‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 30 sur 317 · VI. SEMAINE · texte numérisé non relu

VI. SEMAINE

Du Jeudy i. Juillet 1666.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Les Filles ont peu de lumières De se déclarer les prernieres ; Lors qu'elles estiment les gens , Leurs Amans en sont negligens , 5 Et c'est le secret véritable

De leur paroistre moins aymable.

Je parle à vous , mon Prince, & je me dois louer Que sur mes actions l'on n'ait pas de quoy mordre , Car vous ne faites que jouer 10 Pendant que je suis en desordre.

Je n'ay que fort peu d'envieux , Que d'un seul regard de vos yeux * Vous envoyeriez cacher au centre de la terre ; Au lieu de les pousser à bout , 15 Vous n'aimez que vos gens de guerre ;

Vous les campez , & puis c'est tout.

Hé bien ! suivez , Seigneur , cette humeur martiale ; Vostre Maman la Mareschale En vostre place aura mes soins ; 20 Je luy vay conter les Nouvelles

Que je vous destinois , & qui sont assez belles , Et je seray certaine au moins Que , quelque chose qui m'avienne , Gomme j'aime sa gloire elle aimera la mienne.

25 Madame , avertissez le Roy

Que , dans le monde , l'on soupçonne Monsieur le Comte de Vivonne D'avoir commis je ne sçay quoy.

Il court un bruit que deux Corsaires ,

30 Avec deux ou trois cens soldas ,

S'estant à son aspect trouvez dans l'embarras ,

I B C portent simplement W. Semaine.

3 A Alors qu'elles ayment les gens. [mordre.

8/4 De ce que dessus moy l'on n'a pas de quoy

17 A Gardez tant qu'il vous plaist cette humeur

[martiale.

\3g. — Du 1. Juillet 1666 (Subligny).

Il leur a donné place en toutes ses Galères , Et que mesme , depuis un temps , Il les nourrit à ses dépens.

N'allez point, toutefois , luy causer une affaire ;

Ce qu'il a fait , Madame , est ce qu'il a deu faire : Je veux parler des prisonniers Qu'on dit qu'il fit ces jours derniers.

Scachez aussi si nostre Reyne A sceu qu'on fait Madrid charmant Et que la Ville sera pleine Bien-tost de tout abondamment Par le Mançanarez qu'on rendra Navigable. La Régente est infatigable Et , de l'air dont elle se prend A faire le Roy, son fils , grand , A rendre son Espagne & plus riche & plus belle , A fonder le commerce avec dextérité , Il semble en bonne vérité Qu'elle ait un Colbert auprès d'elle.

Tandis que je suis sur Madrid ,

Il faut que vous oyez , de grâce ,

Une chose dont on y rit.

Deux femmes de la populace Y soufrirent , Madame , un supplice plaisant :

On les promena par les rues ,

Sur des Asnes , à moitié nues ,

Toujours battant & fouetant ;

Et l'une & l'autre estoit menée De cette façon-là pour de plaisans forfaits : C'est qu'à califourchon sur un manche à balais Elles sortoient la nuit par une cheminée. L'honeste homme pourtant qui lors les conduisoit

En leur donnant les estrivieres Ne pouvoit à leur peau les prendre pour Sorcières ,

Ainsi qu'on les en accusoit ;

Elles pouvoient ne le pas estre , N'ayant pour délateurs que leurs propres Espoux.

Quand les Espagnols sont jaloux ,

Ils le font rudement paroistre ; C'est chez eux sortilège & pure trahison

Que d'estre femme un peu jolie ,

Et quelquefois ils ont raison , Car on dit qu'il n'est pas de plus fine magie. ^

Page 1