais de qui toute la boutade Contre son Plastron s'amortit ,

150 Et ni mal ni peur ne lui fit.

Le preux Savoyard, Marquis-Ville,

25o. — Du 24. Septembre 1667 (Robinet)

Y montrant son cœur en beau stile, Eut aussi , dedans les Cheveux , Un coup de Flèche fort heureux ,

155 Et nôtre Avanturier illustre , Commençant d'y mettre en son

[Lustre , Ou , si vous voulez , en son Jour, Ce Feu qu'il tient du Grand d'HAR-

[couR , De même y receut , au Visage ,

160 Ainsi qu'on le mande, un Outrage, Mais si léger, grâces aux Cieux , Que ce n'est qu'un Coup glorieux.

Lecteur & Lectrice, hé-bien ! qu'est- Ma Muse est-elle Prophétesse ? [ce ?

165 Vous sçavez ce qu'au dernier jour Je prédis du Prince d'HARcouR , Et vous voyez , à la huitaine , Cette Prédiction certaine.

A propos de guerriers Explois ,

170 Au grand dépit des Bruxelois, Le fameux Prince de Turenne , Qui , pource , de nôtre Hypocréne Mérite bien tant soit peu d'eau , En vient de faire un assez beau.

175 Sans s'amuser à la Moutarde , Ayant eu l'avis d'Oudenarde Que l'Espagnol faisoit complot De se retrancher dans Alôt, Place par Nous sur luy gagnée

i8c Et puis par Nous abandonnée , Fut vite de ce côté-là , Pour vous les dénicher de-là.

iembre Arrivant illec , l'onzième ,

Il fit pousser à l'instant même ,

185 Par de fiers & vaillans Dragons , Une Garde vers l'un des Ponts.

Le soir, on ouvrit la Tranchée , Et , le lendemain , la Nichée Dénicha dés le point du Jour,

190 Sans bruit de Trompette & Tambour, Et fut droit conduite à Bruxelle , Pour réjouir Monsieur Castelle.

Au reste , cette Garnison N'étoit pas petite , dit-on , i 195 Car elle étoit de huit cens Hommes, Y compris quelques Gentils- hom- Et, croyant-là passer l'Hyver, [mes, De peur d'être prise sans vert, Elle avoit Plomb & Poudre & Mèche,

aoo De la plus fine & la plus sèche ,

Lieutenant aux Gardes

Jusques à quatorze milliers , Deux Canons des plus meurtriers.

Du lard , des œufs , des choux , des

[raves , Qu'aiment fort plusieurs de ces Bra-

205 Et maints autres Ingrèdiens , [ves , Desquels profitèrent nos Gens.

Après-quoy, l'on a mis belle-erre Alost à bas , rez pied , rez terre , Afin d'empêcher désormais

210 L'Espagnol Vy nicher jamais.

De Courcelle, en cette rencontre, quicom-

T->, /^ r ' mande

De son Courage taisant montre , raruuene

D'un Mousquet sans discrétion

Receut une Contusion.

215 De CoALiN , Duc de mérite , [quite ,

Pour beaucoup moins s'en trouva

Car son Cheval , heureusement ,

Pour lui fut blessé seulement.

Bertillac , en propre personne , 220 Y fut maltraité de Bellonne ,

Mais légèrement , toutefois ,

Et sans danger pour cette fois ; [dre,

Mais DeCRON, plus que tous à plain- Enseigne

Par malheur, s'y sentit atteindre Gardes 225 D'un coup tout à travers le Corps , Qui l'assigna parmi les Morts.

De-là , l'on fut devers Liquergue, Près de Bruxelle & non de Bergue, Se saisir encor d'un Château 230 Fait à l'Antique , & bon & beau , Et qu'on fit, parlant de tout prendre.

Sans coup férir, sur le champ rendre.

[François Mais quoi donc , quoi ? les seuls Aux Pays-Bas font des Explois ,

235 Et les Ennemis , en extase , Demeurent nichez en leur Case , Sans faire voir, en Gens de cœur.

Quelque Echantillon de Valeur: Non , non , vraiment , de par le

[Diantre ;

240 Et ne faut point que sous le Ventre On aille leur mettre le Feu.

Chût, donc, écoutez-nous un peu, Et vous verrez qu'en conscience Ils se frotent & d'importance.

245 Deux Partis , sortis , pour le vrai ,

25o. — Du 24. Septembre 1667 (Robinet).

De Valencienne & de Cambrai, S'étans joints dedans un Village , Pour enlever sur son Passage , ^ïan.^ir^ En Corps-Saint, l'Intendant Talon, Haynaut Au rctour de LiLE , dit-on ,

Où , sans doute , pour quelque Af- II s'étoit trouvé nécessaire , [faire Le Sieur Gouverneur de Bouchaim , De ce Village-là prochain ,

253 Ayant une ferme croyance

Que c'étoient des Troupes de Fran- Envoya soixante Froteurs [ce ,

Pour très-bien froter ces Messieurs.

Ils viennent & , sans reconétre

260 Qu'ils sont sujets d'un même Maître, Dessus le Qui-vive abusez , A l'instant , en mal-avisez , Se chargent d'une telle sorte " Que , selon qu'on nous le raporte ,

263 Du mojns quarante & cinq ou six Furent navrez , ou bien occis , Avant qu'ils sceussent leur bévue , Tant , lors , ils avoient la berlue.

Hé bien ? après cette Action ,

270 Pui-je pas dire tout-de-bon

Et sans que l'on s'en fâche en France Qu'ils se frotent , & d'importance ?

Mais en Flandre & par-tout aussi

Nous les frotons, nous, Dieu-merci.

273 Ouy, de Perpignan l'on nous mande,

Dans une gaillarde Légende , Qu'en la Cerdaigne ayans voulu Jetter un guerrier Dévolu Sur trente deux ou trois Villages ,

280 Assortis de beaux Paysages , Et qui sont à Sa Majesté En vertu du dernier Traité , Le prudent & brave Noaille , Duc qui fait tout sans qu'il piaille ,

233 Envoya réduire à Quia Un Poste appelle Vivia , Presqu'au milieu de ces Vilages , Où seigneurioyent ces mal-sages.

Pour y réussir comme il faut ,

290 II chargea le Sieur de Foucaut De cette entreprise honorable , Et ce Lieutenant, fort capable (Jugez-en par l'Evénement), En treize heures tant seulement ,

293 En fit détaler, sans que j'erre, Soixante Joueurs de Guiterre , Id est Castillans renommez , Compris d'Oficiers Réformez , Comme je pense, une Dixaine ,

300 Avec un vaillant Capitaine , Ou bien fanfaron Capitan , Et je croi que cela s'entend.

Ainsi l'on mit en assurance Tous ces Vilages pour la France ,

505 Et Ton en sevra ces Messieurs , Qui n'ont pas pour eux les Rieurs.

Allez vite , mes Vers , vous fourrer sous la Presse , Attendant le retour de l'une & l'autre Altesse.

Septembre avoit encor six jours Quand de ma Veine ils prirent cours.

A Parts, chei C. Chenault, Impr., rue de. la Huchette, aux Armes du Roy.

(Biblioth. nat., Lc^, 22, Rés. — - Biblicth. Mazarine, 296 A3.)

io3o

LETTRE EN VERS A MADAME

Du premier Octobre 1667.

Hé bien ! nous avons vu nos Altesses Royales. Que de nouveaux Appas Elles ont toutes deux Et qu'on peut bien , Clion , les dire sans égales , Et des plus chers Enfans des Dieux !

Qu'il est charmant & qu'elle est Belle ! Qu'elle est digne de Luy, comme il est digne d'Elle Et que ce Couple enfin est un Couple parfait ! Mais , Ciel , que ce Héros & que cette Héroïne , Recevans nos respects , nous ont fait bonne mine , Et que de leur accueil j'ay l'esprit satisfait !

Ce Philipe , si fier dans les Champs de Bellonne . Dont il sembloit pour lors avoir pris tout le cœur, Humanisant pour nous sa guerrière Personne ,

Me parut remply de douceur ;

Et son Henriette adorable Ne me semble pas moins qu'à l'ordinaire affable Pour l'avoir aproché sous ses Lauriers fameux. Que tant de grâce donc nous enfle le courage ; Tachons de triomfer en leur rendant hommage , Et de rendre nos Vers , en un mot , dignes d'Eux.

Monsieur Colbert, aussi digne

[Homme Qu'il en soit d'icy jusqu'à Rome , Et des plus utiles , je croy, Au Service de nôtre Roy,

25 Alla n'aguére , prés d'Auxerre , Visiter une sienne Terre , Par une espèce de Campos , Ou de relâche & de repos.

Mais , comme ce rare Ministre

30 (Que Dieu gard de tout cas sinistre !) Ne laisse perdre aucun moment , Même en son Divertissement , Qui pour l'ordinaire est fort mince , Sans le consacrer à son Prince ,

35 II voulut , agissant ainsi Dans cette Promenade aussi , Qu'elle eût encore quelque marque

De son zélé pour le Monarque.

Les Corps donc de cette Cité ,

40 L'ayant chez-luy complimenté , Il sceut si bien , par son langage , En sa Réponse toute sage , Leur représenter les Bontez De la Perle des Majestez

45 Vers les Peuples qui sont sous Elle, Et la Dépense solemnelle Qu'Elle fait si royalement Pour l'entier rétablissement Du Trafic qui par Nous s'exerce ,

50 Chez le Grand Mogor, chez le Perse, Et, pour tout dire, en tous les Lieux Qu'éclaire le Flambeau des Cieux , Comme aussi ses soins & ses cures Touchant tant de Manufactures ,

55 Qu'elle introduit dans son Etat ,

io3i

25 1. — Du 1. Octobre 1667 (Robinet).

Par lesquelles ce Potentat Attire , dans toute la France, Une florissante Abondance Et donne à chacun le moyen

60 D'avoir son Pain quotidien , Par un Employ doux & tranquile Autant qu'honnête , autant qu'utile; Il sceut , di-je , par son discours , Où la douceur régne toujours ,

6^ Leur transmettre si bien son zelle , Digne d'une gloire immortelle , Que ces Corps , dés le lendemain , Pour mériter du Souverain La Bonté , par tout signalée ,

70 Firent une grande Assemblée , Où , par noble Emulation , Outre une Contribution Unanimement résolue, par An Qu'à cinq mil Frans on évalue ,

75 On conclud encore, de plus , De remédier aux Abus Qui se sont glissez-là , je pense , Dans l'Ouvrage des Points de Fran- D'introduire chez-eux aussi , [ce ;

80 Par un non moins digne souci , Les Serges & les bas de Laine , D'établir Pension certaine En faveur vraiment de tous ceux Qui , d'un Esprit ingénieux ,

85 Trouveront dedans leurs Cervelles Quelques Inventions nouvelles , Et de payer la Taille enfin Pour ceux qui , par un bon Destin , Etans fécons dans leurs Familles ,

90 Fourniront trois Garçons ou Filles , Pour travailler de leurs dix doigts En quelqu'un des susdits Emplois ; D'où la belle Ville Auxerroise , .

Et fort peuplée & fort bourgeoise ,

95 Ettend un lustre tout nouveau.

Mais, si son Sort devient plus beau, Elle doit mettre en sa Mémoire , Comme je le mets dans l'Histoire , Qu'elle le doit à cet expert

100 Et nompareil Monsieur Colbert.

Lundy, le Comte de Rouville , Jeune , bien-fait , d'humeur civile , Et qui d'ailleurs a des Jaunets , Sans qui les Gens sont fort benêts , 105 Epousa , par bonne fortune , La belle Infante deBÉTHUNE ,

Fille de ce Défunt Seigneur Qui fut le Chevalier d'Honneur De nôtre auguste & belle REyNE , loQu'icy bien -tôt Dieu nous r'ameine Pour y mieux passer les cours jours; Mais passons à d'autres Discours.

Son Epous , Louis Quatorzième , L'Honneur certe du Diadème ,

! 15 Et Prince grand Justicier,

N'aguére , au Sieur de Brisacier A concédé la Survivance De sa Charge de conséquence En faveur de son propre Fils ;

120 Ce rare Potentat des Lys , Qui fait tout avéque lumière , Témoignant , de cette manière , Qu'ayant de bons & de fins yeux , Il a conu de tous les deux

125 Les Services & le mérite.

C'est , sans que du tout je hésite , Ni que j'erre , ni peu ni point , Comme je conclus sur ce point.

de:

Gornit

aeiH'

de.

Reii

Sa belle & glorieuse Armée , 130 De qui la Dame Renommée Dit maintes choses dans Madrit , Dont l'un est dolent & contrit , Est encore (loin de Dunquerque) En son dernier Camp de Liquerque, 135 Tandis qu'Alôt à bas est mis ; Et , pendant cela , ses Partis S'en vont par-tout batre l'Estrade , Donnans Aubade ou Sérénade Aux Portes des Villes & Bourgs 140 Des Espagnols , qui font les sourds, Ou marmotent leurs Patenôtres , Sans jamais rien répondre aux Nô-

[tres.

C'est, dit-on, que, fort sagement,

Ils attendent patiamment 145 Toutes les Forces nécessaires ;

Mais ce sont de grandes Affaires ,

Et les Ministres , à Madrit ,

Sur cela perdent leur Esprit.

Ils vouloient envoyer à Vienne 130 De leurs Doublons mainte centaine.

Pour y lever des Fantassins ;

Et puis , en changeant de Desseins,

io33

De crainte de s'aller méprendre , Ils ont crû qu'ils dévoient attendre 155 Que l'Empereur, premièrement, Eût déclaré son Sentiment Sur cette Affaire d'importance , Qui fort rinquiéte , en conscience.

Cependant, de nôtre Côté.

160 Nôtre brillante Majesté ,

Désirant mettre à bout I'Espagne Dedans la future Campagne, [prêts, Donne ordre à tous ses grands Ap- Qui devant le temps seront prêts ,

165 Et , pour avancer ses Conquestes , Il fait Chois de certaines Testes Dont l'ancienne & sage Valeur Pour les Ennemis me fait peur.

D'ailleurs , nôtre illustre Jeunesse

lyo Ou bien nôtre jeune Noblesse , Brûlant de cueillir des Lauriers A coté de ces grands Guerriers Et sur les pas de la Victoire Qui nôtre Roy couvre de gloire ,

173 Apprend le beau Métier de Mars , Et comme on force des Ramparts , Attaquant une Forteresse , Faux- Qu'au plus grand Faux-bourg de srmain L'Académiste Bernardy, [Lutéce

180 Personnage d'un cœur hardy,

Exprés pour l'instruire , a fait faire , Par un zélé qu'on ne peut taire.

Monsieur le Marquis de Bréval , Qui des mieux se tient à cheval ,

185 L'Attaque du Poste commande , Avec une adresse fort grande , Faisant ce qu'on fait en cela , Mais , pour le repousser de-là , ^omtede Saint Maurice fait la Sortie ,

Maunce ^^ ^ , ^ 1 •

190 De Cadets tres-bien assortie , ;i^i«'^^ Et , bref , l'Autheur du Fort susdit ^laître Est dedaus , à ce qu on m a dit , .thème- Pour travailler à sa Défense ; iques Qg qyj gg f^jt en la présence I 195 Du plus beau Monde de Paris , De cette belle Guerre épris , Où de franche poudre de Chypre (Qui rime des mieux avec Ypre) I On charge , je croy, les Mousquets ,

200 Pour en tirer des coups coquets.

Mais vite bornons nôtre Epitre ,

25 1. — Du 1. Octobre 1667 (Robinet). 1034

Enfin , par le dernier Chapitre.

Les Amans coupables punis

Certain Noble Provincial , Que le Nœud matrimonial

205 Assembloit avec une Belle , Tout-à-fait digne de son zelle , Et qu'il aimoit aussi , dit-on , Avec beaucoup de passion , Etant allé dans un Voyage ,

210 S'y piqua pourtant d'un Visage Où , sans doute , la nouveauté Lui fit trouver plus de Beauté.

Ce nouvel Objet de sa Flâme A tel point donc touche son Ame ,

215 Qu'il est l'Ascendant amoureux De ses soupirs & de ses vœux , Et qu'il l'engage en un Dédale Où se pert sa Foy conjugale.

Etoufant ainsi l'amitié

220 Qu'il doit à sa chère Moitié , Tous ses soins alors il aplique A se faire aimer d'Angélique (Nous nommerons ainsi l'Objet Dont son cœur devient le sujet).

225 Comme il poussoit bien la Fleu-

[rette , Que sa Personne étoit bien-faite Et qu'il possédoit , en un mot , Ce qui peut faire un cœur capot , Angélique prend feu de même ,

230 Et, quoy qu'en autre-part, elle aime. Devenant infidelle aussi , Donne son cœur à celui-ci.

Un seul Point arrête l'Affaire , Et ce Point est en tel Mystère

235 Proprement le Nœud Gordien , Car on ne veut accorder rien Que sous les Loix du Mariage , Et le susdit Amant volage , Ainsi que vous l'avez appris ,

240 Pour Duppe , de la sorte , est pris. Mais voyez , tant sa flâme est forte , A quel Crime noir il se porte Pour trancher ce Lien sacré , Des plus Barbares révéré.

245 II s'accorde aveque Angélique Et , dans son Transport frénétique, Vient , comme un Tygre sans pitié , Etrangler sa belle Moitié, De ses propres mains il rimmole

io35

25 1. — Du 1. Octobre 1667 (Robinet).

io36

250 A sa nouvelle & chère Idole , Et , paliant d'un Accidant Ce Crime au seul Ciel évidant , Avec la Défunte il l'enserre , Dans un Cercueil dessous la Terre.

253 Ayant versé de feintes pleurs Et montré de fausses douleurs Qui trompent tout son Voisinage , Pour jouir du Prix de sa rage , Sous de beaux Prétextes il part

260 Et , sur sa route , tout gaillard D'avoir si bien joué son rôle , Devers son Angélique il vole.

Mais où court ce coupable Amant ?

On vient de mettre au Monument

265 Cette Angélique , aussi coupable.

Il apprend (ceci n'est point fable) Que ce digne Objet de son cœur Avoit fait faillite à l'Honneur Et qu'en un mot , son triste Père ,

270 Ayant sceu le honteux Mystère , L'avoit , par un Poison vangeur , Immolée à ce même Honneur.

Jugez ce que l'Epoux perfide ,

Et de sa Femme THomicide , 275 Devient en apprenant ce cas Et quels sont les affreux combas Que du Ciel la juste Vengeance Luy livre dans la conscience !

Ils sont tels , ô mon cher Lecteur, 280 Qu'à lui-même tout plein d'horreur De son énorme Barbarie , Poussé de plus d'une Furie , Il s'en retourne sur ses pas Faire ce qu'autre fois fit l'infâme Judas.

285 En finissant , je viens d'apprendre Ce qu'à peine je puis comprendre , Que la Fièvre a surpris Monsieur, Lui , di-je , qui luy faisoit peur A la Teste de la Tranchée ,

290 Où cette mièvre étoit nichée.

Cela ne peut-être , ma foy, Ou bien , si la chose est , je croy Que son beau Sang , tout en colère, Chez lui ne la souffrira guère ,

295 Et , sans nulement en douter, Je m'en vais promtement , dater.

Ceci fut rimaillé , le premier jour d'Octobre , Par moy qui puis me nommer Sobre.

A Paris, Che:( Ch. Chenault, Imp. & Lih., rue de la Hucheiie, aux Armes du Roy. Avec Privilège de Sa Majesté.

269 tristre.

(Bîblioth. nat., Lc2, 2a. Rés.

Biblioth. Mazarine, 396 A3.)

io38

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.]

Du 8. Octobre 1667.

Madame , quoi qu'une Insomnie , Procédant de quelques ennuys , M'ait disloqué tout le Génie Depuis du moins quatre ou cinq nuits , Quoique je baâille & je sois lâche ,

Et que , pour réussir en mon illustre Tâche , Je me sente en mauvais état , A tout hazard , je m'y vais mettre , De crainte de passer pour Fat

Si j'étois quinze jours sans vous écrire en Métré.

D'ailleurs , Altesse belle & grande ,

On me fait à présent l'honneur

D'imprimer ma Lettre en Holande ;

Ainsi je doi reprendre cœur ;

Autrement Messieurs de la Haye Auroient chez l'Imprimeur une plaisante Baye ,

Si j'allois demeurer tout court ;

Car, se tenant seur de ma Veine ,

Il leur a fait sçavoir le jour Que se vendroyent chez-lui mes Vers chaque Semaine,

Mais , n'en déplaise au Typographe ,

Il auroit dû me consulter

Et même avoir mon Paragraphe

Avant qu'ainsi me débiter,

Car l'Imprimeur de Paris grogne Et me dit là-dessus , en faisant grise trogne ,

Que moindre en sera son Débit.

Mais ce n'est pas là vôtre Affaire ,

Et , pour moi-même , il ne s'agit (C'est là mon intérest) que de vous satisfaire.

Hé bien ! j'ay des mieux raisonné Et sans nul doute deviné Touchant cette mal- sage Fièvre Qui, bonne pour un sang de Lièvre, 35 Pensoit tenir son Quant-à-soy Dans celui du Frère du Roy, Car la Félonne & la Perverse , * Qui se nommoit Double-Tierce ,

A quité la Place aussi-tôt , 40 Sans Ajournement sur Défaut , Tant d'une façon vigoureuse Il a repoussé la Trembleuse.

Louis , par un charmant souci , De son Saint-Germain vinst Ici ,

io39

Page 1