‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 295 sur 317 · Du 3. Décembre 1667 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 3. Décembre 1667 (Robinet

En avancer ce que j'avance ,

60 Et son Renom qui me devance En peut faire concevoir plus.

Pour le reste , comme je fus Avec un peu trop de Paresse Et chez l'une & chez l'autre Altesse,

65 Je me trouvé si mal posté Que je ne pus , en vérité , Lorgner la Troupe Théâtrale ; Mais ce n'êtoit pas la Royale , Ni , je vous en donne ma foy,

70 Pareillement celle du Roy.

En suite, dans une Anti-chambre, Qui sentoit la Civette & l'Ambre , Les Escarpins on exerça , C'est comme dire qu'on dança ;

73 Et le Bal s'échauffa de sorte , Du moins comme on me le rapporte (Car, pour moy, je n'en estois pas) , Qu'en figurant toujours des Pas , La Nuit , lors belle claire-brune ,

80 Car il faisoit grand clair-de-Lune , Arriva dedans son Milieu.

Alors , je pense , en autre Lieu L'on alla faire , sans scrupule .

Ample & magnifique Crapule ,

85 Et , chacun ayant de tout-point Très-bien rembourré son Pourpoint D'une quantité de viandes , Qui des Bouches archi-friandes , Sont , non pas sans frais & sans

[coûts ,

90 Tous les jours les nouveaux Ragoûts, Roy, Reyne & toute la Séquelle , Tant Jouvenceau que Jouvencelle , Alla , de jour, & non de nuit , Trouver Dimanche dans son lit.

93 Mais, ce Dimanche, par mon ame, Il falut bien changer de game , Car, comme il étoit de l'Avant Le premier, qui marche devant , Il fallut , en cette journée ,

100 Ouir prêcher, l'apres-dinée , Sur le grand Jour du Jugement, Entretien de peu d'agrément Et qui (la chose est bien certaine) Trouble fort toute ame mondaine.

103 DoM CÔME , le grand Général , Dessus ce sujet si Moral .

Discourut , en citant maint Père , Tout-à-fait de noble manière ,

Et , par ses beaux raisonnemens

I lo Et ses merveilleux Argumens, Tous cimentez d'une doctrine Energique autant que divine , Fit voir le bec-jaune , en ce jour.

Aux Esprits forts de nôtre Cour ,

113 Qui ne croyent ni Dieu ni Diable Et prennent tout pour une Fable.

Ouy, je croy que, par ce qu'il dit , Sans nul doute , il les confondit ; Mais sçavoir si leur conscience

120 En fut portée à repentance ; Je puis dire , sans rien d'absurd , Que ce n'est pas un cas trop sûr.

Mais que ce rare Evangeliste Marche toujours dessus sa piste ,

123 Et fasse pendant ces Avans

Toujours de ces Discours sçavans ; Peut-être qu'un de ses beaux Prêches Convertira de ces Revêches , Et peut-être que non , aussi ;

130 Mais qu'il en soit hors de soucy, Car, comme à Dieu seul il veut plaire. Il en recevra le salaire.

Le Lecteur pourra s'étonner De me^voir ainsi sermonner,

133 Et dire , en m'envoyant au Peautre, Que je fai bien le bon Apôtre ; Mais je l'avertis que voici Vray'ment le temps d'agir ainsi , Puis qu'il plaît à nôtre Saint-PÉRE ,

140 Chef de l'Eglise nôtre Mére , De nous donner un Jubilé , Par qui le Pécheur, plus brouillé Avec son adorable Maître , Peut dans sa Grâce se remettre ,

143 S'il veut , pleinement , pour jamais , Sans aucun Si , ni Car, ni Mais.

On en publie Ici la Bule , Où l'on void , dans le Préambule , Les beaux Motifs qu'a Clément neuf

150 D'accorder ce Jubilé neuf; Et de nôtre Prélat, si sage Et si merveilleux Personnage , On y void joint le Mandement , Qui nous prescrit fidellement

133 Ce qu'en tel cas il nous faut faire. Lecteur, suivons ce Formulaire Pour devenir tous Gens-de-Bien ,

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