Du 4. Juillet 1666 (Robinet
Ecrire derechef pour sa Royale Altesse.
Vous verrez , ah ! quel heur ! vous verrez ses beaux Yeux
Qui brillent d'un Feu glorieux ,
Se fixer sur toutes vos Lignes ;
Et lors , par un heur sans pareil ,
Vous aurez de plus d'un Soleil Les illustres Aspects & les Faveurs insignes.
Plus que jamais les Polonois S'échauffent dedans leur harnois.
Tant ceux qui sont au Roy fidelles Que les Traîtres & les Rebelles ;
25 Mais les premiers , comme jadis Les bons Anges au Paradis , Afin de donner la Saccade Et faire faire la Cascade A l'orgueilleux Lubomirski
30 Et ses maudits Adhérans , qui Voudroyent , ainsi qu'on nous le
[prône , A leur Prince ravir le Trône.
Mais déjà maint Noble est sorti De leur détestable Parti ,
35 Et l'on espère que bien d'autres Quitteront là les faux Apôtres Pour se remettre au rang des bons.
Las ! si sur ce point mes Sermons Pouvoyent servir de quelque chose ,
40 Vraiment, soit en Vers soit en Prose, Volontiers je leur en ferois , Et tous je les exhorterois A venir , en bref , reconétre Leur Prince & légitime Maître ;
45 Mais quoi ! souvent à tels Discours Messieurs les Mutins font les Sourds.
Le Dannemarc & la Suéde , A la fin , sans aucun remède , Se feront niche , en vérité , 30 Tant leur Courage est emporté ; A leur faire en cette Occurance Aucun Prône ni Remontrance Je perdrois encor mon Discours , Et je parlerois à des Sourds.
55 Je sçai que Venise & la Porte , Poussez d'une haine tres-forte , Font l'une & l'autre des Apprés Pour se froter sur nouveaux frais En cette prochaine Campagne ,
i>i Et leur faire.
60 Soit dessus l'humide Campagne ,
Ou sur le terrestre Elément ,
Et que déjà terriblement
Leurs Gens s'escriment en Candie ;
Mais, par ma foy, quoi que j'en die, 65 Je perds en l'Air tous mes Discours
Et j'apostrophe de francs Sourds.
Les Nations qui portent fraise , L'Espagnole & la Portugaise , Loin aussi de toute union
70 Et d'aucune Suspension
Qui fist rouiller leur Cimeterre , Désirent enfin que la Guerre Décide seule leurs Débats Par nouveaux Sièges & Combats.
y^ Pour moy, je veux les laisser faire , Car, en un mot, c'est leur Affaire, Et puis, à quoi bon mes Discours ?
Ce seroit haranguer des Sourds.
Selon qu'on le dit par le Monde , 80 On doit revoir, sur la grande Onde, Avant qu'il soit beaucoup de temps, Les deux belliqueux Osts Flotans
Et d'ANGLETERRE & de HOLANDE ,
Tant l'ardeur de combatre est grande 85 Entre ces deux fiers Ennemis Que l'on ne sçauroit rendre Amis , Bien que la charmante Concorde Soit préférable à la Discorde , Qui leur fait ainsi sur les Eaux 90 Exposer Hommes & Vaisseaux , Qu'ils pourroyent, s'ils étoyent bien Employer à d'autres usages, [sages, A leur Commerce notamment , Qui chez Eux réciproquement 95 Produiroit honneur & richesse Et, bref, une pleine alaigresse. Mais , hélas ! à ces miens Discours Les bonnes Gens paressent Sourds.