A Mais dedans un estât, dit-on, tyrannissant
Celuy qui leur devoit donner les estrivieres, Qui, pendant qu'il les conduisoit,
Ne pouvoit à leur peau les prendre pour Sorcières, 67 A Elles pouvoient bien ne pas l'estre, 72 A Que d'avoir femme.
5 iSg. — Du 1. Juillet i666 (Subligny'j.
75 Autre histoire du mesme endroit.
Si, dans une méchante affaire, Monsieur de Montbrison n'eut esté bien adroit , Monsieur de Guenegaud , son Père , Présentement le pleureroit.
8o Avant que partir pour Valence
Qu'il vouloit parcourir en revenant en France , Gomme de ses Amis il fut prendre congé , Son cocher l'engagea dans un étroit passage Où déjà s'estoit engagé 85 Un vieux carrosse de louage ;
Monsieur de Montbrison voulut qu'il reculât : Les porte-poignards du carrosse Le refusèrent tout à plat , Et, comme ils estoient gens qui cherchoient playe & bosse, 90 Apres avoir cédé pourtant à la raison ,
Ils voulurent tuer Monsieur de Montbrison. Ge n'est pas ainsi que l'on tue Des Gentils-hommes comme luy ; L'épée en main , sans autre appuy, 95 II en laissa deux morts au coin de cette rue
Et , blessant encor deux ou trois , Remit le reste à d'autres fois.
Il se sauva dans une Eglise De peur de nouvelle surprise , ,00 Et mesme eut quelque peine à tout pacifier.
Tant ces morts avoient mis I'Espagnol en colère. Mais , dés qu'il fut connu pour le fils de son Père , Gela suffit tout seul à le justifier.
D'ailleurs tout bon Jurisconsulte , ,05 Sçachant fort bien qu'en tous endrois
G'est le Mestier des seuls François ""
D'ainsi répondre à toute insulte , L'affaire alla le grand galop ; L'Espagne n'y vit plus de crime , , ,0 Et, de vray , supposant cette belle maxime ,
Ghacun son Mestier n'est pas trop.
J'ay sceu depuis , Dauphin , que ce fut à Valence Que ce fit cette Violence Et que le péril mesme avoit esté plus grand ; 1 13 Que les amis des Morts , qui tenoient quelque rang ,
Avoient fait soulever la Ville , En sorte que nôtre Amadis , Groyant n'avoir à faire au plus qu'à neuf ou dix , En vit lors contre luy plus de neuf ou dix mille.
120 La Gazette a parlé du Festin qui se fit
Sous un Gabinet vert dé la Royale Allée ;
88 A Le luy refusèrent tout plat. | 1 1 2-1 19 C^ passage ne se trouve que dans B C.
7 ' iSq. — Du 1. Juillet 1666 (Subligny). 8
Elle a parlé de l'Assemblée , s
Du prodigieux fruit confit ,
Des perdreaux , des autres viandes , 125 Qu'on pût trouver des plus friandes ,
Et je n'adjouste à son récit
Que ce qu'elle ne m'a pas dit.
Au lieu de Daiz en broderie , Dans ce grand cabinet qu'on avoit fait exprés , 130 Estoit un Daiz de fleurs, orné de mille traits,
De chifres délicats & de galanterie ,
Digne d'un esprit aussi beau Que celuy de l'Objet qui donnoit le Cadeau : Thérèse n'a jamais de desseins moins illustres. 135 Le feuillage du cabinet
Avoit esté rasé si net
Qu'au jour que rendoient deux cens lustres,
Suspendus près à près au tour, Il sembloit d'Emeraude aux plus fins de la Cour ; 140 La sculpture de ses Corniches ,
La coupure de ses Portiches
Pratiquez aux quatre costez ,
Et le tout d'arbres rapportez
Qu'on avoit plantez dans la route , r45 Estoient merveilleuses sans doute.
Louis y vint , mangea , parla ,
S'y plut beaucoup & s'en alla.
Monsieur de Monaco , Madame , Ne vous a-t-il pas esté voir ?
150 II est grand Prince , sur mon ame ;
Il fit en Démon son devoir.
On dit qu'il faut estre Ange ou Diable Pour avoir fuy ce qu'ils ont fuy , Et le Comte de Guiche & luy.
155 Rien n'estoit de plus effroyable :
La flame bruloit leur Vaisseau , Tout rotissoit dedans jusques à fond de cale ;
Tout le Canon chargé de baie Par son branle tuoit ce qu'il trouvoit dans l'Eau , 160 Et cependant la boucherie
Qu'ils faisoient malgré tout cela Plaisoit si fort à leur furie Qu'ils furent les derniers à se sauver de là. Pour moy j'appelle ce courage 165 Véritablement une rage ,
Mais ces Messieurs seroient changez S'ils ne s'estoient battus comme des enragez.
\2^ A de plus.
154^4 Thérèse n'eut jamais. [leuse,
145 A Estoit merveilleuse. — B C Estoient merveil- 154 A Son illustre BEAU-FRERE.
160-163 A Et , comme si ces feux eussent esté de Sans crainte d'en estre la proye, [joye, Ils cherchoient tousjours de leurs yeux Où porter leurs coups furieux.
g i3q. — Du 1. Juillet 1666 (Subligny). 10
Ce vaillant Monaco , la semaine dernière , En ma présence raconta 170 Cette aventure singulière.
Mais , Madame , il la recita D'une si peu vaine manière X Que j'enrageay presque , à mon tour,
De le voir si modeste après un tel retour. 175 « J'avois , dit-il , PERDU de veue
» Le Comte de Guiche & mes gens , » Et, le feu me gagnant, d'une force impreveue , » Je vis une chaloupe & me jettay dedans ; » Mais , la chalouppe estant brisée , 180 » Ma fuitte ne fut pas aisée.
» J'enfonçay dans la Mer entre des mats rompus ; » Un grand froid m'y saisit , j'y demeuray perclus , » Et, sans un de mes gens qui me jetta la corde ,
» J'eSTOIS mort sans MISERICORDE.
1 85 » Il me mit dans un autre bord
» Ou JE CRUS encor estre riche » D'y trouver le Comte de Guiche » Qui, Dieu mercy, n'estoit pas mort. » Il parla fort encor de la grande victoire 190 Que gagnèrent les Hollandois ,
Mais j'en dis assez l'autre fois ; Si quelqu'un en relit l'Histoire , Il verra que j'ay dit tout ce qu'il en faut croire. J'oubliay seulement qu'un Coureur Zelandois , 195 Qui vit prés de Harwits rentrer les Chefs Anglois
Avec le reste de leur monde , Dit avoir veu qu'à I'Amiral Le Pavillon traînoit dans l'onde , D'où l'on juge la mort de Monk , leur General. 200 Si l'on en croit Aiscu , prisonnier en Hollande ,
La certitude en sera grande ; Il dit à Messieurs les Estats Que , puisqu'il l'avoit laissé prendre Sans estre à son signal accouru le défendre , 205 II estoit seur de son trespas,
Cela feroit pitié , Madame , D'entendre raconter au Chevalier Aiscu , Qui meurt de douleur en son ame , La façon dont il fut vaincu.
2io II pût dire un vers de Corneille :
« Que par fois l'un se brise ou l'autre s'est sauvé. » Le pauvre Amiral a trouvé Pour luy l'aventure pareille.
Deux grands Vaisseaux moins mal-heureux 215 S'estoient rendus vers la Tamise
168 y4 Le Prince Monaco.